‹ Allemands et FrançaisChapitre 7 sur 24 · Le prince Pucklcr-Muskan · texte numérisé non relu

Le prince Pucklcr-Muskan

poêtereau ne réveille pas dans mon âme la moindre pensée amère. Mais, pour être complet, je ne puis le passer sous silence : l'école souabe le compte, en effip^t) parmi les siens; ce qui me paraît assez étrange, puisque» en opposition dvec la confrérie, il va voletant, çà et là, plutôt comme une chauve- . \

souris méditative que comme un hanneton senti- ^

mental. On m'a envoyé, dans le temps^ ses poésies, de Stuttgart, et les lignes amicales qui les accompagnaient m'y ont fait jeter un coup d'œil rapide ; je les ai trouvées cordialement mauvaises. J'en puis dire autant de sa prose, qui est cordialement mauvaise aussi. J'avoue que je n'ai lu autre chose de lui, si ce n'est une dissertation qu'il a écrite contre moi. Elle est sans esprit, maladroite, et d'un style misérable; c'est d'autant plus impardon* nable que toute l'école s'était cotisée pour les matériaux. Ce qu'il y a de meilleur dans ce morceau, est le tour bien connu par lequel on rassemble des passages tronqués pris dans les écrits les plus hétérogènes d'un auteur, pour lui imputer toutes les opinions ou toutes les absences d'opinions possibles, li'artiflce, il est vrai, n'est pas nouveau, mais il réussit toujours, puisque, de la

part de Fauteur incriminé, aucune réfutation n*est possible, à moins qu'il ne voulût écrire des in-folio pour démontrer que Tun des passages cités est conçu dans un sens humoristique; que l'autre est sérieux peut-être, mais se rapporte à une proposition antérieure qui lui donne son véritable sens; que, d'ailleurs, les passages groupés de la sorte ont été arrachés non pas seulement à leur connexion logique, mais encore à leur ordre chronologique, pour en tirer quelques contradictions apparentes, mais que ces contradictions mêmes témoigneraient de la conséquence la plus rigide, si l'on prenait en considération les temps, les circonstances, les nécessités du moment. Hélas! si Ton réfléchissait combien la stratégie d'un auteur qui combat pour la cause de la liberté européenne est singulièrement compliquée, comment sa tactique est soumise à tous les changements possibles, comment il doit défendre aujourd'hui, comme excessivementimportant, ce qui peut être tout à fait indififérent demain, comment il doit protéger ou attaquer aujourd'hui ce pointlà, demain un autre, selon que l'exigent la position du parti contraire, les alliances changeantes^ les victoires ou les défaites du jour 1

La seule chose nouvelle et originale que j'aie trouvée dans la dissertation de M. Gustave Pfizer, c*est non-seulement, çà et là, un intervertissement artificieux du sens littéral de mes écrits, mais la falsification de mes paroles. '— Ceci est nouveau, original; et, jusqu'à ce jour du moins, on n'avait pas cité un auteur en Allemagne, avec des expressions falsifiées. Ici, toutefois, M. Gustave Pfizer sem* ble être encore un débutant; son talent de falsification fait que les doigts lui démangent, mais on remarque encore chez lui un certain embarras dans Texécution; et, quand, par exemple, il cite le mot hostie au lieu du mot oublie de l'original, ou, comme cela lui est arrivé plus d'une fois, divin au lieu d'excellent^ il ne sait pas bien encore quel usage il peut faire d'altérations semblables. C'est un débutant. Mais son talent est incontestable, il Ta suffisamment prouvé, toute justice doit lui être rendue, et il mérite que Wolfgang Menzel, de sa main courageuse, mette sur sa tête sa plus teigneuse couronne de lauriers.

