‹ Allemagne T. 2Chapitre 18 sur 56 · XII. Peine de mort pour qui ravira la fille de son seigneur · texte numérisé non relu

XII. Peine de mort pour qui ravira la fille de son seigneur

XIII. Peine de mort pour qui tuera son seigneur , ou la femme de son seigneur.

XIV. Le témoignage du prêtre pourrà sauver de la mort celui qu) ayant commis ces crimes à Tinsu de tous , sera venu de lui-même en faire confession et pénitence à ses pieds.

XV. Il sera donné à chaque église, par les habitants du lieu, une maison et deux manses de terre. Cent vingt hommes, nobles^ libres ou lites, se réuniront pour fournir un serviteur et une servante à ladite église.

XVI. Lar dîme de tous les revenus du fisc sera donnée aux églises.

XVII. Chacun donnera à l'église et aux prêtres la dîme de son bien ( décima pars substantiœ et laboris std*)

XVIII. Point de plaids les diman* ehes et jours de fête : tous doivent ce Jour-là aller écouter la parole de Dieu,

XIX. L'enfant sera baptisé dans Tannée de sa naissance. Pour contravention à cette disposition , le noble paiera au fisc cent vingt sous ; Thoiumô libre, soixante; le lite, trente.

XX. Ceux qui contracteront des mariages illicites, paieront : le noble , soixante sous; l'homme libre, trente; le lite, quinze.

XXVÏ. Que personne n'ose arrêter dans sa route celui qui vient à nous pour réclamer justice. Si quelqu'un veut le faire , il paiera notre ban (c'est* à*dire une amende de soixante ou même de cent sous). »

L'on voit quelle dure législation pesa sur ce malheureux peuple ^ mais ce qui devait leur sembler plus insuppoitable encore que le joug des Francs, c'était la nécessité de voir vivre au milieu d'eux, et riches de leurs dépouilles , ces prêtres qui avaient préparé leur ruine et qui épiaient encore jus(|ù'à leurs moindres actions. Il est dit, en effet, à Tarticle 34 du capitulaire que nous venons de citer ' a II est interdit aux Saxons de se réunir en assemblée publique , à moins que

ce ne soit par Tordre de nos envoyés; les comtés pourront cependant tenir les plaids. Les prêtres veilleront i ce Qu'il n'en soit pas foit autrement (H kocasaeerdoUhus considerêtwneai^ terfaciat ). » C'était donc une véritable inquisition qui était établie dans la Saxe; aussi ne faut-il point s'çtonner si les Saxons cherchèrent plus d'une fois encore à chasser de leur pa;^ les étrangers. Lear complète soumission n'amva qu'en 804, alors que, brisés par tant de défaites , il leur fieillut eonnattre leur impuissance à résister plus long-temps, et laisser le vainqueur enlever dix mille de leurs meilleures fiamilles pour les disperser par tout son empire (*}. La Saxe dépeuplée subit désormais le Joug, et oublia peu h peu son ancienne indépendance ainsi que ses faux dieux.

Charlemagne avait divisé la Saxe en un certain nombre d'évêchés et de comtés, administrés par des hommes à lui, et que ses misH ou envoyés visitaient fréquemment; il semble que pour mieux assurer encore sa domination sur ce pays, il se soit efforcé d'y créer une espèce d'ordre de noblesse , qu'il rattacha à ses intérêts . par des charges, des honneurs, et qu'il sépara ainsi du reste de la nation. On trouve, en effét, dans Nlthard, l'historien des petits>fils de Charlemagne, le passage suivant (livre iv^ chapitre 2 ) : « La nation des Saxons est divisée en trois ordres; il y a parmi eux des hommes qui sont appelés « dans leur langue , Edh4Ungi; d^autresi Frilinai; et d'autres, Lasizi; c'est-à« dire , les nobles, les hommes lilures et

les serfs Lothaire, se voyant pressé

par diverses nécessités envoya des

messagers en Saxe, promettant aux hommes libres et aux serfs (FrWngi et Lazzi), dont le nombre était im^

( * ) Il avait déjà même avant oeUe époque attiré volontairement dans le pays desFranca un grand nombre de Saxons, en leur donnant des fiefs , et des honneurs. Il est parlé dans un capitulaire de Tannée S02 « de cet Saxons qui possèdent des bénéfices dans 1^ pi^8 des Francs.» Baluze, 1 1, p. 376.

ALLEMAGNE. Ifl

mense. que s^ils se rangeaient de son parti, il leur rendrait les lois dont leurs ancêtres avaient joui , au temps où ils adoraient les idoles. Les Saxons, avides de ce retour , se donnèrent le nouveau nom de StelUngi (*) , se liguèrent, chassèrent presque du pays leurs seigneurs; et chacun, suivant Tancienne coutume , commença à vivre selon la loi qui lui plaisait. »

GUIAIXS 0*ltP46VI..

La grande gqerre de Charlemagne, nous ravons déjà dit, c'est la guerre de Saxe : presque tout le reste s'efface à côte de cette lutte héroïque.

D'autres ont pu être importantes aussi par leurs résultats ; mais aucune ne fut soutenue, de part et d'autre, avec autant de courage et d'opiniâtreté. La guerre d'Espagne elle-même ne semble qu'accidentelle. Charlemagne n'y alla en personne qu'une fois. L'an 778, penaant que Charles baptisait les Saxons par milliers, à Paderoorn, un Sarrasin, nommé Ibû-al-Arabi, venu d'Espagne avec plusieurs autres, se donna a Charles , ainsi que les villes dont l'avait fait chef le roi des Sarrasins.

« Concevant, et avec raison, par les discours d'Ibn-al-Arabi , l'espoir de s'emparer de quelaues villes d Espagne , le roi assembla son armée et se mit en marche ; il traversa les sommets des Pyrénées, par le pays des Gascons, attaqua Pampelune , ville de Navarre , et la força à se rendre. De là, passant à gué rEbre, il s'avança vers Saragosse , ville considérable de ce pays, reçut les otages que lui amenèrent Ibtt-al-Arabi , Abitnaûr et plusieurs autres Sarrasins, et revint à Pampelune. Il rasa les murs de cette ville pour l'empêcher de se révolter à l'avenir; et voulant retourner en France , il entra dans les gorges des Pyrénées ; mais il eut à y souffrir un peu de la perfidie des Gascons. Dans sa marche, l'armée défilait sur une ligne étroite et longue , comme l'y obli-

' (*) De stelUn, ùeh hersteUen^ se mettre dcooal, te dresser.

geait la nature d^n tarrahi resserré.

Les Gascons s'embusquèrent sur la crête de la montagne, qui, par le nombre et Tépaissear de ses bois, faVoj^i* sait leurs artifices; de là se précipitant sur la queue des bagages, et sur l'arrière-garde , destiné à protéger ce qui la précédait,- ils les rejetèwnt dans le fond de la vallée, tuèrent, après un combat opiniâtre, tous les hommes jusqu'au dernier, pillèrent les bagages, et , protégés par les ombres de la *nuit, qui déjà s'épaississaient, s'épar-

Ïijllèrent en divers lieux avec une exréme célérité. Les Gascons avaient pour eux, dans cet engagement, la légèreté de leurs armes. La pesantieur des armes et la difficulté du terrain rendaient au contraire les Francs infé* rieurs en tout à leurs ennemis. £gghiard, mattre d'hôtel du roi, Anselme, comtedu palais, Roland, commandant des frontières de Bretagne , et plusieurs autres, périrent dans cette affaire. Tirer vengeance sur-le-champ de cet échec, ne se pouvait; car le coup fait, ses auteurs s'étaient tellement dispersés qu'pn ne put recueillir aucun renseignement sur les lieux où on devait les aller chercher »

(*) Ces quelques mots d'Égînhard (Tie de CharlemiigDe ) sont tout oe qui nous reste sur la bataille de Ronoevaux : Thistoriea de Charlemagoe n'a peut-être point tout dit sur celte défaite quMl prâenle comme une simple afTaire d*arriére- garde et qui cependant a fait tant d'impression sur les comtemjporains , que le souvenir s*en est conserve dans les traditions populaires, au nord comme au midi de la Loire, Rien n'est plus célèbre au moyen âge que Roncevaux et Roland ; ils furent chantés en 1066 par les Normands à la bataille dUastings, et au XII* siècle il existait sur ce sujet un long poëme de 8000 vers. Told une courte analyse de la partie du poëme (^ui couccrne Roland, ce mystérieux paladin SI connu des légendes et que l'histoire ne nomme qu'une fois. Charlemagne, après être resté six ans en Espagne , songe à re-

{[agner la France. Mais avant de repasser es monts, il veut envoyer un ambassadeur i Marsi!e,roide Saragosse, pour recevoir la soumission* qu'il A promise. Sur Pans de Roland, neveu de Cbarlemagne, GannHon c4

L'UNIVERS

Les autres expéditions que les Francs firent au-tielà des Pyrénées,

désigné. C*est une mission périlleuse, car tous les ambassadeurs envoyés à M arsiie ont é(é mis à mort par ce roi feion : aussi Gan- Delon jure-t-ii de se venger de Roland. Arrivé à SaraçQSse il se laissa gagner par Marsile, lui indique la roule que suivent les Francs , et surtout la position que Roland et les meilleurs paladins de CharlemagUe doivent prendre à Tarrière-garde. Puis, chargé de présents , il retourne dire ^ Charles que Marsile se reconnaît son vassal L'armée passe les Pyrénées ; tout à couç Tarrière • garde , attaquée au milieu des deGlés par les Sarrasins , est contrainte de s'arrêter toute une nuit. Cependant Charles s*éloigne toujours : Roland pourrait le rappeler en sonnant de son cor qui peut se faire entendre jusftne par-delà les montagnes; mais il croirait se déshonorer en montrant de la crainte, et attend avec SCS viitgt mille soldats le choc des Sarrasins. C*t»l une terrible mêlée ou viennent prendre part toutes les nations païennes; Mahomet réunit tous ses sectateurs contre Roland et les cinquante chevaliers qui lui restent. Déjà cent mille Sarrasins ont été tues ou dispersés , mais voici que le roi de Carihage , d*Etiopes {sic), d'Oliferne et de Candie, arrive encore avec cinquante mille guerriers, « qui n*ont de blanc que les iex et les dent; » alors RoUnd sonne de son oUfran :

« Braient li mont «t Itrault retou Bien qttima litoet li oie en ala.

Charies Tentendit; mais le traître Gannelon Varrêta : «Roland, dit-il, chasse quelque lièvre dans les montagnes », et ils continuèrent. Cependant RoUind , de plus en plus pressé, redouble; si fort il sonne, quil se rompt les veines du cou et que le sang lui sort de la bouche. Cette fois Charles a compris; son armée repasse en toute h&te les monts; mais il est trop tard : tous les compagnons de Roland, Olivier, Gamier, rarchevèque Turpin, outété tués ; Roland est seul(*), « las et travaillez des grans ceux qu'il avoit don- nex et recéns : et angoiseux et trenchiez, grant dolour d^enant s*en vint en tel ma* niere parmi k bois jusque au pié de lamontaigne de Cisaire, et descendi de son cheval desous un arbre delez un grant perron de marbre, quiilluec eslort dreciez en un moult hisia pré au dessus de là Raincevaos. Si

Ç) Je eonllnoe ici Avec U ChroniqaD dt Tarpin qni mit de tr4e-prie le récit du poème.

au nombre de six, furent conduites par Louis-le-Débonnaire , que Charle-

tenoit encore Durandal s*espée (si vaut au« tant à dire comme : Donne grant cop, ou fier durement Sarrazins), S*espée est oit esprouvée sur toutes autres, <ùm et resplanclissans, et de bele façon, trenchans et afilée si fort, que elle ne pooit ne fraiodre ni brisier. Si fine estoit, que avant fausist bras que espée. Quant il l'eut graot pièce (*) tenue et regardée, il la commença à regreter aussi comme en plorant, et dist en tel ma-

* niere : « O espée très bele , claire et resplandissans , que il ne convient pas fourbir aussi comme autres, de belle grandeur et d'avenant besche (**), fort et ferme sans' nule maumaisture, blanche comme uns yvoires par Vcnhendure entrcseignie de crois dor resplandissans, armée de poumiau de berill, sacrée et benéohedes lettres du saint non Nostre Seigneur, a et <i> , et avîronnée de la force Nostre Seigneur Jhesu - Crist, Qui usera plus de ta bonté ? qui t'aura ? qui te tendra? Cils qui te portera ne sera ja vaincus ne esbahis, ne ja paour n'aura de ses anemis, ne ne sera sorpris ne decé«is par fantassies ne par illusions ; mais toujours aura en s'aide la divine vertu. Par toi sont Sarrazins destruiz, et gens mescreans vaincu, la foi chrestienne essaucie, la loenge de Dieu* mouteploiée et aquise. O tantes fois ai vengé par toi le sanc Nostre Seignour Jhesu-Crist 1 O quans milliers anemis ai occis par toi, tans Sarrazins et Juis et autres anemis de la crois destniiz! La justice de Dieu est par toi sousteuue et emplie: les niés et les mains accoutumés à aler à lai^ recjiin sont par toi du cors errachiés. Autant de fois comme j'ai par toi ocis ou Sai^ razins ou desloiaus Juis, autant defoiscui-je avoir vengié le sanc Jhesu-Crisl. O espée benource, en trenchant et en aiguiseoe très îsnele, et a qui ne fut ainques, ne ja*

• mais ne sera resamblable^ cil qui te forja ne avant ne après n'en put faire une autele : qui de toi fut navrez ne pot onqucs puit

•vivre. Je ai trop grant duel se mauvais chevaliers perrecheux t'a après moL Je ai trop grant doleur; se Sarrazins ou autres mescreans te tient et te manie après ma mort. »

« Quant il ot ainsi s'espée regretée, il U leva contremont, et en feri trois merveilleux cox ou perron de marbre qui devant

(*) Lonf'tempe.

(•*) Urcear.

(•") Poignée.

iiagiM a?ait donnë pour roi aux Aquitains, ou par son autre fils Pépin.

Ces guerres eurent pour résultat la formation de la maroie d*£6pagne et la prise des villes d'Empurias, de Barcelone , de Gironne , de Vie, d'Ureel peut-être, et de Tortose. Huesca et Saragosse, les deux plus fortes places entre l'Êbre et les F^énées , ne nirent point enlevées; mais les Francs purent, sans rencontrer de grands odstacles, faire des courses jusqu'au pied de leurs murailles.

lui ettoît; car il la cuidoit brisier, parce (|ue il avoit paour que elle ne Tenist ès mains des Sarrazios. Que tous conleroit-on plus? li perrons fu coupez d^amont jusques en terre, et l'espée demoura saine ^t sans nule brîseure : et quant il TÎt que il ne la porroit depecier en nule manière^ ai fii trop dolans.»

Cependant il j aTait prêt de là une source empoisonnée ; Roland j jette son épée, qui y est encore, dit le poète, et doit y rester {usqu'au jugement aeinier. Ce fut son dernier effort. Le roman ne s'arréle peiut là : il faut effacer la défaite deRoncevaux. Charles rentre en Espagne : alors ce sont d*eITroyables batailles; des combats singuliers, auxquels Charlemagne lui-même prend part. Marsile appelle à son aide Baligant, amiral de Babjlone. Quelque temps le succès est incertain ; mais enfin 'les Francs remportent Saragosse avec sa citadelle et ses cinquante tours tombe en leur pouvoir, la mort de Roland est Tengée.

Nulle guerre n'a prit dans les légendes une telle importance, et ce n'est point seulement parmi les peuples de la Gaule que le souvenir en est reslé : au-delà des Pyrénées le .nom de Ronceraux fut aussi souvent prononcé que de ce o6té^oî des montagnes; ^ndant lonç-temps les Espagnols regardèrent ce combat comme une de leurs pins grandes glou^, et Bernard de Carpio, le vainqueur supposé de Roland , est un de leurs noms les plus populaires ; ils rappellent oe souvenir avec fierté dans leurs cfaÂnu nationaux :

Mal* ta TÎttM Franceict La <açi da RoneatTallaa Don Carlot pardio U hoBora Mariaroo los dosa paras (*).

