‹ Allemagne T. 2Chapitre 28 sur 56 · HENRI XV IST SXCOMMDV · texte numérisé non relu

HENRI XV IST SXCOMMDV

La première attaque de Grégoire VII fut Violente ; dans le même concile où il défendit l'investiture donnée par les laïques , il déposa l'archevêque de Brème, et les éveques de Strasbourg, de Spire et de ^amberg; cinq conseillers de Henri IV furent également séparés de la communion de l'Église, et menacés de l'excommunication, comme fauteurs de la simonie; enGn quatre légats arrivèrent, chargés d'extirper }ar toute l'Allemagne cette plaie de 'Église. Henri , alors occupé contre les Saxons, promit d'abord son assistance; mais lorsque la soumission de

noJins , ér^que de Pavie , et de beaucoup d*«utres saints Pères, ainsi quMl est dit dans les décrets de saint Symmaque.

240 11 est permis aux sujets, par son ordre ou par sou autorisation, d'accuser leurs souverains.

a5« Il peut sans les synodes déposer les évèques et les réintégrer.

6» Celui qui n'est pas d'aooord avec l'Église romaine n'est pas catholique.

370 n peut dégager les sujets de Tobéissance aux impies.

(*) Nous n'avons pas craint qne l'emprunt que nous venons de faire à M. Michelet parât trop long ; il serait difficile de réunir autant de fiaits et d'idées dans un aussi court espace, et de les présenter d'une manière aussi vive.

la Saxe lui eut rendu confiance en ses forces, il montra moins d'humilité.

Plusieurs évêques saxons étaient retenus prisonniers par lui, sans égard pour les recommandations du pape; il nomma lui-même un de ses favoris à l'évêché de Bamberg; peu après, il voulut en faire autant pour rarcbevêché de Cologne. Grégoire VII oe

farda plus alors de mesure; il cita empereur à comparaître à Rome, sous peine d'excommunication, afin de rendre compte de sa conduite. Jamais pape n'avait osé parler si haut ; l'étonnement fut grand eo Allemagne, où l'on était habitué à ne voir presque dans les papes que des lieutenants impériaux. Un concile , réuni à Worms , déposa l'audacieux pontife : « Descends « donc , disait la lettre de Henri ; des- « cends, toi qui as été condamné par «la sentence de tous nos évêques; « cède le siège apostolique à un autre «qui ne profane pas la religion par « la violence, et qui enseigne la pure « doctrine de Jésus - Christ. » Grégoire VII répondit par une excommunication lancée contre Fempereur, et la lutte commença.

L'xxGOMMniricATioir.

Cétait une terrible chose au moyen âge qtie l'excommunication ; la société religieuse enveloppait alors la société civile, en consacrait et en resserrait tous les liens. Rien alors ne se faisait que par l'Église ; aussi , retrancher un homme de l'Église, c'était le mettre hors la loi, en faire un proscrit, un outlaw y dont tout le monde fuyait l'approche et le contact, et qui portait partout avec lui le signe funeste delà réprobation divine. A sa venue, l'Église se voilait de deuil, les chants cessaient, l'orgue était muet et les cloches inunobiles; le sanctuaire se fermait devant lui , et le prêtre attendait qu'il Jfût passé pour rendre au temple ses cantiques. Lorsque la sentence était lue, c'était à la lueur des flambeaux, dans leolus sombre appareil; et quand l'omciant prononçait les lugubres paroles ét l'exconneoni-

cation y tous tes assistants renversaient leulrs flambeaux, et en éteignaient la flamme sous leurs pieds; terrible image de la vie spirituelle, qui s'était éteinte aussi dans Tâme du condamné. Si le coupable était un prince, et refusait de faire soumission, le pape déliait ses sujets de leur serment de fidélité, et, pour vaincre sa résistance, il les Ârappait eux-mêmes : partout le pavs, les cérémonies du cuite étaient suspendues; les sacrements n'étaient plus administrés ; il n*^ avait plus de messes ni de prières, si ce n'est pour les nouveau -nés et pour les morts.

On comprend combien cette arme était

Suissante à une époque où les paroles e rÉglise étaient le premier besoin des peuples.

BÉTOI.TK DES PBfVCU ALUMâNOt.

