‹ Allons a RomeChapitre 2 sur 2 · JO · texte numérisé non relu

JO

« l’avenir de la religion aussi bien que pour le sort de 1*1— « talie. >

Pour faire une demande, on choisit naturellement l’occasion la plus propice. Si donc M. Ricasoli a formulé expressément le 21 juin la demande de l’évacuation de Rome, c’est que la dépêche de M. Thouvenel lui a paru être cette occasion.

Aucun acte émané du Gouvernement français n'a donné à entendre au baron Ricasoli que sa sollicitation fût indiscrète ou itaopportune.

Le télégraphe et les journaux ont colporté dans toutes les parties de l’Europe, le discours prononcé le 1" juillet dans le Parlement piémontais par le premier ministre. Rien de plus explicite, de plus catégorique, de plus net que la revendication de Rome faite ce jour-là par le baron Ricasoli. Le souvenir des paroles ministérielles est encore présent à tous les esprits, ce qui me dispense de les reproduire ici.

Personne n’exigeait du baron Ricasoli des déclarations aussi précises*, s’il les a laissé tomber de la tribune, c’est qu’il parlait eu connaissance de cause ; c’est qu’il se tient pour assuré du résultat. Si peu que l’on soit au courant des usages parlementaires, on sait qu’un ministre ne ferme pas de scs propres mains les portes de sortie. S’avancer

comme s’est avancé le baron Ricasoli, c’est confesser qu’on tient toutes les bonnes cartes du jeu.

Déjà M. de Cavour avait fixé une échéance; il ne prévoyait point qu’avant ce terme il irait rendre ses comptes à Dieu. M. de Cavour, dont l’adresse était la qualité dominante a’eût pas fourni témérairement une arme à ses adversaires, s'il n’avait touché de l’œil et presque du doigt le bout de la route.

En dehors des communications mises sous les yeux du public, dans ces rapports mystérieux qui, d’après le comte de Cavour, ont remplacé l’ancienne diplomatie, existe-t-il quelques négociations, quelques arrangements? Lecomte de Cavour et le baron Ricasoli ont-ils reçu une promesse formelle?

Cela importe peu. Le comte de Cavour n’avait pas besoin de promesse. Le baron Ricasoli sait qu’il ira à Rome. Le passé répond >de l’avenir. Le Piémont a appris par une suite d’expériences qu’il n’a qu’à demander pour obtenir du Gouvernement impérial ce qu’il souhaite. Le Piémont s’est convaincu qu’on ne lui refusera jamais rien, parce qu’on ne lui a jamais rien refusé. Depuis plus de deux ans, le Gouvernement impérial a traité le Piémont comme un galant homme bien épris traite sa femme pendant la lune de miel : il a satisfait à tous ses caprices.

Récapitulons les événements ; on se convaincra de l’ir-

résistible ascendant du Piémont sur le Gouvernement impérial, et on mesurera en même temps la longueur de chemin que nous avons parcouru. Mon but n’est point de récriminer, mais de bien dessiner la situation. Le gouvernement lui-mème ne trouvera pas mauvais que je résume des faits dont il a certainement accepté les conséquences.

Au début de la guerre, l’Empereur déclara qu’elle avait pour but de rendre l’Italie libre, « mais non de la faire changer de maître. » Cependant il plut au Piémont de s’imposer pour maître. Et la France ne l’a pas trouvé mauvais.

La France ne voulait que chasser l’Autriche, en respectant les souverains italiens. 11 parut au Piémont plus facile de détrôner ces souverains que d’attaquer Vérone ou Mantoue. La France laissa le Piémont renverser vaillamment les princes italiens et regarder à distance les canons des forteresses autrichiennes.

Le Piémont a sollicité l'intervention de la France, et l’intervention a été accordée. Après avoir bénéficié de l’intervention, le Piémont a réclamé le principe de non-intervention, et le principe de ndn-iutervention est devenu la loi.