(*) Camtiomero d» rêMtmnets. Aoai. dal eonda Onari- MW, p. loi. Voycs U DiMartatioD aor la ronMUi im loRcavaax , par M» Moiiia.

îT JJnraUm. (Aixemaghe.)

Auura ws nucai db aavijBax.

Les grandes affres de Chariiwa cne étaient toujours en Allemagne.

Nous Tavons vu, par la soumistiM des Saxons , porter sa domination dans r Allemagne du nord jusqu^à l'Elbe; il faut oue nous suivions maintenant le

Srogi^es de ses armes dans TAlkmagiie u midi.

L'année même de la sommnion de Witîkind, pendant que Charles était encore occupé à le combattre, • il se fit, parmi les Francs orientaux, une grande conspiration, dont on regarda le comte Hartrad comme l'auteur^ Mais aussitôt que le roi en eut été informé, il la dissipa par son habileté et sans' grave daneer; il condamna une partie des conspirateurs à perdre les yeux , et le reste à Texil (*}. n

Quelques années après , un fils na-»

turel de Cbarleinagne ooDsmra contre son père et trouva ott complices même parmi les Francs.

Ainsi , l'on commençait à s'efifrayer de cette grande ambition , qui voyait toujours une euerre nouvelle derrière une guerre achevée , et usait la race des Francs sur les grandes routes et sur les champs de bataille. Les princes tributaires essayèrent même de secouer ce Jou^. Le plus puissant d'entre eux, Tassillon, duc de Bavière^ donna l'exemple. Les anciennes lois bavaroises nous disent en quoi consistait la dépendance de la fiavière à l'égard de l'Ostrasie. Cétaient les rois francs qui créaient ou agréaient lea ducs, pris toi^jours dans la race des Agilofings. Le roi avait droit de condamner à mort les si^ets du duc, et celui-ci devait soutenir ceux qui étaient chargés de faire les exécutions. Le duc devait encore se soumettre à certains capitulaires que les rois fai* saient publier dans la Bavière. Cette dépendance, les ducs de Bavière s'en étaient à peu près affranchis sons les

(*} lÉçinhard, Annales, ad anaum 785.

— Les historiensont aeeusé la reine Farfrédt, épouse de Cbarlenagne, d'avoir par aa cruauté suscité oeUe conspiration.

derniers Mérovindens; mais quand les mailres du ^ais eurent pris la j^aoe de ces derniers, il fallut se repla- .eer ftouS le joug. Cétait chose pénible, .surtout pour le duc de Bavièrè , qui , descendant de l'antique fiamille des A^ofings , allié de près aux rois lombards, maître de la Bavière, de Ift partie occidentale de l'Autriche ^actuelle, et peut-être aussi du Tyrol et du pays des Grisons, se croyait au fitioios aussi noble et aussi puissant ^ue las Carlovingiens. *

L'an 787, Charlemagne apprit, par le |Mipe Adrien, qu'une granoe conspiralion se formait contre lui; Tassillon, A?ec l'aidé des Avares qui occupaient la Pannonie derrière la Bavière, oeyait a^ taquer l'Ostrasie, tandis que les Grecs , OBÉs au duc ind^tendant de Bénévent , te jetteraient sur les possessions d'Italie ; heureusement , les Grecs et les Bénéventins n'osèrent remuer. Charles wt le temptd'aocabler Tassillon. «Il asismUa une mnde armée et résolut d'attaquer la Bavière et Tassillon. Il eoounanda à Pépin , son fils, de se rendre avec les troupes italiennes dans la vallée de Trente : les Francs orientaux #1 les Saxons s'avancèrent, comme ils en avaient reçu l'ordre, jusqu'au lieu noomié Pfenning , près du Danube , et luî-naéale s'arrêta, avec la partie de l'armée qu'il conduisait , dans la banlieue d'Augsbourg, sur le Lech, qui sépare les Alemans et les Bavarois.

De là, et avec tant de troupes, il eût, E$nB aucun doute, envahi la Bavière, ai Tassillon n'eût prévenu , en se remettant au roi, son danger et celui de son peuple. Se voyant entouré de toutes parts, il vint, en suppliant, deipander le gardon de ses actions ms- Le roi, qui était très-doux aesa nature, se rendit à ses vœux et ses prières, reçut de lui. outre douze otages, son fils Tbéodon, s'assura , par un serment , de la fidélité des ha- DÎtants de cette contrée, et retourna en France. Il célébra la fête de I^oël et celle de Pâques dans la ville d'Ingçiheim, dans la banlieue deMayence.

. [788] «Décidé à tenir dans cette ville rasseod^lée générale de son peuple,

Oiarles ordonna à TasaiUpo, h ses autres vassaux, de s'y rendre; et lorsque ce duc, selon l'ordre qu'il avait reçu, fut venu en sa présence, il fut accusé de lèse- majesté par te Bavarois , qui en donnaient pour rai- Son, qu'après avoir remis son fils comme otage au roi , et par le conseil de sa femme Hulberge, fille de Didier, qui conservait une grande haine contré les Francs , à cause de l'exil da son père, Tassillon, par animosité contre le roi , avait excité les Huna à entreprendre la guerre contre les Francs. Ce qui arriva cette même année prouva la vérité de l'accusation.

Les Bavarois racontèrent plusieurs actions et paroles du duc, qui n'avalent pu être dites ou faites que par un ennemi furieux , et il ne put en nier aucune. Convaincu de crime à l'unanimité, il fut condamné à la peine capitale; mais mal|pré ce jugement, la clémence du roi lui sauva la vie. On lui fit quitter l'habit séculier, et il fut envoyé dans un monastère , où il vécut aussi pieusement au'ily était entré de bon cœur. Son nls Tnéodon reçut aussi la tonsure, et fiit assujetti à la loi monastique. Ceux des Bavarois qu'on savait avoir été instruits et complices de leur perfidie furent te* lègues en dififérents lieux d'exil (*). »

Ainsi finit la race des Agiloflngs; le duché de Bavière devint une simple province de l'empire de Charlemagne, administrée comme les autres par ses délégués.

«uEumi ooimii tes eiclavoîîs.

Il semble que Qiarlemagne ait poussé en quelque sorte parallèlement ses conquêtes dans le nord et dans le sud de FAllemasne : si derrière la Bavière il a trouvé les Avares, derrière la Saxe il rencontre les Slaves. Maintenant qu'il est maître de la Saxe jusqu'à l'Elbe, il lui faut, pour assurer sa frontière, pousser à travers les Slaves jusqu'à l'Oder, comme bientôt il poussera jusqu'au Raab , pour garantir la Bavière

(*} Annalei d'Éginhard*

tl»

kl laainkms éis Afam « n y a en Gemaniot m le bord éb rOcéan, ooe certaine natioD d'Ei»

dSTOdfl qui se nomment dans leur iMune wélétabes, et sont appelés par hs Francs Wiltzes. Ce peuple, toujours ennemi des Francs « arait coutume de

rrsuim de sa haine , d'opprimer et harceler par ses armes ceux de fes YoisinB qui étaient alliés ou sujets dss Francs. Le roi, ne foulant pas sapporter plus long*temps cette inso* leaee, résolot de leur feire la guerfOé saembla une nombreuse armée, et niffisa le Rhin près de Cologne (789). U prit de là son chemin par la Saxe; et «mqu'il eut ga^é l'Elbe , il plaça son camp sur le nvaffe, ioiffolt le Deun par deux ponts , fortifia hxn aux deux aoûts, et y laissa une forte garnison.

LDi-mfme passa le fleuve, conduisit son armée au lien désigné, entra $nt les terres des Wiltzes, et ordonna de tout rava^ par la flamme et le fer.

Cette nation, quoique belliqueuse, et se contant en son nombre, ne put long-temps soutenir l'impétuosité de l'armée des Francs. Dès que le roi fut arrifé près de la ville de Draffwit, Wiltzan, au! par l'autorité de sa tieiUesse h la noblesse de sa naissance était supérieur aux autres petits rois des Wiltzes, alla au-devant de lui avec tous les siens , donna les otages

Son lui demandait, et engagea, par serment, safoiauroietauxFrancs.

Les autres rois et les principaux des Esdavons suivirent son exemple et se ioomirent au pouvoir du roi. Charles, ayant ainsi réduit ce peuple, et reçu In otages qu'il avait exiçés^, regagna fJUbe par le même chemm , fit repasser le pont à son armée, et ayant réglé, m passant, tout ce qui regardait les

Entre les Slaves voisins des Saxoof et les Avares se trouvait ce triangle de montoies qui èiiferme et fiTotége Ta Bohème. CEàrles essaya aussi de le soumettre, afin c^e Its pa^s de sa domination ne fussent point sépo^ pir des contrées indépendantes : iL y fit deux expéditions, mais qui n'eurent ^owrésulUt que la démsUtiou de la Bo-

Saaoii», il leiÉit etSritfie, et eéMMt

à Worms, la fête de I^o^l et eaUeli Pâques (*).»

Cette expédition ne fut pas la seuil

Se Chdries entrmritde eeoété; 11 M lut plusieurs fois mareher au se* eours de ses nouveaux triimtaires 4 attaqués par les peuples voisin^ et sui^' totit par les Danois d'au-delà de l'Ëjr^ der. Aussi, sa domination! qu'il es-< sajra d'assurer par la constniction de forteresses sur le cours de l'Elbe, ne fot jamais établie d'une manière sé* rieuse sur les. pays situés entre ce fleuve et l'Oder.

evxait cfnrrsB ld ▲vubs.

TassiUon^ à l'époque de sa révolte^ avait soUidté les secours des Ava* res; ils parurent en efEet avec deux armées , crai attaquèrent , mais en vaini l'une le Frioul, l'antre la Bavière) ils forent vaincus è deux reprises , et eontraints dé regagner leur pavs, oà Cheriemagne se prépara bientôt à les suivre. « Les Avares étaient des ca* valiers Infatigables , retranchés éunf les marais de la Hongrie , qui de il fondaient è leur choix sur les Slaves et sur Temphre erec. Tous les hivers « dit l'historien, ils allaient dormir avee les femmes des Slaves. Leur camp od ring était un prodigieux village de bois qui centrait toute une province for»

mée de haies, d'arbres entrelacés : il j avait là des rapines de plusieurs siècles, les dépouilles des Byzantins^ entassement étrange des objeb les plus brillants, les plus inutiles aux Barbares, bizarre musée de brieandaae. Ce camp, d'après an vieux soldat de Cbai^ lemagne, aurait eu douze ou quinze lieues de tour, coihme les villes de l'Orient, liinive ou Babvlone. Tel est le génie des Tartares : le peuple uni en un seul camp^ le reste en pâtura* aes déserts. Celui qui visita le cbagan des Turcs, au XVr siècle, trouva le Barbare qui siégeait sur un trdne d'ori au milieu du désert. Celui des Ava<^ res , dans son village de bois , se fai«

(*) Ëginhard , Aanales.

L'UNIVERS

lâit donner des lits d'or massif par Tempereur de Constantinople (*).»

« Le printemps passé, le roi quitta Worms, vers le commencement derété, et partit pour la Bavière , dans la résolution de rendre aux Huns (ou Avares) le mal quMls lui avaient fait, et de leur déclarer la guerre le plus tôt possible. Il assembla donc dans cette intention des convois et les meilleures troupes de son royaume , et commença à faire route avec son armée partagée en deux. U en confia une portion au comte Tbéodoric et à M^infried , son chambellan , et leur ordonna de marcber par la rive septentrionale du Danube; lui-même occupa, avec celle qu*il conduisait, la rive méridionale de ce fleuve, et gagna la Pannonie. Il commanda aux Bavarois de descendre le Danube avec les

Erovisions de Tarmée , placées sur des ateaux. S*étant ainsi mis en marche, il dressa d'abord son camp près de l'Ems; car ce fleuve, coulant entre la Bavière et le pays des Huns , devait nécessairement servir de limites aux deux royaumes. On fit alors , pendant trois jours, des prières, pour que Tissue de cette guerre fût heureuse et fortunée : ensuite les troupes se mirent en mouvement, et la suerre fut déclarée par les Francs à la nation des Huns. Les garnisons de Huns furent diassées ; leurs forteresses , dont Tune était bâtie près du fleuve du Camb, et l'autre près de la ville de Comagène (Comhorn?)et sur le montAnneberg, furent détruites , et tout fut dévasté par le fer et la flamme. Le roi ^gna, avec son armée, le fleuve du Raab, le passa, et marcha, en suivant la rive, jusqu'au lieu où il joint le Danube. Il y campa quelques jours, et résolut de retourner par la Bavière; mais il ordonna aux autres troupes, à la téte desquelles étaient Théodoric et Meginfried, de reprendre la route de la Bohême, qu'elles avaient déjà suivie.

Ayant ainsi parcouru et ravagé une £Kmde partie de la Pannonie , il rendra en Bavière avec son armée saine

(*) Michclcl , Histoire de Fraace, 1. 1,

ét sauve. Quant aux Saxons et wm

Frisons, ils retournèrent chez eux fMir la Bohême, avec Théodoric et Meginfried , selon l^ordre qu'ils avaient reçu. Cette expédition se passa sans aucun fâcheux accident^ si ce n'est que les chevaux de l'armée, que menait le roi, furent atteints d'une telle maladie, qu'on dit oue de plusieurs milliers do chevaux, il en resta à peine la dixtèma partie. Le roi renvoya ses troupes , se rendit à la ville de Régine, nommée actuellement Regensbourg, y passa l'hiver et y féta la naissance et la ré* surrectiou du Sauveur (*). »

« Ce fut la seule campagne qu'il fit en personne dans laPannonie.il se reposa sur son fils Pépin , les oomman^ dants des provinces, ses comtes et ses lieutenants, du reste de la guerre. Quoique soutenue par tous ceux-ci avec un très-grand courage, elle ne fut terminée

?Li'au bout de huit ans (791-797). La annonie, vide d'habitants, la résidence royale du Chagan, tellement dévastée^ qu'il n'y restait pas trace de demeure humaine , attestent combiea il y eut de combats donnés et de sang répandu. Les Huns perdirent toute leur noblesse, virent périr toute leur

Î gloire, et furent dépouillés de tou^ eur argent, ainsi que des trésors qu'ils avaient amassés aepuis longues années. De mémoire d'homme, les Francs n'ont fait aucune guerre dont ils aient rapporté un butin plus abondant et de plus grandes richesses. Jusqu'à cette époque, on aurait pu les regarder comme pauvres \ mais alors ils trouvèrent dans les palais du roi des Huns tant d'oret d'argent, et rapportèreol des combats tant de précieuses déix)uilles, qu'i>n est fondé à croire que les Francs enlevèrent justement au?

Huns ce que ceux-ci avaient précédemment ravi injustement aux autres nations {**). »

Cette nation , autrefois si redoutable, tomba si bas après sa défaite, que ce qui en restait fut obligé de venir demander à Charlemagne asile

C) éginhard , Annales.

(**) Eginbard, Yie de Cbarlemi^piiw

et protection contre les Slaves. Il en étabKt en Baiière et leur fit prêcher le christianisme.

Par la ruine de la domination des Avares , Celle de Charlemagne s'étendit tout le long du cours du Danube , jusqu'à l'embouchure de la Save, et, dans la Pannonie supérieure , jusqu'au Raab, au milieu ae la Hongrie actnelle.