La sentence de Grégoire VII réunit tous les ennemis de l'empereur; les ducs de Souabe, de Bavière et de Carfnthie, qui jusqu'alors avaient respecté en lui le nom de roi , formèrent avec les princes saxons une li^ue formidable. L on convint qu'une diète serait tenue à Augsbourg,et que le pape y assisterait. Henri n'attendit pas i'époq'uede la convocation : au milieu de l'hiver, par un froid rigoureux, lorsque les neiges couvraient tous les chemins, Tenipereur, avec sa femme et son petit enfant, à peine âgé de deux ans, franchit les* Alpes pour aller trouver son redoutable adversaire. Gré^çoire était à Canossa, dans le château de la célèbre comtesse Mathilde; l'empereur, nupieds , couvert de bure , dans le costume de pénitent, attendit trois jours dans la cour du château, jusqu^à ce que le pape consentît enfin a l'admettre devant lui. Grégoire résistait; on l'accusait de dureté, conjme s'il se fût agi pour lui (le pardonner à un ennemi : il sentait qu'une réconciliation était impossible ; il céda cependant, et donna à Tempereur son absolution.

Bi^CTXOir d'uv Ajrrx-cibAm.

Henri n'avait voulu que gagnér du 1S* Livraison- (AtiBMAOïfB.)

temps. Quand 11 mtH de CaiMuif c»* fut avec la rage dans le coeor et ïe désir de la vengeance. Son humiliation lui donna des armées; on s'indigna que le chef du monde féodal eût été ainsi traité j^r un prêtre. Les évéques italiens, qui redoutaient les pvétaD*< tions du pape, s'unirent à sa cause; dans l'AIlemaene, de nombreux partisans se déclarèrent pour lui : lef villes, qui craignaient J'anarcliie féodale, sentaient le besoin de diercher contre l'ambition des seigneurs un ap-:

pui dans la puissance et la protection du chef suprême de l'empire; aussi, lorsque les princes eurent proclamé roi de Germanie Rodolphe de Rlieinfeld (*), Henri put marcher contre lui, et le combattre à forces égales. Il fut, il est vrai, deux fois vaincu; mais dans une troisième bataille (1080), Godefroy de Bouillon , qui devait porter son nom si haut dans la première croisade, tua, avec le fer de la bannière impériale qu'il portait, le compétiteur de Henri.

Grécoire avait quelque temps hésité entre les deux princes ; sa conduite à Canossa lui avait aliéné un grand nombre d'esprits. Quelques écrits qui coururent en Allemagne après sa mort montrent l'opinion ae bien des hom-, mfô de ce pays sur ses prétentions.

Dans ses dernières paroles, disait-on, il confessa qu'il avait grandement péché et mal agi, à ta persuasion diable , dans le gouvernement de rÉglise. Il écrivit lui-même, dans unê lettre adressée aux Allemands : « n «nous est revenu qu'il est dans la « pensée de plusieurs d'entre voos qu« « j'ai agren ceci avec une légèreté mon* « daine, et cependant aucun de v^oi «ne s'est trouvé dans des circons- « tances aussi difficiles, et n'a souffert *i autant d'injures que moi. » Aussi.

Grégoire n'osa se prononcer d'aboii

(*) La première condition quelet prinoei firent jurer à Rodolphe , inonire oombiM ils étaient préoccupés de ridée de limiter h puissance impériale. Rodolphe iura qn^il m rendrait pas la couronne héréditaire daw

L*UÏIIV£K8;

toi dfeut cjpnpétttnm : peutélÉe'vojait^l que sa cause n'avancerait pas plus a?cc Tun qu'avec l*autie; dépendant^ après ia seconde victoire de Rodolphe, il lui envoya un diadèthe. où se trouvaient écrits ces

riitrè Petro, Petrnt dtadflou Boddiplu».

itoRT t^Ë oikiooias vix.

Henri, de son côté, fit un anti-pape, dans un concile tenu à Brixen; il fit élire Guibert, archevêque de Ravenne, sous le nom de Clément IIÎ. La ba- . tjiitle de Molsen, en délivrant remuent éf son rival, lui permit d'aller ppursuivre Grégoire en Italie. Toute I;^ Lrombardie rfioonnaissait son autorité ; mais le pap^ tenait ferme à Rome : ijeori Vy assiégea à plusieurs reprises.

troisième fois, il s'empara de la €^ Léonine, ce qui obligea les Ro- BH^ns à lui ouvrir leurs portes. Gréttire allait être contraiiit de se rendre, lorsqu'il lut heureusement délivré par Robert Guiscard, le chef de ces aventuriers normands qui avaient {pndé. un royaume dans ritalie méridionale, et qui, placés entre Tempire grec et Tempire germanique, prétendaient ne relever pi de Tun ni de l'autre, et augmentaient leurs domaines aux dépens de tous deux. Du reste, Gr^pire ne put rester à Rome; il Mùril 9id>er^ # ^lerne : c'est là qu'il ii9^întt,.fe mai 1085, en prononfant ces tristes paroles que nous avons rapportées plus haut, et qui, comme celles de Brutus mourant pour une idée qu'il cro^vait sainte, sont un Gl| 4% 449WO^ contre i'equité de là

mibroLTft ntt nu de uvex.

