FETE DES FOCS
L'un des divertissements favoris du moyen âge, c'est la fête des fous(**).
«t II est inutile de remonter aux Romains pour retrouver l'origine de cette solennité burlesque; ca n'est point une imitation des Saturnales. Le progrès des lumières a fait abolir cette fête ; il n'en est resté, pour satisfaire le peuple, que les jours de travestissements et de joie grossière , appelés les jours gras , le carnaval.
Cette fête des fous donnait lieu à des oérémohiesextrên'iement bizarres, qu'il ne sera pas inutile de rappeler. On élisait un évêque, et même, dans quelques églises, un pape des fous; les prêtres étaient barbouillés de lie, masqués ou travestis de la manière la plus folle et la plus ridicule; i1s dansaient en entrant dans le cliœur, et y chan-
(*) Errooldas Nigellus, p. xoo et suit.
(•*) Nous empnintons la dcscriflion de cette fête aux Monuments incnliis de M illin, t. II, p. 345 et stih.
taient des chansons obscènes; les diacres et les sous-diacres mangeaient des boudins et des saucisses sur l'autel , devant le célébrant, jouaient sous ses yeux aux cartes et aux dés , mettaient dans l'encensoir des morceaux de vieilles savates pour lui en faire respirer l'odeur. On les traînait ensuite tous par les rues, dans des tombereaux pleins d'ordures, où ils prenaient des postures lascives et faisaient des gestes nnpudiques. Plusieurs monuments rappellent encore ces farces impies et dégoiitantes. Il existe encore des crédences de stalles, sur lesquelles on .voit des moines avec une marotte et des oreilles d'âne. On a voulu y représenter, sans doute , des personnages de la fête des fous ainsi travestis.
La marotte, que les poètes, les comédiens, et surtout les artistes, donnent faussement aujourd'hui pour attribut au dieu Momus, doit son origine à ces farces ridicules. Cette fête recevait des modifications dans les divers pays où on la célébrait; elle a eu différents noms, à cause de quelques cérémonies bizarres qui y furent ajoutées :
ainsi on l'appelait la fête des sousdiacres, c'est-a-dire, des diacres soûls,
^ la fête des comards , la fête des inno-
' cents.
Le chant de la prose de l'âne était l'une des principales cérémonies de la fête des fous; elle avait lieu le jour de la Circoncision : son objet était d'honorer l'humble et utile animal qui avait assisté à la naissance de Jésus-Christ, et l'avait porté sur son dos lors de son entrée dans Jérusalem.
L'église de Sens était l'une de celles où cette solennité se faisait avec le plus d'appareil. Avant le commencement des vêpres, le clergé se rendait processionnellement à la porte principale de réglise, et deux chantres a grosse voix chantaient, dans le ton mineur, ces* deux vers, avant lesquels on lit cette rubrique , Circumcisw Domini in januis ecclesiœ :
Lux hodie , lax Imtiti» l m« judic* , tristU Quisquis crit, remoreitJiu erit tolemnihua i$tit.
« Lumière aujourd'hui, lumière de «joie! A mon avis, quiconque sera
L'UNIVERS
« triste devra être éloigné de ces solen- « cités. »
Ils continuaient sur le même ton les vers suivants :
Sint hêdiê promt mmdia, pnad omiUa mmta ;
«Que tous les sentiments d'envie « soient bannis aujourd'hui ! Loin d'ici « tout ce qui est triste ! Ceux oui célè- « brent la féte de l'âne ne veulent que « de la gaieté. »
Ici on lit en rubrique : Conductus dd tabtdam. Deux chanoines, députés, se rendaient alors auprès de l'âne, pour le conduire à la table , qui était le lieu où le çréchantre lisait l'ordre des cérémonies, et proclamait les noms de ceux qui devaient y [)rendre part. A Beau vais, l'âne portait sur son dos^ jusqu'à la porte, une jeune fille, qui figurait la vierge Marie tenant le petit Jésus entre ses bras(*). On couvrait le modeste animal d'une belle chape, et on le menait au lutrin, en entonnant la célèbre prose qui a été publiée tant de fois, et toujours avec des variantes.
Sarce qu'elle se chantait différemment ans les églises de France; car ces différences sont trop considérables et trop nombreuses pour les attribuer seule- • ment, comme on l'a fait, à des fautes de copistes. Cette prose se chantait sur un ton majeur. Voici celle de Sens :
Orientis partibiu, AdreaUivit asiaos Pulcher et forlissimiu , Sardnis apUssimos.
Un , êire ont , kêt !
