IMPRIMERIE E, CAGNIARD, RUE JEANNE-DARC
notre bien regretté collègue, M. d’Avezac, vous faisait une intéressante allocution sur la première session du Congrès International éographiques.
Je vous demande la permission de vous entretenir d’un autre Congrès, beaucoup plus modeste, mais digne aussi de votre bienveillance.
Ila pour objet le continent américain. Au lieu de s'attaquer à l’universalité de la science, il s’est donné pour cadre, au moins dans sa deuxième session, l'archéologie, la géographie historique, la linguistique, la paléographie, l'anthropologie et l'ethnographie.
L’Institut royal grand-ducal de Luxembourg a pris l'initiative de cette session; M. Servais,
ministre d'Etat honoraire, président du Conseil d'Etat et bourgmestre de la capitaie du grandduché, M. le docteur Schætter et M. Wurth- Paquet, président de la Cour Supérieure de Justice, ont assumé la lourde tâche de l’organiser. M. Lucien Adam, conseiller à la Cour d'Appel de Nancy, a mis à leur disposition sa plume, sa parole, son expérience, son dévoûment, et ces messieurs me sauraient mauvais gré de dissimuler ici que M. Adam a été l'âme de la session de Luxembourg comme de celle de Nancy.
Le roi de Hollande, S. M. Guillaume III, a daigné prendre le Congrès sous son patronage. S. A.R. le prince Henri des Pays-Bas a bien voulu en être président d'honneur. Ces précieuses adhésions ont naturellement déterminé celles de toutes les sommités administratives et scientifiques du grand-duché.
Les travaux du Congrès ont-ils répondu à l'attente de nos hôtes ? Je l'espère, d’abord parce que l’importance des communications faites et des ouvrages offerts prouve que l'appel des organisateurs du Congrès, entendu des deux hémisphères, a provoqué u1 grand mouvement scientifique ; je l'espère surtout parce que les théories hasardées,
Ne
fantaisistes, ces premiers bégaiements ou tâtonnements de la science, qui se produisent dans tous les congrès, ne se sont manifestées que trèstimidement; par deux mémoires auxquels ont été rendus les honneurs funèbres.
A l'ouverture de la première séance, M. Wurth- Paquet, président du comité d'organisation, a souhaité la bienvenue aux membres étrangers, parmi lesquels les Français étaient en majorité. II nous apprit ensuite que S. A. R. le prince Henri, retenu loin de Luxembourg, serait représenté par M. le baron de Hogendorp ', son aide-de-camp, qui lui transmettrait quotidiennement un rapport sur nos travaux.
Après cette communication, le Congrès procède à la constitution de son bureau définitif * et à l’élection du conseil international :.
1 Le nom du brillant officier éveillait en nous les plus vives sympathies. Nous nous rappelions qu’un général Hogendorp a bravement et loyalement servi la France.
£ Sont élus par acclamation: Président : M. Wurth-Paquet ; — Vice-Présidents: MM. Lucien Adam, Schmit, Reuter et Schæœtter; — Tiésorier: M. Eltz; — Secrétaire-Général : M. Henrion; — Secrétaire-adjoint: M. Vanwerweké; — Sténographe : M. Prosper Müllendorff.
3 Sont élus au scrutin de liste par la section française :
MM. le comte de Marsy, Lebrun, G. Gravier, le marquis de Monclar et Beauvois.
Ou
il conservateur du musée royal néerlandais d'antill quités de Leyde. Elle est consacrée à l'anthropoal o logie et à l’ethnographie.
fa MM. Lucien Adam et Peterken lisent ou je résument quatre mémoires :.
VAE 1° Les anciens Pueblos ou Town-Builders, par ja | M. Edwin Barber ;
1e 2° Les Mound-Builders de l'Amérique, par {al M. Robertson ; I 3° Témoignages ostéologiques fournis par les anciens Mounds du Michigan, par M. Gillman ; Hi 4 Une étude ethnographique par M. le baron li) : de Bretton.
| | Ces mémoires, en partie faits sur place, ajoutent ji des renseignements précieux à ceux déjà recueillis LU par Carver, Warden, Squier et autres.
| fl Nousnesavons cependant pas encore le premier
| l La seconde séance est présidée par M. Leemans,
mot de l’histoire des constructeurs de ces vastes retranchements (assez semblables à nos Camps de César) qui se trouvent dans l’ouest et le nordouest de l'Amérique Septentrionale. Nous connaissons leur architecture militaire, qui était trèston avancée, leurs modes d’inhumation et d'incinéra- Al tion, leur outillage; nous savons même qu'ils
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ess 7 ET travaillaiént le cuivre natif à froid, ce qui est curieux et utile à noter ; mais d’où venaient-ils et que sont-ils devenus? Rien ne peut le faire supposer.