«Telles sont les guerres que Charles , le plus puissant des monarques, soutint en aivers lieux de la terre , avec autant d'habileté que de bonheur, pendant les quarante-septans que dura son r^ne. Le royaume des Francs, tel que le lui transmit Pqpin son père, était déta sans doute étendu et fort, mais il le doubla presque, tant il l'agrandit par ses nobles conquêtes. Ce royaume, en effet, ne comprenait avant lui que la partie de la Gaule située entre le Rhin , la Loire , l'Océan et la mer Baléare; la portion de la Germanie habitée par les Francs, bornée par la Saxe, le Danube, le Bhin et la Sale, qui sépare les Thurîngîens des Sorabes, le pays des Alemans et la Bavière. Charles y ajouta, par SCS guerres mémorables, d'^abord f'A^itaine, la Gascogne, la chaîne entière des Pyrén^s, et toutes les contrées jdsqu'^à l'Èbre , qui prend sa source dans la Navarre, arrose les plaines les plus fertiles de l'Espagne , %t se jette dans la mer Baléare , sous les murs de Tortose; ensuite toute la partie de l'Italie qui , de la vallée a'Aost jusqu'à la Galabre inférieure , frontière des Grecs et des Bénéventins, •'étend sur une longueur de plus d'un million de pas; en outre la SaxQ, portion considérable de la Germanie . et qui , regardée comme double en lar-

feur de la partie decettecontrée qu'haitent les Francs, est réputée égale en kMuniear, de plus, les deux Pannonies, la Dacie, située sur la rive opposée du Danube, l'Istrie, la Croatie, la Dalmatie , à l'exception des villes maritimes dont il voulut bien abandonner la^ possession à Tempereur de Constanti-

nople , par suite de l'alliance et de l'amitié qui les unissaient ; enfin , toutes les nations barbares et farouches qui occupent la partie de la Germanie coiiiprise entre le Rhin, la Vistule, le Danube et l'Océan. Quoique parlant à peu pr^ une même langue , efies diffèrent beaucoup par leurs mœurs et leurs usages. Il les dompta si complètement, qu'il les rendit tributaires.

Les principales sont les Wâétabes, les Sorabes, les Obotrites et les Bohémiens. Ce fut avec celles-là qu'il en vint aux mains ; mais il accepta la soumission des* autres, dont le nombre est plus grand {*), »

aisULTÀTS DKS GUKR&IS DI CBA&UMAOKft.

irÀTio)rAi.rri gk&iiakxqoi.

Ces grandes guerres de Charlemagne eurent, nous l'avons déjà dit, pour résultat de révéler à l'Allemagne sa propre identité , de lui constituer une nationalité, dont l'idée pouvait s'obscurcir, mais devait vivre à jamais . Avant lui, avant les princes de sa maison, l'Allemagne se divisait en plusieurs principautés : c'étaient autant d'états particuliers soumis à leurs propres lois; les uns étaient déjà chrétiens , les autres restaient encore attachés à leur ancien culte; tous parlaient , il est vrai , la même langue, mais ils ne se reconnaissaient point pour frères , pour membres d'une même famille , ils n'avaient et ne voulaient avoir entre eux rien de commun.

Après Charlemagne, ces principautés sont allées se perdre dans l'immensité de l'empire; un grand centre a été formé , où tout vient aboutir, se mêler et se confondre : Bavarois , Saxons , Francs, Thuringiens , viennent se reconnaître aux assemblées de Paderborn ou d'Aix-la-Chapelle. Deç lois

générales, qu'ils font eux-mêmes, s'aressent, pour la première fois , et dans les mêmes termes, à toutes ces tribus diverses , que rallient encore les unes aux autres un même culte, un même système religieux. Voici main-

(*} Éginhard, Yie de Chartmagne.

L'UNIVERS

teant que ces peujdades, iadis iso- Im, se trouvent enveloppées d'une dioublê l^iérarohie , religieuse et politi- , qui remontent, l'une, par les ab- , les évéquee , Jusqu'au pape; l'autre par les vigujers , les comtes , etc., josôu'à l'empereur. L'église et l'état e'aioent mutuellement a reconstruire la grande âimille que l'inyasion avait détruite ^t dispersée. Charles n'est

I)lus seulement le roi des Francs • mais 'einpereur d'Occident (*). Cet em-

(*) « Au commencemeiit d'août de ranoée 800 , le roi le rendit à Mayenee et y tint TasMoiblét généndt. lA, le roi annon^le voyace d'Italie, partit avec son armée, et alla a Ravenne. Il n*y demeara que sept jott9i« et ordonna i Penio, son fils, d'entrer avec cetie mène armée sur les terres des fiénéventins. Le roi quitta Ravenne, accom- • pagoa son fils jusqu'à Ancône ,. s'en sépara dans celfe ville et gagna Rome. Le pape Léon vint au-devant de lui jusqu'à Lamenlana , et l'y reçut avec de grands honneurs. Après le repas qu'ils pHrent ensemble, le roi demeura dans ce lien , et le pape retotima à Rome. Le Jour d'après, L&n, placé avec les évèques et tout le clergé sur les défîtes de la basilique de Saint-Pierre, reçut ) a roi en louant et remerciant Dieu, à sa deioente de cheval; et tandis que tout le monda chantait des psaumes, il l'introduisit dans l'église de ce hienbeureux apôtre, en glorifiant , reroerciaat et bénissant Dieu. Ces choses se pissèrent le %i novembre. Sept jours

r* I, le roi convoqua une assemblée, déà tous pourauoi il était venu à Rome, et depuis donna chaque jour tous ses soins aux afTaircs qui l'avaient amené. Il comment par la plus importante comme la plus difficile : c'était l'examen des accusations dirigées contre le saint pontife ; mais comme personne ne Tontut entreprendre de les prouver, le pape monta en chaire en présence de tout le peuple dans la basilique de l'apôtre Saint-Pierre, prit lltvangile dans sa main, invoqua le nom de la sainte Trinité, et ae purgea par serment des crimes qui lui étaient imputés. Le mène jour le prêtre Xaçharie , que le roî avait envoyé à Jérusalem , arriva à Rome avec deux prêtres qui venaient trouver le roi par ordre du patriarche. Us lui apportèrent sa bénédicUon , les deâ du Saint-Scpulcre et du Calvaire , ainsi qu*ttn étendard. Le roi les reçut gracieusement, tes rctiut quelques jours près de lui,

pire croulera sans doute, et ptui vite

Jue le premier, mais quand le« pelles divers qui le composent se sépareront , après queh]ues instants d'une vie commune • pour suivre leurs des^ nées particulières, ils garderont tou- Joum souvenir de ce moment unique OÙ ils n'avaient tous q[u'un même dnit. L'empire romain avait unifié l'ancien monde; il fallait que le mondé noa* veau qui l'avait remplacé , ce monde si remuant et si indocile, reçût aussi à son tour l'idée si féconde de l'ovdre et de l'unité/ D'ailleurs , r4)oqtte féodale, où les bonunes devaient refiiire, dans le silence et l'isolement, leur étra moral, s'annonçait déia. Encore un siècle et le lien admmistratif était rompu: 1 état disparaissait pour étire place à la famille. Mais Thumanité n'avance que par l'association, par lit réunion de toutes les forces individuelles , se mettant au seryiœ d'une pensée commune; aussi, bien que la féodalité fît beaucoup pour le déveloi^ pement individuel , 1 humanité ne pouvait s'arrêter là; pour se remettre en marche, il hil fallut rassembler toutes ces forces, qui dans leur isolement avaient pris un grand accroissement, et les concentrer, afin de leur donner une impulsion commune. Si elle fut puissamment aidée dans ce travail péh nible , ce fut surtout parce que Oiarlemagne avait posé d'une manière forte et durable, à l'entrée des tempe féodaux, l'idée de l'unité monarchique.

les récompenn, et leur donna aodîenoe lorsqu'ils voulurent s'en retourner.

«Le saint Jour de la naissaneado Seigneur, tandis que le roi, assistant' à la maase, aa

levait de sa prière devant l'auld du bie^ heureux apôtre Pierre , le pape Léon lui paaa une couronne sur la tôte, et tout le peuple romain s'écria : « A Cbarw Auguste, couronné par Dieu, grand et pacifique empereur des Romains, vie et victoire I » Après laudes , il fut adoré par le pontife suivant la coutume des anciens princes , et quittant le nom de patrice, fut appelé Emperbux n Auguste (*). »

C) Égiob&rd, Annaïes.

ALLËItÂfillS.

oiiiimîrtîfiirt Di ciuEtiiii.ovB.

Gharlemagne est mbins célèbre peut- Afare par ses guerres que par ses travaux comme ïéeiklatéur et par ses efforts pour fonder une société vérita*

ble , pour ramener Tordre au sein és cet immense chaos qu'on appelait, au VIII' siècle , l'empire des Francs. Toutefois, il faut dire que s'il essaya d'établir un grand système d'administration , il n'y réussit qu'imparfaitement.

« Malgré 1 unité (*), malgré Factivitédo sa pensée et de son pouvoir , le désor- 4|e ébît autour de lui immense, infmc&le ; il le réprimait un moment sur un point; mais le mal régnait partout ou ne parvenait pas sa terrible volonté; et la où elle avait passé, il recommençait dès qu'elle s'était éloignée. H ne faut pas se laisser tromper parles mots : ouvrez aujourd'hui l'Al- Inanadi royal: vous pouvez y lire le système de l'admintstration de la France; tous les pouvoirs, tous les fonctionnaires , depuis le dernier écbe»

Ion jusqu'au plus élçvé, y sont indiqués et classes selon leurs rappris.

Et il n'y a point là d'illusion ; les cboses se passent en effet comme elles sont écrites : le livre est une fidèle mag^ de la réalité. Il serait facile de construire, pour l'empire de Gharle-* masne, une carte administrative semblaole, d*y placer des ducs, des comtes, des vicaires . des centeniers , des échevins (scabim) , et de les distribuer sur le territoire, hiérarchiquement organisés. Mais ce ne serait qu'un vaste mensonge : le plus souvent, dans la plupart des lieux, ces magistratures étaient impuissantes, ou désordonnées elles-mêmes. L'effort de Gharlemagne, pour les instituer et les faire agir, était continue], mais échouait sâlns cesse. Maintenant

(*) A cette analyse du gouvernemeot de Oùrlesiagnevque nous empruntons presque fout entière à M. Guizot, nous ajouterons JOOf forme de notes quelques observations, ouekiuet traductions de capitulaires , pour edaîrar Éertains points qui , sans cela, restenûetit peut-être encore dans l'ombre.

que nous voilà avertis et en gardQ contre les apparences syatéœatiquesdo ce gouvernement, nous pouvons en esquisser lea traits, on n'en oondurt rien de trop.

« Il fltqt distinguer Le gouyerne^ ment local et le gouvernement cen« tral.

« Dans les provinces ^ le pouvons de l'empereur s'exerçait pttr deux classes d Wents , les uns locaux et per^ manents, les autres tnyoyés dt loinet passagers.

• »*e«, «oiins* TBiftastiAt.

«Dans la première classe étaient eonn pris : 1*" les ducs , comtes, vicaires dens eomtes, centeniers, seamni^ tous ma* gistrats résidants , nommés par l'empereur lui-même, ou par ses délégués^ et chargés d'agir en son nom pour le-i ter des forces, rendre la justice, maintenir l'ordre, percevoir les tributs^ S* les bénéficiers ou vassaux de l'em* pereur, qui tenaient de lui , quelquefois héréditairement, plus souvent a vîe^ plus souvent encore sans aucune stipulation ni règle, des terres, des domaines dans l'étendue desquels ils exei^ paient, un peu eh leur propre nom, im peu au nom de l'empereur, une certaine Juridiction et presque tous les droits de la souveraineté. Rien n'était bien déterminé ni bien clair dans la situation des bénéficiers et la nature de leur pouvoir : ils étaient en même temps délégués et indépendants, propriétaires et usufruitiers ; et l'un ou l'autre de ces caractères prévalait en eux tour à tour. Mais, quoi qu'il en soit, ils étaient sans nul doute en relation habituelle avec Gharlemagne, qui se servait d'eux pov faire partout part eair et eoLécuter sa volonté.

BVTOtIi •« tôt. . f>'

« Au-dessusdesacents locaux et résl« dants, magistratsoubénéficiert^ étaient les misHaomhUci^enYoyés temporaire^ chargés d'inspecter, au nom de l'empereur , l'état des provinces, autorisés à pénétrer dans l'intérieur des domaines concédés;comme danslesterreslibM»

itnres^s du droit de réformer certains lâHis. et appelés à rendre compte de tout a leur mattre. Les misfi cfomifiicl fbrent pour Gharlemagne, du moins dans les provinces, le principal moyen d^ordre et d'administration

«Quant au gou?eniementcentra],en BHttant pour un numient de côté Tac* lian de Gfaarlemagne lui-même et de ses conseillers personnels, c'est-à-dire le Trai gouyemement, les assemblées nationales, à en juger par les appv Teoces et à en croire pràque tous les historiens modernes, y occupaient une i;i7mde place. EUeararent en effet, sous son rèçi^, fréquentes et actives (**), »

Voia d'après Hincmar, le célèlk^ «rdieféque de Reims, conmient les choses se passaient dans ces assemblées :

« C'était l'usage de ce temps de tenir «chaque année deux assemblées...; « dans l'une et l'autre, et pour qu'elles « ne parussent pas convoauéà sans « motif (***}, on soumettait a l'examen

^ Gef envoyés tehaîent tous les ans, aux MIS de janvier, avril, juillet et octobre impk, m , anni Sia , arr«4), des assises où les évéques, les abbés, les comtes, les seicneort , les avoués des églises , les Ticaires des comtes , les oenteniers et les hommes libres étaient obligés de se trouver. On traitait dans ces assemblées d*abord des affaires de !*ég1ise et de la religion , puis les missi devaient s*enquérir de tous , comment les officiers établis par Tempereur s'acquittaient de leur office, si quelque loi avait été violée, si des abus se présenlaieot , etc. Ils rendaient à Tinstant justice sur toutes choses, car ils avaient pouvoir même sur les comtes, •a bien, quand les cas étaient graves, ils en réfèraieot au prince. (Voir le capitulaire de Tannée 8i3.)

(**) Bf. Gttisot, Histoire delà civilisation en France, t IL

(**^ ^Ifé quûsi sine causa eonpocari vide-' tmtur, -Cette phrase indique que la pbpart des Hienibres de ces assemblées regardaient Tobligation de s*y rendre comme un fiirdetn, qu'ils se souciaient assez peu de partager le pouvoir législatif, et que Charlemifae voulait légitimer leur oonvocatiop

et à la délibération des ^nds, et en vertu des ordres du roi, les articles de loi, nommés cemUida , que le roi lui-même avait rédigés par Tinspiration de Dieu, ou dont la nécessité lui avait été manifestée dans Tintervalle des réunions.

« Après avoir reçu ces commimlca* tions, ils en délibéraient, un, deux ou trois jours, ou plus, selon Tim-

Sortance des anaires. Des messagers u palais, allant et venant, recevaient leurs questions, et leur rapportaient les réponses, et aucun étranger n'approcnait du lieu de leur réimion, jusqu'à ce que le résultat de leurs délibérations pût être mis sous les yeux du grana prince, qui, alors, avec la sagesse quMI avait reçue de Dieu, adoptait une résolution à laquelle tous obéissaient.

« Les choses se passaient ainsi pour un, deux capitulaires, ou un plus crand nombre, jusqu'à ce que, avec raide de Dieu , toutes les nécessités du temps eussent été réglées.

« Pendant que ces affaires se traî^ talent de la sorte, hors de la présence du roi, le prince lui-même, au milieu de la multitude venue à l'assemblée générale, était occupé à recevoir les présents , saluant les hommes les plus considérables, s'entretenant avec ceux qu'il voyait rarement . témoignant aux plus âgés un intérêt affectueux, s*égayant avec les plus jeunes , et faisant ces choses et autres semblables pour les ecclésiastiques comme pour les séculiers. Cependant, si ceux qui délibéraient sur les matières soumises à leur examen, en manifestaient le désir, le roi se rendait auprès d*eux, y restait aussi long-temps qu'ils le voulaient , et là, ils lui rapportaient

en leur donnant quelque chose à faire, bieji plutôt quHl ne se soumettait lui-même à la nécessité d^obtenir leur adhésion.» (Note de M. Guizot). Régulièrement chaque comte devait envoyer à rassemblée générale douze représentants. Les avoués des églises , c'està-dire ceux qui étaient cSiargés de protéger et de défendre les biens des ^Uaes, devaient aussi les accompagner.

