I. La névolution de JuUlH
cette sale femme avec un bonnet rouge?— En effet, chère enfant, répondait le noble papa avec un sou* rire doucereusement moqueur, elle n'a rien à faire avec la pureté des lis. C'est la déesse de la liberté. — Papa, elle n'a pas même de chemise. — Une véritable déesse de la liberté, chère enfant, n'a pas d'ordinaire une chemise, et c'est pourquoi elle est si fort irritée contre ceux qui portent du linge blanc, j»
A ces mots, le monsieur abaissa un peu ses man« chattes sur ses longues mains oisives, et dit à son voisin : c Éminence^ si les républicains sont assez heureux aujourd'hui pour que quelque vieille femme soit tuée par la garde nationale, ils porteront le saint cadavre tout le long des boulevards, le peuple deviendra furieux, et nous aurons une nouvelle révolution. — Tant mieux 1 chuchota l'Ëminence, un homme maigre, boutonné jusqu'au menton, qui se masque en homme du monde comme cela arrive maintenant à Paris à tous les prêtres, par crainte des outrages publics, peut-être par mauvaise conscience! tant mieux, marquis; pourvu seulement qu'il arrive assez d'horreurs, pour que de nouveau la mesure soit comble! Alors, la Révolu-
tion dévorera ses propres auteurs, surtout ces orgueilleux banquiers qui, grâce à Dieu, sont déjà' ruiné<^. -^ Oui, Éminence, ils voulaient nous anéantir à to'it prix, parce que nous ne les avions pas accueillis dans nos salons; c'est le secret de la révolution de Juillet; on répandit de l'argent parmi les faubouriens, les ouvriers furent renvoyés des fabriques, on paya les marchands de vin qui distribuaient du vin gratis, et y mêlaient encore de la poudre pour échauJOTer le peuple, et, dû reste, c'était le soleilf » : .
Le marquis a peut être raison: c'était le-soIeil. Dans le mois de juillet surtout, le soleil a toujours des plus puissamment enflammé de ses rayons le cœur des Parisiens, quand la liberté était menacée; et alors le peuple de Paris se levait, ivre de soleil, contre les bastilles vermoulues et les ordonnances d'esclavage. Le soleil et la ville se comprennent admirablement, et ils s'aiment. Le soir, avant que le soleil descende dans la mer^ son regard s'arrête longtemps encore avec complaisance sur la belle ville de Paris, et, de ses derniers rayons, il baise les drapeaux tricolores qui flottent sur ses tours. C'est à bon droit qu'un poète français avait pro-
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posé de célébrer les journées de Juillet par un mariage symbolique, et, comme autrefois le doge de Venise montait chaque année sur le Bucmtanre doré, pour marier Venise &vec TÂdriatique, de solenniser chaque année le mariage de la ville de Paris avec le soleil , le grand astre flamboyant, la bonne étoile de la liberté. Casimir Périer n'a pas goûté ce projet; il craint le tapage de la veille de noces, il craint la trop grande ardeur de semblables fiançailles, et il accorde tout au plus à la ville de Paris un mariage morganatique avec le soleiL