De ces temps lointains, jalonnés seulement de quelques vestiges sans date, M. Emile Guimet nous ramène au temps présent, c’est-à-dire aux Chinois qui vont chercher fortune en Californie.
Les Anglo-Saxons ont exterminé les Peaux- Rouges. Leurs philosophes, qui n’étaient pas des philanthropes, assuraient qu'on ne pouvait ni se les assimiler, ni les civiliser, ce qui était une raison pour les détruire. Leurs prêtres, notamment le Rév. Ezra Stiles, prétendaient que les Indiens étaient fils de Cham et que les fils de Japhet ne pouvaient ni leur ouvrir les bras, ni les réduire en servitude, et qu'il fallait conséquemment les extirper de l'Amérique. De pareils arguments ne se discutent pas. On perdrait sa peine à rappeler que les métis acadiens sont parfaitement civilisés, que les Paraguayens ont des arts et une littérature, que les Français, notamment les PP. Jésuites et Cavelier de la Salle, civilisaient très-bien les enfants des Iroquois et des Hurou, que le gouvernement brésilien voit dans les Tupis, encore
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| je répandus sur les deux tiers de l'empire, de précieux Et) auxiliaires et qu’il veut achever de les conquérir, il non par les armes, mais par l'expansion de la | science, du travail et de la religion chrétienne :.
Les Anglo-Saxons traitent les Chinois comme ils ont traité les Peaux-Rouges. Eh bien! je de- | mande, s’il n’y a pas d’indiscrétion, si c'est parce pal | que les Chinois sont aussi des sauvages qu'il est | impossible de civiliser, ou si c'est parce qu'ils seraient fils de Cham ?
Nr Dans la troisième séance, présidée par M. Pepi terken, M. Francis Allen fait une communication | ll sur La très-ancienne Amérique.
Aie . M. Allen croit à l'unité de l'espèce humaine et à || soutient que l'Amérique a été peuplée par des | 1 émigrants venus du sud-est de l’Asie. Cette hypolo thèse, très-contestable, devait être vivement
| ù 1 M. da Silva Paranhos, consul-général du Brésil à Liver-
ÿ pool, a offert au Congrès un ouvrage de M. Couto de Malgalhäes imprimé, en 1876, par ordre du gouvernement. Cet important travail a pour titre : O Selvagem. — I. Curso da lingua geral segundo Ollendorf. — IT. Origens, costumes, regido selvagem. (Rio de Janeiro, Typographia da Reforma, 1876). Il
| a pour but la formation et l'éducation d’un corps d’interprètes
ll qui facilitera la fusion des races Portugaise et Tupi.
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combattue, quand M. l'abbé Hengesch, sur un passage mal compris, a protesté longuement et énergiquernent contre toute discussion contraire à la Bible et aux croyances religieuses du grandduché.
M. Peterken a rappelé que, dans une séance solennelle du comité d'organisation, S. A. R. le prince Henri a dit: « Dans le Luxembourg, pays « libre, vous discuterez en pleine liberté » ; les esprits éclairés du pays et les principaux organes de la presse ont jugé sévèrement les protestations de M. l'abbé Hengesch : on a compris, néanmoins, que l’autochthonie et l’ethnogénie des races américaines ne pourraient pas être discutées librement, et les savants qui se proposaient de traiter ces questions ont renoncé à prendre la parole.
Cet incident clos, nous sommes revenus aux Mound-Builders par deux mémoires de MM. Stephen Peet et Force. Ces auteurs nous apportent de nouveaux éléments de comparaison et nous font
désirer la continuation des recherches.
Avec la quatrième séance, nous entrons dans l'histoire de l'Amérique et de sa découverte. Comme l'observe le président, M. le baron de
Hellwald, nous passons de l’histoire où règnent l'hypothèse et l'incertitude à l’histoire qui se rapproche de nous et que nous pouvons juger d’un œil critique.