La France avait dit qu’elle n’allait pas en Italie « pour ébranler le pouvoir du Saint-Père; * que « les limites territoriales des Duchés ne pouvaient être changées sans le

concours des puissances qui ont participé à leur formation;» que < la neutralité des États de l’Église était reconnue; » que » l’autorité politique » du Pape était sous la sauvegarde de notre armée; qu’elle entendait faire respecter le Chef suprême de l’Église « dans tous ses droits de Souverain temporel. » Or, le Piémont a voulu * ébranler le pouvoir temporel ; » il n’a pas voulu respecter le Chef de l’Église « dans ses droits de souverain temporel ; » il n’a pas voulu reconnaître • l’autorité politique » du Pape. La France a souffert que le Piémont contrecarrât toutes ses déclarations les plus solennelles et envahit les Romagncs. Le Piémont a pris sur lui de changer < les limites territoriales * des Duchés. Non-seulement la Franqe a tout toléré, mais encore elle a empêché les puissances qui avaient c participé à la formation » des Duchés de faire valoir les droits dérivés de leur ancien « concours, * droits reconnus hautement la veille par la France même.

Le duché de Parme tentait le Piémont. Quoique la France fût en relations amicales avec Madame la Duchesse régente de Parme, la France n’a pas empêché la spoliation.

Le Piémont convoitait le duché de Modène; le gouvernement impérial'a vu sans colère ce pays occupé par le Piémont.

La Toscane, qui avait autrefois, comme Home, donné asile à la famille Bonaparte, arrondissait le Piémont ; ce-

pendant le gouvernement impérial n’a pas opposé un veto.

Le traité de Zurich, signé par la France et le Piémont, gênait le Piémont. Le Piémont l’a déchiré, et la France n’a pas étendu la main pour soustraire le traité à cet outrage.

On m’objectera ici que le gouvernement impérial a envoyé M. de Reiset et M. de Poniatowski, chargés de persuader aux peuples de rappeler leurs anciens Princes. On voudra bien souffrir que je glisse là-dessus. 11 me suffira de dire que j’étais à Florence quand le prince Poniatowski y est venu, et à Bologne quand M. de Reiset y passa.

Mais la liste des actes de complaisance du gouvernement français envers le Piémont n’est point encore épuisée. Le Piémont, comprenant qu’il peut tout oser, continue à faire appel à l’intarissable libéralité du cabinet des Tuileries :

Au mois de scplembre 1860, le Piémont juge le moment opportun pour s’annexer les Marches et l’Orabrie, provinces pontificales dont les catholiques croyaient notre armée la vigilante gardienne. 11 faut, pour s’emparer de ces deux provinces, violer les principes les plus élémentaires du droit des gens. Mais à Turin on ne s’embarrasse pas de si peu : à Turin, on ne connaît que le droit

nouveau, et le droit nouveau est si large ! Notre ambassadeur à Rome, M. de Gramraont, écrivait au consul français à Ancône : • Le gouvernement de l’Empereur ne tolé- « rera pas la coupable agression du gouvernement sarde. » Mais qu’est-ce qu’une dépêche d’un représentant de la France, quand le Piémont a une volonté? Un Cialdini, un Fanti, entrent sans déclaration de guerre dans les États- Romains, se ruent héroïquement avec cinquante mille hommes contre une troupe six fois plus faible et à peine organisée, insultent un général dont tous les champs de l’Afrique ont vu les exploits, et passent sur une poignée de Français et de Belges qui meurent en vrais fils des croisés. La France frémit à cette nouvelle. Mais le Piémont sait que tout lui sera pardonné; non-seulement le Gouvernement impérial ne demande point compte du sang français versé sous les murs de Lorette, mais les journaux officieux peuvent répandre à leur aise le sarcasme sur les tombes des victimes. Les survivants de la lutte se verront plus tard contester leur qualité de Français.

Déjà le Piémont avait envoyé en Sicile un audacieux pirate, ayant fait l’apprentissage du métier dans le Nouveau-Monde, cette terre classique de la flibusterie. Parti de Gênes sur des bâtiments piémonlais, muni d’armes piémontaises et d’or piémontais, presque sans mystère, le pirate avait heureusement franchi de Marsala à Palermc les

étapes préparées par la trahison. Tant que la réussite fut incertaine, le ministère de Turin désavoua Garibaldi, et M. Thouvenel s’empressa de se déclarer satisfait des justifications illusoires du comte de Cavour. Après le succès de l’expédition , le masque des ministres sardes tombait et l’on prenait possession de la Sicile. Les catholiques s’indignaient ; le Gouvernement impérial ne jetait pas même un grain de sable sur le chemin du Piémont.