Hic , in oolUbtu Sichen , Knnlrilua aob Rubw, Transiit per Jordanem , Saliit in Bethléem.
Net , sire «M , / i Saitu Tincit hinanlot,
Damas et oapreoloc r Super dromeojrios « Velox Madianeos.
a*» , tin MÊ , An!
Aorum de Arabie , Tbua et myrrbain de Seba Tulit ÎD ecclesia Virtua asinaria. ' Hm, sin mi, knl
(*) A Qiiedienbourg, le jour des Rameaux, 4*élait rétéque d*Uaibersladt qui entrait dans la ville sous les vOtcmenis du Christ.
Dum trahit Tdûcnla , Malta cum tardoule, niina mandibala y Dora terit pabola.
If 01 , tire ane, kes !
Com artstis hordeom Comedit et carduuo , Tritieam a pelea - \ Sf^T^uX in aree.
Het , tir* ane , hk* !
Amen dicaf , adoe , Jam satur ex ^ramCae* Ames , emeo , itéra , Aspemare Totera.
Het , tire atte , ke» t
En voici la traduction :
Des contrées de l'Orient, il est ar- « rivé un âne beau et fort, et propre à « porter des fardeaux. Hez, sire âne, «nez!
« Cet âne a été nourri par Kuben, « sur les collines de Sichen; il a tra- « versé le Jourdain et a sauté dans Betb- « leem. Hez, sire âne. hez!
« Il peut vaincre a la course les « faons, les daims et les chevreuils; H « est plus rapide que les dromadanres «de Madian. Hez, sire âne, hez!
a La vertu de cet âne a porté dans «l'église l'or de l'Arabie, l'encens et « la myrrhe du pays de Saba. Hez , sire «âne, hez!
« Pendant qu'il tratne les chariots « remplis de bagage , sa mâchoire broie « un dur fourrage. Hez , sire âne, hez !
< Il mange l'orge avec sa tige, il se «repaît de chardons, et dans l'aire il « sépare le froment de la paille. Hes, « sire âne, hez!
« Ane déjà soOl de grain , dites « amen, dites amm^ amen derechef, « et méprisez les vieilleries. Hez , sire «âne, nez! »
Après la première stropbe, on trouve, dans des copies de cette prose; le couplet suivant , qui se chantait peut* être dans quelques églises :
Lentus erat pedibos, If iti foret bacalua , Et eum ia clumbMa
Pungeret.
Hesttire me. An!
« Sa marche était lente, si Foa ne * « faisait iisa^ du bâton , et si on ne* « lui en faisait sentir l'aiffuilloa sur les a fesses. Hez , sire âae, nez ! «
Après la seconde stropbe , on trouve
enoore dans les mêmes copies cet autre couplet :
Bcoé mafnit aoriboA Sabjiif aU> flliot , Atious egr«!gius, Asinoram domina*.
HmtSt'n ont, ÂMt
«Voici ce beau fils aat mndes «oreilles, qui porte le Joug, anc sif- « perbe et seigneur des fines. Hez, sire « ane, hez! »
On sent qu'il était facile de multiplier ces couplets à Finfini. La seconde strophe, où ron trouve les mots saliU in Bethléem, prouve, comme on l'a déjà dît, que toute cette cérémonie avait rapport au rôle que l'âne joue dans la nativité du Christ, et qu^elle ne doit son origine ni à ràne de Ludus ou d'Apulée , ni à Tfine de Balaam , comme quelques auteurs Font prétendu. Voici comme du Gange donne le refrain :
ffes tiré mua car ehtaUtt , BtiU ^omehé rttàignn , Oh avni ilu foin ttun Et d$ i'atfoitu à platUêr,
Ce refrain paraît phts moderne que celui de Sens , qui est aussi plus simple. Voici encore, selon du Cange, le refrain du dernier couplet :
BêmUi $ért mm, for o/Zo , Btlh bomeAê cor ehamtn.
Cette prose était suivie ,d'niie an^ tienne composée de comtnencements de psAumes , où , de deux en deux vers , on répétait Fexclamation bachique et profim, evovœ. ,
Viifo bodie fiddto , Bixit Dominaft , «r«r« / Virgo Terb« ooocipit.
; Confitebor, wo*<»)
HetcU matcTt SMtM Tir» trofm i
Virgo Dm gmitrix.
De profanais , tform !
Hooie mémento , Domine, eren» /
«Le Seigneur dit, evovsè! une «Vierse fidèle, evovœ! a conçu au- « Jourd'hui du Verbe.