Toutefois, pour être franc, je lui conseille de ne pas cultiver davantage son talent. L'envie pourrait lui prendre d'appliquer ce noble don ù des objets

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en dehors de la litldrature. H y a des pays où ces choses- là sont récompensées par une cravate de chanvre. J'ai vu pendre quelqu'un à Londres, à Old-Bailey, pour avoir écrit une citation fausse au bas d'une lettre de change, — et le pauvre diable pouvait bien Tavoir fait parce qu'il avait faim, et non pas par polissonnerie, ou par envie vaniteuse, ou même pour obtenir une petite aumône de louange, un pourboire littéraire dans la feuilk de M. Menzel. Aussi j'avais pitié du pauvre drôle, dont Texécution fut ralentie par beaucoup de retards. C'est une erreur de croire que la pendaison en Angleterre soit si prompte. Les préparatifs durèrent près d'un quart d'heure. Je m'indigne encore aujourd'hui, quand je pense avec quelle lenteur on mil le lacet au cou du pauvre homme, et on tira sur ses yeux le bonnet de nuit blanc. Auprès de lui se tenaient ses amis, peut-être les camarades de Técole à laquelle il appartenait, et ils attendaient le moment de lui rendre un dernier service, c'est-à-dire de tirer aussi fort que possible les jambes de leur ami pendu, afin d'abréger ainsi les convulsions de l'agonie.

J'ai mentionné M. Gustave Pfizer, parce que jo

ne pouvais décemment le passer sous silence en parlant de Técole souabé. Je puis assurer que, dans la sérénité de mon cœur, je n'éprouve pas la moindre mauvaise humeur contre lui. Au contraire, si je pouvais jamais lui rendre un service, je ne le laisserai certainement pas gigotter longtemps.

Et maintenant, parlons sérieusement, cher lecteur; ce que j'ai encore à te dire aujourd'hui n'est pas compatible avec le ton*plaisant, avec la bonne humeur légère qui m'animait tout à l'heure. Quelque chose m'oppresse, que je ne puis pas discuter en toute liberté, et qui exigerait pourtant l'aveu le plus franc. J'éprouve, en effet, une véritable crainte de parler ainsi, à l'occasion de l'école souabe, de Louis Uhland, le grand poëte, que je redoute d'offenser en le nommant en aussi pitoyable compagnie. Et pourtant, comme les poêteraux ci -dessus le comptent parmi les leurs, ou même le nomment leur chef, mon silence pourrait être envisagé comnie un acte de déloyauté. Bien loin de censurer son œuvre, je voudrais trouver des paroles assez sonores pour exprimer le respect qu'elle m'inspire. Une occasion meilleure s'offrira bientôt pour cela. Je montrerai alors avec détail que^ s'il a pu se glisser dans mon

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jugement antérieur sur l'excellent poêté ^, quelques accents chagrins, et quelque mauvaise humeur passagère, je n'ai jamais eu Tintention d'être in* juste envers lui. C'est seulement au point de vue de l'histoire littéraire, et sur les relations extérieures de sa muse, que j'ai dû exprimer sans détour une pensée qui a pu déplaire à ses amis, mais n'en est pas moins vraie pour cela. En effets quand je parlai rapidement de Louis Uhland^ en le rattachant à t École romantique j dans le livre qui porte précisément ce titre, j'ai démontré assez nettement que l'excellent poète n'avait pas introduit un chant d'une forme originale et nouvelle, mais qu'il avait reproduit savamment les tons de l'école romantique; que, depuis que les Licder de ses compagnons d'école se sont évanouis, le recueil des poésies d'Uhland doit être considéré comme le seul monument lyrique survivant de cette école, — mais que le poète lui-même, aussi bien que l'école tout entière, était mort depuis longtemps. Aussi bien que Schlegel, que Tieck, que Fouqué, Uhland dès longtemps est mort, et il n'a sur ces nobles cadavres que

