‹ Alphonse KarrChapitre 5 sur 5 · HP · texte numérisé non relu

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ALPHONSE KARR. Td

ainientle scepticisme naïf et la philosophie

païenne, son livre a, sans contredit, une

saveur incomparable.

On est choqué néanmoins par certains «ccès de gaieté grossière et intempestive, qui contrastent fort mal avec la façon généralement délicate de s'exprimer et de sentir qui distingue le talent si souple de H. Karr. Il y a ça et là d'impardonnables Qégligences, des tours d'une familiarité de nauvais goût et un ton de plaisanterie vulgaire qui gâtent les plus beaux endroits.

Clotilde, Hortense et Am-Rauchen iont les titres des trois dernières parties de «tte œuvre*.

La sinnplicitê de mœurs des bons tilla-

* Trois autres livres de M. Karr parurent à peu près la même époqae. Ce sont Einerley, — VOittoire de

'apoléon, — et les Paysans illustres^ ou le Phtarque

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beaucoup trop à son pench«ant pour la raillerie. Nous tombons, en feuilletant son livre, sur un passage où il confond le patriotisme, celte fièvre généreuse qui doit aussi bien brûler le cœur du poète que celui du soldat, avec le chauvinisme, qui n'en est que la charge grotesque.

En littérature, comme dans la vie privée, M. Karr a mis trop souvent en oubli cet aphorisme de son invention :

De tous les sens attribués & Vhomme, le plas précieux est le sens commun.

Le succès des Guêpes a duré dix ans, chose énorme en librairie ^

^ Dans cet intenralle, Alphonse Karr publia d^antres oarrages dontToici les titres : Pour ne pas être treize, — Midi à quatone heures^ '— Feu Bressier (son roman le plas médiocre), — une Histoire iwrtùsemhtû'' ifl^, — Voyage autour de mon jardin, — la Famille A iain, — le Livre des Cent Vérités, — et les Fées de la' N^onblions pas one Holiee sur Brillât -Savariu,

l'esprit il jour fixe. Uae fois cette tâche aceeptêe néanmoins, il faut la remplir et ae pas user de Ëubterfuge. Nous ouvrons le numéro Aet Guêpes iainaHflM,elnoaa 7 trouTORs tfiie longue et paradoxale tirade contre l'amitié, prise dans le Chemitt la phts court. Une autre fois, l'auteur dé-

Invall dont on fail iKancoup d'élogCB. De 1850 i dos Jours, il t Ibntni ani éditeurs Raeul Dett»f<i, «a iw Bcmmt fyrt m thèat, — Clo>i> GaistUi, — mu P»ifrfy âe Viritii, — la Ftmnet, — Lcltnt icritm de ■Nn Jardin. — Agalkt il CicHe, — Deeml Stt Titomt, — la Soirées de SainU-Admsf, — un BenlUtir matfié, — CkrlaliB», — Fim/aitiii fMletaphi^iui, — et miDiclimmairtit Pêcheur, tvniCDiDtBalrailétomiilcl delà pdcbeen eau douce ei en eau salée. Nons ne pirlons pas d'une muliitudc de nouvelles ei de praleibes, édité: ^r Hicbel Lévjr ou par Vklor Ltcaa, non plus que iStae foDie d'ariicli^e iBsirés dans la Fitace nviritimt et dans la BipaliligMe i» Ptisfit. En W8, il fonda k Jmnuil, mai le piuooage da dioU' teor CaviiiDac; maiB une CeulUe, qui, en psliilqae, M regiiéscuuit absolument qiu 11 fuiUûiod« M. Karr* mourut de «joMiuiiiaa.

ALPHONSE KAftR. 8S

coupe dans le mê^e ouvrage ui)e monc* graphie ayant pour titre, le Peintre de portraits, et la réimprime sans gêne • .

Prenez garde, monsieur Karr, prenez garde?

Si ce malheureux débitant de chicorée, que TOUS maltraitiez fout à Theure, était tant soit peu licencié en droit, il pourrait vous dire que l'action de vendre deux fois la même chose s^appeHe dans le Gode d'un vilain nom, du nom de stelUonat.

Hais assez là-dessus.

* Nous pourrions multiplier les preuros de ce genre, même en dehors des Guêpes. On vend, à rheiire où nous écrivons, à la Libraire Nouvelle, sous cette couverture : Histoires normandes, un volume renfermant Clotilde et Histoire de Rose et de Jean Duehemin, deux livres déjà paras. Un autre ouvrage, publié chez Michel Lévy, la Main du Diable, ne contient dMnédit qne cette bluette de 18 pages. Le reste du volame se compose de nouvelles imprimées dix fois déjà : un Vaudeville sans se voir, — Histoire de tant de charmes, «»- la Vierge n0ir#,— et U Moine deKremsmumter»

Avec Tor gagné par sa publication, M. Karr, dans Tunique but de faire des économies, assure- t-il, et de ne plus vivre à Tauberge, achète une campagne ravissante à Sainte- Adresse, faubourg d'Ingouviile, au Havre*.

