‹ Alphonse de LamartineChapitre 5 sur 33 · Aux derniers jours de mai · texte numérisé non relu

Aux derniers jours de mai

quand il trouva la lettre et les cheveux coupés.

En habit de gala, il pleura jusqu’à l'aube, le visage enfoui dans la lourde toison.

Elle avait le parfum végétal de ces mousses que dore le soleil d'automne dans les bois, celui des orangers et des soirs de Sorrente et des minuits de lune à la Margellina. | Sans doute, après vingt ans, la belle chevelure de sa divine morte a toujours conservé son enivrante odeur dans ce coffret scellé qu’il déposa, pieux, dans la vieille chapelle où sa mère et ses sœurs allaient souvent prier!

__ Hélas! le cœur de l’homme est un goufire,

la vie triomphe de la mort, le calice est « mêlé de nectar et de fiel, » et il faut le vider. L’âtre peut être empli d’une funèbre cendre, le feu des passions y palpite tou-

jours. Le voici à Paris quand avril! fait éclore les lilas de Milly lourds de grappes frisées. L'île de Procida où dort sa belle morte, au chant des mariniers et des napolitaines, est si loin! Quelquefois, il relève le front, comme pour respirer le vent d’une autre rive, écouter un appel qui passe dans le bruit que font autour de lui des joueurs et des femmes.

Avec ses grands cafés, ses tripots éclairés au milieu de la nuit, et ses arceaux de cloître

où l’on voit, peu vêtues, de hardies prome- :

neuses dont quelques-unes ont soupé avec Danton, le vieux Palais-Royal est comme une île en fête. |

Chevaliers à la mode, officiers de l’Empire, élégantes montrant leur gorge et leurs épaules dans des atours romains qui datent de David, tourbillonnent, sourient… vont, viennent, boivent, chantent; les flons-flons d’un orchestre enlèvent les danseurs...: des

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