Au lieu de la lumière, toujours faible et vacillante, que projettent les épaves échappées aux coups des siècles et des hommes, nous avons des documents certains, authentiques. Sur ce nouveau terrain on peut marcher d’un pas ferme, à la condition toutefois d'être équitable et prudent; à la condition surtout de ne pas perdre de vue que l’histoire n’est pas une fillette qui se contente de fleurs artificielles et de bijoux en cuivre doré, mais qu’elle est une noble et sévère déesse qui ne veut pour encens que la vérité vraie.
M. Beauvois ouvre la série des études historiques parun mémoire surles colonies du Markland et de l’Estotiland au xrv° siècle, et sur les souvenirs qui en subsistaient au xvi° et au xvrr siècle. Il a surtout pour objectif la relation des frères Zeni. Cette question n’est pas nouvelle. Elle a fait l'objet de savantes discussions en France, en Danemark, en Angleterre et en Italie ‘. Mais M. Beauvois tire
1 Elle a été résolue affirmativement par le cardinal Zurla, par Buache, Forster, Humboldt, par MM. Paul Gaffarel, Henry
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une grande autorité de ses connaissances spéciales sur la géographie, l’histoire etles langues du Nord, et, selon toute PRERTRER, son opinion prévaudra définitivement.
M. Beauvois parle incidemment des traces de christianisme que nos missionnaires et nos marins ont trouvées dans l'Amérique du Nord, spécialement dans notre Acadie, la Nouvelle-Ecosse des Anglo-Saxons.
Une intéressante discussion établit que, dans les Amériques, les traditions de l'homme blanc sont habituellement connexes du culte de la Croix. Voilà un curieux sujet d'étude pour la prochaine session du Congrès des Américanistes.
M. 1e professeur Blaise fait ensuite le résumé. d’un travail de M. Nodal sur la législation comparée des Mexicains sous les empereurs aztèques et des Péruviens à l’époque des Incas. Ce résumé, fait avec esprit, a reçu bon accueil, mais les applaudissements reviennent à l’orateur, car le travail de
Major et Gabriel Gravier. Flle a été résolue négativement par M. C.-C. Zartmann, dans un travail très-savant et très-bien fait publié par les Nouvelles Annales des Voyages, t. ni de l’année 1835 et LxxI° de la collection.
M. Nodal n’ajoute rien ou bien peu de chose à ce qu’à déjà dit Prescott.
J'ai remplacé M. Blaise à la tribune pour résumer un travail sur la découverte du Mississipi. J'ai profité, pour reprendre ce travail, de ce que M. Mario de la Quesnerie a bien voulu me confier un important dossier de famille. On persiste à faire le silence autour du nom de Cavelier de la Salle, et je persiste à croire que cet explorateur est l’un des deux ou trois plus grands hommes du xvrr° siècle ; on veut encore attribuer aux PP. Jésuites la découverte du Mississipi, et je suis convaincu que cet honneur revient à Cavelier de la Salle.
M. Peterken termine la séance par un récit humoristique, hardi, de son séjour en Paraguay. Je dis : hardi, parce que les mœurs paraguayennes sont légères, naïves, pastorales et, par suite, souvent difficiles à peindre devant les dames. M. Peterken, heureusement maître de sa parole, a pu toucher souvent, sans jamais la franchir, la limite de ce qui est permis.
La cinquième séance ouvre sur un ton plus grave. M. da Silva Paranhos termine son discours
de prise de possession du fauteuil présidentiel en regrettant les monuments précolombiens. détruits, les uns, par l'ignorance et la cruauté des conquérants, les autres, par le fanatisme religieux.
M. Schætter, l'aimable et très-sympathique professeur, nous entretient ensuite de Christophe Colomb, d’Americ Vespuce et du nom d'Amérique donné au Nouveau Continent. d
Je crois que, depuis les grands travaux de Humboldt et de M. d’Avezac, l'accusation portée contre Vespuce n’a plus de partisans ; néanmoins, une analyse critique desarguments successivement produits pour et contre s'imposait au Congrès des Américanistes, et franchement elle ne pouvait tomber en des mains plus sûres et plus compétentes. M. le docteur Schætter établitqu'on adonné. au Nouveau-Monde le nom d'Amérique, parce que le florentin Améric Vespuce a, le premier, reconnu que les terres découvertes par Christophe Colomb n'étaient pas, comme le croyait ce navigateur, une dépendance des Indes, mais un monde nouveau.
C'est seulement, dit-on, par un injuste caprice de la Fortune que le Nouveau-Monde ne s'appelle pas Colombie.