QUERELLES DU SACERDOCE ET DE L*E1IPIEB
Ici, la question grandit; l'horizon s'étend; ce ne sont pas seulement d6ux hommes, un empereur et un
pape, qui sont en présence;, mais deux principes, deux formes sociales, la féodalité et l'Église, la matière et l'esprit. L'une de ces deux puissances veut absorber l'autre, mais celle-ci lui résiste et la brise, comme un ressort qui.
longtemps pressé, se relève enfin, et rejette au loin ce qui pesait sur lui. « Il y a, dit un éloquent historien (*), dans le monde féodal quelque chose oui le condamne et le voue à la ruine, sans doute c'était un noble monde que ce monde féodal qui s'endort avec la maison de Souabe; on ne peut le traverser, même après la Grèce et Rome, sans lui jeter un regard et un regret. Il y avait là. des compagnons bien fidèles , bien loyalement dévoués à leur seigneur et à la dame de leur seigneur; joyeux à sa table et à son foyer, tout aussi joyeux quand il fallait passer avec lui les défilés des AJpes, ou le suivre à Jérusalem jusqu'au désert de la mer Morte; de pieuses et candides âmes d'hommes sous la cuirasse d'acier. Et ces magnanimes empereurs de la maison de Souabe, cette race de poètes et de parfaits chevaliers, avaient-ils si grand tort de prétendre à l'empire du monde? Leurs ennemis les admiraient en les combattant; on les reconnaissait partout à leur beauté; ceux qui cherchaient Enzio, le fils fugitif de Frédéric II, le découvrirent sur la vue d'une boucle de ses cheveux : « Ah ! disaient-ils, « il n'y a dans le monde que le roi « Enzio qui ait de Si beaux cheveux « blonds. » Ces beaux cheveux blonds et ces poésies, et ce grand courage, tout cela ne servit de rien : le frère de saint Louis n'en fit pas moins couper la téte au pauvre jeune Conradin, et la maison ae France succéda à la prépondérance des empereurs.
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« L'empereur doit périr , l'empire doit périr, et le monde féodal, dont il est le centre et la haute expression. Il y a en ce monde-là quelque chose qui
(•) M. Micfaelet, Histoire de France, t. H, p. lès et suiv.
le condamne et le voue à la raine; c*est son matérialisme profond. L'iiomme Si* est attaclié à la terre; il a pris racine dans le rocher où s'élève sa tour :
NîUle terre sans seigneur y nul seigneur sans terre. L'homme appartient à un
lieu ; il est jugé selon qu'pn peut dire
?u'il est de naut ou de bas Reu. Le oilà localisé, itfnmobîle, fixé soos la masse de son pesant château, de sa pesante armure.
a La terre , c'est Thomme; à elle appartient la véritable personnalité; comme personne, elle est indivisible, elle doit rester une et passer à l'aîné. Personne immortelle, indifférente, impitoyable, elle ne connaît point la nature ni l'humanité. L'aîné (>ossédera seul; que dis -je? c'est loi qui est possédé : les usages de sa terre le dominent , ce fier baron ; sa terre le gou- Terne, lui impose ses devoirs; selon la forte expression du mo^en âge : // fatd qu U serve son fief.
« Le ms aura tout, le uls aîné; la fille n'a rien à demander : n'est-elle pas dotée du petit chapeau de roses et du baiser de sa mère. Les puînés, oh!
leur héritage est vaste! ils n'ont pas moins que toutes les grandes routes , et par-dessus, toute la voûte du ciel.
Leur lit, c'est le seuil de la maison paternelle ; ils pourront de là, les soirs d'hiver, grelottants et affamés, voir leur aîné seul au foyer où ils s'assirent, eux aussi, dans le bon temps de leur enfance ; et peut-être leur fera-t-il
ieter quelques morceaux, nonobstant e grognanent de ses chiens : Doucement ^ mes dogues, ce sont mes frères; il faut bien qu'ils aient quelque chose aussi.
a Je conseille aux puînés de se tenir contents, et de ne pas risquer de s'établir sous un autre seigneur : de pauvres ils pourraient bien devenir serfis. Au bout d'un an de séjour, ils lui appartiendraient corf» et biens. Bonne aubaine pour lui; ils deviendraient ses aubains^ autant presque vaut dire ses serfs y sesjtdfs! Tout malheureux
gai cherche asile, tout vaisseau qui rise au rivage, appartient aa seigneur ; il a Vaubiâne et le bris.