Henri IV ne jouit pas longtemps de Ion triomphe, et sa nn fut plus misérable encore : d'abord, il lui fallut comiMttre un second compétiteur, Hermann de Luxembourg; j)uis son propre fils Conrad, qu'il avait fait désigner pour oott auœesseur, se révolta contre lui; on. même tempo, sa propre épouse, rimpâratrioe Adélaïde de Russie « dé-

clarait de?ant deux synodeo des eho*

ses qu'elle aurait dd tenir à tout jamais cachées, et qui couvraient de honte son époux. Le malheurem prince, poursuivi par le pape , qu'animait encore l'esprit de Grégoire VII, trahi par sa femme, par son fils , par ses meilleurs amis, passa les dernières années à combattre contre tous. Dans son désespoir, il voulait en finir avec la vie ; car depuis le commencement de sa querelle avec le saint-siége, la coupe qui lui avait été servie n'était que fiel et amertume. Cependant il lutta avec constance, et effaça au moins par son courage ses premières fautes. Mais les pap^, selon l'expression d'un vieil historien, le frappèrent de la lance de Juda. Après la soumission et la mort de Conrad , ils armèrent contre l'empereur son autre fils, Henri, en lui taisant craindre que l'excommunication qui pesait contre son père ne le privât des droits qu'il

g>uvait avoûr sur l'héritage paternel, enri n'eut pas honte de venir décla<> rer au concile de Nordhausen , qu'il n'avait d'autre motif, en prenant les armes, que de forcer son père à rentrer dans la communion de l'Église.

Lorsque les deux armées se rencontrèrent, tous les vassaux de l'empereur, fatigués de s'attacher plus longtemps à la fortune d'un prince si malheureux, l'abandonnèrent; il lui fallut fuir devant son fils. Cependant le jeune Henri , parlant de piété filiale et de réœnciliation , indiqua une diète à Mayence, pour terminer, disait-il, ses différends avec son père , mais en réalité pour le faire déposer.

DBPOszTioir DS atsmi.

« Les partisans de l'empereur profitèrent de l'éloignement de son fils pour lui représenter qu'il ne devait pas ajouter une confiance entière aux promesses, et se laisser binsi entraîner a sa perte. — Mais bientôt le jeune prince revint , et jura qu'il était prêt a se sacrifier, corps et âme, pour son père. Ses protestations imposèrent silence à ses accusateurs et les couvrirent de honte. On s'avança jusqu'à

BtngeO) rà) contrairement aux premières conventions, l'escorte du roi des Romains s'accrut d'une manière inquiétante. — « Mon père, dit alors « le jeune prince à l'empereur, l'ar- « chevéque de Mayence ne vous receà vra pomt dans la ville tant quo vous « serez sous le poids de l'excommuni- «cation; d'ailleurs, je craindrais de « vous conduire au milieu de vosenne- « mis. Restez ici, et célébrez-y les fêtes 1 de Noël , pendant que je vais travailler « pour vous de toutes mes forces. » — 4 Dimi soit témoin et juge entre toi « et moi, répondit l'empereur; tu sais k ce que j'ai fait pour t'élever ; quelles «peines, quels soucis je me suis at- « tirés pour toi; guels ennemis j'ai « bravés dans ton intérêt; puisses-tu à m'en témoigner une sincère recon- « naissance ! » — Pour la troisième fois, le jeune prince fit les protestations les plus solennelles; puis il partit pour Mayence. Uempereur entra à Bingen ; mais aussitôt la trahison éclaia ouvertement : on le fit prisonnier, et on chassa tous ses compa-

SUons, à Texception de trois. L'évêque e Spire, oubliant les bienfaits dont Henn l'avait comblé, le traita avec la

fus grande dureté. Mais ce qui parut Pempereur plus cruel que les menaces, que la prison, que la soif et la faim, ce fut, selon son propre aveu, de ne pouvoir, lui, chef de la chrétienté, célébrer, au milieu tde tous les chrétiens, la flfte si consolante de la naissance de Jésus-Christ.