A Naples, l’ambassade sarde , qui du fond de son palais tenait tous les fils des complots, envoyait les bersagliers au secours de Garibaldi, battu sons les remparts de Gapoue. C’était un procédé inouï. Néanmoins la France n’exprimait pas alors un seul blâme, et son représentant, en s’abstenant de suivre François II à Gaëte, reconnaissait implicitement la légitimité des nouveaux possesseurs de Naples. La presse officieuse encensait Garibaldi, ce grand général qui se vante d’avoir les mains teintes de sang français, cet honnête père de famille dont le Moniteur devait plus tard raconter les joies domestiques.

Enfin le Piémont avait résolu de s’annexer tout entier le royaume des Deux-Siciles, acheté par lui , par lui envahi sans déclaration de guerre, quand un ambassadeur de François II résidait encore auprès de Victor-Emmanuel. La conduite du Piémont était révoltante ; l’histoire n’offre aucun précédent qui puisse servir de terme de eomparai-

son. N’importe : toute latitude était laissée au Piémont, heureux bénéficiaire du principe de non-intervention inventé pour son usage exclusif.

Devant Gaëlc, le Piémont demande que la flotte française s’éloigne, 'afin de pouvoir achever l’œuvre de destruction , le bombardement des hôpitaux et de la casemate royale. La réclamation est accueillie à Paris, et notre (lotte quitte les eaux de Gaëte.

Aujourd’hui le Piémont fusille des milliers de paysans, de prêtres, de femmes dans l’Italie méridionale ; il brûle des villes de plus de quinze mille âmes, sans compter les bourgs et les fermes ; il ruine les populations, U les pille, il les dévalise ; il a inauguré dans sa conquête le règne des bourreaux; en une année, il a commis plus d’excès à Naples que ce malheureux pays n’en souffrit au passage des Normands et des Sarrazius. El pendant ce temps-là, le Gouvernement impérial , qui naguère relirait de Naples sou ambassadeur pour des motifs dont nous ne nous sommes jamais bien rendu compte , sur de vagues accusations , pour quelques conspirateurs inquiétés par la police, à cause de la lenteur à exécuter je ne sais quelles réformes, le Gouvernement impérial regarde avec sérénité, avec placidité, des exploits qui nous ramènent de dix siècles en arrière (1).

(i) Aujourd’hui mémo la Gaictle de France publie uue dépêche de

On fait mieux : on reconnaît le royaume d’Italie. Les peuples , spontanément soulevés, combattent pour l'indépendance nationale ; Pie IX règne toujours à Rome, et on

reconnaît Victor-Emmanuel comme roi d’Italie. On reconnaît un royaume qui n’est point fait encote ; c’est-à-dire qu’on le constitue, qu’on le crée, qu’on fait tout ce qu’il est possible pour lui infuser la vie.

Maintenant doutera-t-on encore du crédit du Piémont auprès du Gouvernement français? M’indiquera - 1 - on une seule circonstance où la France ait résisté, un seul refus opposé par la France aux sollicitations du Piémont ?

Je sais bieu qu’on a décliné toute complicité dans la politique piémonlaise ; on nous a répété à satiété que le Piémont avait agi contre tous les conseils du Gouvernement

l'Empereur au général Fleury, datée de Vichy, du 21 juillet. L'Empereur, ayant lu sur la Gazttle de France un de ces mille incidents atroces de la guerre d'extermination faite à Naples par les Piémonlais, comprit le tort qui allait rejaillir sur le Piémont, et il envoya a Turin une dépêche où nous lisons ceci : « I.cs détails qui arrivent sont de nature

« à aliéner contre la cause italienne (ou« les cœurs honnêtes. Non-seule- « ment la misère et l'anarchie sont h leur comble, mais les plus cou- « pables indignités sont à l'ordre du jour. On général dont j’ai oublié le « nom, ayant défendu que les paysans emportassent avec eux des provi- « sions quand ils vont aux travaux des champs, a décidé qu'oa fusillerait « ceux sur lesquels on trouverait un morceau de pain. Les Bourbons

impérial, mais qu’il était impossible d’arrêter le l'iémon t sans violer la non-intervention.

Ainsi, la France qui a renversé Sébastopol, la France qui a vaincu à Solferino, ne pouvait pas, ne peut pas arrêter le Piémont !

Et cependant Manin prétendait que la France n’avait qu’à froncer le sourcil, à remuer le petit doigt pour se faire obéir !