• Il n'est qu'un asile sûr, l'Église.
C'est là que se réfugient les cadets des grandes maisons. L'Église, impuissante pour repousser les barbares, a 4té obligée de laisser la force à la féodalité; elle devient elle-même peu k peu toute féodale. Les ciievaliers restent chevaliers sous l'nabit de prêtres. Dès Charlemagne, les évéques s'indignent qu'on leur présente la pacifique mule, et qu'on veuille les aider à monter. C'est un destrier qu'il leur faut, et ils s'élancent d'eux-mêmes (*). Ils chevaMcbent, ils chassent, ils combattent, ils bénissent à coup de sabre, et imposent avec la masse d'armes de lourdes pénitences (**).
. «C'est une oraison funèbre d'évêque, bon clerc et brave soldat. A la bataille d'Hàsting , un abbé saxon amène douze moines, et tous les treize se font tuer. Les évêques d'Allemagne déposent un des leurs, comme pacifique ei peu vaillant (***). Les évéques devien-
(*) Un jeune derc venait d'être noipmi par Chariemagne à an évéché. Comme -il f 'on allait tout jovenx , ses serviteurs , considérant la gravite épiscopale, lui amenèrent sa monture près d'un perron; niais lui, indigné, et croyant qu'on le prenait pour infirme, s'élança à rneval si lestement, qu'il faillit passer de l'autre côté. Le roi le vit par le treillage du palais, et le fit appeler aussitôt : Ami, lui dit-il , tu es vif et ié^, « fort leste et fort agile. Or tu sais combien
* de guerres troublent la sérénité de notre « empire. J'ar besoin d'un tel clerc dans moa « cortège ordinaire; sois donc le compagnon
* de tous nos travaux. ** Le moine de Saint- Gan« liv. L {Note de M, MicJietet,)
(**) Voyez un chant suisse inséré dans 1« des Knaèin fFimderkorn, (Idem,) (***)C'était Christian, arehevècHie de Majeo« ee : il eut beau ciier ces mots de l'Évangile : Mets ton épée au fourreau; on obtint du pape sa déposition. Micfaaud, Histoire des oroisades, t. lY, p. 399. — Un évèqne de Ratisbonne accompagna le prince de Ba^ vière dans une gucârre contre les Hongrois, n y perdit une oreille et fui laissé parmi les morts. Un Hongrois voulut l'achever ; mais Févéque, réconforté eaDieu, après un long combat, renversa ion aBBcmi ei revint sain
L'UNIVERS
nent barons et les barons évéques.
Tout père prévoyant ménage à ses cadets un éveché , une abbaye. Ils font élire par leurs serfs leurs petits enfants aux plus grands sièges ecclésiastiques : un m-chevéque de six ans, monté sur une table, balbutie deux mots de catéchisme, il est élu<; il prend charge d'âmes , il gouverne une province ecclésiastique (*). Le pdie vend en son nom les bénéfices , reobit les dîmes, le prix des messes, sauf à n'en pas faire dire; il fait confesser ses vassaux , les fait tester, léguer, bon gré mal gré, et recueille ; il , frappe le peuple des deux glaives tour à tour; il combat, il excommunie, il tue , damne à son choix (**).
« Il ne manquait qu'ime chose à ce système; c'est que ces nobles et vaillants prêtres n'achetassent plus la jouissance des biens de l'Église par les abstinences du célibat (***); qu ils
et sauf vers les siens. Alors il s'éleva une grande joie parmi son, troupeau et parmi tous les fidèles. Sa mutilation lui donna non de la honte, mais beaucoup d'honneur. Dithmar, Chron. , I. ii , 34. (Note de M. Michelet.) « Ils ne craignent pas de confier le
ministère de pasteur même a des enfants
Interrogé sur quelques arlicles, l'enfant répond de mémoire s'il a pu préparer sa réponse » Alto Vercellensis, ap. d'Achery
Spicileg. I, 4a 3. {Idem.)
