‹ Allocutions matrimonialesChapitre 21 sur 63 · L'AME HUMAINE, « MÉDAILLE » DE DIEU · texte numérisé non relu

L'AME HUMAINE, « MÉDAILLE » DE DIEU

Monsieur, Mademoiselle,

Dimanche dernier, nous lisions cette belle page de l'Evangile où l'on voit Jésus enseigner, tout en tenant dans sa main la médaille-monnaie de l'empereur Tibère, et où il fait jaillir du bronze la leçon de choses qui, fidèlement suivie, assurerait la paix à l'univers : (( Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu (i). »

Dieu est, à la fois, un admirable Sculpteur et un Graveur magnifique 1 Au début même de l'humanité, nous le voyons modeler avec amour la statue du premier homme. Dans une image

(1) On pourra également utiliser, sut cet Evangile, l'allocution VIII, page 61 ; « Rendez à Dieu ce qui est à Dieu... » (1) S. Matthieu, xxii, 21.

ALLOCUTIONS MATRIMONLILES 177

saisissante, la Bible nous le montre prenant de la terre, — comme le sculpteur prend de la terre à modeler, — et pétrissant de ses mains le corps d'Adam.., (2).

Et puis, le Sculpteur fait place au Graveur... A. ce corps il faut une âme. Or, Dieu veut faire de cette âme l'image, la miniature, la gravure, la médaille de lui-même (3) 1

C'est bien ce que nous enseigne le Catéchisme. « L'âme, nous dit-il, est un esprit créé à l'image de Dieu. » Quand on a sous les yeux une médaille commémorative, ou simplement une pièce de monnaie à l'effigie du souverain, on aime à y voir revivre, exprimées et réduites en quelques traits, les qualités que reflète la physionomie du modèle... Et de même, quand nous contemplons, des yeux de l'esprit, une âme humaine, nous y retrouvons, en réduction mais en réalité, les qualités divines : l'intelligence, lu liberté, la faculté d'aimer, l'amour inné du vrai, du beau et du bien. Oui, l'âme est la médaille de Dieu, gravée et frappée par Dieu lui-même !...

Or, en cet instant, le premier don que vous allez vous faire l'un à l'autre, c'est celui de votre âme. Il vous est déjà arrivé, sans doute, et il vous arrivera encore, probablement, de donner ou de recevoir des médailles. Mais jamais vous

(2) Genèse, ii, 7.

(3) Id., I, 27.

ne donnerez ni ne recevrez plus belle médaille que celles que vous allez donner et recevoir aujourd'hui !... Dans une médaille, il y a un double attrait : celui de la personne représentée, celui de l'artiste qui l'a reproduite. Ici, la médaille offerte, l'âme, c'est l'image de Dieu, — et le graveur, c'est Dieu encore !... J'entends retentir la question de Jésus, dans la page évangélique que nous méditons : « De qui est cette image? » (i). — C'est l'image de Dieu : et c'est cela que vous allez vous donner I...

Comprenez-vous, dès lors, pourquoi un pareil don porte le caractère de l'irrévocable?... Il ne vous est Jamais arrivé, — et rien que cette supposition prête à sourire, — il ne vous est, dis-je, jamais arrivé, après avoir fait hommage d'une médaille, ou simplement de votre portrait, d'en aller trouver le bénéficiaire... pour lui demander de vous le rendre I

Or, le Jour du Mariage, l'époux dit à son épouse et la femme dit à son mari :

« Ce que J'ai de plus précieux, cetle âme, qui est ma part de Dieu, qui est ma « médaille de Dieu » gravée par Dieu et reçue de Dieu, je te la donne. »

Comment peut-on supposer qu'il soit ensuite possible de dire : « Je te la reprends? »

Oh ! non, il n'en doit pas être ainsi !... et de

(1) s. Matthieu, xxii, 20.

ALLOCUTIONS MATROtONLVLES I75

votis il n'en sera pas ainsi. Chacune de vos deux âmes sera le précieux médaillier de l'autre : vous respecterez le don reçu, vous le regarderez comme un dép^ sacré dont à Dieu vous devrez rendre compte... et tout cela se traduit, en supprimant les métaphores, par la fidélité inaltérable, par la confiance absolue, par la tendresse sans bornes.

Si j'ai pu, à l'aide d'une médaille, définir vos présents devoirs d'époux, je pourrais également m'en servir pour décrire vos futurs devoirs de parents.

Si un délai n'était pas fixé à la livraison d'une médaille commandée à un artiste, celle-ci verrait très tardivement le jour. Pourquoi?... Parce que le graveur consciencieux n'est jamais satisfait de son œuvre, parce qu'il la reprend sans cesse pour la retoucher, pour l'affiner, pour la perfectioûner.

C'est un travail de ce genre qui sera bientôt le vôtre : et voici pourquoi.

A la création d'Adam, Dieu a travaillé seul. A celle des fils d'Adam, il a voulu associer Adam et Eve... A votre tour d'être associés à l'œuvre créatrice ! Bientôt Dieu vous confiera une petite âme d'enfant ; il vous dira, en la remettant à votre garde, les mots de l'Evangile : « De qui est cette image?»... Et vous répondrez: « De vous,

l8o ALLOCUTIONS MATRIMONIALES

mon Dieul » Et pour que ce soit vrai, sur cette petite âme d'enfant, vous mettrez, grâce au baptême, r « inscription » de Dieu. Puis, considérant cette image de Dieu, vous voudrez la rendre de plus en plus digne de lui : vous retoucherez l'image pour en écarter les défauts, vous l'affinerez pour la rendre plus belle encore, vous la perfectionnerez en en accentuant la ressemblance. C'est le travail de 1' « éducatFon », dans lequel vous êtes appelés à être les premiers collaborateurs de Dieu auprès de vos enfants.

« Les premiers », ai-je dit... car il y en a d'autres : et le seul que je veuille nommer ici, c'est l'épreuve. L'éducation de l'âme, sa formation, son amélioration continuelle chez l'enfant, chez l'homme fait, chez le vieillard même,... son perfectionnement, en un mot, ne va pas sans épreuve. On « frappe » les médailles : remarquez ce mot, on les frappe; et si l'or ou l'argent pouvait souffrir... et parler, il demanderait à l'homme :

<( Pourquoi me frappes-tu.^ »

Et l'homme pourrait lui répondre :

« C'est pour t'embellir, et pour t'ennoblir. » Vous avez eu, déjà, à payer votre rançon à l'épreuve...

(En en rappelant les souvenirs, on pourra dire

ce qui offre de l'intérêt et des leçons, dans le passé des fiancés et de leurs familles.)

Tous ici nous demandons à Dieu que, dans la période de votre vie qui s'ouvre aujourd'hui, l'épreuve ait une place aussi réduite que possible... Telle qu'elle sera, pour la supporter vous vous appuierez l'un sur l'autre, et tous les deux sur Dieu. Et vous en profiterez pour l'embellissement de votre âme et de celles qui vous seront confiées, pour raffinement de ces images de Dieu qu'il vous redemandera un jour. Dans l'accomplissement de cette tâche, vous suivrez les exemples reçus de ceux à qui vous devez le jour, l'éducation, la vertu. Vous vous continuerez vousmêmes en continuant ceux qui vous ont précédés, et, tout doucement, vos âmes s'en iront, à travers la vie, vers le ciel... en beauté 1

Ainsi soit-il !

Sur V Evangile du XXIIP dimanche après la Pentecôte.

Page 1