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LA CRÉATION DU MARIAGE

Monsieur, Mademoiselle,

En adressant à vos amis les invitations qui les ont groupés à cette heure autour de vous et au pied de cet autel, vous les avez priés d'assister à votre u bénédiction nuptiale ».

Ce mot de bénédiction est un des plus fréquemment employés dans la langue ecclésiastique. Lorsque, au moment de faire d'un diacre un prêtre, l'Evêque l'instruit une dernière fois des devoirs qu'il va assumer, l'un des premiers qu'il lui assigne est celui de bénir : oportet sacerdotem benedicere... Et, 4e fait, la vie du prêtre se passe à bénir : je vais, une fois de plus, prononcer une bénédiction... et ce que je vais bénir, ce sera le contrat par lequel vous allez vous unir l'un à l'autre en légitime Mariage.

J'ai eu la curiosité de compter combien de fois, dans le Livre de Dieu, dans la sainte Ribie, il

était question de bénédictions. Je suis arrivé au chiffre de cinq cent quarante-quatre... Mais ce qui, pour vous, est plus intéressant, c'est ce détailla la première page de la Bible, il est parlé de bénédiction, et c'est d'une bénédiction nuptiale: les époux qui sont unis en Mariage, ce sont nos premiers parents ; celui qui les bénit visiblement, ce n'est pas un ministre de Dieu, c'est Dieu lui-même... Arrêtons-nous un instant, si vous le voulez bien, à cette première page de la sainte Ecriture : pour de jeunes époux comme vous, elle est un attrait, un symbole, et une leçon.

Dieu avait créé le monde, faisant apparaître successivement les êtres inanimés, les plantes, les animaux. A chaque étape, il s'était recueilli, pour ainsi parler, il avait regardé son œuvre, et il avait constaté qu'elle était bonne (i).

Ayant ainsi préparé le palais du roi, il créa enfin le roi ; il fit l'homme à son image, mettant dans son âme un reflet de ses propres perfections; il le plaça dans le paradis, il le constitua souverain du monde terrestre... Mais, se recueillant une fois de plus, il constata qu'il manquait encore quelque chose au bonheur d'Adam :

(( Non, dit-il, il n'est pas bon que l'homme soit seul : faisons-lui une aide qui lui ressemble (2). »

(1) Genèse, 1, 4, 10, 12, etc.

(2) Genèse, 11, 18. •

Et au milieu d'un sommeil mystérieux, il façonne, d'une portion du corps d'Adam, celui de la première femme : à elle aussi il donne une âme créée à sa propre image... Puis il réveille Adam et lui présente celle qui sera sa compagne. C'est alors, dit la Bible, qu' « il les bénit, tout en leur disant : « Croissez et multipliez-vous, de manière à peupler la terre (3). » Et c'est alors aussi qu'Adam, émerveillé du présent que Dieu venait de lui faire, chante en poète le premier de tous les épithalames, et promulgue, en chef de l'humanité, la loi divine qui toujours régira le Mariage :

(( Voilà vraiment l'os de mes os, la chair de ma chair !... Aussi, l'homme quittera son père et sa mère pour s'attacher à son épouse, et ces deux ne feront plus qu'un (i). »

Quel beau Mariage que celui-là î... Et comme il laisse, loin derrière lui, toute la splendeur possible de ceux qui suivront !... Pour temple, le paradis terrestre... Pour officiant, Dieu luimême... Pour fiancés, un homme et une femme qui viennent de sortir des mains du Créateur, beaux, non seulement d'une beauté naturelle qu'aucune tare n'a encore ébréchée, mais d'une grâce surnaturelle qui a fait d'eux les enfants adoptifs de leur Dieu... Pour « garniture de

(3) Genèse, i, 28 (1) Genèse, u, 23-24.

fleurs », cet immense parterre odorant et éblouissant, auquel il ne faut pas moins de quatre fleuves pour y apporter la fraîcheur et y entretenir la vie... Pour musique, le concert de myriades d'oiseaux, la symphonie de vents doux «t puissants dans les branches d'arbres majestueux... Pour tapis, une herbe touffue où les fleurs tracent d'harmonieux dessins... Et pour témoins, tous les anges penchés vers la terre, où la bénédiction divine va semer, par le ministère de ce premier homme et de cette première femme, des générations qui peu à peu s'en iront vers le ciel, combler le vide laissé là-haut par les anges révoltés !...