ISS

a¥ec une entière familiarité ce quMIs pensaient de toutes choses, et quelles étaient les discussions amicales qui s^étaient élevées entre eux. Je ne dois pas oublier de dire que, si le temps était beau, tout cela se passait en l>lein air; sinon, dans plusieurs bâtiments distincts^ où ceux qui avaient à délibérer sur les propositions du roi étaient séparés de la multitude des personnes venues à l'assemblée ; et alors les hommes les moins considérables ne ^uvaient entrer. Les lieux destinés a la réunion des seigneurs étaientdivisésendeux parties, de telle sorte que les évéques, les àbbés et les clercs élevés en difpoité

Sussent se réunir sans aucun mélange e laïques. De même, les comtes et les autres principaux de l'État se séparaient, dés le matin, du reste de la multitude , jusqu'à ce que , le roi présent ou absent, ils fussent tous réunis ; et alors les seigneurs ci-dessus désignés, les clercs de leur côté, les laïques du leur, se rendaient dans la salle qui leur était assignée, et où Ton avait fait honorablement préparer des sièges. Lorsque les seigneurs laïques et ecclésiastiques étaient ainsi séparés de la multitude, il demeurait en leur pouvoir de siéger ensemble ou séparément, selon la nature des affaires qu'ils avaient à traiter, eccl^iastiques, séculières ou mixtes ; de même s'ils voulaient faire venir quelqu'un, soit pour demander des aliments, soit pour faire quelque question, et le renvoyer après en avoir reçu ce dont ils avaient besoin , ils en étaient les maîtres. Ainsi se passait l'examen des affaires gue le roi^ proposait à leurs délibérations.

« La seconde occupation du roi était de demander à diacun ce qu'il avait à lui rapporter ou à lui apprendre sur la partie du royaume dont il venait.

Mon seulement cela leur était permis à tous, mais il leur était étroitement recommandé de s'enquérir, dans l'intervalle des assemblées, de ce qui se passait au dedans et au dehors du roj^ume; et ils devaient chercher à • k sa?olr 4^ Rangers comme des

nationaux, des ennemis comme des amis, quelquefois en employant dea envoyés , et sans s'inquiéter beaucoup de la manière dont étaient acquis les renseignements. Le roi voulait savoir si, dans quelque partie , quelque coin du royaume, le peuple murmurait ou était a^té , et quelle était la cause de son agitation, et s'il était survenu quelque désordre dont il fût nécessaire d'occuper le conseil général , et autres détails semblables. U cherchait aussi à connaître si quelqu'une des nations soumises voulait se révolter, si Quelqu'une de celles qui s'était révoltées semblait disposée à se soumettre, si celles qui étaient encore indépendantes menaçaient le royaume de quelque attaque, etc. Sur toutes ces matières, partout où se manifestait un désordre ou un péril, il demandait4)rincipalement guds en étaient les motifs ou l'occasion (*). » Ainsi, ces assemblées générales, fi ne faut pas s'y tromper, n'étaient mi'un raste moyen de gouvernement. Charlemagne ne réunissait près de lui tous ses grands que pour connaître par eux l'état et les besoin^ du pays ; leur soumettre les capitulaires qu il avait pré-

Sarés, non point pour reconnaître teui roit à les contrôler, mais afin de profiter de leurs lumières et changer ce qui serait trouvé mauvais. Ces assemblées diffèrent donc essentiellement de ces anciennes réunions du Champ de Mars, où les hommes libres venaient faire réellement eux-mêmes leurs affaires. Aussi voit-on que sous Charlemagne , la plupart de ceux qui composaient ces assemblées, regardaient l'obligation de s'y rendre comme une charge pénible , car ils savaient qu'ils . n'allaient porter là que leur approbation à des actes arrêtés d'avance, ou tout au plus leurs conseils, mais iainais leur volonté. Et d'ailleurs, ce n était point le vrai peuple des hommes libres qui venait à ces assemblées : convoqués dans les marches d'Espagne , d'Italie et de Bavière , ou dans les marais de la

{*) Hlncmar, cité et trad. par M. GidMti pîstoire de la dviL en France, U 1U

Saxe, tous les évéques, tous les comtes, M. Guizot a fait à la Sorooime, dâàs tous les fidèles ne pouvaient ainsi, deux ses leçons sur Charlemagne. un exa- Ibis Tannée^ traverser Timmensité de men approfondi des capitulaires de ce ^empire po«r aller trouver l'empereur prince. Aucun historien n'avait encore «t le lieu de réunion: il leur aurait jeté un re^ardaussi pénétrant sur cette ibllu vivre sur les grandes routes. Aussi vieille législation; aucuu n'y avait porté o*y avait -il souvent à ces assemblées tant de lumières par une classification que ceux qui formaient l'armée^ ou simple et cependant vraie, bien quelques notables qui suivaient « On rencontre, dit-il, sous le nom les grands . les évéques , venaient v re- de capitulaires : présenter la nation des Francs, il est * D'anciennes lois nationales, pu- Juste toutefois d'i^jouter,- qu'en sou*» bliées de nouveau, la loi salique, par venir des anciens privilèges des hom« exemple.

mes libres, il était dit quelqudbis, «2* Des extraits des anciennes loi^ oomme dans le troisième capitulaire 8alique,lombarde, bavaroise, etc.; exdel'année808,SXIX:«ûue le peuple traits publiés évidemment dans une ■oit interrogé sur les capitulaires qui mtention particulière , pour un certain ont été récemment i^joutes à la loi ; et « lieu, un certain moment, et à l'occamiand tous y auront donné leur assen* sion de quelque besoin spécial que rien timent , subseripUone* et maïuffirma' ne nous indume plus. Uones iuoê in ipgis eapitum/acUmt,* ^t^Bes additions aux anciennes lois, Mais cette espèce d'eMÙête et de oon- h la loi salique^ à la loides Lombards, sultatîon n'était sans doute ordonnée è celle des Bavarois, etc. Ces additions que pour des additions ou des change- semblent faites dans une forme et avec mentsKaitsaux diverses lois nationales, dessolennités particulières. Celle qui sé Les capitulaires, bien qu'ils portent rapporte à la foi salique est précédée souvent ces mots : de hi$ consenserurU dans un ancien manuscrit* par ces mots: omfte^^ n'avuent pas besoin de cette « Ce sont ici les articles que le seiconfirmation. Encore une fois, cette « gneur Charles-le-Grand, empereur, formule, oui a Ûdt croire à plusieurs « a fait écrire dans son conseil et a orque sous Cnarlemagne il y avait encore « donné de placer entre les autres lois. » unpeupiê det /y*aftcf, jaloux de ses li- «Le législateur parait même demanbertés, etfeisant lui-mâneses afCaJres, der plus expressément à ce sujet l'adn'est qu'un de ces protocoles de chan- hésion de Ip population en 808, c'estcellerie qui ne changent jamais, bien à-dire, dans la même année où furent

Sue les idées qu'ils expriment et leurs faites des additions à la loi salique.

îrmes mêmes soient depuis long-temps Charlemagne donne pour instruction b

bon d'usSge. aes missi;

. "Q**^ ïfi peuple soit interrogé au sujet

Cest dans ces assemblées, ainsi que « ment ajoutés à la loi , et après qu'ils

nous l'a dit Hiiicmar,q,u'étaient rédigés « y auront consenti, qu'ils apposent

les capitulaires. Us se montent pour « auxdits articles leur confirmation

le rèfne de Charlemagne, à soixante- « et leur signature. »

cinq , représentant une masse de onze « 4*" Des extraits des actes des concfles

cent vingt-six articles. Pour avoir une et de toute la législation canonioue. Le

idée complète ae l'activité législative grand capitulalre rendu à Aix-la-Cba-

de cette époque, il faut encore ajouter pelle, en 780, et une foule d'articles

à ce nombre inunense d'ordonnances , répandus dans les autres, ne sont rien

la tévision des anciennes lois barbares, de plus.

et onze cent quarante-cinq pièces, c'est- « S"" Des lois nouvelles dont les unes

.àtdire, diplômes, documents, lettres sont rédigées dans les assenr^lées gé-

et actes diyers émanés de Charlemagne nérales, avec le concours des grands

ou de ceux qui l'entouraient, laïques et des grands ecclésiastiquii

rémiiti ou des eodésf astiques seuls, ou des laïques seuls; tandis que les autres paraissent Touvrage de Tempereur seul^ et ressemblent à ce que nous 'appellerions aujourd'hui des ordonnances. Ces distinctions ne sont pas marquées par des caractères bien préds; cepenaant, en y regardant de près, on DarTÎent à les reconnaître.

«t*De pures instructions données par Charlemagne à ses missi au moment où ils partent pour les provinces, et qui ont pour objet, tantôt de régler leur conduite, tantôt de les diriger dans leurs recherches, souvent de les employer comme intermédiaires, comme moyens de communication ^tre le peuple et Tempereur. Les actes de ce genre , fort étrangers , en partie du mohns, h la législation, sont en grand nombre dans les capitulaires ; desartij des d'une tout aufre nature s'y trouvent quelquefois mêlés.

« 7«»Des réponses données par Charlemagne à des questions qui lui sont adressées par les comtes, ou les évéques, ou les missi dominicij à Toccasion de difficultés qui se sont présentées à eux dans leur administration. Il résout ces difficultés qui portent tantôt sur des matières que nous appellerions législatives, tantôt sur des faits de simple administration, tantôt sur des intérêts particuliers.

« 8* Des ouestions que Charlemagne te propose ae faire, soit aux évêques.

soit aux comtes , quand ils viendront aux assemblées Générales. Il les faisait évidemment rédiger d'avance pour se rendre compte de ce qu'il avait besoin desavoir et voulait demander. Ces questions, qui sont au nombre des actes les plus curieux du recueil , ont en général on caractère de blâme et de leçon pour ceux à qui elles s'adressent. Kn voici quelques-unes qui feront juger de la Rberté d'esprit de Charlemagne et de son bon sens; je traduis textuellement :

« Pourquoi il se fait que, sur les mar- «çbes, soît à l'armée, lorsqu'il y a « quelque chose à fahre pour la défense « de la patrie , Fun ne semble pas préctar appui à l'autre?

« D*oili viennent ces continuels procès par lesquels diacunveut avoir ce qu'il voit posséder à son pareil?

« Demander h quds sujets et en quels lieux les ecclésiastiques font obstaqle aux laïques et les laïques aux ecclé-* siastfques dans l'exercice de leurs fonctions. Rechercher et discuter jus-

3u'à quel point un évêque où un abbé oit intervenir dans les affaires séculières, et un comte ou tout autre laïque dans les affaires ecdésiastiques; les interroger d'une façon pressante sur le sens de ces paroles de l'apôtre : Nul homme qui combat au service de Dteu, ne s*embarraste des autres du monde» A qui s'adressent-elles ?

« Demander aux évêques et aux abbés de nous déclarer avec vérité ce que veulent dire ces mots dont ils se servent : Renoncer au siècle; et à quels signes on peut distinguer ceux qi|i renoncent au siècle de ceux qui suivent encore le siècle : est-ce à cela seul qu'ils ne portent point d'armes, et no sont pas mariés publiquement?

« Demander encore si celui-là a renoncé au siècle , qui travaille chaque iour, n'importe par quel moyen, a accroître ses possessions, tantôt promettant la béatitude du royaume des deux, tantôt menaçant des supplices éternels de l'eufer, ou bien , sous le nom de Dieu ou de quelque saint, dépouillant de ses biens quel-

3ue homme riche ou pauvre, simple 'esprit et peu avisé , de telle sorte que ses héritiers légitimes en soient privés . et que la plupart, à cause de la misère dans laquelle ils tombent, soient poussés à toute sorte de désor- ' dres et de crimes, et commettent presque nécessairement des désordres et des brigandages. »

« A coup sûr^ de telles questions ne ressemblent pomt à des articles de loi,.

« 9« Certains capitulaires ne sont pas même des questions , mais de simples notes, des memoranda^ pour ainsi aire, que Charlemagne semble avoir fait écrire pour lui seul , et aOn de ne pas oublier telle ou telle mesure qu'il se proposait de prendre. On Ut, par exenn

L'UNIVERS

pie, à la suite d'un (â^pitulaure , ou instruction aux missiaominici^ de Tan 803, ces deux articles:

« Il nous faudra ordonner que ceux « qui nous amèneront des. chevaux en « don , fassent inscrire leur nom sur « cliaque cheval. Qu'il en soit de même « pour les vêtements des abbayes. Il « nous .faudra ordonner <^ue partout « où on trouvera des vicaires faisant « ou laissant faire quelque chose de « mal , on les chasse et on en mette de « meilleurs. »

« On pourrait citer plusieurs autres textes de ce genre.

« 10« D'autres articles contiennent des jugements, des arrêts, recueillis sans doute dans Tintention de les faire servir à établir une jurisprudence.

Ainsi, on lit dans un capitulaire de l'an 803, « De Thomme qui se saisit « d'un esclave: il lui a ordonné de tuer « ses maîtres, deux enfants, l'un qui « avait neuf ans , l'autre onze ; ensuite « et après que l'esclave a eu tué les en- « fants , ses maîtres , il l'a fait jeter lui- « même dans une fosse. Il a été jugé « que le même homitie paierait un « wehrgeld pour l'enfant de neuf ans, « un double wehrgeld pour celui de « onze , un triple wehrgeld pour l'es- « clave qu'il avait rendu meurtrièr, et « en outre notre ban. »

« C'est là évidemment un jugement rendu sur un cas particulier ex inséré dans les capitulaires, pour servir de règle dans les cas semblables.

« On y rencontre également des actes de pure administration financière , domestique ; des actes relatifs à l'exploitation des domaines de Charlemagne « et qui entrent, à ce sujet, dans les plus minutieux détails. Le fameux capitulaire intitulé cfe f'VUs en est un exemple. Plusieurs articles épars ont le même caractère. »

Ainsi , les capitulaires ne forment point un code ; ils contiennent toute autre chose que des dispositions législatives. Aussi M. Guizot a-t-il pu les ranger dans Panalysé qu'il *en a faite, lous huit chefs différents.

« l. Législation morale, Cest-à-dire i(t simples avis, des conseils, comme en

donnent les législateurs de toutes les sociétés barbares. Ainsi l'on trouve dans les capitulaires des phrases comme celles qui suivent :

« L'avarice consiste à désirer ce que « possèdent les autres , et à ne rien « donner à personne de ce que Ton « possède, et, selon l'apôtre, elle e^t « la racine de tous les maux.

« Ceux-là font un gain honteux, « qui, dans une vue de gain et par di- « vers artifices, s'appliquent à amasser « toutes sortes de cnoses.

« Il faut pratiquer l'hospitalité.

« Interdisez-vous avec soin les lar- « cins, les mariages illégitimes et les « faux témoignages, comme nous y « avons souvent exhorté et comme les « interdit la loi de Dieu. >»

Le législateur va plus loin : il semble se croire responsable de la conduite de tous les individus, et s'excuse de ne pouvoir y suffire.

« Il faut, dit-il, que chacun s'appli- « que à se maintenir lui-même, selon « son intelligence et ses forces , au « saint service de Dieu, et dans la voie « de ses préceptes , car le seigneur « empereur ne peut veiller sur chacun « individuellement avec tout le soin « nécessaire et retenir chacun dans la « discipline. »

, M. Guizot comprend aussi sous le nom de législation morale tout ce qui est relatif au développement intellectuel des hommes : par exemple, toutes les dispositions de Charlemagne sur les écoles, les livres à répandre, l'amélioratioa des offices ecclésiastiques, etc.