« Il était dans un état complet d'abUttement lorsqu'il reçut les envoyés de son fils; c'étaient les ardievêaues de Mayence et de Cologne, et l'évêque de Worms. — « Remets-nous , lui di- «rent-ils, la couronne, le sceptre et «la pourpre, afin que nous les por- « tions à ton fils. » Comme Tempereur, jÉtenné, demandait la cause d^une conduitè si extraordinaire : « Tu la con- « nais mieux que tout autre, reprirent « les ambassadeurs. Depuis lonsues « années, l'empire et l'Église soufrrent par ta fiaute; les dignités eoclésiastiè ques sont données au plus riche et < non au plus digne; tu perds les corps

AGNE. Ht

« et les âmes: aussi les princes et te «pape ont -ils unanimement résèlH « de te déposer, toi , excommunié. »

— « Archevêques de Mayence et de « Cologne, reprit l'empereur, et vou», « év^ue de Worms, qu'ai-je reçu de « vous , qu'ai-je reçu pour votre éléva- « tion? — Rien , » répondirent- ils eh rougissant de honte. — « Et cepen^ «dant, continua Henri, vos digtiitéft « auraient pu considérablement aug- « menter mon trésor. Pour moi , jè k m'applaudis de ne m'étre pas rendu « coupable de cette simonie ; mais vous, « écoutez mes conseils: ne souillez pail « votre propre digtiité en prenant part « à l'injustice ; ne flétrissez pas , en «me dépouillant aussi indignement, « l'autorité impériale que la mort doit « bientôt me ravir. Mais si, ni les con- « seils de la sagesse, ni la voix de la «justice, ne peuvent vous détourner « de ce projet, je vous demande au « moins quelque temps pour réfléchir, « et ensuite , si la diète persiste danè « sa résolution , je placerai moi-mêtne « la couronne sur la téte de mon fils. »

« Cependant , comme les ambassadeurs renouvelaient leur demande aveô plus de force, l'empereur s'éloigna pour délibérer avec le petit nonibre de serviteurs qui lui étaient restés fidèles.

« Puis il revint, couvert des insighes de la dignité impériale, s'assit sur a>à trône, et dit aux ambassadeurs : « Ç*ëst a au Seigneur Dieu, qui m'a Mis là « couronne sur la téte, que je (|ois nnè « fier, puisque vous, vous mabdtiez à «votre serment de fidélité! TéifAï « préparé , armé, contre les atbdnêà « des ennemis extérieurs ; mdls^ (failli «aux insurrections intestines, seçrè- « tes, inattendues, des princes tet'des « évéques allemands , je ne puis que leur rappeler inutilement léiv*s ser- « nients et leurs devoirs. Pour rtïon «fils, je n'ai plus aucune puisçancë « sur lui, puisque le t^spect filial, lé « devoir le plus saint parmi les hom- « mes de bien, ne le retient plus. Ce «que l'empereur accorde à tous les « criminels, le temps et les moyens de « se justifier, les princes et les prélats

9fi

L'UNIVERS

« le refiisent à l'empereur ! Si la crainte a d'uoe puissance plus élevée que celles « de la terre, si la honte du crime ne « vous arrêtent pas, ap|)rochez, et de • V08 mains sacrilèges dépouillez votrç «empereur.» . . , ^ ,

« Les prélats n'avaient pas Iprém eue l'affaire pût prendre cette tour- Sure; ils restèrent interdits et frappés de stupeur. Alors, le margrave de Misnie, Wigbert, qui leur avait été adjoint, s'écria : « Notre nouveau sou- « verain n'a-t-il pas déclaré qu'il n'y « avait de salut pour l'empereur que «dans une prompte obéissance? — « Pourquoi hésitons-nous , ajouta l'ar- «chevéque de Mayence, à exécuter a les ordres des princes ? Si nous « pouvons élever le plus digne sur «le trône, ne pouvons -nous pas en «précipiter un prince indigne?»—- Alors ils s'avancèrent, enlevèrent a l'empereur la couronne placée sur sa tête, le dépouillèrent de la pourpre et de tous les insignes de la puissance terrestre. Dans ce moment, Henri s'écria : « J'expie les fautes de ma «jeunesse, comme jamais prince n'a «expié ses crimes; mais les erreurs « de nîa vie passée ne justifieront pas « votre action; le Seigneur Dieu vous « en punira ; Votre partage sera celui « du traître qui a livré le Christ. »

« Le malheureux prince erra quelque temps dans l'Allemagne, alla demander la place la plus humble dans ^ une église qu'il avait élevée lui-même : elle lui fut refusée; il mourut de faim. Le courroux des papes le poursuivit même après sa mort: son cadavre fut exhumé et abandonne sans sépulture, comme celui d'un exconununié (*)»»

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