‹ Allemagne T. 2Chapitre 30 sur 56 · TT · texte numérisé non relu

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Les évéques refusèrent, et b proposition du pape fut traitée d'hérétique et de sacrilège; on disputa loni'temps.

EnOn, un des barons aliemanas de la suite de Tempereur se l^va en s'écria nt : « A quoi bon tant de paroles : sachez que notre empereur veut être couronné sans condition , conimeCharleniagne.»

Et sur le refus obstiné du pape , Pascal et seize de ses cardinaux furent enlevés par les Allemands. Mais le peuple de nome s'ameuta : pendant deux jours il fallut combattre dans les rues ; Henri y courut plus d'une fois risque de la vie; il fut lui-même blessé et renversé de cheval. Enfin le troisième jour, les Allemands, contraints à la retraite, abattirent une partie des murailles, et sortirent par la brèche, emmenant leurs captifs. Cependant, au bout de deux mots, la fatigue des deux partis amena une transaction. Le pape fut amené à Rome, et couronna l'empereur, en cédant sur tous les points ; il obtint uniquement en retour, la promesse que les élections auraient lieu désormais librement et sans simonie ( 8 avril 1111).

RivOLTB DES PRIHC£S ALLEMANDS.

La guerre n'était point finie. A peine Hençi était-il rentré en Allemagne, qu'un concile réuni à Latran força le pape à déclarer que son consentement lui avait été arraché par la force, et annula le traité de l'année précédente.

Ainsi les choses étaient ramenées an même point où elles étaient sous Henri IV. Bientôt Henri V vit aussi une partie de l'Allemagne soulevée contre lui. Ce fut encore la Saxe qui donna le signal. La maison de Billung s'était éteinte en 1106, et l'empereur avait donné le duché de Saxe à Lothaire, comte de Supplinbourc.Lorsqu'en 1112 le comte d'Orlamunde et de AVeimar mourut sans enfants, l'empereur dé- ^dara que ses fiefs avaient fait échute à k couronne. Le comte palatin du Rhin prétendit qu'ite devaient lui revenir du

il loacbatt la terre, toucher la torrc do vo» piedfl et de vos mains, à côte du pauvre; le pevple alors vous rcconntltra. » .

chef de sa mère , qui descendait des derniers comtes d'Orlamunde ; et pour se faire rendre justice, il s'unit à Lothaire de Saxe, qui , de son côte, voulait s'affranchir des droits qu'il payait au fisc impérial. La décision du concile de Latran accrut les forces des confédérés : l'évéque de "Wurtzbourg et l'archevêque de Mayence prirent parti pour eux. Bientôt tous les princes aile* mands, à l'exception de Welf V, duc de Bavière , se levèrent contre l'empereur, qui fut battu près de Sondersleben (1115). (Cependant, malgré l'excommunication que l'archevêque de Mayence lança contre lui, il parvint l'année suivante à réparer ses désastres et à se mettre en état de passer une seconde fois en Italie , où rappelait la succès* sion de la comtesse Mathilde. Avant de quitter l'Allemagne, il rétablit le duché de Francoifie en faveur de son neveu Conrad de Hoheustaufen , frère du duc de Soual)e , qui l'avait puissamment aidé contre les Saxons. Il le composa de l'ancien marquisat de Bavière, auquel appartenaient lehautPalatinat et lebourgraviatde Murembenj î il y ajouta quelques autres pays, qui, par la suite, formèrent le cercle de rranoonie.

SUCCBiSIOH DK LA OOMTUSB StATlILDS.

La comtesse Mathilde, l'ancienne amie de Grégoire VII, était la plus

frande puissance de l'Italie; outre la oscane et le duché de Lucques, elle possédait Parme, Modène, Reggio, Ferrare, Mantoue, Crémone, Spolète, etc. , et beaucoup de^fiefs dans ce qui forme aujourd'hui l'État de l'Église. A sa mort , elle légua tous ses ûens au saint-siége; mais Henri V revendiqua ses fiefs à titre d'empereur, les biens allodiaux à titre de son plus proche parent et de sou héritier natureï(*).

