LETTRE VINGT-TROISIÈME
ALPHONSE DE .MIRECOUKT A FORLIS.
Surville, ce 2 décembre 1827.
Je ne m'attendois pas, Forlis, à une conversion dans le genre de celle que tu m'annonces; s'il étoit permis de rire dans une occasion aussi sérieuse, j'aurois ri de bon cœur en lisant ta singulière résolution , et le tour si naturel dont s'est ser'. i ton curé pour l'en faire sentir tout le ridicule et toute la fausseté. Quoi! tu es convaincu des vérités de ta Religion , et tu refuses de les pratiquer ! Tu connois tout ce qu'un Dieu a fait
pour îol, et tu lui en marques la recoiinoissance en continuant à l'outrager! tu crains ses menaces et tu lesLravesî tu désires ses récompenses, et tu négliges de les mériter! Quelle affreuse inconséquence, mon ami, et que ses suites peuvent être terribles! Ne dis pas que^ce n'est que pour un temps, et que tu réformeras ensuite ta conduite; ce que tu n'as pas le courage défaire aujourd'hui où ton Dieu daigne te visiter, comment as-tu la folie , pardonne-moi ce terme , de croire que tu sauras l'exécuter plus tard, [lorsque tu Tauras éloigné de toi, en te replongeant de 'nouveau dans tes égaremens? Car tu n'imaginos pas sans doute qu'il soit à les ordres, qu'il doive attendre tes convenances et se plier à tes volontés. Déjà coupable envers lui et digne de ses vengeances éternelles, il sollicite lui-même ton repentir et t'offre le pardon de tes fautes j celte bonté toute §rat:.ite de sa'part, tu la dédaignes, tu la refuses, tu la méprises. Crains qu'il ne s'éloigne pour toujours; car alors... Oh, mon ami I je n'ose y penser. Alors plus de retour possible, plus d'espoir, plus de ressource; Tenfer et ses éternels lourmens deviennent ton inévitable partage. • ; Le ton doQt je t'écris doit te faire comprendre que j'ai enfin vaincu toutes mes hésitations; oui, mon ami, plus heureux que toi, j'ai su exécuter une résolution dont jereconnoissois la sagesse et la nécessité. C'en est fait, j'ai abjuré et confessé mes erreurs; j'ai promis à mon Dieu de vivre désormais pour lui , et j'espère de sa grâce la force nécessaire pour reraphr les engagemens que j'ai
contractés. Déjà tous ces combats qui m'étoient si pénibles ont cessé, j'éprouve une paix et un contentement intérieur dont j'étois loin de soupçonner toute la douceur. J'envisage maintenant sans effroi ces privations qui me paroissoient si coûteuses : une conscience sans reprocbes, une âme sans crainte, un avenir sans nuages, voilà les riches compensations que j'ai^ reçues en retour. Pourrois-je ne pas m'appiaudir d'un échange qui, en me rendant plus heureux ici bas, m'assure encore une éternité de bonheur? Au nom du ciel que tu perds peut-être , réfléchis encore , mon ami, aux dangers de la funeste résolution que tu as prise , et pour quelques jours de plaisirs incertains, ne compromets pas aussi grandement le sort de ton âme immortelle. Songe qu'il n'y a pas de milieu pour elle entre le paradis ou l'enter, et qu'un seul instant peut fixer sa place dans l'un ou dans l'autre.