11 y a dix ans qu’on célèbre l’ascendant rendu en Europe à la France par l’Empire, dix ans qu’on nous vante nos succès diplomatiques et militaires, dix ans qu.’on affirme, sans contradicteurs, la prédominance de la volonté de la France, et la France ne pouvait ni ne peut arrêter le Piémont, qui vit, non certes par la grâce de Dieu, mais par la grâce du Gouvernement impérial !

Le Saint-Père daignant, au mois de mars dernier, nous entretenir sur ce sujet, nous lui dîmes : « il suffisait de c planter sur la route du Piémont un poteau surmonté de « la cocarde française, avec ces mots : On ne passe pas ! * Et le Piémont n’eût poiut passé. »

Sa Sainteté sourit.

Qu’on prenne le dernier paysan, le troupier le moins initié à la politique , et il répondra dans le même sens, sinon dans les mêmes termes.

Si cette impuissance de la France était réelle, ce serait

une raison de plus pour ne point douter du prochain accomplissement du vœu piémonlais à l'égard de Rome. Si le Piémont est irrésistible, s’il n’a qu’à vouloir pour obtenir, comme il veut très-énergiquement aller à Rome, il ne reste plus aucun doulc sur son entrée dans la ville éternelle.

Des journaux étrangers racontaient dernièrement que le général de Goyon avait signalé à son gouvernement une concentration mystérieuse de troupes piémontaises vers la frontière du domaine de saint Pierre, dans les environs de Corrèse. Le général aurait fourni les détails les plus précis et indiqué jusqu’aux numéros des régiments piémonlais, en évaluant à près de trente mille hommes le chiffre des troupes déjà agglomérées.

Ce que je crois pouvoir affirmer, c’est que la concentration de troupes piémontaises, signalée ou non signalée par M. de Goyon, est un fait réel, positif. Le télégraphe vient même de nous apprendre que ces troupes grossissent et fout des mouvements menaçants.

Encore une fois, que les catholiques abandonnent toutes leurs illusions.

Je demande maintenant aux catholiques :

Voulez-vous permettre la chute du pouvoir temporel de la Papauté, un second exil de Pie IX?

Ou bien voulez-vous sauver cette Rome qui nous appartient comme fils de l’Église, cette Rome que la religion nous donna pour seconde patrie, et d’où nous viennent les paroles de vérité ; celte Rome sanctifiée par les martyrs, nos ancêtres, celte Rome d’où la liberté a rayonné sur le inonde, et que les tyrans de tous les pays ont détestée ; cette Rome, berceau de la civilisation moderne?

Vous pouvez la sauver. Mais si nous attendons, il sera trop tard. 11 nous est plus facile de prévenir le dernier des attentats que d’en réparer les suites.

Ceux qui connaissent Rome et la situation de l’Italie ne doutent point que l’heure des massacres ne sonne, quand la Révolution, exaucée dans ses vœux, aura planté la croix jadis immaculée de Savoie à la place du drapeau pontifical

renversé. Nous pouvons, en nous hâtant, préserver du poignard et de la fusillade tant d'honnôtes gens!

En I 8 / 18 , la Papauté exilée pouvait espérer du secours. La France était là. Et si la France eût été infidèle à sa mission dix fois séculaire, l’Autriche eût ramené Pie IX au Vatican, en le faisant passer par la brèche. L’Espagne et le royaume de Naples avaient mis leurs armées en campagne. 11 n’en serait plus ainsi en 18(31. Le Pape hors de Rome tournerait en vain ses regards vers les puissances catholiques. Le royaume des Dcux-Siciles se débat contre l’étranger. L’Espagne et l'Autriche se verraient arrêtées par la France armée du principe de non-intervention. Il faut donc prévenir et non réparer, défendre et non reconquérir. 11 y a urgence d’action. Agir, et non plus parler! 11 y a eu assez de discours, de brochures, d’articles de journaux. Soyons dorénavant plus pratiques. La Révolution montre une activité infatigable ; sur ce point-là, son exemple est excellent à suivre.

Mais comment agir?