{*) La donation de Mathilde n*était pat valable, parce que ses Ét^ts étaient des fiefs, et que d'après les lois féodales, si un noble aliénait ses terres en faveur d*un roturier ou d'un ecclésiastique , comme il y avait abré* gement de firf , le suzerain pouvait reprei^ dre la terre aliénée.

L'UNIVERS

Henri ne trouva nulle opposition : le |)ape était trop faible pour faire valoir le testament qui contenait la donation ; il ?6nait même de se brouiller avec les Roinains, à l'occasion de la nomination d'un préfet delà ville, et, à l'approche de . Tempereur , il s'enfuit dans la Fouille* Henri se fit couronner une seconde fois par l'archevêque de Braga, et Pascal II étant mort peu après , il laissa élire Gélase II. Le nouveau pape se montra plus intraitable encore que Pascal, et l'empereur le pressant de renoufeler le traité de 1 1 1 1 , il quitta Rome furtivement et se retira à Gaëte.

Henri, fati^é de ne pouvoir arriver à une conclusion, résolut d'imiter l'exemple que lui avait donné son aïeul Henri 111, et fit élire , le 18 mars 11 18, un nouveau pape, qui prit le nom de Grégoire VllI.

CALtXTB II, iLV Xir rkAVCB, RBHVXaSt

a&xGomt vni.

Gâase alla mourir en France dans le monastère de Cluny. Les cardinaux qui l'avaient suivi prodamèrent k sa |)lace Calixtell. «Ce pape, dit Suger, tint à Rbeims un condle solennel ; puis , sans prendre aucun repos , il alla sur la frontière jusqu'à Monson, à la rencontre des députés de l'empereur Henri pour rendre la paix à 1 Église. Mais , n'ayant rien pu gagner sur eux, Il suivit Texemple de ses prédécesseurs, et chargea ce prince des liens de l'excomnmnication dans un concile que remplissaient les Franjats et les Lorrains. Lorsque ensuite , enrichi des dons que lui avait prodigués le dévouement des églises , il fut arrivé à Home, le peuple et le clergé romain lui firent la réception la plus honorable. Plus habile que beaucoup de ses prédécesseurs , il administra heureusement les affaires de l'Église; aussi , à peine eut-il séjourné quelque temps dans la ville du saint- Biége , que les Romains , charmés de sa grandeur et de sa libéralité , se saisireat du scbismatique et intrus Bourdin, créature de l'empereur, qui fai- «ût sa résidence à Sutri, et forçait à Qéchir le genou devant lui toas les

Clercs qui se rendaient à la cité des Saints-Apôtres. Ensuite ces hommes, plaçant en travers sur un chameau , animal tortu, ce tortueux anti-pape, ou plutôt cet antechrist, le revêtirent d'un manteau de peaux de bouc encore crues et sanglantes; puis, pour venger sur lui , avec la plus grande publicité, la honte de TÉglise , ils le conduisirent par la route ro^rale à travers la. vill^ de Rome, le jetèrent, par l'ordre dii seigneur pppe Calixte, dans une prison voisine du monastère de Saint- Benoît ^ dans les montasnes de la Campagne de Rome , le condanmèrent à y finir se^ jours, et, pour conserver la mémoire de cette punition exemplaire, le peignirent, dans une des salles du palais pontifical, foulé aux pieds du seigneur pape. Le seigneur Calixte, ainsi glorieusement établi sur le saint-siege, réprima les brigands de l'Italie et de la Pouille, qui désolaient l'État romain.

Ce flambeau de la chaire pontificale et de l'Église du bienheureux Pierre ne se cacha point sous le boisseau, mais, placé sur le haut de la montagne, il brilla du plus vif éclat, et les Romains , heureux sous la douce protection d'un maître si erand , recouvrèrent tant les rentes de la ville que les biens du dehors qu'ils avaient perdus (*).»

COKCORDAT Dl WORMt.

