CE QUE C'EST QU' « ÉLEVER
(On pourra prendre l'allocution destinée aux travailleurs intellectuels page aaS, et arrivé à la parenthèse do la page 228, continuer en ces termes) :
D'ailleurs, Monsieur, la profession si honora-] ble que vous exercez vous a admirablement pré-j paré à ce qui sera bientôt votre fonction au seini de la famille. Vous travaillez à élever les enfantsl qui vous sont confiés par d'autres. Quelle! belle et noble mission ! Quel dépôt précieux que celui d'une âme d'enfant ! Quel travail auguste que de le préparer aux devoirs qui lui incomberont un jour, en munissant son intelligence, en développant sa mémoire, en formant sa volonté, en éduquant sa conscience !
Ici, l'instituteur et le prêtre se rencontrent sur le même terrain : leur vrai rôle est de s'y aider l'un l'autre, de se prêter un mutuel concours, —
tout cela pour le bien de l'enfant, que jamais ils ne doivent perdre de vue.
Je sais bien qu'on peut objecter la «. séparation ». Mais, quel que soit le régime légal, il n'exclut pas — et n'a jamais prétendu exclure — ces habitudes de courtoisie, cette bienveillance réciproque, ce souci de ne point gêner les autres, qui sont, à tout prendre, des vertus aussi françaises que chrétiennes.
Que le régime soit d' (( union » ou de « séparation », ces règles n'en ont pas moins droit de cité parmi nous. Deux voisins, qui habitent sous le même toit des appartements divers, sont <( séparés », eux aussi. Cela ne les empêche point de se saluer, de se céder le pas, de se faire part de leurs joies ou de leurs deuils, de s'envoyer mutuellement des félicitations ou des condoléances : séparation courtoise, qui n'a rien de commun avec celle que d'aucuns auraient voulu instituer parmi nous : la séparation à poings fermés... qui n'est pas une invention récente, car c'est la séparation des Horaces et des Curiaces, celle qui faisait dire :
Rome vous a nommé, je ne vous connais plus (i) 1
Mais je m'aperçois que la question d'éducation m'entraîne trop loin. Je voulais seulement cons- (1) p. Corneille, Horace.
tater, Monsieur, que, par vos fonctions, vous maniez des âmes d'enfants, que vous n'y touchez qu'avec respect, avec délicatesse, avec la conscience de vos responsabilités envers elles et envers Dieu. Et cela, joint à ce qi^e je sais des qualités de celle qui va être votre épouse, me fait augurer le plus grand bien de la manière dont seront élevés les enfants que Dieu donnera à votre foyer : vous saurez les « élever », c'est-àdire les faire grandir dans la science du vrai, dans l'admiration du beau, dans la pratique du bien.
(Conclure comme il est indiqué, page 228 : Il est temps de vous laisser la parole, etc.)
XLni
Pour un médecin (i).