Je ne m’étonne point de l’objection. Grâce à la centralisation à laquelle on nous a façonnés, nous ne savons plus prendre aucune initiative ; nous abandonnons tout soin au gouvernement ; nous levons les yeux vers lui, au lieu de mettre nous-mêmes la main à nos affaires*

Voici, à mon avis, comment nous pouvons et devons procéder :

Ne dépensons point notre activité à pétitionner. Le Sénat n’est point réuni ; dès lors, ott iraient dormir nos pétitions? Le danger est plus pressant, et nous n’avons pas le temps d’attendre une nouvelle session du Sénat.

II y a bien mieux à Taire :

Envoyons des volontaires à Rome, et recueillons de l’argent pour le denier de saint Pierre.

Pour atteindre ce double but, formons des comités.

Nous sommes toujours sous le couvert de la loi. La loi tolère les comités, pourvu qu’ils ne dépassent point le nombre de vingt personnes. Cette latitude est suffisante* profitons-en, sans créer une agitation séditieuse. Que ceux des catholiques qui se sentent le plus de zèle au cœur, qui ont le plus de loisirs, forment les noyaux de ces comités. Combien de salons, où l’on bâille quand on n’y médit pas, deviendraient ainsi des rendez-vous utiles et attrayants!

Pour le denier de saint Pierre, les catholiques craignent sans doute d’être entravés par l’autorité ; ils n’ont point oublié les difficultés qu’ils rencontrèrent, lors des premières tentatives. Mais qu’ils osent encore. Depuis un mois, nous voyons s’étaler dans les journaux révolutionnaires des souscriptions pour un monument à ériger au comte de

Cavour. L’administration n’a suscité aucune difficulté ; la souscription jouit de toute la publicité désirable. Quand le gouvernement permet qu’on souscrive pour honorer la mémoire d’un ministre excommunié, pour un des premiers auteurs des spoliations souffertes par le Saint-Siège, pour un homme qu'on dit dans les lieux officiels et officieux n’avoir jamais écouté les conseils de la France, pourrait-il dénier la même liberté à trente millions de Français catholiques? Y aurait-il deux poids et deux mesures? Les faveurs seraient-elles toutes pour les révolutionnaires, toutes les rigueurs pour les catholiques? Cela est inadmissible. En tout cas, il faut que nous le sachions. Si l’autorité interdisait de nouveau les souscriptions publiques pour le denier de saint Pierre, nous aurions au moins le bénéfice de ce refus de tolérance, auquel je ne puis croire ; l’opinion publique se tourne toujours du côté des persécutés. Et puis, il nous resterait la ressource d’agir dans une sphère où ne pénètre pas la loi. Loin de moi la pensée que nous dussions éluder la loi, mais je dis qu’il y a mille moyens de se mouvoir en dehors du contrôle administratif.

La loi poursuit les recruteurs. Mais ce n’est point un recrutement que je demande aux comités catholiques d’organiser. Les comités ont le droit de faire connaître autour d’eux les dangers du Saint-Père. Chaque catholique a le

droit d’aller prendre le mousquet à Rouie. Chaque catholique a le droit d’engager ses amis à suivre son exemple. Chaque catholique a le droit de donner ou de prêter de l’argent au volontaire pauvre qui n’a que son dévouement à offrir, pour lui faciliter le voyage. N'outrc-passons pas nos droits, mais usons-en jusqu’aux dernières limites.

Des soldats et de l’argent ! Nous pouvons obtenir l’un et l’autre, envoyer l’un et l’autre à Rome.

La révolution arme jusqu’aux dents. Voulons-nous attendre une autre surprise, un autre massacre? Aquoi nous serviront, le lendemain de la défaite, les larmes et les oraisons funèbres?

Femmes du monde, qui vous dites catholiques, donnez un peu de cet or que vous répandez avec tant de prodigalité en parures et en fêtes. Un bal de moins, en serezvous moins heureuses? quelques diamants, quelques dentelles de moius, en serez-vous moins belles? Le souvenir d’un sacrifice, si léger soit-il, embaume l’existence. Exercez pour le succès d’une œuvre sainte cet irrésistible empire qui appartient à votre sexe. Vos blanches mains ont su préparer des monceaux de charpie pour les blessés de Crimée ; quand elles tendront la sébillc pour le vicaire de Jésus-Christ et pour scs défenseurs, qui sont vos Gis, vos frères, vos Gancés, nul ne refusera de déposer son offrande. Des Italiennes ont recueilli des souscriptions