Ce pape eut l'honneur de terminef le premier acte de ce \on^ drame, qu'on appelle la querelle des mvestitu* res. Henri V,eli*raye de l'excommunication et deFattitude roenaçantedes princes allemands, se résigna enfin à la paix : il conclut d'abord à Wurtzbourff un traité avec les confédérés, puis, l'année suivante , .il signa avec le pape la fameux concordat de Worms, 1193 s il fiit convenu que l'empereur renoncerait à rinvestitujre par l'anneau et la crosse, symboles de l'autorité spirituelle; qu'il laisserait liberté ent^« aux églises de faire les élections seloa les r^les canoniques; qu'il rendrait

(*) Suger, Vie de LtfuSi le Gros,

êofiA au fidint-siége totit ce qu'il lui avait aalefé depuis l'origine du différend. Le pape, de son côté, consentit à ce que Ifes élections se fissent en présence de Tenipereur , et que , en cas de partage ou de contestation entre les àecteurs , Temfereur pût prononcer en faveur de celui qui , a'apres l'opinion du métropolitain et des éT^es de la province, aurait le meilleur droit. Enfin, ] élu devait, avant sa consécration, recevoir par le scepire, symbole de la puissance séculière , l'investiture des fiefs possédés par son église.

Ainsi ,1a question n'était point décidée : rÉelise restait toujours vassale du pouvoir temporel; le plan de Gré* goire VII n'avait pu être exécuté.

Alexandre III , Innocent IV essayeront de le reprendre, jusqu'à ce que la pa- {>auté meure à la peine, et se voie honnie et souffletée dans la personne de Boûifiace VIII.

M«n M Bimu T.

Henri mourut trois ans après cette transaction. Ses dernières années furent employées à augmenter ses revenus , et à se venger de ceux qui l'avaient contraint de s'humilier devant le saintsiége. Il s'efforça de recouvrer les domaines impériaux, aliénés durant les troubles , et essaya d'établir une contribution permanente dans l'empire. Il conservait aussi rancune à Louis VI , de l'accueil qu'il avait fait àCalixte II, et voulait ruiner la ville de Reims, d'où était partie l'excommunication qui l'avait frappé. Mais lorsque la nouvelle se répandit en France d'une expédition des Allemands au delà du Rhin, Il y eut un accord unanime pour repousser cette invasion étrapgère. Ce n'était plus le temps où les empereurs pouvaient impunément arriver jusqu'à Paris. Autour de Louis VI vinrent se ranger tous les grands seigneurs féodaux, les évéques, les gens des communes. Cet empressement inaccoutumé montrait les progrès de la royauté en France, et seniblait annoncer un siècle d'avance la victoire ét Bouvines. L'empereur, alarmé n'o-

AGKE. . m

sa poursuivre sop entreprise* « AtîH par cette affaire, «t décnnant da plut en plus dans l'opinion, Temperewt d'Allemagne vit son dernier jour avait que cette même année eût torminé soa cours, et vérifia ainsi cette aenlenei de nos ancêtres , que quiconque^ miàk ou non nable , troublera l'État ou l'A*

glise, et dont la révolte aura foreédè éplacer les reliques des saints, nepaa»

sera pas l'année etmourraavantqu tUè Boit finie C). »

Henri V mourut à Utreditf âgé dè <0 ans (1125).

msvut DÉ lA téRioAs Mi tUMmcou

SAUQOtt.

Henri Y fut le dernier de sa raee^ Il y avait un siècle que cette inaisoM safique était ea possession du tténi^ impérial, que quatre de .ses meoibrii avaient successivement oeeupé. Lai deux premiers avaient porté tout la

gobre et la puissance (le l'AHetnagiia^ snrad tl avait relevé l'autorité royalè qui s'était dégpdée dans les maiM t^ mides et impuissantes de son préééoet»

seur. Henn III avait hardiment porté la main sur les abus de TÉtat et 4$ l'Église; niais Topposittoq qu'il rtneon» tra en Allemai^ne et sa naort préma»

turée l'empêchèrent d'aaoomplir l'œi»vre qu'il avait tenté d'organiser dans l'empire d'une manière rorte et dura* ble, en élevant au-des8i«i da toute réiâ^ tance le pouvoir de b| royauté.