{**) Souvent ils se disputaient leurs églises ou la préséance les armes à la main, éomme auraient fait deux barons pour une terre ou des prérogatives. Le jour de la Pentecôte de Tannée io63, l'évéquede Hildesbeim,qui était en contestation pour le rang avec l'abbé de Fulde, résolut de terminer le différend par les armes. Il cacha des hommes armés derrière l'auiel ; à un signal qu'il donna , ils sortirent et se jetèrent sur les gens de Tabbé. Un combat sanglant s'engagea dans le chœur et dans le réfectoire. L'évéque, revêtu de ses habits pontificaux, monta en chaire, pour de li encourager les siens. Henri lY, qui se trouvait dans l'église, eutgraud'peine à en sortir sain et sauf.
(***) « Les laïques sont maintenant si bien persuadés que les prêtres ne peuvent vivre dans le célibat, que dans la plupart des paroisses ils ne venlent*pas souffrir de prcU-e qui n'ait une concubine» C'est uu moyen,
eussent la splendeur sacerdotale, la dignité des saints, et, de plus, les consolations du mariage ; qu*ils élevassent autour d'eux des fourmilières de petits
{)rêtres; qu'ifci égayassent du vin de 'autel leurs repas de famille, et que du pain sacré ils gorgeassent leurs petits. Douce et sainte espérance! ils grandiront, ces petits, s'il plaît à Dieu ! ils succéderont tout naturellement aux abbayes , aux évêchés de leur père. Il serait dur de les ôter de ces palais, de ces églises; TÉdise, elle leur appartient , c'est leur nef à eux. Ainsi 1 hérédité succède à l'élection, la naissance au mérite. L'Église imite la féodalité, et la dépasse; plus d'une fois elle fit part aux filles, une fille eut en dot un évéché (*). La femme du prêtre marche près de lui à Tau-
pensent-ils, de garantir leurs propres épouses,
3ui même ainsi ne sont pas toujours à labri u péril.» Pïicol. à Clemangis de prœsul. simon. , p. i65. — La chose était si commune qu'il avait fallu établir une loi pour régler le sort des enfants nés d*un prêti e et d'une femme libre»: ils devaient être serfs de l'Église ; ils ne pouvaient être admis dans le clergé , ni hériter selon la loi civile , ni être entendus comme témoins. Miiratori , I. VI, p. 335. {Note de M. Michelet.)
(*) Daru, Histoire de Bretagne, 1. 1, p.3o3. II y avait en Bretagne quatre évéques mariés : reu\ de Quimper, Vannes, Rennes et Nantes ; leurs enfants devenaient prêtres et évéques ; celui de Dole pillait son église pour doter ses filles. Lettres du elerge de Noyon, 1079, et de Cambrai, 1076, conservées par Mabillon. — Les clercs se plaignaient comme d'une injustice de ce qu'on refusait l'ordination à leurs enfants. Ilsdon-naient même leurs bénéfices en dot à leurs filles (neuvième siècle) ; leurs femmes prenaient publiquement la qualité de prêtresses. D. Lobineau, p. iio; D. Morice, Preuves, 1. 1 , p. 463 , 54^1. — H en était de même en Normandie , d'après les biographes des bienheureux Bernard de Tiron , et Hardouin, abbé du Bec: «• Dans toute la Normandie les prêtres prenaient des femmes , donnaient le jour à des fils et à dos fiHes , aux(juels ils laissaient leurs églises par droit héréditaire; quand ils mariaient leurs filles, s'ils n'avaient autre chose à* leur douner, iU doiuiaieut Téglise eu dot. » {Idam,)
ALLEMAGÎXE.
tel; celle de l'évéque dispute le pas à Pépouse du comte.
«Certes ce n'est pas moi qui parlerai contre le mariage; cette vie a aussi sa sainteté : toutefois , ce v irginal hymen du prêtre et de l'Église n'est-il pas quelque peu troublé par un hymen moins pur? Se souviendra-t-il du peu* pie qu'il a adopté selon l'esprit, celui a qui la nature donne des enfants selon la chair? La paternité mystique tiendra-t-elle contre l'autre? Le prêtre pourrait se priver pour donner aux pauvres , mais il ne privera point ses enfants!... et quand il réisterait; quand le prêtre vaincrait le père, quand il accomplirait toutes les œuvres du sacerdoce, je craindrais endore qu'il n'en conservât point l'esprit. Non, il y a dans le plus saint mariage , il y a dans IsT femme et la famille quelque chose de mou et d'énervant , qui brise le fer et fléchit l'acier : le plus ferme cœur y perd quelque chose de soi.