« II. Législation politique. C'est une des parties les plus considérables des capitulaires; elle comprend 293 articles. On peut ranger sous ce chef :

« 1 Les lois et mesures de tout genre de Charlemagne pour assurer l'exécution de ses ordres dans toute l'étendue de ses états ; toutes les dispositions relatives à la nomination ou à la conduite de ses divers agents, comtes, ducs , vicaires centeniers : elles sont nombreuses et sans cesse répétées*

« 2*^Les articles qui ont pour objet l'administration de la justice, la tenu0 des plaids locaux , les formes qui doi*

Teot y être suivieSf le serrice mili* taire, etc. (*).

« a® Les dispositions de police, qui sont très- variées et entrent Quelquefois dans les plus minutieux détails (**). Les provinces, Taiimée, Téglise, les marchands, les mendiants, les lieux publics, rintérieur du pftlais impérial, en sont tour à tour Tobjet. On y rencontre, par exemple, la tentative de fixer le prix des denrées, un véritable essai de maximum.

« Le très-pieux seigneur notre roi a

(*) Dans le capitulaire de Tannée 807 remperenr règle le service militaire.

S I.. D'abord quieonqne possède des bénéicM aoit se rendre à Tarmée.

S n. Tout homme libre qui possède cinq ■ianses(*), ou quaU«, ou trois, doit marcher en personne à Tarmée. Là où il se trouTera deux hommes libres, possédant chacun deux manset, que le plus vigoureux des deux aille à Tannée, et que l'autre Cmso les frais de son équipement.

Trois hommes qui n'avaient chacun qu'une mause s'associaient de même, et les deux qui ne faisaient pas le service persouneUemenl contribuaient, chacun pour un tiers, à la dépense de l'autre. Six hommes, dont chacun n'avait qu'une demi-manse, ne four^ nissaient qu'un soldat, en suivant la même eotisation; avec une moindre possession on était exeroptde toutserviceetde toute charge ioQilitaire. Pour éviter que par fraude l'on obtint des exemptions de service , Charlemagne ordonna que tout homme libre qui, couvoqué, ne serait point venu à l'armée, paierait l'hériban (amende de 60 sous), ainsi que le seigneur qui l'aurait souffert.

Les nouveaux mariés n'allaient point à la guerre la première année de leur mariage.

(**) Ainsi il défendit aux moines et aux clercs de fréquenter les lieux publics pour s'y livrer aux plaisirs de la table, au peuple de se servir de uux poids et de fausses mesures, d'ajouter aucune foi aux récits mensongers que Ton répandait dans les campagnes, et de lire les lettres que des imposteurs préten* datent être tombées du ciel.

(*)La Muut,a«tDaeuiteévaIiMè donatarpeats, pdnlt avoir été la iMtare 4e terre )o(ée Décee- •aire powr dire vivre on homme et m Aunllte. Maaee vient probablement dn mot allemand JVmii, hauM , pintàt qoe du latin mmtrt, d'oà viat plos tard le moi aaaoir.

AGME. 49$

« décrété , avec le consentent du « saint synode, gue nul homme, ecclé- « siastique ou laïque, ne pourrait, soit « en temps d'abondance, soit en temps « de cherté , vendre les vivres plus « cher que le prix récemment Gxé par « boisseau , savoir : le boisseau d'avoi- « ne, un denier ; d*or^e, deux deniers ; « de seigle, trois deniers; de froment, « quatre deniers : 's'il veut les vendre « en pain, ildetra donner douze pains « de froment, chacim de deux livret, « quinze pains de seigle, vinct pains « d'orge, et vingtKïinq |>ains d'avoine « du même poids, aussi poiur un de- « nier, etc.»

« La suppression de la mendicité et la taxe des pauvres y paraissent égale* ment.

« Quant aux mendiants qui courent « dans le pays, nous voulons que cba- « cun de nos fidèles nourrisse ses nau- « Vf es, soit sur son bénéfice , soit dans « l'intérieur desa maison, et ne leur « permette pas d'aller mendier ailleurs. « Et si on trouve de tels mendiants et « qu'ils ne travaillent point de leurs « mains , que personne ne s'avise de « leur rien donner. »

« Les dispositions relatives à la po* lice intérieure du palais donnent une singulière idée des désordres et des violences qui s'y commettaient.

« Nous voulons et ordonnons qu'au* « cun de ceux qui servent dans notre « palais , ne se permette d'y reoe* « voir Quelque homme qui y cherclie « un refuge et s'y vienne cacher pour « cause de vol, dliomicide, d'adultère.

« ou de quelque autre crime : que si « guelquenomme libre viole notre dé« « rense, et cache un tel malfaiteur dans « notre palais, il sera tenu de le porter « sur ses épaules jusqu'à la place publl- « que, et là il sera attaché au même po-

« teau que le malfaiteur Quiconque

« trouvera des homtnes se battant dans « notre palais , et ne pourra et ne vou- « dra mettre fin à la rixe, supportera « sa part du dommage qu'ils auront « causé, etc.»

« Les capitulaires contiennent une foule de dispositions analogues ; la pO' lice avait évidemment, dans le gouver»

L'ONtVERS:

Dément de Ghaffemagne^ une pande importance.

te 4» On peut rantiier aussi sous lechef de léffisiation politique tout ee qui tient a la distinction des pouvoirs laïques et ecclésiastiques, et à leurs rapports. Charlemagne se servait beauooup des ecclésiastiques : ils étaient , à ▼rai dire, son principal moyen de gouvernement; mais il voulait 8*en servir en efifet ^ et non se mettre à leur ser^ vice.

« Les capitulaires attestfsnt sa vigilance i gouverner le clergé kii-meme, et à le contenir sous son pouvoir. On a vu. par quelques-unes des questions 4u*il se proposait d'adresser aux évé- ^es , dans les assemblées générales « a quel point il en était préoccupé.

(k 5^ il faut enfin rapporter à la législation politique les dispositions relatives à radministration des bénéfices concédés par Charlemagne, et h ses relations avec les béhéfieiers. C*étatt à coup sûr une des plus grandes affiii* res de son gouvernement, et une de celles sur lesquelles il appelle le plus rattention de ses nUsH

' (*) Dans le cinquième capitulaire de Tanace 806, il dit:

vn. Nous avons appril mie des comtes, et autres hommes qui ont de lios bénéficcft (un bénéfice est uiic terre cédée par le seigneur à son fidèle, «oui de eertàtnea conditions et souvent pour tm temps fixé; voyct ee qui en a été dit ct-detsus, pag. iS5), se font de certaines parties de nos bénéfices des propriétét, et emploient au service de leurs propriétés les serviteurs de nos bénéfices, 91 bien qu'Us restent déserts, et que dans beaucoup de lieux les voisius en souflrent.

VIII. Nous avons appris qu'ailleurs il ea est qui remettent à d'autres hommes en propriété nos bénéfices, puis vieuncnt au plaid, et paraissent alors aclieter ces terres de leurs propi*es deniers, pour les. posséder ensuite en alei«. Il faut vcilrer à ce qu'il n'en soit pas ainsi; car ceux qui le fout ne gardent point la foi au'ils nous ont promise.

* Les capitulaires sont remplis de recotnmaridations de ce genre. Tont le gouvernement de Charlemagne n'est qu'un continuel effort pour arrêter les usurpations partielles des bé* ■ificien, les tciUativcs faites par chacun pour

« Il est inutile de ihfre remarque^ que le caractère général de toute cette législation politique , dans ses diverses parties, est un efTort continuel, infatigable .vers Tordre et Tunlté.

•Ul.LégUlaHtmpénale.Cdle^ln'eit guère que la répétition ou l*extrait de^ anciennes lois saliques, ripuaires^ lonvbardes, bavaroises, etc. La répression des crimes , des abus de la force, est ^ comme on Ta vu , l'objet pesque uni« que, le caractère essentiel de ces lois.

« Il yavait donc moins àfaire sous ce rapport que sous tout autre. Les disprâitions que Charlemagne a quelquefois ajoutées ont en général pour out d'adoucir Fancienne législation, surtout la rigueur des diâtiments envers les es* daves. Dans de certaios cas cependant, il aggrave la pénalité au lieu de Radoucir, lorsque les peines, par exemple^ sont entre ses mains un instrument politique. Ainsi la peine de mort, si rare dans les lois barbares, revient

gresqu'à chaque article dans le capillaire de l'an 789, destiné à contenir et à convertir IrS Saxons : presque toute violation de Tordre, toute rechute daiis les pratiques idolâtres, sont punies dëitibrtn. Sauf dételles excep-

dépouiller ta royauté de ses possessions et de SCS droits. Aussi verrons-nous le système jcodal graudir avec une effrayante rapidité, quand se sera retirée cette main puissante qui Tarréta pendant quarante ans.

(*) Nous avons donné plus haut, p. 174, )a traduction de ce capitulaire draconien.

(**) « Quant aux voleurs, noiu voul«nf qu'ils soient punis, la première tbis par la perte d*uu œil, à la seconde par celle du nei; s'ils ne se corrigent , qu*à la troisième fois ils soient punis de mort. » (Capilul. de Tannée 779 , art. xxtti.)

Charlemagne consacra dans àcs capitulaires Tlpy/z^^m^/if^ D/eu; on y trouve toutes les espèces d*épreuves. L'accusé pouvait prouver son innocenre, soit en tenant les pras levés en croix pendant un espace de temps déterminé, i>oit en portant une massé de rer rougie au feu, soit en prenant uq anneau au fond d*un vase rempli d'eau bouillante , sans qu'aucune brûlure parât

«IV. fa MffUiaUm ckdk n'en pffre ^liâre davantage. En cette matière aussi les anciennes lois, l^s anciennes coutumes continuaient d*étre en vigueur, Cbarlemagne avait jpeu à s*eQ mêler, tl s'occupa cependant avec soin, et sans doute à Tinstigation des eccléaiastiques, de Tétat dés personnes 4 surtout des rapports des nommes ei des femmes. Il est évident qu*à cette ^oque, les rapports de ce genre mient prodigieusement irré^uliers, gu^un homme prenait et quittait une remme sans scrupule et presque sans formalité. Il en tésultait un grand d^ordre dans la moràlité individuelle et dans Tétat des familles; la loi civile était par là fort intéressée au redressement des mœurs , et Charlemagne le comprit. De là le grand nombre des dispositions insérées dans ses capitu* laires sur les conditions des mariaees , les degrés de parenté, les devoirs des maris envers les fèmmes , les obligations des veuves, etc. La plupart de ces dispositions sontempruntees à la lé* gislatîon canonique; mais il ne faut pas croire que leur motif et leur origine fassent purement religieux : Tintérét de la vie civile, la nécessité de fander et de régler la famille, y avaient également beaucoup de part.

«y. Législaàon reHgieuse. Il faut ehtendrepar législation religieuse, les dispositions relatives non au cle^é , aux ecclésiastiques seuls, mais aux fidèles , au peuple clirétien, et à ses rapports avec les clercs. C'est par là qu'efte se distingue de la législation canonique , q(pi ne porte que sur la société ecclésiastique, $ur les rapports des clercs entre eux.^ Voici quelques dispositions de législation religieuse:

« Qu'on se garde de vénérer les noms « de £eiux martyrs et la mémoire de « saints douteux.

sur la peau au bout de trois jours; ou bien encore on le plongeait pieds et poings lies dàiiA an bassin d'eau froide : s*il surnageait U* était mnocent. s'il allait au fond son cffane était 1 prouve. Toutefois, Il défendit le combat judiciaire, mais conserva le système

dfel C0ID|

« Que personne ne crdie qu'ta ne « peut pner Dieu que dans trois lattr « gues; car Dieu est adoré dans foutes « les langues, et l'honune est exaucé « s'il demandé des choses justes.

« Que la prédication se fasse toujours a de telle sorte que le conuniu peuple « puisse bien comprendre. » ,

« Ces dispositions ont en général un caractère de bon sens, de liberté d'esprit même, qu'on ne s'attend gui^e à y rencontrer (*).

(*) C'était Chariemagne qui choisissait lui-mèmé les èvéques(*); le moine de Saint- Oall raconte, dans sa chronique si amusante et si curieuse, dé singuliers choix faits par rempereur. « Ce prince . dit-il , flt l'un de ces pauvres jeunes gens mi'il faisait élever, chef suprême et écrivain de sa chapelle; les roîi dés Frdncs appelaient ainsi les chbses saintes qu'ils posséciaient, à cause de la chape de saint Martin qu*ils avaient coutuine de porter ' dans toutes teors guerres, comme un gage de sàreté j^our eux èt de triomphe sur rennemi. Un jour qu'on annonça la mort d*un certain évèqne au très-prudent Charles, il demanda si ce prélat avait envoyé devant lui , dans l'autre monde, qudque portion de ses biens et du fruit de ses travaux : « Pas plus « de deux livres d'argent, seigneur, ^ répondit le messager. Le jeune )iomme dont il s'agit, ne pouvant contenir dans son sein la vivacité de son esprit, s'écria malgré lui, en présence du roi : «Voilà un bien léger via- « tique pour un voyagé si grand et de si « longue durée. » Après avoir délibéré quelques instants en lui-même, Charles, le plus prudent des hommes, dit du jeune clerc : «Qu'en penses-tuf Si je té donnais cet êvé- « cbé, aurais-tu soin de foire dé plus consi- « dérables provisions pour ce long voyage? • L'autre, se hâtant de dévorer ces sages paroles, comme des raisins mûrs avant le terme et qui seraient tombés dans sa bouche enti'ouverte, se précipita aux pieds de son maitre et répondit : « Seigneur, c'est à la vo-

aSouM les MérovUigiens , le roi i^ommait aoz èê vacant!. Marenlf nous a mèmt co^serrè la fbmnla (livre 1 , f. <!) , par la^aelle le prinee oti donnait an niAtrop<ditain de laever le eaadidat qu'il loji adreaait CharleaMfne «amble fvoir, vers la fin de son règne, abandonné ee droit; « sacBant par lté saiiréfl ennoni qde la sainte Égllsa doit Jodr Ubremeut de ses bonnenrs, noas toaeeatosi à ee «ne les évéqnes seM eiioiala aelaa les ftatnta dee canoae uar les eleret «t le penpia da diocèse. » (Cap. annl SOS, art 1.1

m L'UN]

c yi. la UffIslatUm canonique est celle qui oœupe le plus de place dans

• lonté de Dieu et à votre piiisMnce à eii m dédder. — Cacbe-ioi , reprit le roi , tous le « rideau tiré derrière moi, et lu apprendras « comMan tu as de rivaux pour ce poste ho- « norable,» Dès que la mort de l'évéque fut connue , les officiers du palais , toujours préis à désirer les malheurs ou tout au moins le tiépas d*aulrui, impatients de tout retard, et s*enviant les uns les autres , firent agir, pour obtenir l'évèché , les familiers de Tempereur. Mais celui-ci, ferme dans son dessein, les refusa tons, disant qu*il ne voulait pas manquer de parole à son jeune homme. A la fin, la reine Uildegarde envoya d*abord les grands du royaume , et vint ensuite ellemême soUiciter cet évèché pour son propre clerc Le roi reçut sa demande de Tair le plus gracieux, Tassura qu'il ne pouvait ni ne voulait lui rien refuser, mais ajouta qu'il ne se pardonnerait pas de tromper son jeune clerc. A la manière de toutes les femmes,