Grâce à la plume de notre écrivain propriétaije, il n'est pas un lecteur qui ne connaisse dans ses moindres détails ce délicieux séjour. Voyez-vous d'ici la porte d'entrée fière de ses opulentes corbeilles de fleurs? N admirez-vous pas le jardin avec ses beaux arbres si vigoureux et si bien soignés, sa large pelouse verte et son ruisseau limpide qui sanglote sur son sable fin, depuis qu'un maître d'usine du voisinage s'est avisé de lui faire tourner une roue et repasser de petits couteaux 1

* Il a été obligé de ia revendre en 1848.

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Af . Karr habile Saiate- Adresse pendant tout l'été.

Son manuscrit arrive du Havre par la poste, et un commis intelligent débite les Guêpes dans une boutique, louée rue Neuve-Vivicnne.

Tous les bénéfices de la vente sont pour l'auteur.

Quand il renlreâ Paris, verslafindel'automne, on lui rend fidèlement tes comptes.

Un jour, en Examinant le registre, il croit s'apercevoir que la vente diminue.

S:ins plus larder, il rédige une note, et toute la prene annonce, le lendemain, que M. Earr vient d'être tué roide en duel.

Rumeur générale dans Paris. On assiège la boutique.

— Est-il vrai que H. Karr soit mortf demandent des milliers de visiteurs.

IB ALPHONSE KABR.

— I{clas! répond le commis, la nouvelle n'est que trop certaine î

Aussitôt les vdumes s'enlèvent, s'enlèvent.... C'est une bénédiction! Deux jours «uffiseat pour vider le magasin. Toutes les collections se réimpriment, et If. Karr prie les journaux de démentir le bruit de sa mort. Il affirme qu'il est vivant, très-vivant, et qu'il jouit d'une santé florissante.

Heureux d'avoir élé dupe d'un bruit mensonger, le public achète les Guêpes de plus belle, afin de voir si elles ont toujours

le même aiguillon.

— Ah çà, quel est donc l'animal qui t a

fait mourir? s'écrie Laurent Jan, rencontrant son ami Karr au foyer de F Opéra.

— C'est moi-même, très-cher, répond le spirituel écrivain. Mes Guêpes ne se vendaient plus.

AL?EOKSE EABR. «9

Aprk la révolution àe 1848, Alphon»

Km se porte candidat aux élections de la Seine-Iiiférieure. VicUme d'une coterie qui lui enlève toutes sesvoix dans l'arrondissement du Havre, il n'entre point à la Chambre et se console en reprenant la publication de ses petits volumes.

Ils paraissent alors toutes les semaines, sous le titre de Gvi-pes hebdomadaires.

Aux approches de l'élection présidentielle, il se dévoue corps et Sme au succès de la candidature du général Cavaignac.

Les Guêpes donnent, en regard l'une de l'autre, les deux biographies du vainqueur de juin et du prince Louis-Napoléon Bonaparte. Cette dernière est écrite avec toute b passion du moment.

Qiicli[ues jours après, on lisait dans la Presse :

a M. Alphonse Karr part demain pour le Barre. Au moyen de l'influence qu'il a acquise dans l'arrondissement par quelques années de séjour, il va appuyer la candidature du général Gavaignac. Nous serions curieux de savoir sur quels fonds seront payés les frais de cette mission. »

Alphonse Karr répondit :

<i Monsieur le rédacteur, les frais de mon voyage au Havre se sont élevés à la somme de dix-sept francs soixante-quinze centimes. Ils resteront à la charge de votre dévoué serviteur,

c A. Kabr. »

Revenu à Paris, Tauleur des Guêpes fut décoré de Tordre de la Légion d'honneur.

On ne fit que lui rendre le ruban rouge qu'il avait si noblement cédé à son père.

Nous croyons avoir écrit cette notice avec toute l'impartialité qu'on est en droit d'attendre de notre plume. Si d'un coté de la balance nous avons jeté l'histoire de quelques ridicules bien connus et des re-

irrvoFh

ALPHONSE KARn. 91

proches de charlatanisme, nous plaçons franchement sur l'autre plaleau les louanges dues à l'Iiommeet l'incontestable mérite de l'écrivain.

M. Karrfait partie de la Société des gens de lettres.

Jamais il n'a touIu toucher le prii de reproduction de ses Guêpes, perçu par l'agence sur les joumaui de départements.