Ces princes ne songèrent point San»

lement à l'intérieur du pays , ite veillèrent aussi sur les frontîerei, et s'ef> forcèrent de les étendra. L'empira s'agrandit au sud du royaume da Laaabardie, à l'ouest de celui de Bourgogne; au nord-est les Slaves reconnurent la suprématie impériale ; sous Heitri HI, les rois de Hongrie prêtèrent homnisfe comme vassaux , et si , diirant les trottbles des deux règnes suivants ^ l'ampte perdit sa suzeraineté sur las Slaim, excepté sur ceux de Bohême, les taons au moins continuèrent de travatiler à étendre la oivilisatioQ at rinflUeiioa

(*) Soger, Ym de Leitk laflia|< .

L'UNIVERS

germanique sur les pays limitrophes.

Les empereurs de la maison saiioue m dissimulèrent point Fintention d'être seuls mattres de ce vaste territoire, et de mettre en pratique ce qui n'avait été qu'en espérance dans les princes de . la maison de Saxe, c'est-à-dire, de talrp de la Germanie un royaume héréditaire , de détruire la puissance des ducs, de former une seule nation de toutes les tribus et de tous les peuples allemands, d'établir enfin l'unité dans l'État et dans rÉglise,en plaçant dans une égale dépendance les grands et les éréques , même celui de Rome.

Les moyens dont ils s'aidèrent furent de retirer les duchés des mains de ceux qui les possédaient, pour lescoirier à d'autres qu'ils croyaient plus Ad^es ; de changer souvent les maisons priocières, afin qu'elles ne prissent point racine dans le pays qu'elles étaient chargés d'administrer, et de favoriser au contraire l'hérédité des petits fiè£s, tandis qu'ils combattaient de toutes leurs forces celle des grands.

-Quant à l'ÉgHse , le roi se considéra 4XHnmele suprême dispensateur des diginités eedésiastiques : l'élection ne fut plus qu'une vaine formalité ; la chose «érieuse, importante, fut le consentement et la confirmation de l'empereur.

En même temps , l'achat des charges, même les plus élevées dans la hiérarchie de l'Église, déconsidéra le clergé aux yeux des peuples , et lui enleva , avec le respect qu'il inspirait, une partie de sa puissance.

Mais lorsque les prétentions du pape , les jalousies et les craintes de l'Allema^e, la haine des Saxons, eurent foit éclater contre Henri IV cette guerre de quajrante ans, qui fut si opiniâtre, il lui fallut chercher partout autour de lui des auxiliaires, et en créer au besoin. C'est ainsi que, abandonné de la classe des hommes libres, qui jadis avaient soutenu les rois contre les grands , mais qui maintenant étaient enchaînés par les liens du vasselage à la haute noblesse , Henri IV fut obligé de s'adresser à un autre ordre, aux habitants des villes, ifûi raçmnt de lui lé droit de porter

des armes. C'était fournir aux villes les moyens d'arriver à l'indépendance, à l'isolement; dû reste tout y tendit, du moment que la royauté eut été reconnue impuissante a établir cette unité qu'elle avait rêvée : duchés, comtés, margraviats devinrent héréditaires.

Les évêques aussi , alliés des grands , dans cette lutte du sacerdoce et de l'em-

{>ire,oà leurtitre même leur faisait jouer e principal rôle, cessèrent de suivre la bannière des ducs : ils marchèrent derrière leur propre étendard , et l'élevèrent aussi naut que celui dît plus puissant des grands vassaux. Enfin , malgré les cËbrts des empereurs, leur couronne neput être considérée comme héréditaire. Ils parvenaient, il est vrai, à avoir leurs fils pour successeurs, mais toujours il fallait une élection qui constatait la dépendance où était le roi de sa nation et de ses chefis

DorviRiircx xirrmi lb poutoir b.otal db

LA rBASCS ET CELUI DX L*ALLBXAO]rB.

