LES LEÇONS DE L'ETYMOLOGIE
MOiNSIEUR,
Mademoiselle,
Quand on veut faire bien connaître une chose, on commence par en donner la définition. Et cette définition, pour être complète, doit être double : avant de définir la chose, on définit le mot qui la désigne ; en d'autres termes, on en donne Vétymologie. Il y a, en effet, une raison première à ce que telle chose déterminée s'appelle ainsi et non autrement : quand on a trouvé cette raison, on a, sur la chose elle-même, une première notion, — quelquefois une notion profonde, — et en même temps si claire, qu'ell* dispense presque de toute autre définition.
Youlez-vous que nous fassions une tentative de ce genre? J'ai à vous parler du Mariage, de sa raison d'être, des obligations qu'il entraîne avec lui. Or pourquoi ne demanderions-nous pas
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ces leçons à l'étymologieP... Plusieurs noms s<?nt de mise ici : sacrement, Mariage, union, alliance, fiancés, époux. Interrogeons-les : demandonsleur d'où ils viennent ; leur réponse nous donnera peut-être d'utiles instructions.
Tout d'abord, le Mariage est un sacrement. Sacramentum, c'est-à-dire une <( chose sacrée ». L'Eglise, qui est sainte elle-même, a vu confier à sa garde toutes les choses saintes de ce monde : et parmi elles, il n'y en a pas de plus saintes que le sacrifice et le sacrement : deux choses dans le nom desquelles entre le mot sacrum : ce <iui est (( sacré » et « consacré » à Dieu.
C'est donc une chose sainte par excellence que '■.ous venez faire ici : vous venez y recevoir un des sacrements dont l'Eglise est gardienne. Elle va vous le confie*- : c'est un dépôt qu'elle va remettre entre vos mains. Gardez-le toujours intact, toujours respecté, toujours saint : ce sera pour vous une garantie de bonheur.
Le sacrement que vous allez recevoir s'appelle le Mariage. En latin, il a un double nom, et on l'appelle aussi bien conjugium que matrimonium. Ici, encore, demandons des leçons à l'étymologie: elle vous montrera votre union sous deux aspects différents ; elle vous dira, et vos devoirs d'aujourd'hui, et ceux de votre avenir.
Un usage régnait jadis dans quelques provinces de notre vieille France : sur les épaules des fiancés, au jour de leur union, on imposait un joug !... Peu à peu cet usage s'est modifié, adouci et est devenu vraiment plus français : le jou^ s'est finalement changé en un simple voile, qu'on impose encore, çà et là, aux jeunes époux, tandis que le prêtre, au cours de la messe, leur donne la bénédiction nuptiale.
Dans l'imposition de ce joug il y avait un symbole... et une leçon étymologique. Conjugium, c'est l'union de deux êtres sous le même joug à porter. Le Mariage est donc un fardeau. Ce fardeau est honorable... mais c'est un fardeau tout de même. Ces obligations qui vont vous lier, vous les acceptez de grand cœur... mais elles vont tout de même vous lier. Pour employer un mot prononcé par Jésus-Christ, ce <( joug est doux (i) »... mais c'est tout de m.ême un joug.
Ce n'est pas une chose toute simple, en effet, que la vie à deux : elle amène des douceurs, mais elle impose des devoirs ; — elle nous oblige, à tout instant, à nous rappeler que nos goûts, nos désirs, nos manières de voir, nos dispositions, nos (( états d'âme », notre caractère, auront leur répercussion nécessaire sur l'esprit, sur l'âme, sur le caractère, et finalement sur le bonheur de
(1) s. Matthieu, xi, 30.
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celui avec qui nous sommes destinés à vivre. 11 n'est écrit nulle part que, si des sacrifices sont nécessaires, ils doivent toujours être faits... par l'autre I Ce qui est écrit, dans notre raison comme dans notre foi, c'est que ces sacrifices doivent être mutuels : ils rendront le joug doux et léger : ils changeront ce bois lourd en ce joli voile brodé d'or, qui, dans notre Cérémonial, avait si heureusement remplacé le joug d'autrefois 1
Deux autres mots, français ceux-là, vous rediront ce que je viens de vous dire. Je vais bénir votre (( alliance », votre (c union » : quels mots instructifs !... et quelle leçon nous donne, encore ici, l'étymologie !
Vous allez contracter alliance. Une alliance, c'est un contrat signé par deux personnes, qui s'engagent à mettre en commun leurs efforts en vue d'un même but à atteindre, vers lequel elles marcheront en se prêtant un mutuel appui, en se soutenant l'une l'autre.