« J'avouerai , evovset mère sans le sa- « voir, heureux époux , evovœ! Vierge, « mère de Dieu. De profundis, evovœ!
« Souvenez-vous aujourd'hui. Seigneur,
Cette acclamation evovm se répétait plusieurs fois dans le cours de l'office.
Après ces paroles , le célébrant lisait les tables et entonnait vêpres. Il chai>tait le Deus in cufftUarium , et le chœur le terminait {)ar un AUema coupé de la manière suivante :
Allb s rwonent oanas eecleete,
Corn dulci melo tjmphooiB,
Filittm Maris ,
Geaitrida pi« ,
Ut noa aeptiformia gratis
Repleat donis et gloriv ,
Unde Deo dicamas. =z Lota.
« y^/fe=, que toutes les églises chan- « tent, au son d'une douce symphonie, «le fils de Marie, mère pieuse, afin « qu'il nous remplisse des dons de la « grâce septîforme et de la gloire, el «que nous puissions dire à Dieu, « = Ltda, »
Deux chantres à grosse voix annonçaient ensuite le commencement de rofOce par ces trois vers :
Rcc eat chira diea \ dararam dara dieram , H«c est feata dies. featarum festa dieram^ Ifobile nobiliam, ratilins diadema diernm.
' Les trois vers, selon la rubrique, devaient être chantés m falso. Si la rubrique était bien observée , cela devait faire un terrible charivari; mais Ces mots in fcUso pourraient aussi in diquer cette espèce de musique composée de plusieurs voix qui chantent en harmonie, ce que nous appelons en faux-bourdon, et que le célèbre Gerbert, dans son Traité de la musique d'église, a nommé musicafiUsa, Mais nous verrons par F intimation faite au clergé , lors de la suppression de la féte des fous , de chanter mélodieusement et sans dissonance, que le chœur devait s'étudier à fausser réellement le
S lus qu'il était possible, et il profitait e la permission.
Les matines étaient séparées, ce
1our-là , en trois nocturnes ou veilles : a longueur des nuits rendait la chose facile; et d'ailleurs cet usage donnait un caractère plus gingulier et plus particulier à cette ftUe. A chaque nocturne, on faisait une invitation. Du reste, l'office entier était une véritabitî rhapsodie de tout ce qui se çbantait pendant le cours 96 naUSêHL ÔH f H-
trouve les pièces des autres offices, celles des fêtes des saints , des mystères, les chants de Pâques, ceux du carême, des fragments de psaumes:
les morceaux tristes sont mêlés avec les morceaux joyeux; c'est l'assemblage le plus bizarre qu'on puisse imaginer.
Cet office devait durer deux fois plus longtemp que ceux des plus grandes fêtes : il était bien nécessaire que les chantres et les assistants se désaltérassent de temps en temps; aussi n'y manquaient-ils pas. Ce rafraîchissement est même mdiqué par un article exprès, intitulé Conductus ad pocutum.
Tout l'office était entremêlé de morceaux en prose et d'autres en vers léonins, au milieu et à la fin. Dans les intervalles des leçons , on faisait manger et boire l'âne ; enfin ^ après les trois nocturnes, on le menait dans la nef, où tout le peuple, mêlé au clergé, dansait autour de lui , ou tâchait d'imiter son diant. Lorsque la danse était finie, on le reconduisait au chœur, où le clergé terminait la fête. Pendant que l'on conduisait l'âne, on chantait le morceau suivant, qui, dans le Missel, a pour titre Conducttis ad licdos :
Natas nt, natus est, natas est hodie Dominas, Qui mnndi dilait facinus , Qnfta pater factor omniom In hoc inisit exiliain »
Ut facturai» redlmerel , Bt paradiso redderet.
IVec , nec , nec minait qood «rat , AMumena qnod non erat : , S«d , carnis auinpio pallio In virginis palatio , 0 , TTt sponsot è tbalamo , O , Procetsit ex alero , O ; Flos de Jesae virgula; A fraclu replet sa^la , A.
Hune prsdixit propketîo Iftadtarora ex Maria :
Qoando flos iste nascitar.
Diabolos confanditur.
Et moritnr mors» et moritar mors, et moritar mors. Te Dtam laadamos.
