‹ Alphonse de MirecourtChapitre 17 sur 21 · LETTRE VINGT-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LETTRE VINGT-DEUXIÈME

Marville , ce %g novembre 1827.

Mon ami , ton oncle ne vaut pas mon curé , ou je vaux mieux que toi, c'est l'un des de ix ; lu en es encore au désir de te convertir, et moi mon parti est pris maintenant; je n'ai demandé grâce à mon curé que pour cet hiver encore; et je lui ai promis de revenir au printemps me mettre sous sa direction , et suivre en tout ses conseils. Il n'a pas été, à la vérité, trop content de ma résolution; il a voulu m'effrayer de la possibilité d'un changement dans mes idées, une fois que je me retrouverois livré à ces anciens plaisirs auxquels j'avois tant de peine à renon-

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cer, maintonaut même que j'en étois séparé ; mais je me connois , j'ai du caractère , et je saurai exécuter un projet que je trouve louable et même nécessaire. Il a tenté aussi de me faire peur de Tiuc ji titnde de notre existence: « Qui vous assure, m'at-il dit, que vous vivrez encore au printemps ? N'avez-vous pas vu maints exemples de morts imprévues et subites? Si vous étiez réservé à un tel malheur, que deviendriez-vous ? Que deviendroit votre âme? Songez-y, Monsieur j c'est une éternité que vous jouez ainsi au hasard ». Ces réflexions ont bien quelque chose d'effrayant, i en conviens; mais je n'ai que vingt-cinq ans ; je me porte bien ; je n'ai aucune fâcheuse affaire à craindre; il y auroit bien du malheur, si je ne passois pas encore, au moins cet hyver; et comme je l'ai dit, ma conversion est assurée pour le printemps.

Il a encore essayé de faire valoir une autre considération, mais qui ne lui a pas mieux réussi: « Quoi, ^Monsieur! m'a-t-il dit; vous rejetez la grâce que Dieu vous fait aujourd'hui de vous prévenir, de parler à votre cœur, de solliciter lui-même votre retour vers lui; vous ajournez Tusage que vous voulez en faire : mais qui vous assure qu'il ne s'irritera pas de vos délais, qui n'ont d'autre motif que celui de l'offenser plus long-temps? Vous croyez donc qu'on se convertit comme on fait un contrat, comme on lie une partie de plaisir, comme on arrange une affaire quelconque ? Détrompez-vous , Monsieur ; il ne suffit pas pour être véritablement converti,

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de reconnoître qi/il y a un Dieu , et de lui adresser quelques discours à des heures réglées; il faut des dispositions intérieures que lui seul peut nous donner , et qu'il ne donne qu'à ceux qui savent les mériter; jugez si celles que vous manifestez en ce moment, mériteront plus tard une grâce aussi précieuse ». Je ne savois trop que répondre à cette observation dont je ne pouvois me dissimuler la justesse ; mais j'avois mon projet arrêté, et je ne voulus rien y changer. Comme il vit que je pcrsistois dans ma résolution , il finit par me dire : « Eh bien , Monsieur , partez, mais au nom de votre plus cher intérêt, promettez-moi de faire tous les jours au matin cette courte prière : « Mon Dieu , je reconnois que vous êtes souverainement bon et que vous méritez tout mon amour ; mais je vous prie de trouver bon que je ne cesse de vous offenser que quand il me plaira, et que je ne couimence à vous aimer que quand il me conviendra. »

Cette raillerie de mon curé me fit monter le rouge au visage, et je ne sais ce qu'il en seroit arrivé, s'il eût pu continuer encore quelque temps à me presser de la sorte. Peut-être eût-il fini par triompher de ma résolution ; mais on vint 'nous interrompre , et lorsque je me retrouvai seul ensuite, la pensée des plaisirs que j'espère goûter pour une dernière fois, pendant cet hiver, m'occupa bientôt tout entier.

Songe au parti que je viens de prendre, mon ami •- peut-être' trouveras-tu qu'il est le seul qui te convienne aussi. Pour moi , je le crois meilleur

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que toutes tes indécisions qui n'aboutiront peutêtre à rien, ou qui n'auront peut-être d'autre résultat que de te faire faire un coup de tête dont tu te repentiras peu de temps après. Il est vrai que tu es d'un caractère si ardent que tu pourrois bien, une fois rendu dans le monde, ne plus vouloir le quitter plus tard. Aussi je ne me permettrai pas de te donner un conseil dans un^ circonstance aussi délicate; mais pour moi qui suis sur de tenir ce que je promets, je ne risque rien, et je reviendrai bien certainement au mois de mai exécuter une résolution que je n'ajourne que pour être plus certain de la maintenir sans regret.

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