Toutes les fois que l'on met en regard l'histoire de France et celle de r Allemagne, l'on est tenté de se demander pourquoi l'hérédité du pouvoir royal s'établit si facilement de ce côtéci du Rhin , pourquoi , au contraire, elle ne put jamais , si ce n'est dans les derniers temps, être formellement reconnue en Allemagne. A cela il y »

plusieurs causes. Dans l'ancienne Germanie, les leudes choisissaient . leur chef : duces ex virtuie sumunt, dit Tacite ; après la conquête, ^ même habitude .subsista : les Francs choisissaient leur roi dans les membres d'une même famille. Le principe se resserre, il est vrai , mais il subsiste ; car les Içudes de Thierry lui disent : « Si tu ne veux pas nous conduire à la guerre de Bourgogne , nous t'abandonnerons pour tes frères. » Quand la famille des Mérovingiens s'éteignit , les Francs acceptèrent des rois sortis d'une maison nouvelle. Mais cette seconde dynastie ayant disparu à son tour« chaque peuple reprit ses droits, et se donna luimême des chefe. L'éleetion r^rut après la diète de Tribur. Cependant les

Germains auraient sans cloute laissé s'établir rhérédité, mais ces familles royales de Germanie disparaissaient si vite, que la nation était sansce^se appelée a exercer son droit d'élection.

ix)uis TEnfant, flls et successeur d*Ar- Dould, meurt sans postérité ; Conrad T' n'a point d'enfant; la famille des Othon s'éteint au cinquième prince ; celle de Franconie ne peut fournir plus de quatre rois; puis c'est un Saxon, puis encore un Franconien, et enfln riliustre maison des Hohenstaufen, qui s'éteint après avoir donné Frédéric P»", Henri VI et Frédéric II. Pendant ce temps, une seule famille, celle des Capétiens, occupe sans interruption le trône de France , le (ils succédant au pére et conservant les mêmes traditions , le même esprit, les mêmes intentions politiques; tandis qu'en Allemagne le systèmechange au moins avec les familles, ^ui, souvent, appartiennent à des races hostiles , ennemies , comme les Saxons et les Franconiens ou les Souabes.

Cette nécessité de faire presque à chaque règne un nouveau choix, dut nécessairement habituer les peuples à l'idée que la couronne était élective.

Puis le pape s'empara de ce principe ; il le proclama hautement pour affaiblir d'autant son adversaire et se réserver une sorte de droit de suprématie sur l'élection; ajoutez encore l'intérêt qu'avaient les princes à ne pas laisser prescrire leur droit. En France, la royauté était si peu de chose lorsque Hugues Capet la prit , que personne ne s'inquiéta de son usurpation, et ne diercha à lui disputer la couronne.

Mais en Allemagne il n'en était pas ainsi. Outre les droits régaliens et toutes les utiles et productives prérogatives que possédait le roi pour la collation des bénéfices, l'inféodation des fiefs vacants, etc. , il se trouvait encore investi , par le fait seul de son couronnement, des domaines impériaux répandus en si grand nombre par toute l'Allemagne, et dont les revenus grossissaient son trésor. Plus le titre était précieux et moins les prinçes devaient abandomier le droit de le

conférer eux-mêmes ; car, eu restant maître de le donner , chacun d'eux espérait pouvoir le faire tomber sur sa tête, ou arracher des concessions à celui (]u'il plaçait au sommet de la hiérarchie féodale.

Une autre cause encore de Timpuissance où furent les rois allemands d'établir en fait et en droit l'hérédité de leur couronne , c'est la forte opposition qu'ils rencontrèrent autour d'eux dans les grands de l'empire. Le démembrement féodal ne s'était jpoiiit opéré en France de la même laçon qu'en Allemagne. En France , où le^ Romains avaient jeté tant de villes, tant de centres d'activité, tant de petites sociétés pouvant se suffire à ellesmêmes, et ne demandant qu'isolement et indépendance; en France, où les races étaient si mêlées , et par conséquent si ignorantes les unes des autres , le démembrement avait eu lieu selon les lo^ calUéSy en Allemagne il eut lieu selon les nations: là, peu ou point de villes, mais d'anciens souvenirs d'une existence indépendante , comme tribu distincte, des tribus voisines ; de grandes masses de populations parlant le même dialecte , ayant la même loi , la même histoire , et au-dessus d'elles , de vieilles familles dont les destinées se liaient à celles de la race au milieu de laquelle elles avaient vécu;, en un mot, des États, des royaumes tout formés d'avance, jaloux les uns des autres, mais surtout du prince qui voulait être leur maître commun. Ces chefs particuliers des tribus germaniques , ces ducs étaient forts contre le roi , car ils s'appuyaient sur l'indépendance des nations. Aussi tous les efforts des empereurs pour détruire l'hérédité des duchés restèrent sans résultats ; tandis que ceux des grands,, pour conserver la couronne élective , réussirent.