1. Voyez le livre De VAllemagnet l, page 364 (Paris, Michel Lévy frères). •

cett grande supériorité, c'est qu'il a bien compris sa mort, et n'a plus rien écrit depuis vingt ans. C'est vraiment un spectacle aussi désagréable qu3 ridicule de voir maintenant les poêteraux souabes compter Uhiand au nombre des leurs, tirer le grand défunt ât son sépulcre, lui mettre un bourrelet sur la tête, et Tentrainer de force dans la petite chambre basse de leur école; ou bien, comme autrefois les Espagnols avec leur Gid, revêtir d'une cuirasse le héros mort, et le hisser sur un grand cheval pour lui faire exécuter une charge à fond contre les infidèles, c'est-à-dire les contempteurs de l'école souabe 1 Avoir à combattre les morts jusque dans le domaine de l'art, voilà ce qui me manquait encore! Par malheur, j'en dois souvent faire autant dans d'autres domaines, et je vous jure, par toutes les douleurs de mon âme, qu'un combat semblable est le plus fatal et le plus harassant de tous. Il n'y a là aucune ardeur fiévreuse, qui rend coup pour coup, jusqu'à ce que les combattants tombent comme ivres çà et là en perdant leur sang. Hélas I les morts nous fatiguent plus qu'ils ne nous blessent, et la lutte devient à la fin d'un mortel ennui. Connais-tu l'histoire du jeune chevalier qui pénétjra dans la

foret enchantée? Ses cheveux étaient d'or, sur son heaume flottait un fier panache, sous sa visière brûlaient ses joues rouges, et le plus généreux courage battait sous sa brillante armure. Mais, dans la forêt, le vent faisait entendre un murmure étrange. De^ arbres contrefaits, et rappelant les difformités hu*maines^ s'agitaient d'une manière sinistre. Çàet là, un oiseau blanc regardait comme un spectre à travers la feuillée, et son cri semblait un éclat de rire moqueur. Toute sorte d'animaux fabuleux glissaient comme des ombres à travers les halliers. D'inno^ cents serins gazouillaient aussi, il est vrai, parmi tout cela, et mainte belle fleur silencieuse semblait faire signe du milieu des plantes grimpantes aux larges feuilles. Mais le jeune homme s'avançant toujours, s'écria enfin d'un air de défi : « Quand paraîtra donc le champion qui doit me vaincre? }> Alors s'avança, non pas précisément alerte, mais sans trop chanceler pourtant, un grand et maigre chevalier à la visière baissée, et il se prépara à combattre. Les pluçies de son panache étaient brisées, son armure plutôt effleurîe que mauvaise, son glaive ébréché, mais du meilleur acier, et son bras était vigoureux. Je ne sais pas combien de temps

les deux chevaliers combattirent ensemble, mais cela doit avoir été long, car dans Tintervalle les feuilles tombèrent des arbres, qui restèrent longtemps dépouillés et frissonnants, et pu/s bourgeonnèrent de nouveau et reverdirent au soleil, et ainsi se succédaient les saisons; — mais ne s'en apercevaient pas les deux combattants^ qui frappaient incessamment d'estoc et de taille, d'abord avec une impitoyable furie, puis moins vivement^ ptus tard même d'upe manière presque flegmatique, jusqu'au moment où ils laissèrent tomber leurs glaives, et, tout épuisés, relevèrent leur visière... Spectacle étrange et mélancolique I l'un des chevaliers, le champion provoqué, était un mort, et, sous sa visière ouverte, grimaçait un crâne décharné. L'autre, celui qui était entré jeune homme dans la forêt, avait la figure livide et affaissée d'un vieillard, et ses cheveux étaient maintenant blancs comme la neige. — Du haut des grands arbres, les blancs oiseaux-fantômes faisaient entendre leur rire et leur sifflement moqueur.

Écrit à Paris, dans la lane de mai 1838.

PRAGHENTS

HORACE VERNEÏ

... Parmi les tableaux moins importants d*Horace Vernet, il y a un Camille Desmoulins qui, monté sur un banc dans le jardin du Palais-Royal, harangue le peuple. De la main gauche, il arrache à un arbre une feuille verte ; de la droite^ il tient un pistolet. Pauvre Camille! ton courage n'allait pas plus haut que ce banc^ et c'est là que tu voulais t'arrêter, et tu regardais autour de toi. Mais ^^ avanli toujours en avant i est la parole magique qui peut seule tenir debout les révolutionnaires; du moment qu'ils s'arrêtent et regardent autour d'eux, ils sont perdus

comme Eurydice, lorsque, tout en suivant les accords de la lyre de son époux, elle retourna une seule fois la tête en arrière du côté des horreurs du monde souterrain. Pauvre Camille I pauvre garçon! C'était le temps des joyeuses folies de la liberté, lorsque tu sautais sur un banc^ et que tu cassais les lanternes et jetais des pierres dans les fenêtres du despotisme; mais le jeu devint plus tard très-sérieux, les collégiens de la Révolution devinrent des tctes moussues, et leurs cheveux se dressèrent sur leur crâne, et tu entendis retentir autour de loi des accents terribles, et derrière toi, du royaume des ombres, t'appelèrent les voix des fantômes de la Gironde, et tu regardas autour de toi...