En d'autres termes, l'alliance, c'est une dualité qui tend à l'unité. Puisqu'on fait alliance, c'est qu'on est deux... Mais aussi, puisqu'on fait alliance, c'est qu'on voudrait ne faire qu'un. Et de cette unité, on se rapproche le plus possible. Rappelez-vous la guerre... et nos alliés : nous avions l'unité de vues... Et pourtant la guerre
traînait en longueur, la victoire se faisait attendre. Pourquoi? Parce qu'entre alliés l'unité n'était pas encore complète : à sa perfection, il manquait l'unité de commandement. Dès qu'elle fut réalisée, le but se montra distinct, et la victoire cessa de bouder.
Votre alliance, chers Fiancés, doit faire comme toute alliance : elle doit tendre à l'unité et s'en rapprocher autant qu'il est humainement possible. Voilà pourquoi l'on dit que vous contractez une union... C'est-à-dire que, par un contrat solennel et religieux, vous alliez vos deux existences de manière à ne plus vivre que l'un pour l'autre, vos deux cœurs ae manière à n'avoir plus qu'un cœur. L'alliance pour l'union, la dualité cherchant l'unité !...
Ai-Je besoin de vous faire remarquer que cette leçon étymologique n'est que la mise en œuvre de la parole divine au sujet de l'époux et de l'épouse : erunt duo in carne una, « Ils seront deux... en un (i) ! »
Le Mariage, c'est aussi le matrimonium, c'està-dire l'acquisition d'une mère. Et ceci jette un jour éclatant sur l'essence et la raison d'être du Mariage : il a pour but premier les enfants à venir, la génération qu'il s'agit de préparer pour faire suite à la nôtre et continuer, à travers les
(1) Genèse, 11, 24.
temps, la série des familles humaines, dont la terre est le palais, dont les créatures inférieures sont les servantes, et qui elles-mêmes ont pour mission de chanter Dieu ici-bas et de le posséder là-haut. Vous allez être, vous devez être un anneau de cette chaîne immense qui relie les générations futures à nos premiers parents, en passant par notre Seigneur et Maître Jésus-Christ, le Dieu qui, en tant qu'homme, a voulu appartenir à notre race et être l'un des nôtres. Le Mariage, le matrimonîum est le don d'une mère à l'humanité qui veut se perpétuer dans la vie. Aussi, je salue déjà, à travers l'avenir, les enfants qui un jour orneront et compléteront votre foyer et que vous aurez la douce et dure charge d'élever.
« Elever »... Quel mot évo^ateur, encore, que celui-là ! A mesure que l'enfant prend des mois et des années, son corps grandit et a s'élève » au-dessus de la terre. En même temps, il faut que son esprit et son cœur s'élèvent aussi. Son esprit sort peu à peu des images et des impressions purement sensibles pour s'élever jusqu'aux idées générales, jusqu'au jugement qui est l'association de deux idées, jusqu'au raisonnement qui est l'association de .deux jugements.
Mais, tandis que le corps et l'intelligence suivent cette marche ascendante, tandis qu'ils s'élè-
vent et s'éloignent de plus en plus du terre à terre, il faut que le cœur s'élève, lui aussi. Il faut que l'âme prenne et garde la prééminence sur le corps ; il faut que les désirs d'en haut prennent le pas sur ceux d'en bas ; il faut que le cœur se rapproche, par l'acquisition des vertus, du ciel auquel il est destiné. Il faut, en un mot, qu'il s'élève.
Pour cette œuvre, les enfants ont besoin de leurs parents : ils ne s'élèvent pas tout seuls, on les élève : et ce sera votre œuvre.
C'est ici, c'est par la réception digne et chrétienne du sacrement de Mariage, que vous allez, tous deux, vous consacrer aux devoirs d'époux et de parents dont je viens de tracer une rapide esquisse. Deux choses vont se passer : vous allez faire des promesses, et vous allez en recevoir. Et deux mots encore expriment cette double action" : les noms de fiancés et d'époux.
Vous allez être des époux. Sponsi, ceux qui ont promis. Et ce nom vous restera toujours, parce que toujours vos promesses vous obligeront, tous deux à l'égard de Dieu, et chacun de vous à l'égard de l'autre.
Mais ayez confiance. Vous êtes encore des fiancés. Or un fiancé, c'est celui qui a confiance, — fiance comme disaient nos pères, — c'est celui qui se fie. Fiez-vous l'un à l'autre... Et fiez-vous
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tous deux à Dieu, qui s'engage, lui aussi, envers vous, par la force du sacrement, à vous aider à remplir tous vos devoirs. Il tiendra ses promesses. Vous tiendrez les vôtres : je n'en doute pas, car, à ce sujet, le passé m'est un garant de l'avenir (i). Et la famille qui naît aujourd'hui grandira, s'élèvera, dans l'estime des hommes et sous la bénédiction de Dieu.
Ainsi soit-il.
(1) On pourra, ici, introduire les détails personnels dont on désirera faire mention.