C'était plus qu un homme, ce n'est plus qu un nomme. Il dira comme Jésus quand la femme a touché ses vêtements : Je sens qu'une vertu est sortie de moi....
«Et cette poésie de la solitude, ces mâles voluptés de l'abstinence, cette plénitude de charité et de vie où l'âme embrasse Dieu et le monde, ne croyez pas qu'elle subsiste entière au lit conjugal. Que deviennent alors les
méditations solitaires^ les rêves mystérieux, les sublimes orages où combattent en nous Dieu et l'homme?
Celui qui n'a jamais veillé dans les pleurs^ qui n*a Jamais trempé son lié de larmes y cem-là ne vous connaît pat y ô puissances célestes (*).
«C'était fait du christianisme, si l'Église, amollie et prosaîsée dans le mariage, se matérialisait dans I hérédité féoadie ; le sel de la terre s'évanouis- ^ sait , et tout était dit. Dès lors , plus " de force intérieure , ni d'élan au ciel ; jamais une telle Église n'aurait soulevé la voûte du chœur de Colocne, ni la ilèche de Strasbourg ; elle n aurait enfanté ni l'âme de samt Bernard , ni
n Goélhe, WilhemMeister. (/</em.)
le pénétrant génie de saint Thomas :
à de tels hommes, il faut le recueillement solitaire. Dès lors, point de croisade : pour avoir droit d^attaquer l'Asie, il faut que l'Europe dompte la sensualité asiatique ; il faut qu'elle devienne plus Europe, plus pure, plus chrétienne.
•mlaoïAB m.
« L'Église en péril se contracta pour vivre encore ; la vie se concentra au cœur. Le monde, depuis la tenipéte de rinvasion barbare, s'était refugi^ dans l'Église, et l'avait souillée; ft." glise se réfugia dans les moines, c'està-dire, dans sa partie la plus sévère et la plus mystique, disons encore la plus démocratique. Cette vie d'abstinences était moins recherchée des nobles ; les cloîtres se peuplaient de Ois de serfs. En face de cette Église splendide et orgueilleuse, qui se parait d'un faste aristocratique, se dressa l'autre, pauvre, sombre, solitaire, l'Éclise des souffrances contre celle des jouissances. Elle la Jugea, la condamna, la purifia, lui donna l'unité. A l'aristocratie épiscopale succéda la monarchie pontificale : l'Église s'incarna dans un moine.
«Le réformateur, oomme le fondateur, était fils d'un charpentier. C'était un moine de Cluny, un Italien, né à Saona ; il appartenait à cette poétique et positive Toscane qui a produit Dante et Machiavel. Cet ennemi de l'Allemagne portait le nom germanique d'Hildebrand.
« Lorsqu'il était encore à Cluny, le pape Léon IX, parent de l'empereur, et nommé par lui , passa par ce monastère, et telle était l'autorité religieuse du moine, qu'il décida le prince a se rendre à Rome pieds nus et comme pèlerin, à renoncer à la nomination impériale pour se soumettre à l'élection du peuple. C'était le troisième pape que l'empereur nommait , et il semblait à peine oue l'on pût s'en plaindre ; ces papes allemands étaient exemplaires. Leur nomination avait fait cesser les épouvantables scandales de Rome, quand deux femmes doo-
Sîa L'UNI
tiaio^ tour à tour ta mtpaaté à leurs amants; quand le fils œun juif, guand un enfant de douze ans, tut mis à la téte de la chrétienté. Toutefois, c'était peut-être encore pis que le pape fût nommé par Tempereur, et que les deux pouvoirs 8(3 trouvassent ainsi réunis.
Il devait arriver, comme à Bagdad, comme au Japon, que la puissance spirituel^ fût anéantie : la vie, c'est la kitte et réqiuilibre des forces; l'unité, ridentité, o^t la mort.