LOTHÀIBB II

(fi25-n38.)

A la mort de Henri V, l'Allemagne , fatiguée des efforts de la maison sali(|ue pour établir une monarchie héréditaire et despotique , se tourqa

fUNÎVEftS.

vers ceux qui avalent combattu ses prétentious : le Saxon Lothaire fut choisi pour empereur. On pouvait espérer que Tami et Tallié du pape étant placé sur le trône, le pays ne serait plus troublé -par ces querelles incessantes qui épuisaient le meilleur de son sang.

iLICnOV DE LOTHàlRI.

Nous avons de curieux détails sur réleciion de Lothaire; on y trouve encore des traces de Tancienne coutume de réiection par les ^diverses nations de F Allemagne, et l'on voit déjà apparaître le privilège qui va bientôt s'établir en faveur de (luelqiies princes. Les quatre nations ae Saxd , Bavière, Souabe et Franconie, se réunirent à Mayence. Soixante mille hommes campèrent sur les deux rives du Rhin. Mais ils n'étaient là en quelque sorte que pour représenter les anciens droite du peuple ; les princes se séparèrent de la foule et délibérèrent à part. Sur la proposition de l'archevêque de Mayence, on choisit dans chacune des quatre nations des hommes qui furent chargés de présenter une hste de candidats. Ce fiirent Frédéric de Hohenstaufen, duc de Souabe, neveu de Henri V, et son frère Conrad, duc de Franconie, héritier des biens allodiaux de la maison salique, Léopold , margrave d* Autriche et beaufrère des deux Hohenstaufen ; enûn Lothaire de Saxe. Ce dernier avait pour lui presque toute rassemblée u'effrayait la ouissance de la maison e Hohenstaufen. En vain Lothaire supplia les larmes aux yeux qu'on le déchargeât d'un fardeau trop pesant pour lui, il fut contraint d'accepter.

Il sentait la difficile position dans laquelle il allait se trouver placé.

LOTHAIRE S*aUMILlE DtVAlIT LE PAPE.

On commença par le faire renoncer à la prérogative, consacrée cependant par le concordat de Worms, de veiller sur les élections ecclésiastiques. Il promit de ne génar la liberté des

élections ni par sa présence ni pat celle de ses commissaires. Il laissa les élus faire dans leurs serments la réserve de leurs devoirs envers l'Église. Pour qu'on ne se trompât pas sur le sens de la nomination de Lothaire, le légat du pape avait assisté à la diète d'élection , et après le couronnement, deux évéques allèrent demander à Honorius la confirmation du choix fait par les princes. Ainsi les rôles chan* geaient; de vassal le pape devenait presque suzerain ; il le crut du moins, et le lit écrire sur un tableau représentant Lothaire agenouillé devant lui et recevant de ses mains la couronne.

Au-dessous étaient ces deux vers :

Rex Tcnit anie foret, jurant priât nrbit hoiMnct; Pott homo fit pape , recipit qao «Uni* cmvmum.

PEEmè&l EXTEDITIOV l« ITÂLU.

Ne pouvant rien fi^ire en. Allemagne, où la maison de Uobenstaufeo refusait de le reconnaître, Lothaire, après une guerre sans résultat contre les ducs de Souabe et de Franconie, passa les Alpes pour se faire couronner empereur , et rétablir dans Rome Innocent II , quel'anti-pape Anacleten avait chassé. Il vint, accompagné seulement d'un petit nombre de chevaliers saxons et bavarois , et fit une triste figure au delà des monts. Milan lui ferma ses portes , et il ne put se faire couronner roi d'Italie. A Rome, il ne fut pas assez fort pour expulser l'anti-pape qui partagea la capitale du monde chrétien avec son rival.

