DES FIANÇAILLES AU MARIAGE
Monsieur, Mademoiselle,
Aujourd'hui même, à la sainte messe, nous lisions une parole de Notre-Seigneur qui est pleine d'enseignements, et peut vous être proposée comme programme et mot d'ordre, au jour de votre Mariage.
Bien souvent déjà, Notre-Seigneur avait parlé au peuple, et sa doctrine, qui ne pouvait venir que du ciel, avait convaincu de sa véracité et de sa divinité un certain nombre de ses auditeurs...
(1) Nous donnons cette allocution, à titre de spécimen, pour montrer comment des maximes de Notre-Seigneur, d'ordre très général, peuvent trouver leur application dans le Mariage chrétien.
Il va de soi que, moyennant une légère modification du début de cette allocution, elle) peut être donnée à toute autre époque de l'année.
Mais d'autres restaient réfractaires. Et c'est à eux que Jésus s'adresse: Loquor vot»is, leur dit-il, <( je vous parle, et vous ne me croyez pas? Mais les œuvres que je fais rendent témoignage pour moi (i) ! »
C'est-à-dire : (( Mes paroles, mes promesses ne vous suffisent point?... Mais alors, regardez-moi agir, et vous serez convaincus I »
...Chers Fiancés, voici quelque temps que vous avez fait choix l'un de l'autre. Depuis ces semaines ou ces mois, dans la douce intimité que permettent les fiançailles chrétiennes, vous avez aimé à regarder ensemble l'avenir, à jeter d'accord un regard sur la vie à deux qui serait bientôt votre partage... Vous vous êtes dit alors bien des paroles !... (Loqaor vobis)... Vous vous êtes fait bien des promesses !... Et certes, à la différence de ces auditeurs auxquels Jésus reprochait de ne pas le croire, vous avez cru, chacun, à la parole de l'autre, — et c'est pourquoi vous êtes venus jusqu'ici.
Oui, chacun de vous deux a dit : « Je serai fidèle ! » et l'autre a répondu : « Je le crois. »
Chacun a dit : « Mon bonheur sera de faire le vôtre I » et l'autre a répondu : « Je l'espère. »
Chacun a dit : « A votre dévouement répondra mon dévouement, à votre cœur mon cœur », — et l'autre a répondu : « Je vous aimerai ».
(1) S- Jean, X. ?.").
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Et VOUS avez bien fait de croire réciproquement à votre parole, car chacun de vous sait que l'autre eat une âme loyale.
Voici le moment venu de passer des promesses aux actes. Si les paroles de Jésus ont eu besoin d'être confirmées par ses œuvres, ne nous étonnons pas qu'il en soit de même pour chacun de nous.
C'est wne maxime de morale humaine : « A l'œuvre on connaît l'artisan », dit le proverbe.
Mais c'est aussi une maxime de morale divine : sine operibus, « sans les actions, il est impossible (i) » de dire qu'on a rempli son devoir jusqu'au bout.
Pour vous, je le répète, le moment est venu de passer des paroles à l'action, des promesses à la réalité,,., des fiançailles au Mariage, et d'écrire le livre dont vous n'ave2 encore donné que la préface.
Ne croyez pas, — quels que soient votre bonne volonté, votre affection, votre dévouement l'ur* pour l'autre, — ne croyez pas que ce soit toujours aisé f...
Une épouse chrétienne, un peu désabusée, me disait un jour :
— Que mon Mariage était beau... au temps de mes fiançailles !...
(1) s Jacques, ii, passim.
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Non, encore une fois, il n'est pas toujours facile de réaliser, dans la vie commune, les promesses d'avant le Mariage !... Les habitudes sont vite sacrifiées... mais elles reviennent plus vite encore. Les résolutions se prennent aisément... et s'oublient avec une plus grande facilité !...
Voilà pourquoi ce « témoignage des œuvres », qui doit maintenant succéder aux paroles, il faut demander à Dieu de vous aider à le rendre. C'est toute la raison d'être de votre présence ici en cet instant. Demandez à Jésus de vous aider à faire ce qu'il a fait lui-même. Et comment ne le feraitil pas.!> Ne vous a-t-il pas déjà témoigné sa tendresse, en vous ménageant jusqu'ici les bons conseils et les bons exemples de ceux qui vous ont donné une éducation sérieuse et chrétienne .►>..
(On pourra donner ici, s'il y a lieu, quelques détails personnels.)
Que Jésus achève en vous et pour vous l'œuvre si heureusement commencée !
