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Il ignore l’art difficile et ne voudrait pas d’une Muse qu’il faut attendre trop
longtemps.
Si ceux qui font métier de peser chaque mot et croient garder les saintes tables de
la Loi, la règle, les poinçons, la toise et la
balance, et les vieux rituels aux pompes
liturgiques, venaient lui demander le secret de ses vers, on peut supposer qu’il leur
. répondrait :
« Je n’ai voulu que l’eau du vase et le parfum de l’oranger, le frisson de l’aile qui
- rase la neige en fleurs de mon verger, les
frémissements du mystère, les vapeurs,
. songes de la terre, dans le jour à peine
éveillé, et j'ai préféré à l'Étoile trop bril-
lante qui se dévoile, son reflet de brume
mouillé...
« Lorsque le violon sanglote, nul ne pense au ménétrier, et lorsqu'au loin la
voile flotte, aperçoit-on le nautonier?.….
« L’écume blanchit le sillage... La manœuvre de l'équipage importe peu! L’alléluia sort, ailé, des orgues pesantes, comme, au milieu des nuits ardentes, le parfum du magnolia |... |
« Nul oiseau, dans le vol, ne compte ses | battements de cœur. Dis-moi? Peut-on compter lorsque l’on monte dans un vaste et farouche émoi, quand, sur des ailes, on se laisse bercer avec tant d’allégresse que le vieux monde n’est plus rien, et qu’on suit la divine piste, la pâle route d'améthyste, : au bord du gouffre aérien?.….
« La raison est comme une palme dans le bleu modéré de l'air. Tout est léger, tout a le calme, la pureté d’un rêve clair. Mais le vent souffle, et le poëte s’en va à travers la tempête qui fait déborder le torrent. de l'orage on doit être digne; c’est quand il pleut que le grand cygne aime à remonter le courant. |
« Si les Muses ont des ministres, ce ne sont |
RÊVERIE DE M..DE LAMARTINE. al
pas, en vérité, ces scribes qui tiennent
registres et décrètent : l’Éternité dépend du son d’une voyelle. admirez!.. Cette strophe
est belle. Voici la trace des burins; les mots
pesés à nos balances sont toujours certains des cadences qu’exigent les alexandrins!… « Aucun n’entonne le Cantique. Ils ont
peur des mots étoilés. Leur pain est, comme
leur musique, de blés et d’arpèges volés.
Ils pillent Virgile et Shakespeare. Dans
une rime on entend rire ceux qu’ils vou-
lurent dépouiller…. Une guirlande se délie..
ce sont les roses d’Ophélie qu'ils ne savent pas effeuiller…..
« Aux peintres qui font leurs palettes nul
ne marchande la couleur. Il faut aussi que
les poètes, selon leur gré, fassent la leur.
Chaque musicien est libre de n'être qu’un
grand cœur qui vibre, et les beaux vers pleins d’horizons se moquent des lois et des grilles, et sont de vives jeunes filles qui
- foulent les divins gazons!.… »
Autant demander le secret, aux roses, de leur incarnat et de leur parfum! Il est toujours béni sans lutter avec l’Ange.
Quand la gloire est venue, il ne l’attendait pas. Il n'avait même pas signé son premier livre!, et tout de suite, il veut s'enfuir en Italie.
Est-il un commerçant économe et rangé, derrière son bureau, au fond d’une boutique?
La Poésie est-ce autre chose qu’un couplet qu’on murmure en marchant sur la route et qui donne son allégresse au cœur et sa cadence au pas?
On peut prendre sa place, il n’y tient pas beaucoup!
1. Les Méditations parurent le 13 mars 1820, sans nom d’auteur, précédées d’un rapide avertissement de M. de Genoude, chez un libraire du nom de Nicolle dont Le livre fit la fortune. Dean un volume de cent seize pages, contenant vingt-quatre pièces. |
2. Lamartine avait été nommé Secrétaire à l'ambassade de Naples, le 23 mars 1820, mais {] ne rejoignit son poste qu’au mois de juin.
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Il n'est pas fait pour écouter le vieux
Boileau, ni pour remettre un vers « vingt fois sur le métier. »
Le printemps de Paris est bourru de
grésil, d’averses, de vent froid, de brusques :
giboulées, et l’on est certes mieux dans un palais de Naples, à un gala de l’ambassade, en frac brodé, et dînant aux bougies près d’une blonde altesse aux bras plus lumineux qu’un albâtre royal et aux lourds cheveux ceints d’un bandeau de camées, en voyant à travers les vitres de la salle, tous les fanaux mirés dans l’eau calme du golfe.
Cela vaut bien, sans doute, une chambre
au Marais ou dans quelque maison de la
Chaussée-d’Antin, un cabinet obscur où, la pluie aux carreaux, on passe la journée à
polir le mot rare et à limer des rimes.
Il ne rejoint pourtant son poste qu’en été.
Je voudrais (chantait-il) vider jusqu’à ia lie, Ce calice mêlé de nectar et de fiel!
Au fond de cette coupe où je buvais la vie, Peut-être restait-il une goutte de miel?
Peut-être l'avenir me gardait-il encore
Un retour de bonheur dont l'espoir est perdu. Peut-être, dans la foule, une âme que j'ignore Aurait compris mon âme et m'aurait répondu!
Après les orages sonores et les amours.
ensevelies, une goutte de miel restait dans
le calice et l’âme ignorée venait de répondret.
jeune Anglaise dont il avait fait connaissance à Chambéry. Le mariage eut lieu le 6 juin 1820 et la mère du poète, dans quelques feuillets égarés de son Journal, qui ont été retrouvés par M. Louis Barthou, a laissé un portrait de la fiancée : « Hier a été une journée bien mémorable pour moi. L’on a passé le contrat de mariage de mon fils avec Mile Birch : Enfin, Dieu
nous a fait la grâce de réussir ce mariage contre Jequel il y .
avait tant et de si grands obstacles. Que ne fait-il pas sans cesse pour moi et mes enfants! Je ne doute pas que cette sixiéme fille que je viens d'acquérir ne soit tout à fait suivant son cœur. Elle a abjuré la religion protestante, à l'insu de sa mère, qui sait bien qu’elle est absolument catholique dans l’Ame, mais qui, tant qu’elle est sous sa domination, se fait un devoir de conscience d'empêcher qu’elle ne quitte publiquement la croyance où elle a été élevée. Cette pauvre femme a eu beau-
coup de peine à consentir au mariage, et je le conçois facile- …
ment... Je n’ai pas encore parlé, dans mon Journal. de mon
Voyage à Chambéry et de ma future belle-fille… Elle a vingt-