«Pour que l'Église échappât à la do* mination des laïques , il fallait qu'elle eessât d'être laïque elle-même , qu'elle feeouvrât sa force par les vertus del'abstinence et des sacrifices, qu'elle se plongeât dans les froides eaux du Styx , ou'elle se trempât dans la chasteté, c'est par là que commença le moine. Déjà, sous les deui^ papes oui le précédèrent au pontificat , il fit aédarer qu'un prêtre marié n'était plus prâhre. Là dessus grande rumeur; ils a'écri?ent, ils le lieuent, enhardis par le nombre; ils déclarent hautement qu'ils veulent garder letirs femmes (*)• «Nousquitterons plutôt , diren(rîls , nos « évêdiés, nos abbayes, nos cures ; qu'il « garde ses bénéfices. » Le réformateur ne recula pas; le fils du charpentier n'hésita pas à lâcher le peuple contre les prêtres. Partout la multitude se déclara contre les pasteurs mariés , et les arracha de l'auteL Le peuple une fois débridé, un brutal instinct de ni* Tellement lui fit prendre plaisir à outrager ce qu'il avait adoré, à fbuler aux pieds ceux dont il baisait les
(*) L'archevêque de Mayence osa à peine publier les bulles de Grégoire YII : il fixa d*abord à ses clercs un délai de six mois pour se défaire de leurs femmes ; ensuite il convoqua un synode à Erfurt, où il s*éleva un si grand tumulte qu'U fut obligé de congédier rassemblée. Altmann , évéaue de Passau , ne fiit pas mievx traité par les prêtres de son diocèse. Plusieurs évéques se joignirent aux récalcitrants. Othon , évéque de OMistanoe , donna i ses deros une penmismamfmm de m markr.
pieds, à déchirer l^aube et briser te mitre. Ils furent battus, souffletés | mutilés dans leurs cathédrales; on but leur vin consacré, on dispersa leurs hosties. Les moines poussaient, prêchaient , un hardi mysticisme s'infiltrait dans le peuple; il s'habituait à mépriser la forme, à la briser, comme
S sur en dégager l'esprit. Cette épura?
on révolutionnaire de l'Église lu^ communiqua un immense ébranlements Les moyens furent atroces : le moine Dunstan avait fait mutiler la femme eu concubine du roi d'Angleterre. Pié^ tro Damiani, l'anacborâe faroudie, courut l'Italie au milieu dies menaces et des malédictions, sans souci de sa Tie, dévoilant avec un pieux cynisme la turpitude de l'Église {*). C'était désigner les prêtres mariés à la mort.
Le théologien Manegold enseigna que les adversaiï'es de la réforme étaient tuables sans difficulté; Grégoire VII , lui-même, approuva la mutilation d'im moine révolté. L'Eglise , armée d'une pureté farouche , ressembla aux vierges sanguinaires de la Gaule druidique et de la Tauride.
« Il y eut alors dans le monde une chose étrange. De même que le moyen âge repoussait les juifs et les souffletait comme meurtriers de Jésus* Christ, la femme fut honnie comme meurtrière du genre humain ; la pauvre Éve paya encore pour la pomme ; on
(*) Damiani dit dans une de ses déclamations sur ce sujet, p. 173. «Loraqu'i Lodi les bœufs-gras de l'Église m'entourèrent, lorscBie beaucoup de veaux rebelles grincèrent des ' oents, comme s'ils eussent voulu me craches tout lèur fiel au visage , ils se fondèrent sor le canoa d'un concile tenu àTribur, qui per- . mettait le mariage aux prêtres; mais je leor répondis : Peu m'importe votre concile; je regarde comme nuls et non avenus tous le| conciles qui ne s'accordent pas avec les décisions des évèques dç Rome.» Ailleurs, s'adressent aux femmes des clercs , il \euf dit : « C'est à vous que je m'adresse , séductrices des clercs , amorce de Satan , écume du paradis, poison des àraes, glaives des cœurs , huppes, hiboux , chouettes , louves, sangsues insatiables, etc. » (IVote de M. Jfi-
ALLIMAGNE.
vit en elle la Pandore qui avait lâché les maux sur la terre. Les docteurs enseignèrent aue le monde était assez luplé, et déclarèreut que le mariage tait un péché, tout au moins un péché véniel.