Quel beau Mariage, n'est-il pas vrai.î^...

« Oui, — me direz-vous peut-être, chers Fiancés, — oui... mais ce n'est pas le nôtre... »

Evidemment !... Mais cependant, le vôtre se rattache indissolublement à celui-là. Il fut le premier d'une série ininterrompue, dans laquelle le vôtre va prendre rang, pour continuer l'œuvre commencée ce jour-là.

Vous allez, tout à l'heure, échanger l'anneau nuptial. Supposez que cet usage ait existé dès l'origine, et que Dieu ait offert à Adam un anneau d'or destiné à être passé au doigt de son épouse. Supposez que cet ifeage, ainsi inauguré par Dieu, se soit perpétué : tous ces anneaux constitueraient, passés l'un dans l'autre, une

longue chaîne d'or, dont l'anneau d'Adam et d'Eve formerait le premier chaînon, et le vôtre, le dernier... du moins pour aujourd'hui. Une seule rupture dans la chaîne, et c'aurait été la fin de l'humanité !...

Vous voyez par là quelle est l'importance de chacun de ces « anneaux » : vous allez en constituer un. Par vous continuera à s'exécuter le mot d'ordre donné par Dieu à nos premiers parents : « Croissez et multipliez-vous » ; par vous continuera à se réaliser cette fin essentielle du Mariage : assurer au genre humain sa perpétuité, jusqu'à ce qu'il plaise à Dieu, — à Dieu seul ! — d'écrire, au bas de la page qu'il choisira dans l'histoire de l'humanité, le mot fin... et de fermer le livre.

Vous voilà donc associés à l'œuvre créatrice d'Adam et d'Eve, qui eux-mêmes furent associés à l'œuvre créatrice de Dieu. Le Seigneur, ayant créé nos premiers parents, créa le même jour le Mariage, pour perpétuer le genre humain : ce fut seulement après cela qu'il cessa de créer (i), ayant constaté que désormais il ne manquait plus rien à son œuvre.

Avant de parler vous-mêmes, écoutez encore, chers Fiancés, la parole de Dieu. Si la propagation de la race humaine est, dans la pensée di-

(1) Genèse, n, 2

vine, l'objet premier du Mariage, il ne veut pas, dans sa paternelle bonté, que cette institution comporte uniquement des devoirs : il veut lui assurer des joie». L'homme ne sera pas seul, il aura une compagne qui sera son aide, et qui, étant semblable à lui, saura le comprendre et l'aimer, tandis qu'il l'aimera lui-même. Ils s'attacheront tellement l'un à l'autre, qu'à deux ils ne feront plus qu'un. L^époux dira à son épouse : « Je suis à toi » ; — « Je suis à toi », répondra celle-ci, et ce sera vrai, vrai enlièreoient, vrai sans métaphore... et vrai aussi sans révocation possible, car se donner sous réserve de pouvoir se reprendi^e, ce n'est pas se donner, mais se prêter. Et se donner à l'un en gardant quelque chose pour un autre, ce n'est pas se donner, mais se partager.

Par là, en conséquence, sont établies, dès l'origine, l'unité et V indissolubilité du Mariage : (( deux en un », il n'y a pas d'échappatoire !...

Vous le voyez, chers Fiancés, ce n'est pas seulement depuis Jésus-Christ que le Mariage est une chose sainte : il l'est dès l'origine, et ce n'est pas sans raison que Dieu lui-même a voulu réaliser et bénir le premier de tous les Mariages, celui sans qui je n'aurais pas, aujourd'hui, h bénir le vôtre.

Je sais, d'ailleurs, que vous l'envisagez ainsi,..

pour votre compte. Vous avez trop bien vu, et de près, au sein de vos deux familles, comment l'on estimait et respectait le Mariage pour que l'on puisse avoir le moindre doute à cet égard...

(On donnera ici les quelques détails personnels, sur les parents des fiancés, que comporte le sujet traité.)

Vous avez été à bonne école... et vous êtes de bons disciples : c'est religieusement que vous allez accomplir l'acte religieux pour lequel vous êtes venus dans la maison de Dieu. Quant à nous, témoins de votre union, et qui savons comme vous que cet acte est saint, ce n'est pas seulement de nos vœux et de nos sympathies que nous vous entourons : c'est de nos prières. Que Dieu les exauce, et vous donne, dans l'état où vous entrez aujourd'hui, tout le bonheur compatible avec la terre... en attendant le ciel I...

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