Allons a Rome
Ce n’est pas un touriste qui cherche à éveiller des émotions par la poésie des ruines et par l’attrait des souvenirs.
C’est un catholique qui s’adresse à des catholiques.
C’est un écrivain fidèle à la cause de la liberté , qui veut montrer à scs concitoyens la tyrannie révplutionnaire prête à s'abattre sur Rome , pour s’étendre ensuite sur l’Europe.
Allons à Rome î parce que la Papauté est la dernière protection de l’inviolabilité des consciences, le dernier
boulevard du faible contre le fort , de l'ordre social contre les assauts des démolisseurs ; parce que l’exil de la Papauté serait le signal de bouleversements inouïs ; parce que la Papauté est la représentation de Dieu même sur la terre.
Malheur à qui laisse enlever l’Arche, quand il peut la défendre !
Nous pouvons tous défendre l’Arche sacrée. Les uns ont du sang à verser, les autres de l’or ; ceux-ci l’obole du pauvre, ceux-là au moins des prières. Je convoque seulement ceux qui ont dé l’or et du sang, et je leur dis : Donnez-le.
Aurais-je trop présumé de la générosité démon pays, etma voix s’éteindrait-elle sans écho ?
La présence des troupes françaises à Rome entretient beaucoup d’illusions. 11 est des personnes qui ne peuvent croire que notre armée s’éloigne quand la Révolution frappe aux portes; d’autres, soupçonnant une catastrophe, aiment cependant à prolonger une commode inertie.
Plus d’illusions, plus d'inertie !
Le Pape et la Cour pontificale ne s’abusent plus. Les vieux Romains s’enveloppaient de leurs toges pour attendre, sur les chaises curules, l’entrée des Gaulois. Plus noblement résigné, parce que sa résignation n'est ni de l’orgueil , ni môme de la philosophie ; d’un calme ' plus majestueux, parce qu’il se sent sous l’œil et sous la protection de son divin Maître , Pie IX attend , au pied du crucifix, l’heure du sacrifice ou le secours providentiel. La population de Rome, quels que soient ses opinions ou ses sentiments, regarde comme certaine l’entrée des Piémon-
tais ; l’événement est redouté ou désiré ardemment; mais sa date précise est seule encore un objet d’incertitude.
La reconnaissance du roi d’Italie par la France a été interprétée par toute la presse révolutionnaire comme la condamnation du Pouvoir temporel de la Papauté et comme un acte équivalant au dépôt des clefs de Rome sur la tombe du comte de Cavour. Le Siècle, l'Opinion nationale, la Presse, etc., ont poussé un cri de triomphe qui retentit encore à nos oreilles ; aucune voix gouvernementale n’a interrompu ce concert sinistre. Les feuilles où le public est accoutumé à chercher la pensée souveraine ou ministérielle, le Constitutionnel, la Patrie, le Pays, ont accueilli avec plus ou moins de discrétion , suivant leur tempérament, ces présages qui nous effraient , et aucun mot d’ordre ne les a averties de dissimuler.
Dans sa dépêche du 15 juin, adressée à notre chargé d’affaires à Turin , M. Thouvenel n’a pas prononcé une seule fois le mot de Pouvoir temporel. Ce silence prend une signification particulière en face des hardiesses de la presse révolutionnaire. M. Thouvenel s’est borné à déclarer que nous continuerions d’occuper Rome, tant que des « garanties suffisantes ne couvriraient pas les intérêts qui < nous y ont amenés. >
Cette expression de garanties suffisantes est d’une élasticité vraiment diplomatique. En fait de garanties, il y a des
gens plus faciles que d’autres. La question se réduit à savoir quelles sont les garanties qui seront jugées suffisantes par le Gouvernement •impérial.
Pense-t-on que le Gouvernement impérial se montre trop exigeant ?
Ce serait la première fois vis-à-vis du Piémont.
Les garanties suffisantes douta besoin le Gouvernement impérial n’inspirent uulle inquiétude au Piémont ; nous en trouvons la preuve dans la réponse que le baron Ricasoli écrivait le 21 juin à M. Thouvenel. Le baron Ricasoli disait : « Nous aimons à espérer que l’Empereur pourra < dans quelque temps rappeler ses troupes, sans que cette « mesure fasse éprouver aux catholiques sincères des ap- « préhensions que nous serions les premiers à regretter. « Les intérêts mêmes de la France, nous en avons la con- « viclion, décideront le Gouvernement français à prendre « cette détermination.
« Tout en laissant à la haute sagesse de l’Empereur d’ap- « précicr le moment où Rome pourra être, sans danger, « laissée à elle-même , nous nous ferons toujours un de- « voir de faciliter cette solution,, et nous espérons que « le Gouvernement français ne nous refusera pas ses bons « offices pour amener la Cour de Rome à accepter un ac- « cord qui serait fertile en conséquences heureuses pour