pour le chef des pirates. Les dames françaises se laisseraient-elles vaincre en zèle et en générosité? Sera-t-il dit que Garibaldi ait fait délier plus de bourses que Pie IX? Confondez les souscripteurs au monument du comte de Cavour; qu’ils n'osent plus avouer leurs maigres recettes, en présence des résultats que vous aurez atteints. Vous surtout qui avez déjà prêté à la cause pontificale un des êtres qui vous sont chers, songez que sa vie est peut-être dans vos inaius. Que deviendra, au jour de l’orage q,ui s’avance, celte poignée de zouaves, si de nouveaux soldats ne volent à Rome, et si vous n’envovez au Saint-Père assez d’or pour armer et entretenir ses troupes?

Je m’adresse maintenant à la jeunesse française, chez qui le sang bouillonne toujours pour les nobles causes, et je lui dis : allez à Rome !

— Il n’y a rien à faire, objectent des hommes gagnés par le découragement; c’est aller à la boucherie.

— Et quand la cause serait humainement désespérée, quand les volontaires seraient persuadés qu’ils marchent à un second Castelfidanlo, est-ce que leur sort ne serait pas encore à envier ? Quel est le Franco-Belge qui ne soit fier d’avoir compté parmi les vaincus et qui ne méprise la gjoire des vainqueurs ? Quel sort plus beau que celui de Pimodan et de ses compagnons tombant sous les murs de Lorette? Ne vaut-il pas mieux sauter avec les bastions

d’Ancône et de Gaëte que d’obtenir la couronne d’or de Cialdini ? Qui de nous ne préférerait aux caveaux de Superga et de Leri le sable du rivage de l’Adriatique ou le gazon des champs bénis qu’ombrage la maison de Nazareth ?

Mais la cause n'est point perdue ; elle ne serait perdue que par nous. Nos amis ne succomberont que par notre abandon ; ils nous invitent à aller mourir avec eux, ou à venger la défaite de l’année dernière.

Débris de Casteliidardo, rassemblez-vous! Vous avez assez goûté les douceurs de la famille ; c’est le moment de retourner sous la tente. Qu’il ne soit point dit que vous en avez eu assez d’une fois, que vous vous repentez d’avoir cédé à l’entraînement ! Que ceux d’entre vous qui ne sont pas enchaînés par la capitulation fassent leurs adieux à leurs proches et repartent de suite pour Rome. Que ceux qui sont encore retenus par une parole d’honneur s’apprêtent aussi à la rescousse, et qu’ils ne soient point seuls au jour du voyage !

Fils des Croisés, les fils de Voltaire vous regardent en ricanant ! Ils vous comptent du doigt , et demandent : combien sont-ils? Ils prétendent que vous êtes les heureux héritiers d’ancêtres qui dispensèrent leur postérité de courage, de talent et de vertu. Us affirment que vous êtes uniquement capables de dresser des chevaux, d'accoupler deâ

— si-

ciliens, d’empailler des perroquets et d'entretenir des courtisanes ! Fils des Croisés, donnez un démenti aux fils de Voltaire, fût-ce au prix de tout votre sang. Allez à Rome montrer que vous n’ètes point dégénérés ; allez à Rome rafraîchir vos parchemins et rajeunir les noms de vos aïeux.

Et vous, jeunes gens que Dieu fit naître dans l’obscu- ¥

rité, prouvez que le plébéien n’est pas moins accessible que le gentilhomme aux idées de dévouement, et qu’il sait tomber aussi fièrement sur le champ de bataille. D’ailleurs, vous êtes l’un et l’autre catholiques ; vous avez la même foi, le même symbole'; le sang patricien et le sang du peuple, mêlés dans le martyre, exhalent au ciel un seul parfum et fécondent également le sol sur lequel ils furent versés. Cathclineau et Stofllct vont à l’immortalité avec La Rochejaquelein et Charette ; les paysans de la Vendée serout toujours appelés un peuple de géants, et les paysans napolitains, soulevés pour l’indépendance de la patrie, sans chefs, sans direction, presque sans armes, pourchassent aujourd'hui ces Piémontais qui ont cependant fait capituler des forteresses.

Si le catholicisme rassemble à Rome un nombre suffisant de ses enfants, la victoire sera à nous. La Révolution rugira en vain au pied de ce Capitole tant convoité, et la basilique de Saint-Pierre ne sera point profanée. La bannière

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