A son retour en Allemagne, Lothaire t enfin terminer la guerre contre les Hohenstaufen. Ceux-ci avaient été battus par le duc de Bavière, gendre de l'empereur; la perte d'Ulro, leur

{)Iace principale , les contraignit à poser es armes : ils se soumirent et reconnurent Lothaire (1135).

tECOKOE EXPÉDITION EK ITALII.

L'année suivante, Lothaire ût une seconde expédition en Italie. Cette fois , il parut au delà des monts d'une manière plus honorable ; le duc 4e

pui les

Souabe raccompagna. Milan le reçut dans ses murs : Crémone, Pavie , Plai- ^nce et les villes du Piémont voulurent, il est vrai, lui fermer leurs portes; mais il triompha de toutes ces résistauoes, chassa de Rome l'anti-pape, attaqua les Normands qui le soutenaient, leur enleva Capoue , Bénévent , Bari , Amalfi et Salerne. Il semblait que ritaiie méridionale allait être reconquise ; mais le pape prétendit à.

la suzeraineté de ces pays, et Lothaire, mécontent d'être toujours contraint a de. nouvelles concessions, reprit le chemin de TAIIemagne.

Quelque besoin que les Italiens eussent des Allemands , les deux nations ne pouvaient rester longtemps d'accord. Les Allemands étaient trop grossiers. « C'est un peuple gourmand et ivrogne, dit le chapelain Donnizo, toujours auerellant et accoutumé a vider ses disputes à coups d'épée.» A son couronnement, Tempereur promettait de vivre sobrement avec Taide de Dieu. Pour adoucir leur rudesse ei leur grossièreté. Godefroi de Bouillon était obligé de leur recommander de vivre dans la société des chevaliers français.

Lothaire ne revit point la Saxe; il mourut à Breitenwaug dans la Bavière (1188).

UPBRBITRS ET ROIS DE LA MAISOM PB BOBENSTAtJFEH.

GONBAD III.

(ix38-ii5a.)

Lothaire ne laissait point d'héritiers. Son gendre Heni^ leSuperbe, duc de Bavière et de Saxe, pouvait, il est vrai , aspirer à lui àucceder ; mais sa

riissance effraya TAllemagne. Henri, titre d'héritier de la maison de Guelfe (il était petit-fils du duc de Bavière . ) Welf IV) , était maître des riches domaines que cette maison possédait en Souabe ; par sa mère il avait hérité les ^ hims de la maison de Billung, Tancienne maison ducale de Saxe : enfin M ftoinie) aie de Lothaire, était héri-

tière des possessions des comtes de Sup* plinbourg, de Nordheim et de Brunswick. Il y avait là de quoi fournir uqe force réelle au titre d'empereur. Aussi les électeurs portèrent leurs suffrage^ sur un prince d'une puissance moin^ redoutable ; ce fut Conrad, de cette maison de Uohenstaufen qui s'était signalés

Sar sa violente opposition contre Lotiaire. Conrad . à la mort de Henri V. avait déjà songé au trône, et même, en 1 1 28, il avait pris le titre de roi d'Italie.

Su'il fut, il est vrai , bientôt contraint 'abdiquer. Quand la mort de Lothaire laissa vacante la couronne impériale, son ambition se réveilla, et grâce â l'archevêque de Trêves , qui , pendant la vacance du siège de Mayence , était le premier évêque d'Allemagne , il surprit pour ainsi dire son élection.

Cependant la Saxe et la Bavière, qui n'avaient point donné leurs votes, acceptèrent sa nomination , et Henri le Superbe vint lui-même remettre à Conrad les joyaux de la couronne dont il se trouvait être le dépositaire.

GDELFU XT OIBSLIVS.