3titind elles prétendent faii-e prédominer leurs ésirs et leurs idées sur b volonté de leurs maris, la reine, dissimulant sa colère, adoucissant sa voix naturellement forte, et s*effor^t d*amolHr, par des manières caressantes, l'ame inébranlable de Charles, lui dit : « Cher prince, mon seigneur, pourquoi « perdre cet évèché, en le donnant à un tel « enfant? Je vous en conjure, mon aimable « maître, vous ma gloire et mon appui , ac- « cordez-le à mon derc, votre serviteur dé- « voué. » Alors le jeune homme , à qui Charles avait enjoint de se placer derrière le rideau, £uprès auquel lui-même était assis, et d'écouter les prières que chacun ferait, s'écria d'un ton lamentable, mais sans quitter le rideau qui Tenveloppait : «Seigneur-roi, tiens « ferme; ne souffre pas que personne arrache « de tes mains la puissance que Dieu t'a don- « née. m Alors le prince, ami courageux de la vérité, ordonna à son clerc de se montrer, et lui dit : « Reçois cet évèché, mais apporte « tes soins les mus empressés à envoyer de- « vant moi et devant toi-même, dans l'autre

• monde, de grandes aumônes, et un bon m viatique pour le long voyage dont on ne « revient |ias. »

Du reste, dans ses rapports avec les évéqnes, comme dans ses rapports avee rassemblée génMe, Charles avait toujours soin de présenter ses ordres. comme de simples conseils. • Je vous envoie, ccrit-il aux évèques Mtfwnhiét, des commissaires qui, en mon

les capitulaires : rien de plus simple; les évoques étaient les principaux oon« seillers de Cbariemagne , c'étaient eux oui siégeaient en plus grand nombre dans les assemblées générales; ils y faisaient leurs affaires avant tout

« Aussi ces assemblées ont-elles été en général considérées comme des conciles , et leurs lois ont-elles passé dans le^ recueils des canons. Elles sont presque toutes rédigées dans Fintérét du pouvoir des évéqûes (*). A l'avènement

nom, concourront avec vous à corriger les abus oui méritent d'être réformés. Je les û charges de vous communiquer quelques pro> jets de règlement que je crois nécessaires. Mais, de grâce, ne prenez point en mauvaise part des* conseils qui ne sont que le fruit de mon zèle pour tout ee qui vous toudie. J'ai lu dans l*£criture que Jonas, ce prince recommandable par sa piété, ne négligeait rien pour établir le culte du vrai Dieu, et, quoique je sente combien je suis inférieur à ce saint roi, je dois tâcher de suivra son exemple, i»

(*) Les bornes dans lesqudies la juridic* tion ecclésiastique était resserrée furent levées. Les clercs, dans aucune occasion, ne reconnurent d'autre juge que leur évéque; et tout ce^ui était sous la protection particulièrc du clergé jouit du même avantage.. Ou ordonna que les comtes , les juges subalternes, et tout le peuple, ol>éiraient avee respect aux évèques. Injustices temporeUes ou seigneuriales, que les églises possédaient dans \eun terres, n'eurent pas une compétence moins étendue que celle des autres seigneurs, et leurs juges condamnèrent à mort.

n ne parait point que la dîme ait été imposée comme tribut à tout le peuple; mais cette coutume juive fut souvent regardée, par le peuple même, comme une obligation religieuse, et plus d'une fois Cbariemagne' l'imposa de sa propre autorité, comme il le fit pour les Saxons. Cependant, comme oe n'était point une mesure générale, les moine& ■ recoururent à la ruse pour l'établir. Us fabriquèrent une lettre de Jésus-Christ, adrets sée aux fidèles, par laquelle le Sauveur menaçait les païens, les sorciers, et ceux qui ne payaient \)as la dîme, de rendre leurs champs stériles, de les accabler d'infirmitést et d'envoyer dans leurs maisons des serpents ailés qui dévoreraient le sein de leurs femmes. Après Jésus-Christ, le diable vint aosH

f^e la race carlovingienne , l'aristocratie épiscopale, bien qu'elle eût prévalu, était dans une complète dissolution :

Charlemagne la reconstitua; elle reprit, sous sa main , la régularité , l'ensemble qu'elle avait perdus, et devint,

Sour des siècles, le régime dominant e l'Église.

«VU. La législation domestique ne contient ^e ce qui est relatif a l'administration des biens propres, des métairies de Charlemagne. Un capitulaire tout entier, intitulé dis Filas ^ est un recudl de diverses instructions adressées , à différentes époques de son règne , aux employés de ses domaines, et qu'on a rassemblées à tort sous la forme d'un seul capitulaire (*).

prêcher la dime, en bon chrétien, hurlant dans les campagnes pour effrayer les récalcitrants, dévastant leurs terres, et dévorant lui-même leurs çrains dans les épis. (Voyez Uably, Obsenrauons sur l'histoire de France, liv. ii> chap. a.)

Voici qudques-uns des articles de ce curieux capitulaire :

Art. V. Q"^d le temps sera venu de semer, de labourer, de faire la récolte, de couper le foin ou de vendanger les vignes , que nos intendants (*) veillent k ce que chacun de ces travaux s*exécule de la manière la plus profitable pour nous. S*ils ne peuvent se transporter, qu'ils envoyent là où ils n'iront point un de nos hommes, sage et expérimenté, ou tout autre en qui ils auront confiance , afin qu'il veille sur nos intérêts , de façon que tout se £asse de la meilleure manière.

Art Vn. Que chaque intendant accomplisse pleinement chacune des obligations qui lui ont été imposées; s'il arrive par hasard qu'il soit nécessaire de faire davan* tage, c|u'il tienne compte du service extra- •idinaire quand il aura dd se prolonger pendant la nuit

Art Tni. Noa intendants veilleront à la rentrée de dm vendanges , mettront le vin dans de bons vases et veilleront à ce cpi'il ne s*en perde pas. Us en achèteront aussi pour nos maisons seigneuriales.... Ils enter-

(*) L'intendant •'appelle /m&x, celai qui jage , «t pianit L'idée d'ooe fbrce répressive et tonjours neançante se retroaT* alors partoat , jnsqne dans

' 73* Ltm^aison. ( Allemagne.')

lAGNE. IM

« Vni. La Ucfislation de circonstance est peu considérable ; douze artidet seulement appartiennent à ce chef.»

Ce sont, comme il a été dit ci-dessus» des nominations, des recommandations, etc.; ainsi dans le capitulaire rendu en 794 dans l'assemblée de Francfort, l'on trouve parmi les cinquante* quatre articles qui le composent :

« (Art. V\) Des lettres de grâce accordées à Tassillon , duc des Bavarois, qui s'était révolté'contre Charlemagne.

« (Art. 6.) Des dispositions sui^ la auerelle de l'évéque de Vienne et de Farchevéque d'Arles, ainsi que sur les limites des diocèses de Tarentaise, . d'Embrun et d'Aix. On lit des lettres du pape à ce sujet; on décide qu'on le consultera de nouveau.

« (Art. 7.) Sur la justification et la • réconciliation de saint Pierre.

« (Art. 8.) Sur la déposition du prétendu évéque Gerbod, dont l'ordination était douteuse.

« (Art. 53.) Charlemagne se fait auront Dour notre usage les échalas {cippati^ cas) ae nos vignes.

Art. XHI. Qu'on veille avec soin sur les étalons {eqiti ermssariîsiçe waramones); qu*on ne les laisse point long-temps en un même lieu, de peur qu'ils n'y dépérissent. Si Tun d'eux vient à mourir, qu'on nous enavertisse avant le temps où on les envoie aux juments.

Art. XIv . Que les juments soient bien gardées et qu'on les sépare à temps <|eleur» poulains {polodri)^ etc.

An. XYI. Quiconque par négligence ne remplira .pas nos volontés , celles de la reine, ou ae nos officiers, le sénéchal et le bouteillier {buttieularius) ^ s'abstienne de boire jusqu'à ce qu'il vienne par-devant nous ou la reine , et obtienne son absolution.

Art. XIX. Dans les basses-cours (tcura) " de nos maisons ( viila capitanea) , il y aura non moins de cent poules (puUos) et au moins trente oies (aucai) ; dans les simples manoirs, il y aura au moins cinquante poules et douze oies.

Art. XXL Que nos intendants oônservent et augmentent nos viviers ; qu'ils en mettent, là où il n'y en a point et où il peut y en avoir.

Ces courtes citations peuvent donner une idée des soins et de la vigilance de Charlemagne. Ce capitulaire remenne soixante et du ai'tides.

tariser par rassemblée des évoques et d'après le omseDtement du pape à garder auprèa de lui Yéwéqae uiidebold, pour radminlstration des affaires ecclésiastiques.

- « (Art. 54.) Il recommande Alcuin à la bienveillance et aux Pères de rassemblée.

«I9'est<» pas là de la pure politique de oiroonstanoe ? y a-t-il rien de moins légiâatif?

nrri&mnL dc paiaxi db CBARLiiiÂon.

'nous BOUS sommes Jusqu'à présent occupés de Charlemagne comme guerrier et législateur; mais il faut aussi la voir dans son palais d*Aix-»la-Cbapellet environné de rois et d'ambassadeurs venus des contrées les plus lointaines.

Egbert. roi de Sussex, Ëardulf, roi de Northumberiaad , venaient à sa qour bonorer le roi des rois de l'Occident; les émirs arabes le suivaient jusque sous le ciel bumide et froid de l'AAemagne. « Il sut, dit Éginhard, accroitre la gloire de son règne en se conciliant l'amitié de plusieurs rois et de divers peuples. Il s'attacha par des liens si forts Alfonse, roi de Galice et des Asturiçs, que celui-ci, lorsqu'il écrivait h Charles ou lui envoyait des ambas-sadeurs, ne voulait jamais s'intituler que son Gdèle. Sa munificence façonna ^llenient à ses volontés les rois des Écossais, qu^ils oe l'appelaient pas autrement que leur seigneur et se disaient ses sujets et ses serviteurs. On a encore de leurs lettres où ils lui témoignent en ces termes toute leur affection, âaroun , prince des Perses et maître de presque tout l'Orient, à l'exception .de l'Inde, lui fut uni d'une si parfaite amitié, qu'il préférait sa bienveillance à celle de tous les rois et potentats de l'univers , et le regardait comme seul digne qu'il l'honorât par des, marques de déférence et des préseAs. Aussi quand les envôyés que Charles avait cliargés de porter des otfrandes au saint sépulcre Sei-

(*) Bf. Guizot, Histoire de U oivilisatioa en FnmoÊf tu.'

gneur et Sauvent du monde, èt aux Ijeux témoins de s^ résurrection, se présentèrent devant Haroun et lui firent connaître les déshrs de leur mattre, le prince des Perses ne se contenta pas d'aequiescer à la demande du km»

mais il lui accorda la propriété des lieux berceau sacré de notre salut, et voulut qu'ils fussent soumis à si puissance. Lorsque ensuite les députés revinrent, Haroun les fit accompasner d'ambassadeursqui apportèrent a Coaiv les, outre des habits, des parlùais et d'autres riches produits de l'Orient, les plus magnifiques présents : c'est ainsi que peu d'années auparavant, à la prière ou roi, Haroun lui vivait envoyé le seul éléphant qu'il eût alors.

Là empereurs de Consuintinople, Nicéphore, Biichel et Léon, soiiicitèrent aussi de leur propre mouvement son alliance et son amitié ; le titre d'empereur qu'il avait pris les inquiétait et leur faisait redouter qu'il ne voulût leur enlever l'empire; mais il conclut avec eux un traité solide, tellement qu'il ne resta entre eux et lui aucun motif de division* La puissance des Francs était toi^ours. en effet, un objet de crainte pour les Ronfuûns et les Grecs , et. de là vient ce proverbe grec qui subsiste encore : • A^ez le rranc pour ami et non pour voism (*).<»

(*) Le moine de Saint-OaU témoigne è «a façon de la haafe idSée qu*en avait de son temps pour la force et lé oouraee des soldats de Charlemagne. « H y avait, dit-il, uif eei^ tain guerrier, appelé Gîsher, et qtii valait lui seul une grande et terrible partie de Tanmée ; il avait une taille si haute qu'on «ÛC pu le croire sorti de la race d'Eaaclinn, s*il n'y eût pas eu entre elle et lui on si griod interralle de temps et de lieu. Chaque fois qu'il se trouvait près du fleuve de la Doire, enflé et débordé p«r les torrents des Alpes, et qu'il ne pouvait forcer son énorme mmà, à entrer, je ne dirai pas dans les flots agitéi, mais même dans les eaux tranquilles de cette rivière» prenant alors les rêne», il le traînait flottant derrière lui , en disant : « Par mon seignenr Gall , que tu le veuilles « ou non, tu me suivras, m Ce guerrier done avait, h la suite de l'empereur, abaUu des BohémkDf^ des Wiltzes et des Avares 9

fil

« Au milieu de toutes ses guerres, fl ne laissa pas de commencer et même de terminer en divers lieux beaucoup de travaux pour Féclat et la commodité de son royaume. Les plus remarquables furent, çans aucun doute, la basilique construite avec un art admirable, en Thonneur de la mère de Dieu, à Aix-la-Chapelle (*), et le pont de Mayence sur le Rhin. Il était long de cinq cents pas, car telle est la largeur du fleuve en cet endroit. Mais ce bel ouvrage périt un an avant la mort de Charles, un incendie le consuma; le roi pensait à le rétablir, et à employer la pierre au lieu de bois ; mais la mort qui 'vint le surprendre Ten empêcha. Ce prince commença deux

Salais d'un beau travail : Tun non loin e Mayence, près de la maison de campagne nommée Ingelheim , l'autre à Piimègué sur le Wahal , qui coule le long de nie des Bataves au midi. Mais il donna surtout ses soins à faire reconstruire, dans toute Tétendue de son royaume , les églises tombées en ruine par vétusté; Tes prêtres et les moines qui les desservaient eurent ordre de les rétablir, et des commissaires furent envoyés par le roi pour veiller à Texécution de ses commandements (•*). »

comme on ferait Therbe d'une prairie, et les avait tenus suspendus au bois de sa lance, ainsi qu*on porte des oisons. Quand il fut revenu vainqueur dans ses foyers, et que set vubins, qui avaient croupi dans un honteux repos, loi demandaient s'il n'était plus dans le pays des Wenèdes : « Que m'importent, « répondait-il , ces petites grenouilles ? J'en « portais çà et là sept, huit et même neuf « enfilés sur ma lance, et murmurant je ne « sais quoi; c'est bien à tort que notre sei- « gneor-roi et nous nous fatiguons contre de « pareils vermisseaux. »

Cest par ces contes que, sous les descendants dq^nérés de Charlcmagne, on cherchait à se distraire des malheurs pr^nts, par le souvenir de l'antique gloire de la race fi'anque.

(*) Les artistes francs n'étaient pas trèshabiles; Charles, pour orner sou palais d'Aix-la-Chapelle, dépouilla Ravenne de ses marbres les plus précieux.

(^*) Éginhard , vie de Chàrlemagne.

^ Mais de tous ces ouvrages le phji important aurait été un canal de mch tion entre le Rhin et le Danabe. L'aidée était grande, mais Texécution en était trop difficile pour ce temps barluure.

«On avait persuadé au roi, que ti ton creusait entre le Reidnitz et T Alt» mal un canal assez profond poinr oonM^ nir des vaisseaux, on pourrait naviguer facilement du Rhin au Danube ,

Sarce que Tune de ces rivières se jette ans le Danube, et Tautre dans le Mein. Aussit6t il vint dans ce lieu avec toute sa cour, y réunit une grande multitude, et employa à cette œuvre toute la saison de rautomne. Le canal fut done creusé sur deux mille pas de longueur»

et trois cents pieds de largeur, mais en vain ; car au milieu d'une terre marécageuse déjà imprégnée d'eau par sa nature , et inondée par des pluies continuelles, l'entreprise ne put s*achevef ; autant les ouvriers avalent tiré de terre pendant le jour , autant il en retombait

Sendant la nuit, à la même ^lace. Pen» ^ ant ce travail, on lui apporta deux nouvelles fort déplaisantes: les Saxons s'étaient révoltés de tbus côtés; tos Sarrasins avaient envahi laSeptimaniOi engagé un combat avec les comtes et les gardes de cette frontière, tué beaucoup de Francs , et ils étaient rentrés chez eux victorieux (*). » Il fallut laisser là l'ouvrage pour courir aux Pyrénées et sur VElbe.