Dans la page évangélique que nous avons relue ensemble, il est une autre parole du Maître qui m'inspire encore un vœu à votre sujet : « Mon Père et moi, s'écrie-t-il, nous ne faisons qu'un (i). » Puissiez-vous, — non pas seulement
(1) s. Jean, x, 30.
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aujourd'hui, mais toujours, — constater que votre foyer est un par l'affection et par le dévouement, que votre existence est une, que votre amour de Dieu et du devoir est un !... S'il en est ainsi, chacun de vous pourra répéter en la modifiant la parole de Jésus, et dire : « Mon époux et moi, — mon épouse et moi, — nous ne faisons qu'un !... »
Toujours à la même page du saint Evangile, Notre-Seigneur dit de ceux qu'il aime et dont il est aimé :
(( Personne ne pourra me les ravir (i) ! » Qu'il en soit ainsi de vous !... Oui : l'être d'élection que vous adoptez chacun aujourd'hui comme vôtre, l'élu de votre cœur, l'élu de votre amour, demandez à Dieu, qui va l'unir à vous par le sacrement, que jamais rien ni personne ne puisse vous le ravir !... Avec la grâce de Dieu, que le bonheur vous unisse davantage I... que les épreuves, lot nécessaire de toute vie humaine, apportent à votre union un nouveau ciment !... que l'arrivée des enfants en soit une nouvelle consécration !... que le souci de les élever vous oblige, doucement et impérieusement, à une entente toujours plus étroite !... que la prière faite en commun garde toujours en commun, « en un », vos esprits et vos cœurs !... Voilà ce que
(1) s. Jean, x, 28.
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VOUS allez demander à Dieu, en échangeant vos promesses ; — voilà ce que vous lui demanderez au cours du saint sacrifice : qu'il prenne place à votre foyer, pour vous conserver toujours dans l'unité parfaite, et vous conduire tous deux du même paS; à travers le bonheur qui passe, au bonheur qui ne passe pas !...
Ainsi soit-il 1
Pour le temps pascal.
LE MARIAGE EST UNE k ASCENSION »
Monsieur, Mademoiselle ,
En liturgie, le temps pascal est le plus Joyeux de l'année. C'est, comme vous le savez, la prolongation de la grande fête de Pâques, la célébration, durant quarante jours, de la résurrection de Jésus-Christ. La nature semble prendre part elle-même à cette fête, en ressuscitant de son engourdissement hivernaL.. Et vous, heu- Tei!x Fiancés, vous célébrez aujourd'hui, de chrétienne manière, la fête de Pâques, en venant recevoir le sacrement de Mariage.
« Pâques » veut dire « passage » : à ce titre, le Mariage, lui aussi, est une pâque ; c'est pour vous, — non pas certes, comme pour Jésus, le retour à la vie, — mais le « passage » d'une vie à une autre... on pourrait dire : de la vie cachée
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à la vie publique, de l'état de dirigés à celui de dirigeants. C'est une « Pâque » pour vous. Alléluia !
Si le temps pascal a pour point de départ la iête de Pâques, il a celle de l'Ascension pour point d'arrivée ; il vient de l'une, il va vers l'autre. Or, si le Mariage chrétien est une « pâque », il est aussi une « ascension ».
En effet, il élève réellement, en eux-mêmes et dans leurs rapports avec la société, les jeunes gens auxquels il est conféré : il les sacre, dès maintenant, en qualité d'époux ; — il les sacre, à l'avance et pour un prochain avenir, en qualité de père et de mère ; — et, en même temps qu'il les élève ainsi sur le chemin du devoir, qu'il les élève en responsabilités, il leur donne 4es titres plus hauts à la bienveillance ùe Dieu, au respect des hommes, à l'estime et à la confiance de la société.
Cette (( élévation » en dignité, en devoirs et •en droits, cette (c ascension » a un caractère solennel : elle ne se fait pas en cachette. Quand Jésus fit son ascension, il voulut, non pas seulement la réaliser, mais la célébrer : il réunit sa mère, ses apôtres, ses amis, en un lieu déjà consacré par sa présence : le mont des Oliviers ; là, il leur fit un discours d'adieu, et c'est en leur j)résence qu' « il s'éleva ».
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Vous avez voulu qu'à cet exemple votre « ascension » au Mariage se fît, elle aussi, avec solennité. Vous y avez convié vos deux familles et vos amis...
(On pourra, ici, rappeler les détails concernant ces deux familles, que l'on jugera utile de signaler comme des exemples et des encouragements au devoir.)