Il ordonna que les sommes qui lui revenaient fassent versées, chaque mois, dans la caisse de secours de la société.

aie n'aime pas, dit-il, q

u'un poêle, qu'un mu-

■icien, puisse aller prendri

dans la rue su collet

an homme qui fredonne u

s romança de lui, «m

disant : C'est trois l'rancs 1

Alphonse Karrest à Nice, d'où il envoie, chaque semaine, un article au Siècle.

Lu vogue de ses BourdarmemmU n'est

n ALPHONSE KABR.

pas moins grande qne celle de ses premières productions danj ce genre, dont il a été le créateur et dont il est resté le maître.

Nous terminerons par deux anecdotes, sans lesquelles nos lecteurs trouveraient nécessairement cette biographie incomplète.

Il faut, pour entendre la première, nous transporter encore une fois au pied des fa-* laises de la Manche. Là, nous entrerons efaez Rose et Jean Duchemin, ce brave et vieux ménage de pêcheurs dont Alphonse a raconté la simple et touchante histoire.

Cette histoire, Rose Duchemin l'avait écrite elle-même, car c'est une femme ia« telh'gente et réellement au-dessus de sa classe. Alphonse, ayant eu Toccasion de la connaître à propos d'un accident qui la ruinait (la perte du bateau de son mari), obtint pour elle, de la générosité de la

itf^LYSS.f JJY OF MICHIQAN

ALPHONSE KARR. 9i

duchesse d'Orléans et par TeDlremise de madame d'Elchingen, une somme de cinq cents francs, qui servit à l'acqui* si£ion d'un autre bateau. Il acheta, en outre, soixante francs le manuscrit de b bonne femme, et en fit ce charmant livre que tout le monde a lu.

Les pêcheurs sont avares ; c'est le moindre de leurs défauts.

De méchantes langues parisiennes firent accroire à la mère Duchemin que son collaborateur avait gagné des sommes folles avec Tœuvre commune. Le démon de Tar»

gent remporta sur la voix de la recomais' sance, et la femme du pécheur s'en alla réclamer fort aigrement à Téorivain sa part dans les bénéfices.

Mphonse, qui a bon cœur» ainsi que vous le diront tous les gens d'Etretat, mais

qui n'est pas endurant» l'envoya paître.

Encore aujourd'hui, la mère Duchemin n'est pas très-convaincue qu'elle n'ait point é(é victime d'une abominable spéculation.

« — D'ailleurs, raconte-t-elle, les cinq cents francs de madame la duchesse ne nous t)nt pas d'abord porté grand proUt.

Nous avions baptisé le bateau du nom de Lisa Boisgontier, sans nous douter sous quelle patronne nous le mettions, Jésus!

Ëh bien, la pêche du hareng a fout à fait manqué cette année- là. Pardine! c'est tout simple, la sainte Vierge n'avait pas voulu entendre nos prières. Mais nous l'avons rebaptisé depuis, et il s'appelle

maintenant la Sainte Anne de Fécamp^ C'est un fier bateau, allez I »

Dn de nos amis a pu recueillir textuel-

ALPHOÎISE K«RR. 9S

Jomcnt ces paroles de la bouclie mêaïc de iiose Duchemin. t

ÏÏOHS avons annoncÉ une seconde anecdote, et l'on devine qu'nn de nos bas-bleus êmérites va paraître eo scène.

Alphonse Karr, à toutes les époqnes, s'atlira de nombreux ennemis par ses ten* daiices à l'épigramrae. Il eut le malheur de laacer une ou deux phrases de critique acerbe au bas-bleu dont il est question.

- La dame irritét ne s'en remit à pei'sonne du soin de sa vengeance.

Un soir, â ta brune, elle attend l'auteur des Gw^es à sa porte, rue de la Tourd'Auvergne ' , et le frappe d'une amie qu'elle tenait cachée sous un pli de son chàle.

(') fest par erreur qo'ii a ilt dil dans la 1" M:-

" MO I f tATi

ALPHONSE KARn.

Par bonheur, son bras était moins vigoureux que sa haine, et M. Karr ea fut quitte pour une égratignure.

Non-seulement le récit exact du crime fut publié dans les Guêpes; mais on crut devoir y joindre le dessin de rinslrumeut contondant qui avait servi à sa perpétration.

C'était un abominable couteau de cuisine !

Alphonse Karr suspendit ce couteau dans son cabinet, à gauche d'une toile qui représente le fameux sauvetage du cuirassier. Il traça au-dessous rinscription suivante sur une pancarte commémorativei

« Donné par madame L*** G*** à M. Alphonse Karr. . . . dans le dos. »

« Il

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