‹ Allemands et FrançaisChapitre 20 sur 24 · TESTAMENTS DE HENRI HEINE · texte numérisé non relu

TESTAMENTS DE HENRI HEINE

chante et tendre amitié que son père a témoignée à ma femme, et j'espère qu'il assurera à ma veuve, d'une manière définitive, la petite somme qui lui épargnera tout chagrin et toute humiliation. Je ne doute pas qu'après ma mort, le grand cœur de Charles ne se rappelle la bonne amitié qui nous unissait autrefois et dont la perte a si cruellement frappé mon âme.

J'espère pouvoir terminer moi-même l'édition allemande complète de mes œuvres ; mais je décide qu'au cas où la mort viendrait me frapper avant l'accomplissement de cette tâche, le docteur Hermann Detmold, de Hanovre, et Henri Laube à Leipzig, termineraient ce travail. Ce dernier voudra bien écrire en tête du premier volume uiie courte biographie de l'auteur.

J'ordonne que mes funérailles soient aussi simples que celles du dernier homme du peuple.

Si je meurs à Paris, je veux être enterré au cimetière Montmartre, —pas ailleurs; — car j'ai vécu mes meilleurs jours au milieu de la popula^» tion du faubourg Montmartre.

Quoique j'appartienne à la religion protestante, je désire reposer dans cette partie du cime-

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tîère spécialement réservée aux catholiques ro« mains, afin que les restes morteis de ma femme, qui professe avec tant de zèle la religion catholique, puissent un jour reposer à côté des miens.

Si la charité chrétienne du clergé français m'accorde la faveur que je sollicite, je désire que >ron achète pour moi, dans la partie indiquée du cimetière Montmartre, une concession à perpétuité; .mais, si le clergé soulevait des difficultés à ce sujet^ on se contenterait d-un terrain des plus modestes.

Ma grande et noble mère, toi qui as tant fait ,pour moi, je te diâ adkut

A voua, mes chers frères et sœurs, avec qui j'ai toujours véeuen.paix, à vous un étemel adieu !-

Adieu t toi aussi, patrie allemande, pays des mystères et de& douleurs I Sois rayonnante et hnireuset

Adieu I spirituels et. bons Français que j'ai tant arniés.1 Je.vo4is remercie de votre cordiale hospî^ ialUél

Fait à Paris, lo vingt^se^t leplenine mil hmt quarante-six.

Hehai Hjsikb»

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POST-SG&IPTUl!

Depuis que j'ai écrit ce testament, je me suis réconcilié .av«c mon cousin Charles, et les termes que j'ai employés plus haut pour lui recommander maveuve sont aujourd'hui déplacés. Dans un entretien que j'ai eu hier avec Charles à ce sujets il m'a reproché, d'un ton convaincu qui m'a fait rougir de honte, d'avoir pu douter un instant de esas^pathie pour ma femme. Spontanément, dans un élan admirable, il s'est engagé à servir la moitié rdeifluft pension à ma femme quand je ne sera plus «de* ce monde.

ûui, en ce moment sblemiel, j'ai retroavé son igcandeœur tout entier, toute: son amitié, et^ quand, fpeuraiœller son engagement, il m'a tenâiiÂla main, <j[aipierté cette main à mes lèvcss, tant j'étaie ému et tant Charles ressemblait .aloss à feu son père, à 'iiMD.pairoreoniBle, qne je vénâraistoomme unipère datLd£>nt J'embfaasais la maôaxomme. un en&BBl, tautes les>fbis«qu:iI.niB prodiguait. son amitié.

Aht avec mon oneie slest éteinte L'étoile de aaaoabûaheur. .Mon corps afilfbi0atmûlade.et je suis

tout surpris de pouvoir supporter tant de souffrances. Mais je puise la consolation et la force dans les graadds sensations et dans Tinaltérable éclat de ma pensée,

Henri Heine.

Paris, yiogt-six férrier mil huit cent quarante-sept.

Ceci est mon testament, que f ai écrit à Paris, le dix juin mil huit cent quarante-huit.

Tout ce que je possède, tout ce qui m'appartient de droit, tout ce que je puis nommer ma propriété, je le lègue à mon épousa légitime Mathilde^reszentia Heine, née Mirât, qui a partagé avec moi les bons jours et les mauvais jours, et dont les soins ont adouci mes souffrances pendant cette longue maladie à laquelle je succombe.

Je prie M» Mignet, Thistorien, et M. le docteur Sichel de prêter leur appui à ma femme, dans toutes les circonstances où il s'agirait de ses intérêts de fortune après mon décès.