Ce tableau ne manquait pas d'intérêt au point de vue des costumes de 1789. Là se voyaient encore les coiffures poudrées, les étroits vêtements de femmes qui ne bouffaient que depuis les hanches^ les fracs rayés de diverses couleurs, les redingotes de co*^ chers avec de petits collets, les deux chaînes de montre tombant parallèlenient sur le ventre, et même ces gilets terroristes, aux larges revers^ qui sont redevenus à la mode parmi la jeunesse républicaine de Paris, et qu'on nomme gilets à la Bohespierre.

Robespierre lui-même figure dans le tableau, et frappe par sa toilette soignée et son air tiré à quatre épingles. En effet, son extérieur fut toujours net et brillant comme la hache d'une guillotine; mais son intérieur aussi, son cœur était désintéressé, incorruptible et conséquent comme la hache a'une guil* lotine. Cette rigidité impitoyable n'était pourtant pas de la dureté, c'était de la vertu^ la vertu de Junius Brutus que notre cœur condamne et que notre raison admire avec effroi. Robespierre avait même une prédilection particulière pour Desnioulins, son camarade d'école, qu'il fit exécuter lorsque ce fanfaron de la liberté se mit à prêcher une modératior. intempestive, et à encourager des faiblesses dangereuses pour l'État. Tandis que le sang de Camille coulait en place de Grève, peut-être les larmes de Maxi. milien coulaient-elles dans sa chambre solitaire. •Ceci n'est point une façon de parler banale. Dernièrement un ami me disait que Bourdon (de l'Oise) lui avait raconté qu'entrant un jour dans la chambre des séances du Comité de salut public, il y avait trouvé Robespierre, complètement seul, plongé en lui-même, assis devant ses Actes, et pleurant amèrement.

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c Un plagiat infâme d'un crime étranger! » tels sont les mots par lesquels le vicomte de Chateaubriand désigne le sombre événement qui s'est passé le 21 janvier, sur la place de la Concorde. Il propose d'élever à cet endroit une fontaine dont l'eau jaillirait d'un grand bassin de marbre noir pour laver... a vous savezbien ce que je veux dire,» ajoute-t-il dans un pathos mystérieux. La mort de Louis XYI est le cheval de parade, couvert de longs crêpes^ sur lequel le noble vicomte caracole continuellement; depuis des années, il exploite l'ascension du fils de saint Louis; et la pauvreté raffinée de ses déclamations empoisonnées, ses saillies de deuil tirées par les cheveux ne témoignent point d'une douleur véritable. Mais ce qu'il y a de plus . choquant dans ses paroles, c'est qu'elles ;ie sont que l'écho des douleurs du faubourg Saint-Germain, où les vieilles coteries d'émigrés se lamentent encore avec d'hypocrites soupirs, sur le sort de Louis XYI, comme si Louis XYI avait été vraiment des leurs et leur avait appartenu! comme s'ils avaient un privi-

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loge particulier pour pleurer sa mort Et pourtant, cette mort a été une catastrophe universelle, qui atteignait aussi bien le plus mince journalier que le premier maître des cérémonies aux Tuileries, et devait remplir tout cœur d'homme d*uQ inexprimable chagrin. Oh t les madrés compères I depuis qu'ils ne peuvent plus usurper nos joies les plus légitimes, ils usurpent nos plus légitimes douleurs.