«Ainsi s'accomplit Tépurationde l'Église ; elle se rédima de la chair en la maudissant. Cest alors qu'elle attaqua l'empire; alors, dans la fierté sauvage de sa virginité , ayant repris sa vertu ^ sa force, elle interrogea le siècle, et le somma de lui rendre la primatie qui lui était due. L'adultère et la simonie du roi de France, l'isolement schismatique de l'Église d'Angleterre, la monarchie féodale elle-même, personnifiée dans l'empereur, furent appelés^ à rendre compte. Cette terre que l'empereur ose inféoder aux évéques, de qui la tient-il, si ce n'est de Dieu^ Be 9ud droit la matière entend-elle dommer l'esprit? La vertu a dompté la nature; il raut que l'idéal commande au réel, l'intelligence à la force, l'élection à l'hérédité. Dieu a mis au ciel de grands luminaires , le soleil et la lune qui emprunte sa lumière au soleil ; sur la terre , il y a le pape et l'empereur, qui est le reflet du pape; simple reflet, ombre pâle, qu'il reeonnaisse ce qu'il est. Alors, le monde revenant à l'ordre véritable , Dieu régnera , et le vicaire de Dieu : il y aura hiérarchie selon l'esprit et la sainteté; l'élection élèvera le plus digne; le pape mènera le monde chrétien à Jérusalem , et, sur le tombeau délivré du Christ, son vicaire recevra le serment de l'empereur et l'hommage des Bois (*).
(*) Ijcs prétentions de Grégoire Vil se trouvent reunies dant le fameux Dictattu papcr. Si cet écrit n'est pas de Grégoire luimme^ au moins il reproduit soif et prit :
lo L*Église romaine a été fondée par I>iea saul.
ao Le pontife romain a seul le droit de se dire unÎTersel.
30 Seul il pèut déposer et rétablir lea
é\i;(jue&.
« Ainsi se détermina dans l'Église , sous la forme du pontificat et de l'em-
40 Son légat a la préséance sur tous les évèques , quand même il serait de rang inférieur. Il peut donner contre eux sentence de déposition.
50 Le pape peut déposer les absents.
6* On ne peut rester dans ta même maison avec ceux qu'il a excommuniés.
70 Seul il peut , selon les i^écessités da temps, établir de nouvelles lois , rassembler de nouveaux peuples , faire d'un canonicat une abbaye , diviser uq riche évêché en plusieurs, ou en réunir plusieurs pauvres ea un seul.
S» Seul il peut faire usage des insignes impériaux.
90 Le pape est le seul dont tous les princes doivent baiser les pieds.
loo Son nom seul doit être prononcé dans les églises.
X lo Son nom est tout dans le monde.
lao II lui est permis de déposer les enn pereurs.
i3<» 11 lui est permis, ^uand la nécessité l'exige, de faire passer un evéque d'un siège à l'autre (*). ^
140 Partout où il le veut, il peut ordon^ ner un clerc de quelque église que ce soit.
i5o Le clerc ordonné par lui peut diriger une autre église , mais non faire la guerre, et ne peut non plus recevoir un grade supérieur d'un évéque.
i6<* Aucun synode ne peut que sur son commandement se dire général.
170 Aucun chapitre, aucun livre canonique ne peut exbter sans son autorisation.
I So Une sentence prononcée par lui ne peut être rétractée que par lui seuL
j 90 II ne peut être jugé par personne.
3oo Personne ne doit oser condamner le siège apostolique app<'lant en justice.
ai» Les causes imporUmles de «lel^ue église que ce soit doivent lui être délèrees.
a a» L'église romaine n'est jamais tombée dans l'erreur et n'y tombera jamais, d*aprêa le témoignage de l'Érriture.
a3o Le pontife romain , s'il a été ordonné canoniquement , derieut , sans aucun doute, saint par les mérites du bienbeureux saint Pierre , d'apTés le témoignage de saint En-
(*) Le cadavre èn papa Pormose fat décapité et jaté dana le 'Hbre , toaa prétexte qu'il «Tail violé un canon de l'Eclise eo paaa«nl da aiéf e d'Oetie k
celui de Rome. Il faut dire aussi ^ae ce fut une tcogeance politique. Toutefoli facooMitioa montre quo la loi ecclésiastique existait.
Ïire, la lutte de la loi et de la nature, l'empereur, c'était le fougueux Henri IV, aussi emporté dans la nature que Grégoire VII fut dur dans la loi. Les forces semblaient d'abord bien inégales. Henri III avait légué à son (Us de vastes États |)atrimoniaux ; la toutepuissance féodale en Allemagne, une immense influence en Italie, et la prétention de faire des papes. Hildebrand n'avait pas même Rome; il n*avait rien et il avait tout. C'est la vraie nature de l'esprit de n'occuper aucun lieu. Cbassé partout, et triomphant, il n'eut pas une pierre à mettre sous sa téte, et dit en mourant ces paroles : J'ai .suivi la justice et fui Tmi- QuXléy voilà pourquoi je meurs dans Vexil (*). »