Les O et TA ne sont sans doute qu'une répétition musicale de la dérnière syllabe. Voici la traduction :
« Il est né, il est né, il est né aujour- « d'hui le Seigneur qui efface les péchés « du monde, que le Père, créateur de «tout, a envoyé dans ce lieu d'exil « pour racheter sa créature et la rendre
« au paradis. Il n'a pas, il n'a pas, il « n'a pas diminué ce qu'il était, eb de- « venant ce qu'il n'était pas; mais en «prenant l'enveloppe de chair (un «corps) dans le palais (le sein) de la «Vierge, comme l'époux sort de la « chambre nuptiale, il est sorti du sein « de sa mère; la fleur de la branche de « Jessé remplit les siècles de son fruit. « C'est lui que la prophétie a prédit de- « voir naître de Marie : quand cette «fleur paraîtra, le diable sera con- « fondu , et la mort mourra , et la mort « mourra , et la mort mourra. !Nous te « louons, Seigneur. »
Après les premières vêpres et les compiles, le préchantre de Sens conduisait dans les rues la bande joyeuse, précédée d'une énorme lanterne : on allait au grand théâtre dressé devant l'éelise; on y répétait les farces les plus inaécentes. Le chant et la danse étaient terminés par des seaux d'eau que l'on jetait sur la tête du préchantre. On rentrait pour les matines, où quelques hommes nus recevaient aussi plusieurs seaux d'eau sur le corps.
L'office de la messe est du même genre que cehii de la veille de Noël; le prêtre disait à l'introït : Puer natus est; cantate evovse.
La rubrique u4d pran^um, qui termine tout cet office, prouve qu'après vêpres on allait se mettre à table. Le répons contient une invocation à Jésus- Christ et à la sainte Vierge, pour exciter à la boMoe chère et inspurer des propos joyeux.
Si l'on y invitait à bien mançer, la boisson n'était pas oubliée, ainsi qu'il paraît par cette autre rubrique, Conductus ad poculum. Le répons était dans le même sens que le précédent.
Maurice, évêque de Paris, qui mourut vers 1 196 , avait travaillé à détruire ces folles superstitions; mais il n'v put réussir, puisque longtemps après fui on en trouve encore des traces, tf n aotft de 1245, tiré des archives du chapitré de Sens, fait voir qu'à cette époque Odoit, évêque de cette église, prohioa les tra^ vestissements, et réprima quelquesunes des dissolutions qui accompagnaient toujours celte fête; mais ill^
ne fût pas tout à fait défendue, et elle dura encore deux cents ans , puisqu*on voit qu en 1444 la faculté de théologie ,^ à la requête de quelques évéques, &rivit une lettre à tous les prélats et chapitres pour condamner cette féte et rabolir. Cependant les actes des conciles qui se tinrent en 1460, selon d'autres en 1485, ne parlent encore que des abus qu'il fallait en retrancher, îl y est dit seulement mie, pour éviter le scandale, tous ceux a qui il est prescrit d'assister à rof6ce de la Circoncision doivent être vêtus d'une manière convenable à leur dignité ecclésiastique , et chanter le pfus mélodieusement qu'ils pourront, sans dissonance; que chacun doit remplir son devoir sans être troublé et avec décence, surtout dans l'église; qu'aux vêpres on ne jetera sur le préchantre des fous que trois seaux d'eau au plus ; qu'on ne doit point conduire des hommes nus le lendemain de Noël ; mais qu'il faut seulement les mener au puits du cloître, et ne jeter su^eux qu'un seau d'eau , sans leur faire de mal; que tous les contre* venants encourront la peine de suspension. Cependant il est permis aux fous de faire hors de l'église toutes les autres cérémonies d'usaçe, pourvu qu'il n'en arrive aucune injure ni aucun dommage à personne.
Malgré la censure de la Sorbonne, la fête des fous subsista donc encore quelque temps. Des actes des chapitres généi^ux de Sens, des années 1514 et 1517, donnent la permission de la célébrer. Il paraît cependant qu'en 1511 un préchantre des K>us , appelé Bissard , s'était permis de se faire tondre la barbe à la manière des comédiens, et de jouer quelque personnage dans la féte de la Circoncision ; car cela lui fut défendu, parlant à sa personne, et la fête des fous n'eut pas lieu cette année.
On trouve encore, à différentes dates < dés permissions données pour la célébration de la fête des fous. Depuis cette époque, cette fête fut tantôt défendue ét tantôt permise, avec des modifications qui tendaient toujours à en diminuer l'indécence et l'obscénité;
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mais elle ne cessa tout à fait que vers la fin du seizième siècle. »
Si nous avons insisté aussi longuement sur la féte des fous, c'est qu'on en trouve des traces en Allemagne. Ainsi , à Quedlenbourg, par exemple, cha()ue année, au dimanche des Rameaux, l'évêque d*Halberstadt entrait dans la ville sous le costume du Christ; venaient ensuite huit hommes ou frères des rameaux , élevant et jetant sur sa route des branches d'arbre; puis les autres ecclésiastiques, les moines et le peuple. — Il ne fallait pas moins de vingt marcs pour payer le poisson qui se mangeait à cette occasion.
