ENT
tées par le Christ. Or, à ce point de vue, aucun pays n'a été plus favorisé que le nôtre. Si nous pouvons nous flatter d’avoir eu dès les premières origines et d’avoir gardé jusqu’aujourd’hui le bénéfice du dévouement infatiguable des prêtres nombreux, religieux ou séculiers, appliqués au service des âmes, c’est aussi notre gloire, et peut-être notre plus grand avantage, d’avoir vu ce même clergé, dans un grand nombre de ses mem- Tres, dépensant son activité, ses forces, :es talents, bref se donnant sans réserve à l'instruction, à l’éducation, à la formation religieuse de l'enfance et de la jeunesse.
Venus ici comme délégués de vos maisons respectives, et réunis en si grand nombre pour étudier ensemble les moyens les plus aptes à rendre votre zèle encore plus efficace, s’il est possible, vous attestez par le fait le soin jaloux, la fidélité avec laquelle se garde dans nos collèges et séminaires le trésor du dévouement sacerdotal de vos prédécesseurs.
Dans la sphère ou s'exerce votre action, messieurs, serait-il hors de propos de considérer combien s'étend et s'élève l’objet qui lui est propre ? Car il ne s’agit point pour le sacerdoce, appliqué à l'oeuvre de l’enseignement secondaire, de s'attacher à des individualités pour les préparer aux luttes futures de la vie, et mettre dans les mains de chacun les armes précises, je veux
dire les connaissances définitives et complètes, aussi kien que dans leur âme des habitudes de piété et de vertu qui en feront des hommes capables d'atteindre leurs fins respectives. Ce qui serait déjà certes un titre sérieux à la reconnaissance de tous. Ce n'est pas assez même de dire qu’il vous appartient, prêtres de nos collèges, de discerner les vocations, d'ouvrir les avenues, de fournir à l'Eglise, par un recrutement normal de son clergé, les ouvriers dont elle a besoin ; ou encore de préparer à la société pour marcher à sa tête,les citoyens qui dans les diverses professions libérales, deviennent les chefs autorisés de la nation. Certes, c’est avancer encore et beaucoup dans les voies de la bienfaisance publique et je me demande s'il est possible de rendre à l'Eglise et à l'Etat un service plus signalé. Et, cependant, vous faites encore davantage, messieurs, ce n’est Das assez pour vous de former le chrétien parfait, suivant la mesure de la plénitude des grâces du Christ : In virum perfectum... Vous voulez plus encore que donner à la nation ses guides spirituels et ses chefs temporels. Le travail que vous faites, oeuvre collective poursuivie en même temps dans tous les collèges par des centaines de prêtres à la fois, s'élève au-dessus des considérations individuelles, et atteint la substance mé-
me du peuple, en formant à l’image du Christ et selon
Son esprit cette classe particulière des hommes qui pensent, qui agissent, qui parlent, et qui par l’ensemble de leurs actes et de leur conduite, influent, plus que tous
les antres, sur la destinée commune,
Par la formation de la classe dirigeante, vous fournissez le levain à Ja messe, et vous faites que se réalise la pensée de saint Paul: Vous édifiez la gens sancta, le peuple saint.
Ceci m’amène à vous dire, messieurs, qu'il serait à mon sens inexaet de dire que l’enseignement secondaire doit mesurer son importance au nombre d'élèves qui
sortent de nos collèges après nn cours d études complet. 8 P P
IL faut, au contraire, considérer la multitude, toute cette. jeunesse qui passe sous VOS Yeux et sous votre Main, recevant en Permanence le bénéfice de votre action sacerdotale. Dans l'âme de chacun il entre quelque chose de votre âme consacrée, et toujours, quelque soit d’ailleurs son état, sa carrière, il devra garder cette empreinte et sur elle régler sa vie.
Et comme un peuple ne saurait être, longtemps du moins, guidé par un seul où par un petit nombre, que Par ailleurs nulle Part ne s'exerce d’une façon aussi profonde, l’action sacerdotale éducatrice, il s'ensuit
PE
mn.
nt que
que c’est à vous, messieurs, que la Providence a confié les destinées de notre peuple, en vous remettant le soin d'élever des hommes qui doivent, à la lumière de vos enseignements, marcher à sa tête. C’est dans ce sens que notre histoire nationale a depuis longtemps exprimé cette vérité incontestable que la religion catholique et la race francaise sur ce continent ‘oivent leur conservation et leur prospérité à l’enser, .:ment donné dans nos divers collèges de la Province. Ce qui revient à dire que les prêtres éducateurs doivent, comme 1ls le sont e:: effet, être regardés comme les protecteurs attitrés de la
religion et de la société,
Cr, messieurs, si nous nous demandons maintenant où est le secret de la confiance jusqu'aujourd’hui inébrenlée et absolue, marquée de tout temps à nos collèges, à nos séminaires, à tout le corps enseignant de nos diver. ses institutions, vous conviendrez avec moi qu'il faut l’attribuer en grande partie à ce que, entre les maisons elles-mêmes, a toujours régné l'union étroite des volontés et des énergies, faisant de tant d'institutions diverses une coalition d'efforts intelligents, tendant au mên:e but et poursuivant le même objet. Ici, point de riva. lité, point de concurrence, une émulation de bon aici, un échange fraternel de vues et de sentiments, le
tout se manifestant sous l’action d'une même pensér
supérieure et sous l’influence d'une même autorité, C'est bien le Spectacle que vous nous donnez durant ce Congrès.
