DE LA PHILOSOPHIE
Cet' article parut dans la Revue des Deux Mondes le i" décembre 1831. Il a été publié de nouveau en 1839 dans Allemagne et Italie (1), tome II, Mélanges, V, et dans le volume Les Roumains, Allemagne et Italie des Œuvres complètes, série Allemagne, W, sous le titre De la philosopliie dans ses rapports avec l'histoire politique.
Buloz avait fondé, cette année-là même, la célèbre Revue, où il se proposait d'attirer les plus vigoureux talents de cette génération. Quinet avait déjà donné à <;e recueil deux autres articles, l'un intitulé De l'avenir des religions (15 juillet 1831), l'autre De l'épopée des Bohèmes {\^ août 1831). Il était à cette époque intimement lié avec Buloz et l'un des principaux rédacteurs de la jeune Revue, ainsi que l'indique cette note du directeur en tête de la « livraison » du 1" octobre : « Nous pouvons aujourd'hui compter parmi nos rédacteurs habituels MM. Ballanche, Lerminier et Quinet, MM. Dumont d'Urville et Aug. de Saint-Hilaire, MM. Alfred de Vigny et Sainte-Beuve. On connaît le mérite élevé et spécial qui distingue ces jeunes et brillants écrivains; les deux premiers essaient^ chacun
(1) Allemagne et Italie. Pldlosophie et poésie, par Ed. Quinet. Paris et Leipzig, chez Desforges et G'", libraires, 18o9.
à leur manière, de retrouver le sens du passé. M. Ouinet interroge les ruines, les villes qui ne sont plus (d), les fleuves, les rochers, les montagnes, et, poursuivant dans ses dernières conséquences l'idée transmise par Hippocrate à Winckelman et Montesquieu sur la relation intime des climats et des passions, a tenté d'expliquer l'histoire par la physionomie des lieux, et plusieurs fois déjà le succès a couronné ses efforts. »
Il est certain que c'est à cet article De la Révolution et de la Philosophie, que Quinet fait allusion dans sa lettre à Buloz, écrite de Strasbourg, à son retour d'Allemagne, le 2 novembre 1831 (2) : « Je rentre en France... Voici mon article de philosophie. Faites-moi l'énorme service de m'en faire tirer une quinzaine d'exemplaires à mes frais. » Il ne faut pas confondre cet article avec le suivant (De l'Allemagne et de la Révolution), dont la première partie seulement est entre les mains de Buloz et que l'auteur se propose de compléter. C'est ce second article que désignent les expressions suivantes dans la même lettre : « Imprimez le fragment poU tique sur l'Allemagne. *
L'article Delà Révolution et de la Philosophie n'est pas consacré uniquement à l'Allemagne. Il parle aussi du mouvement philosophique en France sous la Restauration. Mais il a sur l'Allemagne, sur la pensée allemande, sur la philosophie allemande, des aperçus qui dépassent de beaucoup tout ce que Mme de Staël avait dit à ce sujet dans son livre. Surtout il montre le lien profond qui unit l'Allemagne moderne à la Révolution française et aux événements de cette Révolution. C'est Quinet qui a dit de sa philosophie : « Elle est l'ombre réfléchie de la vie politique », qui agitait alors la
(l) Allusion à la Grèce moderne, que Quinet venait de publier à son retour de Morée, où il avait fait partie de la mission scientiûque envoyée par la France.
(i2) Revue politique et parlementaire, février 1909. Marsan, E. Quinet et F. Buloz.
France. Vue profonde et nouvelle, bien faite pour surprendre ceux qui s'imaginaient, avec quelque naïveté, que cette philosophie sortait spontanément du sanctuaire de l'âme allemande et qu'elle n'avait aucun rapport avec la pensée française. Or, elle n'était pas née seulement de la rêverie méditative, comme le croyait Mme de Staël; elle était aussi fdle de l'action, et, née d'elle, passant par l'âme allemande, elle devait nécessairement aspirer à retrouver son origine primitive, cette vie agissante qui est le principe et l'aboutissement de toute philosophie. N'est-ce pas enfin Quinet qui a, lepremier, dévoilé le caractère conquérant et brutal de cette doctrine de Hegel « formée au centre de la monarchie prussienne », et qui s'est développée avec elle, « derrière les trophées de Waterloo »? N'est-ce pas lui qui, parlant de notre enthousiasme pour les doctrines étrangères, a montré que « cette résignation dans la défaite était encore un don de nos vainqueurs » ?
Ces vues fécondes préparent déjà les pages les plus célèbres de l'article suivant De V Allemagne et de la Révolution : la pensée allemande née de la France et se retournant contre la France, — née de l'action et revenant à l'action pour transformer le monde.
DE LA REVOLUTION
ET