PAUL DELAROCHE
Ce qui m'a surtout ému devant ce tableau (les Enfants d'Edouard)^ c'est que je retrouvais dans la figure du malheureux prince, les yeux d'un ami cher, qui m* avaient souvent souri, et qui ressemblaient à d'autres yeux plus chers encore. Devant le tableau de Delaroche, je me ressouvenais toujours du moment où, dans un beau château de ma chère Pologne, debout devant le portrait de mon ami, je parlais de lui avec sa gracieuse sœur, dont je comparais à part moi les yeux avec les siens. Nous parlions aussi du peintre de ce portrait, qui venait de mourir, et nous remarquions comme les hommes s'en vont ainsi les uns après les autres. — Hélas! ce cher ami, lui aussi est maintenant mort, tué à Praga ; les beaux yeux de sa sœur sont aussi fermés pour toujours; leur château a été brûlé, et l'angoisse de la solitude me prend quand je songe que ce ne sont pas seulement ceux que nous aimons qui disparaissent si vite de ce monde, mais qu'il ne reste pas même une trace des endroits où nous
avons vécu avec eux, comme si rien de tout cela n'avait jamais existé, et que tout ne fût qu'un rêvel