Le moment est peut-être venu de revendiquer le droit populaire universel sur de semblables douleurs, afin que le peuple ne se laisse pas persuader que ce n'est pas à lui qu'appartiennent les rois, mais à quelques puissants élus qui ont le privilège de dé« plorer, comme la leur propre, toute royale infortune; d'autre part, il est temps peut-être aussi d'exprimer tout, haut ces douleurs, aujourd'hui qu'il se rencontre des rhétoriciens politiques raffinés et des bacchantes de la raison qui, avec leur logique insensée et glaciale, voudraient extirper du fond de nos cœu^s tout le respect que nous impose l'antique sacrement de la royauté. Mais, pour tout cela, nous nous garderons bien d'appeler la triste cause de ces douleur.) un plagiat, beaucoup moins encore un

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crime, et encore moins une chose infâme: nous l'appellerons une dispensation de Dieu. Ce serait mettre les hommes en même temps trop haut et trop bas que de leur attribuer tout ensemble une force tellement gigantesque, et tant de méchanceté, qu'ils auraient répandu par leur volonté seule ce sang dont Chateaubriand voudrait effacer les traces avec l'eau de son bassin noir.

Vraiment, quand on réfléchit aux circonstances du temps, et qu'on réveille les aveux des témoins encore vivants^ on s'aperçoit combien peu la libre volonté humaine a joué un rôle prépondérant dans la mort de Louis X VL Plusieurs, qui voulaient voter contre la mort, firent le contraire lorsqu'ils furent montés à la tribune, et se trouvèrent saisis par Tobscure folie du désespoir politique. Les Girondins sentirent qu'ils prononçaient en même -temps leur propre sentence de mort. Maint discours tenu à cette occasion ne servit qu'à étourdir son auteur. L'abbé Siéyès, dégoûté de ce repoussant verbiage, vota simplement la mort, et, quand il fut descendu de la tribunCi il dit à l'un de ses amis : c J'ai voté la mort sans phrases. » La calomnie s'empara de ce mot dit dans le particulier; on imputa au plus doux

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des hommes cette parole cruelle : La mort $anit phrases comme une parole parlementaire; et elle se trouve maintenant dans tous les livres de classe, et les écoliers l'apprennent par cœur. On m'assure, de tous côtés, que le trouble et le deuil régnaient dans tout Paris le 81 janvier. Les jacobins les plus enragés semblaient eux-mêmes accablés d'un malaise douloureux. Mon cocher de cabriolet, un vieux sans-culotte, m'a raconté que, quand il vit mourir le roi, il lui sembla «qu'on lui eût coupé un membre à lui-même. » Il ajouta : « Gela me fit mal dans Testomac, et tout le jour la nourriture me dégoûta. » Il prétendait encore que « le vieux Veto » avait l'air très-agité, comme s'il eût voulu se défendre. Une chose est certaine, c'est qu'il ne mourut pas avec autant de grandeur que Charles P', qui prononça d'abord tranquillement un long discours de protestation^ pendant lequel il resta si calme^ que, plus d'une fois il s'interrompit pour inviter les gehtilshonmies qui l'entouraient à ne pas toucher à la hache, de peur de l'émousser. Le mystérieux bourreau masqué de White-Hall fait aussi un effet plus poétiquement terrible que Sanson avec son visage découvert. Cour et bourreau avaient laissé tomber

ieur dernier masque, et ce fut un spectacle prosaïque. Peut-être Louis aurait-il prononcé un long discours de pardon chrétien, si, dès les premiers mots, les tambours n'avaient pas commencé à battre, de sorte qu'on entendit à peine sa protestation d'innocence. Les sublimes paroles d'ascension, que Chateaubriand et ses pareils ne cessent de paraphraser ; ce Fils de saint Louis, montez au ciel I » ces paroles n'ont point été prononcées sur l'échafaud; elles ne conviennent nullement au caractère tout ordinaire et prosaïque du bon Edgeworth, à qui on les attribue, et sont l'invention d'un journaliste du temps, nommé Charles Hiss, qui les fit imprim^r le même jour. Il est vrai que de semblables rectifications sont fort inutiles ; ces paroles se trouvent dans tous les manuels, il y a longtemps qu'on les sait par cœur, et les pauvres écoliers devraient* en outre, apprendre encore par cœur que ces paroles n'ont jamais été prononcées.

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