A la Haye, le jour de la Pentecôte, il y avait mascarade générale. Tous les hommes, jeunes et vieux, se dégui* saient en femmes; ils avaient au milieu d'eux leur évêque et leurs prêtres, qui gardaient cependant leurs insignes avec leur déguisement. Les uns venaient en casques, cottes de mailles, et brandissant une épée; d'autres avaient des fourruresdont ils déployaient le revers ; d'autres enfin donnaient mille tournures diverses à leurs vêtements, et Ton s'avançait ainsi avec danse et gam» bades de tous genres.
POU Di LA coua.
Les fous de cour avaient le drojt de dire beaucoup de sottises sans offenser: cependant la plaisanterie tournait mal quelquefois.Lefou du roi Henri Hld' Angleterre dit un jour à son maître : «Vous ressemblez au Christ. — Comment cela, dit Henri , tout joyeux d'une .telle res- ' semblance? — C est, dit le fou, que le Christ avait en naissant tout autant d'esprit qu'en mourant, et vous, monseigneur, vous avez aujourd'hui tout l'esprit que vous aviez en naissant. »
Le roi en courroux voulait le faire pendre ; mais les valets se contentèrent de lui administrer une bonne correction.
Nous terminerons ici ce long voyage à travers le moyen âge, époque singulière où, sous l'unité catholique, se rencontrent tant de diversités locales , qu'on pourrait ajouter des volumes à
L'UNIVERS
des volumes sans parvenir à être com-
Slet. Dans les temps modernes , Funité es mœurs et du mouvement social rend facile Tbistoire des ppulations; mais, au moyen âge, chaque ville, èhaque bourgade a son code, son organisation, ses annales particulières; Phistoire se refuse à l'unné Comme les peuples à la centralisation. Aussi noQ« avons dû renoncer à présenter un Ubleau systématique de cette époque , et lui préférer une Simple énumération des usages que nous avons pu recueillir èàHB les auteurs contemporains. Quant à l'histoire proprement dite de rAlle»
magne, la marche que nous avons iûivie bous était indiquée par les'' faits èux-mémes. D'abord nous avons étudié les Germains dans la Germanie même ; •t , quand ils ont débordé sur le monde Mmaifi) nous lesavons suivis dans leurs migrations aventureases, et dans les établissements éphémères en durables dufls fondèrent. A la fin da huitième iiècle , un homme de ^ie révnit sout Si main oe qui restait eneon de ces bandes éparses , et eonstruit un emph*e germanique; ses eCforts méritaient no* tre attention. Mais après Charleiiiagne la Germanie ren^ dans ses fimites^ et dès lors nous ne sortons plus de FAUemagnè que pour les expéditions d'Italie. Là, dans cette immense conttée que bornent les Gallo-Francs et les aaves à l'ouest et à Test, las Alpes
et rOcéan au sud et au nord, s'opère, du neuvième au treizième siècle, une suite de révolutions qui constituent oe corps germanique, oû l'autorité impériale n'est plus, pour ainsi dire, qu'une fiction léaale, tandis que les princes, chefs et représentants des anciennes nationalités germaniques , consolident leur pouvoir. Le grand intefrègne auquel nous nous sommes arré^ tés est l'apoffée de oe système. Dand les deux siècles qui vont suivre « l'autorité impériale subsistera toi^oura; mais elle ne servh^a, p6ur ainsi dire, qu'à consacrer les usurpations des princes. Cependant an quinzième il y aura réaction ; Charles - Quint menacera la liberté de l'Allemagne; mais, au moment où H se croira près de triompher, où cet étamel problème que l'Allemagne agite de son unité politique parattra résolu en faveur de la fonm monarchique , la réforme renouasera l'Allemagne vers l'autre extrémité du problèn» social; contre l'Autridie catholique s'élèvera la Prusse proteatante. Cette dualité subsistera-t-elle?
et, dans le cas de la négative, à laquelle de ces deax puissances l'Alle- Biagne doit-ette un jour apporteotir?
C'est la question que nous noua pos^ rons à la fia de notre second volume,et que nous chercherons à résoudre par on «ïamefn sérietn de Tétat des esprits au deii do Rhin.
f Uf DU P&£MI£B TOLUHE.