Tous ces travaux ne suffisaientpoint à l'activité de Chàrlemagne : « ife se bornant pas à l'étude de sa langue paternelle, il donna beaucoup de soins à l'étude des langues étrangères , et apprit si bien le latin , mi'il s'en servait comme de sa propre langue; quant au crée , il le comprenait mieux qu'il ne le parlait. La fécondité de sa cott* versation était telle, au surplus, guil paraissait aimer trop à causer. Passionné pour les arts libéraux, il respectait les hommes qui s'y distinguaient et les comblait d'honneurs. Le diacre Pierre, vieillard natif de Pise, lui apprit la grammaire; dans les autres sciences il eut pour maître Albin, sur-

(*) Éginhard , Histoh« de (3iariemâgB*j.

L'UNIVERS

nommé Alcuin, diacre breton, Saxon d'origine, Thomme le plus savant de son temps; ce fut sous sa direction que Charles consacra beaucoup de temps et de travail à l'étude de la rhétorique, de la dialectique et surtout de l'astronomie, apprenant l'art de calculer la marche aes astres et suivant leur cours avec une attention scrupuleuse et une étonnante sa^cité.

U essaya même d'écrire, et avait habituellement sous le chevet de son lit des tablettes et des exemples pour ^'exercerà former des lettres, quand il se trouvait quelques instants libres ; mais il réussit peu dans cette étude commencée trop tard et à un âge peu convenable (*). »

« Mais toutes les nations soumises à son pouvoir n'avaieùt point eu jusqu'alors, de lois écrites : il ordonna d'écrire leurs coutumes , et de les consigner sur des registres; il en fit de même pour les poèmes barbares et très-anciens qui chantaient les actions et les guerres des anciens rois, et de cette manière il les conserva à la postérité. Une grammaire de la langue nationale fut aussi conmiencée par ses soins. Les mois avaient eu jusqu'à lui , chez les Francs, des noms moitié latins et moitié barbares; Charles leur en donna de nationaux. Précédemment encore à peine pouvait-on désigner quatre vents par des nom^ différents; il en distingua douze, qui avaient chacun leur nom propre (**).»

Le moine de Saint-Gall , dans ses interminables histoires de clercs, de lutrins , de chants d'église , nous donne une singulière idée des occupations qui remplissaient les loisirs de Charkmagne : il est curieux de voir le ffrave empereur d'Occident faire de l'infroduction du chant grégorien dans les églises, une de ses anaires les plus sérieuses (***), ou bien siéger dans sa cha-

(*) Églahard , Hist. de Ckarlemaguc.

(••)lbi(L

(***)Od sait que, de nos jours, le roi de Prusse a rédigé lui-même un rituel, cl a fait de la propagation de ce livre Tune dv ses occupations les plus importantes. Il esl flat-

pelle avec tous ses clercs , et leur faire réciter à chacun les leçons qu'ils devaient avoir apprises, a Parmi les hommes attachés à la chapelle du très^octe Charles, personne ne désignait à chacun les leçons à réciter, personne n'en indiquait la fin , soit avec de la cire , soit par quelque marque faite avec l'ongle; mais tous avaient soin de se rendre assez familier ce qui devait se lire , pour ne tomber dans aucune faute uanct on leur ordonnait à l'improviste e dire une leçon. L'empereur montrait du doigt ou du bout d'un bâton celui dont c était le tour de réciter, ou qu'il jugeait a propos de choisir , ou bien il envoyait quelqu'un de ses voisins à ceux qui étaient placés loin de lui. La fin de la leçon, il la marquait par une espèce de son guttural ; tous étaient si attentifs quand ce signal se donnait, que, soit que la phrase fut finie, soit qu'on fût à la moitié de la pause, ou même à l'instant de la pause, le clerc qui suivait ne reprenait jamais ni au-dessus ni au-dessous, quoique ce qu'il commençait ou finissait ne parût avoir aucun sens. Cela, le roi le faisait ainsi, pour que tous les lecteurs de son palais fussent les plus exercés , quoique tous ne comprissent pas bien ce qu ils lisaient. Aucun étranger , aucun homme même connu , s'il ne savait bien lire et bien chanter, n'osait se mêler h ces choristes.

a Dans un de ses voyages , Charles s'étnnt rendu à une certaine ^ande basilique, un clerc, de ceux qui vont de pays en pays , ne connaissant pas les règles établies par ce prince, vint se ranger parmi les choristes. N'ayant rien appris de ce que ceux-ci récitaient, pendant que tous chantaient , il restait muet et l'esprit perdu. Le paraphoniste vint à lui , et , levant son bâton , le menaça de lui en donner sur la tête, s'il ne cnantait. Le malheureux ne sachant que faire, ni de quel côté se tourner, mais n'osant pas sortir, se mit à remuer la tt^to circulairement et à ouvrir les mâchoires fort grandes , pour

tcur pour ce prinre d'avoir un [H>int de ressemblance avec Cliarlcmnguc.

imiter^ autant que possible, les manières des chantres. Les autres ne pouvaient s*empécher de rire ; mais Terapereur, toujours maître de lui-même, ne parut pomt s'apercevoir des contorsions que faisait cet homme, pour se donner l'air de chanter , de peur que le trouble de son esprit ne le poussât à quelque sottise encore plus grande, et attendit, avec une contenance calme, la ân de la messe. Ayant ensuite mandé le pauvre diable, et, plein de pitié pour ses chagrins et ses fatigues , il le consola , en lui disant avec bonté : «Brave clerc, je vous remercie de votre chant et de votre peine, » et lui fit donner une livre pesant d'argent pour soulager sa misère (*). »

MORT DE CHARLlMAGiri.

« Pendant que Charlemagne disserte sur la théologie , rêve l'empire romain et étudie la grammaire , la domination des Francs croule tout doucement.

Le jeune fils de Charlemagne, dans son royaume d'Aquitaine, ayant, par faiblesse ou justice, donné, restitué toutes les spoliations de Pépin, son père lui en fi.t un reproche; mais il ne lit qu'accomplir volontairement ce qui déjà avait lieu de soi-même. L'ouvrage de la conauéte se défaisait naturellement ; les nommes et les terres échappaient peu à peu au pouvoir royal, pour se donner aux granas, aux évêques surtout, c'est-à-dire aux pouvoirs locaux gui allaient constituer la république léodale.

« Au dehors l'empire faiblissait de même. En Italie, il avait heurté en vain contre Bénévent, contre Venise; en Germanie , il avait reculé de l'Oder à l'Elbe, et partagé avec les Slaves.

Et en effet , comment toujours combattre , toujours lutter contre de nouveaux ennemis? Derrière les Saxons et les Bavarois, Charlemagne avait trouvé les Slaves, puis les Avares* derrière les Looibaras, les Grecs; d rrière 1*A-

Suitaine et l'Ébre, le califat de Coroue. Cette ceinture de Barbares ^ qu'il

(•) Le nioine de Saint-Gall.

crut simple et qu'il rompit d'abord , se doubla, se tripla devant lui; et quand les bras lui tombaient de lassitude, alors apparut, avec les flottes danoises, cette mobile et fantastique image du monde du Nord qu'on avait trop oublié. Ceux-ci. les vrais Germains, viennent demanaer compte aux Germains bâtards, qui se sont faits Romains, et s'appelleni l'empire.

« Un jour que Charlemagne était arrêté dans une ville de la Gaule narbonnaise, des barques Scandinaves vinrent pirater jusque dans le port. Les uns croyaient que c'étaient des marchands )uifs, africains; d'autres disaient bretons; mais Charles les reconnut 5 la légèreté de leurs bâtiments. «Ce ne « sont pas là des mardiands , dit-il , « mais de cruels ennemis.» Poursuivis, ils s'évanouirent. Mais l'empereur s'étant levé de table , se mit , dit le chro- , niqueur (*) , à la fenêtre qui regardait l'orient, et demeura très-long-temps le visage inondé de larmes. Comme personne n'osait Tmterroger, il dit aux grands qui l'entouraient : « Savez-vous, « mes fidèles , pourquoi Je pleure amè- « rement? Certes, je necrams pas qu'ils « me nuisent par ces misérables pira- « teries, mais je m'afflige profondé- « ment de ce que, moi vivant , ils ont « été près de toucher ce rivage; et je « suis tourmenté d'une violente dou- « leur , quand je prévois tout ce qu'ils « feront de maux à mes neveux et à « leurs peuples (**).»

«Ainsi rodent déjà autour de l'empire , les flottes danoises , grecques et sarrasinesy comme le vautour plane sur le mourant qui promet un cadavre.

Une fois deux cents barques armées fondent sur la Frise, se remplissent de butin et disparaissent. Cependant Charlemagne assemblait des nommes pour les repousser. Autre invasion : rempereur assemble des hommes en Gaule, en Germanie , et bâtit dans la Frise la ville d'Esselfeld. Athlète malheureux , il porte lentement la main à ses blessures pour parer les coups déjà reçus.

(*) Le moine de Saiot-Gall.

{**) Ibid.

m vmi

«Le roi des I^ortfamans, Godfried, ee promettait l'empire dé la Germanie.

Xa Frise et la Saxe, il les regardait comme à lui. Les Obotrites ses voisins, déjà il les avait soumis et rendus tributaires: il se vantait même qu'il arriverait bientôt avec des troupes nombreuses jusqu'à Aix-la-Chapelle où |e roi tenait sa cour. Quelque vaines et léeères que fussent ces menaces , on n7 refusait pas cependant toute croyance; on pensait qu'il aurait hasardé quelque chose de ce genre, s'il n'avait été prévenu par une mort prématurée.

« Le vieil empire se met en garde; des barques armées ferment l'embouchure des fleuves ; mais comment fortiOér tous les rivage^ ? Celui même qui m rêvé l'unité, est obligé, comme Dioctétien, de partager ses états pour les défendre; l'un de ses flls gardera l'Italie, l'autre l'Allemagne, le dernier TAquitaine. Mais tout tourne contre Charlemagne : ses deux atnés meurent, et il faut qu'il laisse ce faible et iminense empire aux mains pacifiques d'un saint (*). »

Charlemagne associant son fils, Louis le Débonnaire ; à l'empire, lui dit:

« Flls cher à Dieu , à ton père, et à ce « peuple, toi que Dieu m'a laissé pour « ma consolation , tu le vois , tnon â^e « se bâte, ma vieillesse même m'é- « chappe : le temps de mà mort ap-

« procne Le pays des Francs m a

« Vu naître , Christ m*a accordé cet « honneur; Christ me permit de pos- « séder les royaumes paternels : je les « ai girdés non moins florissants que « le Ae les ai reçus. lA premier d'entre « les Etancs j'ai obtenu le n^m de « César, et transporté à la race des « Francs l'empire de la race de Ro- « malus. Reçois ma couronne, à mon « fils, Christ consentant, et avec elle « les marques de la puissance...» Karle ensbrasse tendrement son fils et lui dit le dernier adieu C*).

(*) Mîdielet, Histoire de France, t.

psf. S4S et loÎT.

(**) Ennold IteL — i^ei légendaires se montrèrent plus fivorables h Charlemagne,

urriiUTURB nuvQOij

Jusqu'ici nous avons suivi laborieu* sèment les destinées des Francs, depuis leur entrée dans la Gaule jusqu'à la reconstruction du pouvoir Impérial

Far Charlemagne ; mais en racontant histoire politique de cette race, nous avons laisisé de c^té sa littérature : ce mot peut surprendre quand il s'agit d'un peunle barbare, qui ne songeait

S 1ère qu'à détruire, et devant qui sont mbés les derniers restes de la civili-

le bienCûteur des églises, quMls ne TaTaient été pour Charles Martel. On se souvient que les diables emportèrent l'ame de celui-çi à sa mort; mais quand ils vinrent pour happer celle de Tempereur-roi , ils trouvèrent i qui parler.

« Un jour avint,^en la cité de Tiane, où je deneuroie, que je avoie chanté messe de requiem pour les féaux Dieu, et disoie siaume du sautier que je avoie acoustumé k dire après la messe, je vi une légion de deables trespassans soudainement par de* vanl moi, je en apelai un qui aloit cferriere, et te conjurai par la vertu Dieu qne fl me deist où il aloient : et il me respondi que il aloient k la mort Kallemaine, qui en cele heure devoit morir. Je n*oi pas perdit le siainoe que je avoie commenaé, que je lei vis retourner et passor par devant mon siège ; je demandai au darrenier, k ffii je avoie devant parlé, que il avoient fait; et il me respondi que un Galiciens sans chief décelez avoit là tant mis de fus et de pierres de moustiers en la balance, les amnosnes et h bienfait que il avoit fait pesèrent plus que H mal, et pour cesie chose leur avoient H angle l*ame toUue et Pavoîent mise en la main au souverain Roi. Quant li deables ot ce dist , il s*esvanoai tantost (*).

Dans son testament, Chaorlemagne avait fait des legs «à chacune des vingt-et-une villes qui, dans son royaume, sont reconnues comme métropok^ : ce sont Rome, Ra venue, Milan, Fréjus, Gratz, Cologne»

Mayenoe, Jnçapum, aujourdliui Salzbourg, Trêves, Sens, Bennçon, Lyon, Rouen, Rheims, Arles, Tienne, Moostier dans la Tarentaise, Embrun, Bordeaux, Tomrt et Bourges. » Éginhard, vie de Charlemagne. On voit que Paris n*est point compté parmi les villes métropolitaines.

(*) Clv<niq«e de rarcberlqee Tnpia, Di Boa-

saiion romaine. Cependant les Francs, ' comme loos les Barbares, ont eu une • Mtt^vture, bien pauvre, il est vrai, bien inconnue surtout, mais qui n*eû a pas mdns existé , au moins par des dùints de guerre comme les Bretons s'en disaient chanter par leurs bardes, comme les Scandinaves en avaient pour s'animer au combat. Éginhard BOUS dit, en effet, que Charlemagne voulut faire recueillir tous les chants de la nation franque. Un mot donc sur cette vieille littérature.

La division qui existe aujourd'hui entre les àMedes ée T Allemagne du nord et ceux de TAllemagne du midi, remonte à une haute antiquité. Dès le temps des Francs, la langue teuto* nique se partageait en haut et bas allemand; il est bien entendu que les frontières des deux dialectes , comme celles des peuples, n'avaient point de limites précises. Mais ce qui est incon* testable, c'est que la langue que par<laient les Francs, appartenait aux dialectes du haut alleimnd, qui s'étendait principalement dans la Franconie et la Souabe. Grâces aux destmées brillantes des Francs et à l'influence de Charlemagne , le dialecte francique prit naturellement un assez grand essor. C'-est le seul dans lequel on ait retrouvé quelque monument littéraire.

Les Saxons , qui parlaient le bas aile* mand , avaient bien autre chose à faire à cette époque qu'à composer et à con« server des poèmes.

Les monuments par lesquels noua connaissons le dialecte francique sont peu nombreux. Quelques mots francs, conservés dans la loi salique et dans les capitulaires, sont les traces les plus anciennes que l'on en possède. D oumges projprrement dits , l'on n'en rencontre qu'au Vir siècle, A cette époque un Franc pe mit à traduire le Ifm d'Isidore de Séville contre les Arîeni; mais rebuté, sans doute, par far dîfiteulté d'exprimer dans sa langue, tooore si rude et si imparfaite, les idées abstraites et métaphysiques qui •e trouvaient dans le livre d'Isidore , il s'aivéla aprèa les sept premiers chapitrai.

àGNB. 199

Un autre monument un peu plus populaire, c'est la traduction de la règle de saint Benoit, faute au VIII* siècle par un moine du monastère de Saint-Gall, ce crand centre littéraire de l'époque cartovingienne. Tout cela est bien peu curieux. Mais nous citons ces travaux pour montrer seulement que |a langue allemande commençait oéja à s'écrire. Les formules du concile de LeptineS) pour la renonciation au paganisme* orésentent plus d'inté^ rét) suriout puur l'histoire, par les souvenirs mytnologiques qu'elles renfermpnt. «Renonces-tu au diable ? — Je renonce au diable.— Et à toutes les oeu* vres du diable , à Tanair (ou Thor) , h Woden et à l'Othe des Saxons ( même dieu que Woden ou Odin ) , et à tous les esprits immondes qui sont ses com* pagnons?