C'est à mon bien-aimé cousin Charles Heine que

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je recommande particulièrement le sort de ma femme. Le vingt-cinq février mil huit cent quarantesept, mon cousin Charles Heine m'a solennellement promis, en me donnant sa parole d'hpnneur, qu'il payerait à ma veuve, comme pension viagère, la moitié de la pension que feu son père, mon oncle bien-aimé, avait constituée en ma faveur. Mais j'espère que sa générosité ne s'arrêtera pas à moitié chemin, et que son bon et noble cœur lui dictera les procédés les plus délicats. Dans tous les cas, je supplie mon cher Charles de ne pas ou^blier de mettre ma pauvre femme à l'abri de ces vicissitudes testamentaires qui tuent.

J'ordonne à ma femme d'enfermer tous mes papiers dans une caisse, qu'elle tiendra à la disposition de mon frère bien-aimé Maximilien Heine, qui en fera ce que bon lui semblera.

Quant à l'édition de mes œuvres complètes, je désignerai dans un codicille, ou par une lettre particulière, les amis que je charge de surveiller celte publication.

Par acte de baptême, j*appa'rtiens à l'Église chrétienne et évangélique; mais ma pensée n'a jamais sympathisé avec les croyances d'aucune reli-

§ioi>, et, après avoir vécu en bon .païen, je désire aussi mourir sans que le sacerdoce soit convié à mes funérailles. J'exige que ces derrières soient aussi peu coûteuses que possible. En outre, je défends à qui que ce soit de prononcer un discours sur ma tombe. Si je meurs à Passy, ce sera aussi dans cet endroit qu'on devra m' enterrer ; si je meurs à Paris, je désire trouver ma modeste sépulture dans le cimetière Montmartre.

Passy (04, Grande-Rae)«ce dix juin mil hait cent quarante-huit

HENRiilElNE.

Par-devant M* Ferdinand-Léon Ducîoux et M* Gharles-Louis-Ëmile Rousse, notaires à Paris soussignés; et en présence de :

1* M. Michel Jacot, marchand boulanger, demeurant à Paris, rue d'Amsterdam, n* 60;

2* Et M. Eugène Grouchy, marchand épicier, demeurant à Paris, rue d'Amsterdam^ n*" S2 ;

Tous deux témoins, réunissant les conditions '

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voulues par la loi, ainsi quMls Font déclaré aux notaires soussignés sur Tinterpellation qui en a été faite séparément à chacun d'eux;

Et, dans la chambre à coucher de M. Heine, ciaprès nommé, sise au second étage d'une maison^, rue d'Amsterdam, n° 50 ; dans laquelle chambre à coucher, éclairée sur la cour par une croisée, les. notaires et les témoins susnommés, choisis par le testateur^ se sont réunis à la réquisition expresse de ce dernier,

A comparu

M. Henri Heine, homme de lettres et docteur enr droit, demeurant à Paris, rue d'Amsterdam, n° 50 ;

Lequel, étant malade de corps, mais sain d'esprit, mémoire et entendement, ainsi qu'il est apparu auxdits notaires et témoins en conversant avec lui, a, dans la vue de la mort, dicté audit M* Ducloux^ en présence de M* Rousse et des témoins, son testament de la manière suivante :

g 1". — J'institue pour ma légataire universelle Mathilde-Crescence Heine, née Mirât, mon épouselégitime, avec laquelle j'ai passé depuis de longues années mes bons et mes mauvais jours, et qui m'a soigné pendant la durée de ma longue et cruelle

maladie. Je lui laisse en propriété pleine et en« tière^ et sans aucunes conditions ni restrictions, tout ce que je possède et que je pourrai posséder à mon décès, et tous mes droits à une possession future quelconque.

g 2. A une époque où je me croyais un avenir opulent, j'ai aliéné toute ma propriété littéraire à des conditions très-modestes ; des événements malheureux ont plus tard englouti le petit pécule que je possédais^ et ma maladie ne me permet pas de refaire un peu ma fortune au profit de ma femme. La pension que je tiens de feu mon oncle Salomon Heine, et qui était toujours la base de mon budget, n'est assurée à ma femme qu'en partie; c'est moi-même qui l'avais voulu ainsi. Je ressens à présent les plus grands regrets de n'avoir pas mieux établi l'aisance de nrn femme après ma mort. La susdite pension de mon oncle représentait dans le principe la rente d'une somme que ce bienfaiteur paternel ne se souciait pas de mettre entre mes mains de poète inhabile aux affaires, pour mieux m'en assurer une jouissance durable. Je coniptais sur cette dotation lorsque j'unis à mon sort une personne que mon oncle distinguait beaucoup et à laquelle il donna maint

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