Cet acte de déO^rence ne put empêcher Conrad d'exécuter le dessein qu'il avait formé d'affaiblir la puissance dé Henri : il lui déclara qu'il lui fallait opter entre ses deux ducnés ; et comme Henri hésitait, Conrad donna la Saxe à Albert l'Ours, margrave de Bran« debourg. Henri le Superbe était trop fort pour se soumettre tranquillement à cette sentence. Il eut peu de peine à chasser son compétiteur de la Saxe.

Mais pendant ce temps il perdait la Bavière que Conrad conféra à son frère utérin Léopold IV, margrave d'Autriche. Cest là l'origine de cette lutte sanglante des Guelfes et des Gibelins, qui, transportée au delà des Alpes , ensanglanta pendant plu* sieurs siècles l'Italie (*).

La mort de Henri le Superbe, ar«

(*) GiheVms^ 4e WîbUngen, nom d*n« château appartenant à la ftimille des Hoheii» «laufen ; Guelfes^ de Welf, nomde Paiicieiuit maison d« Bavièrt,

L'UNIVERS

rivée Ie20octobre 1139,sembla donner gain de cause à Conrad. Son fils Henri, surnommé plus tard le Lion, ne dut la conservation de la Saxe qu'à rattachement des hommes de ce pays pour sa maison et à leur haine pour lès Souabes. Quant a la Bavière, un frère de Henri le Superbe chercha pendant quelque temps à la défendre. C'est dans cette guerre qu'arriva ce trait d'amour conjugal conservé dans la mémoire des peuples. Conrad assiégeait un château, qui résistait avec courage. Irrité d'être SI longtemps arrêté , il fît serment de réduire en esclavage tous ceux qu'il renfermait ; mais il permit aux femmes de sortir avec tout ce qu'elles pourraient emporter de leurs effets les plus précieux. Elles sortirent toutes chargées chacune de son mari. Conrad, malgré les sollicitations de ses officiers , respecta sa parole. Les ruines âu château portent encore aujourd'hui le nom de Fidélité des Épouses {ff^'eîbertreue.)

. Le règne de Conrad s'acheva assez pacifiquement en Allemagne. Pour terminer cette longue querelle des deux maisons des Guelfes et des Gibelins, il fît épouser à Henri lasonn^irgott , le nouveau duc de Bavière, la veuve d'Henri le Superbe, et Henri le Lion, alors âgé de treize ans, renonça à toute prétention sur cet ancien duché de sa famille. Quant à Albert l'Ours, son margraviat fut détaché de la Saxe, et il reçut la charge héréditaire d'archichambellan. C'est l'origine du royaume de Prusse.

MMSAOB DES ROMAIKS A CONRAD.

Conrad fut aussi appelé à intervenir dans les affaires d'Italie. Les Romains avaient rétabli ce qu'ils appelaient l'ancienne république; mais ils étaient si faibles au milieu de tous ces seigneurs qui les environnaient, qu'ils furent contraints pour garantir leur nouvel état d'appeler Conrad, avec prière de se mettre à la téte de la république , et de la défendre contre le pape , qui prétendait toujours à l'exercice de droits plus ou moins étendu»

dans le gouvernement de la ville.

Les Romains écrivirent donc à Conrad qu'ils n'avaient voulu que rendre à l'empire l'éclat gu'il avait eu sous Constantin et Justinien , lesquels avaient régné sur le monde par le sénat et le peuple de Rome. C^est pour cela , disaient-ils , qu'ils avaient rétabli le sénat et démoli les forteresses et les palais des nobles ; c'était à Conrad de venir maintenant achever leur ouvrage , et établir sa résidence dans la capitale du monde.

Le* message était singulier : cependant Conraa aurait peut-être accepté et serait parti pour aller voir cette république dont on lui parlait en termes si pompeux; mais les prédications de saint Bernard, l'enthousiasme qu'il avait partout excité en Allemagne, pour voler au secours des chrétiens de Jérusalem, ne permirent pas à Conrad d'avoir une autte pensée que celle de la croisade.

Avant de parler de l'expédition de Conrad, nous devons dire quelques mots sur ce grand mouvement qui devait déraciner le vieux monde féodal et faire naître un ordre nouveau.

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