Vous venez travailler, étudier, discuter, mettre en commun le fruit de vos observations et surtout les ar. deurs de votre zèle. C'est-à-dire, que, ayant soin de laisser intactes les traditions séculaires sur lesquelles s'appuie la substance même de votre oeuvre, que, gardant avec un respect absolu ce qui a subi l’épreuve du temps, à recu la sanction de l'expérience, et est encore aPPU,* F «r les maîtres les plus sages et les plus sérieux, Vous traîterez de ces choses dont la discussion répond aux besoins spéciaux, ou aux faits nouveaux qui requièrent l'attention des éducateurs modernes, Il en résultera une poussée énergique dans la voie du progrès véritable, et l’oeuvre, dans son ensemble, en sera
&ffermie pour les années à venir.
En second lieu, il est remarquable, combien, jusqu'’au- Jjourd'’hui, les directeurs de nos collèges ont eu soin de fermer les portes de leur maison à ces vaines querelles dont parle saint Paul, qui malheureusement s’agitent dans le monde extérieur, et divisent les hommes sans avoir de quoi intéresser par elles-mêmes l'autorité doctrinale ou disciplinaire de l'Eglise. On a compris tou-
dun
jours que l’union si désirable de nos collèges serait gra- Yement atteinte, si on les laissait dévier dans les voies de la division en ces matières futiles.
Enfin, appliquant ceci avec encore plus de force à chaque institution en particulier, en observant surtout que les disputes de l’ordre profane auraient le double danger de créer parmi les élèves des camps adverses et de détourner Ja confiance des familles, ayant justifié sur ce point l'attitude si noblement indépendante de chacun de nos collèges à laquelle le publie a toujours rendu un hommage mérité, nous ajoutons que ce qui donne à tout cela le complément le plus digne du sacerdoce, c’est ie désintéressemnt parfait qui a été toujours la caracté. tistique de nos prêtres éducateurs.
Messieurs, deux choses font ressortir ce désintéressement. La première, c’est que, toujours pour parler d’après saint Paul, si les fonctions sont diverses, les talents multiples, le dévouement est unique et par lui chacun accepte et remplit avec joie la charge, en apparence plus élevée ou plus humble, qui lui est dévolue, Ce qui assure le fonctionnement régulier de l’ensemble et rend pour chacun si méritoire le sacrifice parfois très pénible qu’on lui impose. Puis, nos prêtres éducateurs,
justifiant en eux-mêmes et par l’exemple le dicton con-
nu, même dans le monde, profane, que les exigences de la vie intellectuelle s’allient mal avec Ja poursuite irquiète des biens matériels, mais élevant beaucoup plus haut la portée de cette maxime, joignent à la dépense journalière, d’un zèle que la religion seule peut soutenir avec cette ardeur, l’abandon total de tout ce qui, après
tout, serait ailleurs considéré comme la récompense simplement légitime de leurs travaux.
Pour rendre possible leur oeuvre et y faire participer un plus grand nombre de jetines gens, ils laissent à leur maison respective, c’est-à-dire à l'Eglise et à Dieu, ce qui devrait leur être donné si on voulait seulement les mettre sur un pied d'égalité avec d’autres qui n’ont
pas à faire les mêmes renoncements,.
Messieurs, vous n'avez point de salaire, c’est entendu, vous n'avez même pas d’honoraires, vous n ‘avez, comme dit saint Paul, que la nourriture et le vêtement. C’est pour nous, évêques, qui vous voyions à l'oeuvre, l’objet d’une admiration profonde et pour beaucoup le secret de l'affection spéciale que nous avons vouée aux prêétres éducateurs.
J'ajoute, tout de suite, que ce détachement, librement accepté, porte en lui-même ces bénédictions férondes et
manne mmnnn ne
abondantes, que Notre-Seigneur a promises à quiconque laisse tout pour le suivre et travailler avec lui en portant sa croix.
Prêtres séculiers et réguliers, qui rivalisez de zèle et de pauvreté évangélique dans la poursuite de l’oeuvre éminemment sacerdotale de l’enseignement secondaire dans nos collèges et séminaires du Canada, recevez aujourd’hui, par la bouche d’un évêque l’expression sincè. re de la reconnaissance de l’Eglise,et l'attestation solennelle du bien indéfini que vous faites à nos familles et à notre peuple. Que ceci ne soit encore que le gage des grâces célestes qui remplissent votre ministère chaque jour.et mieux encore de la Couronne, glorieuse entre toutes,que le bon Dieu vous réserve dans le ciel, où, selon le langage de l’Esprit-Saint, les prêtres éducateurs brilleront de l'éclat des astres dans les éternités perpétuelles. — Amon. |