— - Jerenonce à toutes les oeuvres du diable, à Tanaîr, à Woden, etc. »

Le monument le plus curieux, le seul qui ait une véritable importance littéraire, c'est ce fragment de Cassel, que nous avons déjà cité, et qui semblerait faire partie d un graiid cycle épique, aujourahui perdu, mais qui exista antérieurement auxPiiebelungen.

(Voyez oe fragment à la page

La découverte de ce chant est dû à M. Grimm. Ce même archéologue a publié un autre monument delà laneue firanque , beaucoup moins important, il est vrai , mais qui n'est pas cependant sans intérêt , je veux dire la prière de Weissenbrunn où l'on retrouve le souvenir ées anciennes traditions païennes. Voici le commencement de cette prière chrétienne , qui ressemble au chant de la Vola et qui ne manque point de grandeur :

« J'ai interrogé les hommes avec « grand soin, touchant l'époque où la « ferre n'était pas, ni le ciel non plus* « Il n'y avait alors ni arbre ni mon- « tagne, le soleil ne brillait pas, ni la « lune; il n'y avait alors ni mer, ni « fin ni commencement. Cependant « alors était unDieu puissant, etc.

(*) Voir Grimm, Die heyàm altestm deutschen fedichie, Cassel, iSia.

L'UNIVERS

( DB Là LlTTSRÀTimi OIS FAXHCS SOUS CBARLEXAGNE.

Tels sont les seuls monuments qui nous aient été conservés de l'ancienne littérature franque. Mais si les Fraises oi\t peu écrit à cette époque dans leur langue nationale, c'est que tout ce qui s'écrivait alors , était déjà écrit dans la langue latine, dans la langue du clergé et de la religion. Charlemagne n'abandonna point, ilestvrai, le dialecte de sa race, il parlait allemand comme il aimait à conserver le costume national ; il essaya même de faire rédiger une grammaire franque, et recueillit les chants de guerre : mais le latin n'en resta pas moins la lansue de la cour, des conseils, des assemblées, des actes officiels, et aussi des ouvrages qui se composaient sous les yeux de l'empereur. Nous devons suivre les études et les efforts des Francs dans cette littérature étrangère, qui devint peu à peu nationale pendant plusieurs siècles pour tous les peuples de l'Europe.

KEffAISSAZrCI DES icOLIS»

Quand les Francs envahirent la Gaule, les grandes écoles civiles qui florissaient encore au qùatrième siècle, à Bordeaux, Autun, Poitiers, Lyon, Arles , avaient été remplacées, au cinquième , par les écoles des grands monastères et les écoles épiscopales; l'enseignement avait aussi nécessairement changé, la littérature était devenue exclusivement religieuse. Mais ces écoles s'éteignirent à leur tour; du sixième au septième siècle, la barbarie va croissant; il semble que les ténèbres s'étendent sur le monde; mais c'était pour cacher l'enfantement d'une société nou- ▼flle qui devait sortir de l'union de rÉglîse et des Barbares. Le réveil, c'est Charlemagne, car alors l'union est consommée et commence déjà à porter ses fruits. Du sixième au huitième siècle la littérature profane a disparu, et la littérature religieuse se borne à des sermons et des légendes , les grands prédicateurs disparaissent même a cette époque : on n'en trouve plus après saint

Colomban. Au temps de Giarlemacne, * tout semble renaître, d'une manière confuse etimparf)iite, il est vrai, mais qui annonce que l'esprit commence a ressaisir ses droits. On voit , en efifet^ apparaître des écrits philosophiques , historiques, philologiques; Èginhard écrit une biographie de Charlema^e»

où nous retrouvons, pour la première fois depuis long-temp^, une intention littéraire. Alcuin discute des questions métaphysiques ; d'autres font des grammaires, des commentaires ; c'est, en un mot, l'activité intellectuelle se portant déjà sur presque toutes choses.

De son côté, Charlemagne, pour donner quelque durée à ce nouveau mouvement littéraire, s'efforce de propager, de répandre partout l'instruction; il fonde des écoles dans les évêchés, dans les monastères ; les laïques euxmêmes y seront admis. « Que votre dé- « votion agréable à Dieu, écrit-il à « l'abbé Bauguif , sache que, de con- « cert avec nos fidèles, nous avons jugé « utile que, dans les^iscopats et dans « les monastères confiés par la faveur « du Christ à notre gouvernement , on « prit soin, non seulement de vivre ré- « gulièrement et selon notre sainte re- « li^ion, mais encore d'instruire dans la « science des lettres et selon la capacité « de chacun , ceux qui peuvent appren-

« dre avec l'aidede Dieu Car, quoi*

« qu'il soit mieux de bien faire que de « savoir, il faut savoir avant de faire... a Or, plusieurs monastères nous ayant, « dans ces dernières années, adres^ « des écrits dans lesquels on nous an* « nonçait que les frères priaient pour « nous dans les saintes cérémonies et « leurs pieuses oraisons, nous avons « remarqué que dans la plupart de ces « écrits , les sentiments étaient bons et « les paroles grossièrement incultes, « car ce qu'une pieuse dévotion inspi- « rait bien au dedans, une lanÂie « malhabile et qu'on avait n^ligé d^in- « struire, ne pouvait l'exprimer sans « faute. Nous avons dès lors commencé « à craindre que, de même qu'il y avait « peu d'habileté à écrire, de même Fin* « telligence des saintes Écritures ne « fût beaucoup moindre qu'elle ne de-

c vait être. Nous tous exhortons donc « non seulement à ne pas négliger « rétode des lettres, mais à travailler « d'un cœur humble etagréableà Dieu, « pour être en état de pénétrer faciie- « ment et .sûrement les mystères des « saintes Écritures. Or, il est certain « que, comme il y a dans les saintes « Ecritures des allégories , des ûsures « et autres choses semblables, celui-là « les comprendra plus facilement , et « dans leur vrai sens spirituel , qui sera « bien instruit dans la science des let- « très. Qu*on choisisse donc pour cet « œuvre, des hommes gui aient la vo- « lonté et la possibilité d'apprendre,

« et l'art d'instruire les autres Ne

« manque'pas, si tu veux obtenir notre « faveur, d'envoyer un exemplaire de « cette lettre à tous les évéques suffira- « gants et à tous les monastères. »

Théodiilf , l'un des pkis habiles conseillers de Charlemagne, lui écrit de Lyon : « Lorsque j'eus , suivant votre « ordre, pris possession de cette église, « j'agis de tout mon pouvoir, selon les « forces de ma petitesse, pour amener « les offices ecclésiastiques au point « où, avec la grâce de Dieu , ils sont « à fieu près arrivés. Il a plu à votre « piété d'accorder, à ma demande, la « restitution des revenus qui apparte- « naient autrefois à l'église de Lyon ; « au moyen de quoi , avec la grâce de « Dieu et la YÔtre, on a établi dans « ladite église une psalmodie où Ton « sait , autant que nous l'avons pu , le « rite du sacré palais , en tout ce que « comporte l'office divin. J'ai des écoles « de chantres, dont plusieurs sont déjà « assez instruits pour pouvoir en ins- « truire d'autres. En outre , j'ai des « écoles de lecteurs, qui non seulement « s'acquittent de leurs fonctions àms « ksoffîoes, mais qui, par la médita- « tion des livres saints , s'assurent les « fruits de l'intelligence des choses « spirituelles. Quelques-uns peuvent « expliquer le sens spirituel des Évan- « ^es, plusieurs ont rintellieence des «prophéties, d'autres des livres -de « Salomon, des Psaumes, et même de « Job. J'ai fait aussi tout ce que j'ai « pu dans cette église pour la copie des

lAGNE. 201

< livres; j'ai procuré également des « vêtements aux prêtres, et ce qui était « nécessaire pour les <^ces. »

Cette reconunandation de Charlemagne et les efforts des évéques ne restèrent pas vains : partout des écoles s' élevèrent d'où devaient sortir les hommes les plus illustres du siècle suivant; par exemple, celles de Ferrières en Gatinais; de Fulde, dans le diocèse de Mayence; deReiclienau, dans celui de Constance; d'Aniane, en Languedoc; de Fontenelle ou Saint-WandriTle, en Normandie.

Je l'ai déjà dit, les laïques furent admis dans ces écoles , car il n'y avait plus de séparation entre les deux sociétés civile et religieuse; le clergé avait repris son véritable rôle de promoteur du développement intellectuel.

On lit dans un capitulaire de Théodulf, évêque d'Orléans, les deux articles suivants :

a Si quelqu'un des prêtres veut envoyer à l'école son neveu , ou tout autre de ses parents, nous lui permettons de l'envoyer à l'église de la Sainte-Croix, ou au monastère de Saint-Aignan, ou de Saint-Benoît, ou de Saint-Lazare , ou à tout autre des monastères confiés à notre gouvernement.

« Que les prêtres tiennent des écoles dans les bourgs et les campagnes; et' si quelqu'un des fidèles veut leur confier ses petit^enfants pour leur faire étudier les lettres, qu'ils ne refusent point de les recevoir et de les instruire, mais qu'au contraire ils les enseignent avec une parfaite charité, se souvenant qu'il a été écrit : Ceux qui auront été savants brilleront comme les feux du firmament, et ceux qui en auront instruit plusieurs dans la voie de la Justice^ luiront comme des étoiles dans totUe tétemité. Et qu'en instruisant les enfants, ils n'exigent pour cela aucun prix et ne reçoivent rien, ex-, cepté ce que les 'parents leur offriront volontairement et par affection. »

Le moine de Samt-Gajl parle aussi d'une école d'enfants que Charlemagne aurait instituée et confiée à l'Écossais Clément : « Forcé de partir pour des expéditions ryilitaircs, il enjoignit à Clément de rester dans la Gaule , et lui

confia, pour les instruire, un grand nombre d*enfants appartenant aux plus nobles familles , aux familles de classe moyenne, et aux plus basses. Afin que le mattre et les élevés ne manquassent point du nécessaire , il ordonna de leur ibumir tous les objets indispensables i la vie, et assigna pour leur habitation des lieux commodes.

«Açrès une longue absence, le trèsvictorieux Charles, de retour dans la Gaule ^ se fit amener les enfants remis aux soms de Clément, et voulut ou'ils lui montrassent leurs lettres et leurs vers; les élèves sortis des classes moyenne et inférieure présentèrent des ouvrages qui passaient toute espérance et où se faisaient sentir les pi us douces saveurs de la science ; les nobles, au contraire, n'eurent à produire que de froides et misérables pauvretés. Le très-sage Charles, imitant alors la justice du souverain juge , sépara ceux qui avaient bien fait et leur ait : « Je vous « loue beaucoup, mes chers enfants, de « votre zèle à remplir mes intentions « et à rechercher votre propre bien de « tous vos moyens. Mamtenant effor- « cez-vous d'atteindre à la perfection , * alors je vous donnerai de riches évê- « chés, de ma^ifiques abbayes, et vous « tiendrai toujours pour gens considé- « rables à mes yeux. » Tournant ensuite un front irrité vers les élèves demeurés à sa gauche, portant la terreur dans leur conscience par son regard enflammé, tonnant plus qu'il ne parlait, il lança sur eux ces paroles pleines de la plus amère ironie : « Quant à vous, « nobles , vous , fils des principaux de « la nation, vous, enfants délicats et « tout gentils , vous reposant sur votre « naissance et votre fortune, vous avez « négligé' mes ordres et le soin de « votre propre gloire dans vos études, « et préféré vous abandonner à la mol- « lesse , au jeu , à la paresse ou à de «t futiles occupations. » Ajoutant à ces premiers mots son serment accoutumé, et levant vers le ciel sa téte auguste et son bras invincible, il s'écria d'une voix ibudroj^ante : « Par le roi des cienx, « permis à d'autres de vous admirer; « je ne fais, moi , nid cas de votre naîs-

« sance et de votre beauté. Sadiez et « retenez bien que si vous ne vous « hâtez de réparer par une constante « application votre négligence passée, « vous n'obtiendrez jamais nen de « Charles. »

ioOU DU PÀXJIIS.

Pour mieux encoura^r ces efforts, Charlemagne donna lui-même l'exem^ pie, en fondant l'école palatine qui le suivait partout dans ses courses et à la téte de laquelle il avait placé Alcain ; parmi ceux qui assistaient aux leçons d'Alcuin , se trouvaient les trois fils de Charlemagne, Charles , Peptn et Louis, sa sœur, et sa fille Gisia; les conseillers ordinaires Adalhard, Anffiftiert, Flavius Damoetas, Éginhard; Pardievéque de Mayence Riculf . et Rigbod , arcnevémie de Trêves. maftre parlait là de toutes choses; il nous reste une disputatio ou conversation entre Alcuin et Pépin, qui donne une singulière idée de ces leçons :

Interlocuteurs: Pepxh, ALCunr.

Pépin. Qu'est-ce que l'écriture ?

Jlcuin. La gardienne de Thistoire.

P. Qu'est-ce que la jparole?

J. L'interprtte de rame.

P. Qu'est-ce qui donne naissance à la parole?

J. La langue.

P. Qu'est-ce que la langue?

J, Le fouet de l'air.

P. Qu'est-ce que l'air?

Le conservateur de la vie.

P, Qu'est-ce que la vie ?

A, Une jouissance pour les heureux, une douleur pour les misérables, l'attente de la mort. *

P. Qu'est-ce que la mort?

y/.' Un événement Inévitable, un voyage incertain, un sujet de pleiâ-s pour les vivants, la confirmation des testaments, le larron des hommes.

P. Qu'est-ce que l'homme?

A, L'esclave ae la mort, un voyageur passager, h6te dans sa demeore.. .

P. Comment Thomme est-il piaoé?^

A. Comnoe une lanterne expose^ aux vents.

p. Où est-U placé?

A. Entre sii parois.

P. Lesauelles?

A. Le clessus , le dessous , le devant, le derrière, la droite, la gauche.

P. Qu*est-ce que le sommeil ?

j4. L'image de la mort.

P. Qu'est-ce que la liberté de l'homme?

j4. Uinnocence.

P. Qu'est-ce que la tête?

A, Le Caîte du corps.

P. Qu'est-ce que le corps?

A, La demeure de l'ame.

Ici suivent vingt-six questions relatives aux diverses parties du corps humain, et que Ton supprime parce qu'elles sont dépourvues de tout intérêt.

Pépin reprend:

P. OuW-cequeleciel?

A. Une sphère mobile, une voûte immense.

P. Qu'est-ce que la lumière?

A. Le flambeau de toutes choses.

P. (>u'est-ce que le jour?

A. Une provocation au travail.

P. Qu'est-ce que le soleil?

A. La splendeur de l'univers, la beauté du firmament, la grâce de la nature, la gloire du jour, le distributeur des heures.

I^ous supprimerons également ici cinq questions sur les astres et les éléments.

P. Qu'est-ce que la terre?

A. La mère de tout ce gui croît , la 'iKNUTÎce de tout ce qui existe , le grenier de la vie, le gouffre qui dévore tout.

P. Qu'est-ce que la mer?

A. Le chemin des audacieux, la

frontière de la terre l'hôtellerie des

fleuves, la source des pluies...

Suivent six questions insignifiantes sur des objets matériels , pns dans la nature.

P. Qu'est-ce que l'hiver?

A. L'exil de Tété.

P. Qu'est-ce que le printemps?

A' Se jpeintre de la terre.

P. Qu'est-ce que Tété?

A. La puissance qui vêtit la terre et vArit les fruits.

P. Qu'est-ce que l'automne?

A. Le grenier de l'année.

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