Tout à l'heure, Monsieur et Mademoiselle, rapprochant la fête d'aujourd'hui de celle d'il y a dix-neuf siècles, je disais que l'Ascension avait été précédée d'un discours. Mais ce ne fut pas un discours de compliments : Jésus y donna surtout des conseils.
Pour achever la ressemblance, il convient donc que mon disours, à moi aussi, se termine par des conseils. Je les ferai courts. Aussi bien, vous savez déjà, — et je l'ai indiqué, — qu'à tous les devoirs qui vous astreignaient déjà envers Dieu, envers vos parents, envers la patrie, envers vousmêmes, le Mariage va en ajouter deux autres : devoirs d'époux, qui vous atteignent dès aujourd'hui ; — devoirs de parents, qui vous atteindront plus tard.
Devoirs d'époux. — Vous étiez libres de vous donner votre cœur : vous n'êtes plus libres de vous le retirer. Cela s'appelle l'amour, qui doit
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jimer avec toujours. Cela s'appelle la fidélité, envers et contre tout, envers et contre tous. Cela â'appelle d'un mot... qui n'en finit pas, comme la chose qu'il exprime : l'indissolubilité.
Il est possible que, dans l'avenir cette fidélité du temps, du cœur, de )a vie, vous oblige, l'un ou l'autre, — peut-être l'un et l'autre, — à quelques sacrifices d'amour- propre ou de préférence? personnelles. Mais vous saurez faire, de ces sacrifices, un aliment pour votre mutuelle affection. Ils seront petits. Je l'espère bien ; mais, ennoblis par le motif qui les inspirera, ils deviendront de grandes raisons de vous estimer et de vous aimer toujours davantage.
Dans cette communauté de devoirs entre époux, chacun d'eux apporte sa note personnelle : l'époux, plus de fcwce, — et l'épouse, plus de grâce.
L'époux doit être le chef et le soutien du foyer. C'est le rôle qui vous incombe, Monsieur. Quand, la force se nourrit de tendresse, elle devient très aimable, et apporte au sein du foyer un charme de plus.
Quant à voua. Mademoiselle, qru'i beau rôle que celui d'épouse, — et d'épouse chrétienne !,.. L'épouse, c'est le sourire du foyer. Lorsque l'époux, au cours d'une journée laborieuse, se taPDuve aux prises avec ces difficuttea de toute
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sorte, qui naissent des choses... et des hommes, qu'est-ce qui le soutient... après Dieu.»^
C'est la pensée de l'épouse, qui l'attend, — qui compte les heures, — qui, le soir venu, regarde plus souvent l'horloge, — de l'épouse dont il ne se sépare chaque jour, semble-t-il, que pour rendre plus heurefcise la réunion du soir...
Heureuse réunion, heureuse soirée, oiî l'affection se fait confidence, où la confidence accroît l'affection ; où les ennuis de la journée prennent eux-mêmes tournure d'agrément, puisqu'on peut les dire à un cœur qui les comprendra, qui les partagera, et qui en consolera...
Plus tard, enfin, devoirs de parents.
Oui, un jour viendra où, Dieu ayant de nouveau béni votre union, tous deux, penchés sur un berceau, vous admirerez, pour parler comme le poète,
...Ces beaux grands yeux d'enfant, sans peur, sans fiel. Qui semblent toujours bleus, tant on y voit le ciel (i).
Ce « bleu de ciel », vous aimerez à le multiplier autour de vous, multipliant ainsi, du même coup, la grâce de Dieu sur vous et sur A^otre foyer. . .
Et puis, vous ferez ce qu'il faudra pour que, dans l'âme de vos enfants aussi bien que dans
(1) Victor Hugo.
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leurs yeux, le ciel continue à se refléter et à se mirer. Ces enfants de vous, vous en ferez des enfants de Dieu, par le baptême qui commence l'œuvre, par les leçons chrétiennes qui la continuent, par les bons exemples qui l'achèvent.
Tels sont les vœux que tous ici nous formons pour vous, sachant que ces souhaits pour votre devoir sont en même temps des souhaits pour votre bonheur. Daigne Celui qui règne dans les cieux jeter, en cet instant, un regard divinement paternel sur ce petit coin de terre, et bénir les deux jeunes époux qui inaugurent un foyer auquel nous souhaitons tous grand bonheur et longue durée I
Ainsi soit-il I
XXII hls. — Le 8 mai, fête secondaire de l'archange Saint Michel, on pourra donner l'allocution XIII, page 92 : L'ange du Mariage.
Pour l'Octave de la Pentecôte ou pour la neuvaine préparatoire à cette fête (i).