‹ Alphonse KarrChapitre 4 sur 5 · UNIVERSITE · texte numérisé non relu

UNIVERSITE

«on, Paul de Kock, et ce fameux Léon Gatayes, dont notre génération sceptique a nié si longtemps l'existence.

Léon Gatayes est Yalter ego de son illustre ami.

Nos arrière- petits- neveux diront Alphonse Earr et Léon Gatayes, absolument comme nous disons Oreste et Pylade^ Thésée et Pirithoûs, Nisus et Euryale, Damon et Pjlhias, Cicéron et Atticus. Ne vous figurez donc pas que Léon soit un mythe audacieux, inventé par notre homme de lettres tout exprès pour lui donner la réplique et jouer à son endroit le rôle de confident de tragédie. Non, certes! Gatayes

voisins de table mangeaient avec de simples couverts d*argeirt. Il accepta ces distinctions, sans avoir Tair de s'en apercevoir, impassible comme un sultan qui fait baiser le bout de sa tsAe I ses pachas et à ses

10 AliPBOfISB KARR.

existe en chair et en os. C'est un écuyi ide première force, un critique musical de quelque valeur, et même un harpiste fort distingué.

Alphonse dit de lui qu^il a plusieurs cordes k son harpe.

Comme son ami le matebl-poête, Léon jouit d'une énorme popularité, deVaucolte

Étretat*.

' Très-économe de sa natare, il essaya toujours de oieitre un terme aux dépenses UcoBsidérées d*Alpboûse, et Philibert Audebrand raconte, nous ne sa- ?ons plus où, l'anecdote qae voici. M. Karr reçoit ni» jour une charmante collection de violettes, variété nouvelle. Tout joyeux, il court faire part de cette bonne fortune k son ami. — Au moins, cette fois, dit-il en terminant, tu ne me gronderas pas, tu ne diras plus que je me ruine. Ces violettes ue me coûtent rien. — Elles te coûtent plus de mille francs, répond Gatayes, et je te le prouve:

« Pour le port de la lettre te faisant part de renvoi, trente eentimes, ci. . . 30 e.

« Pour la f aieur de deux journées do travail que tu as entièrement perdues

ÀLPilOHSB SAftO. Il

De plus, il est un écs quarante mi^e intimes de M. Alexandre Damas père, et cecioous donne la clet d'une petite ia-

depaig qnc tu tltends ui iiréei«iu«s

Tiolettes, ci 300 fr.

< Pogr Le punrboire de l'homme de uiuB3iic« qai l'a apporté lesdltes liolelWs, ci Sfl.

• Pour le déjeuner dadii bomne 4e conGaccc, que lu n'u pas voulu laisser repartir i jeun, ci B b-

■ Paar le dtatr i'tur» que ta as

dn Havre, cl «0 tr.

« Pour le voyage de Paris que tu vas Etre obligé de Caire i l'elTet de prendre les renseignements i)>l te mlnquent pour la culture desdiles violeilcs. et cinq ou six jonrt qne la resteras dans

Il capitale, irins les atcessoires de

toileiie nécessités par la présence daus ladite cipiiile, le tout évalué au moipi a sii eciits francs, ci 600 Ir,

• Récaplliléjipréseut, cela hli Juste mille saiiante

. — Haudilesïiokiws! dit Alphonse Karr, je n'ivata pas eoi^ a Mat Ula. >

7S ALPHONSI KilttR.

famie, commise, il y a quelque dix ans, à notre égard.

Voici Tanecdote.

G*était le 1 6 avrif 1 845, le matin même du jour où nous avions à rendre compte âux tribunaux de la brochure qui a pour titre : Fabrique de romans, maison Alexandre Dumas et compagnie. L'heure était solennelle et terrible. Dieu sait tout ce que la rancune du grand marchand de phrases soulevait contre nous de tempêtes!

Il y avait cent à parier contre un que nous allions être écrasé dans la tourmente et recevoir notre première flétrissure judiciaire, comme dirait, du fond de la Savoie, le socialiste Eugène Sue.

Or, le 16 avril même, dans rédilion du matin de la Patrie, M. Karr crut devoir donner aux magistrats, devant les-

ffiSiîîI^M^^

5«Mei57p

quels nous allions paraître, le simple renseignement qui va suivre.

<r Ce qu'il y a de plus grave, disait-il, contre le jeune auteur de cette diatribe, c'est qu'il a présenté un roman à M. Dumas pour que celui-ci le fît entrer dans les produits de sa manufacture; c'est que M. Dumas avait refusé le livre, et que c'est après ce refus que l'auteur de la brocliure s'est si fort indigné contre un commerce auquel on n'avait point voulu l'associer, jf

Nécessairement, M. Karr tenait ce joli détail de M. Léon Gatayes, qui le tenait lui-même sans nul doute d'Alexandre Dumas père. Jugez alors s'il était possible d*en suspecter l'exactitude 1

Ah! vous preniez, ce jour-là, nra»sienrs, la défense d'une triste cause !

En n'appliquant pas le maximum de la peine, les juges ont trompé votre désir.

Vous nous avez fait rouler sur la tête un roc qui nous a laisse debout, et, si nous

"ifi

fi

étions méehant, nous aurions aujourd'hui Foccasion de prendre une belle revanche.

Hais soyez sans crainte : le mensonge est une arme dont nous n*ayons jamais su nous servir.

Léon Galayes a beaucoup d'esprit. Pendant vingt jours, il sut dérober M. Karr à nos recherches, nous recevant, au lieu et place de son ami, avec une politesse gracieuse et le sourire aux lèvres. Il blâmait l'article inconsidéré d'Alphonse, nous promettant une rectification qui n^arriva point, et à laquelle nous dûmes renoncer,

^ em^^ lasse.

Revenons à notre biographie. « Euryale-Gatayes habita presque toujours

les côtes de la Manche avec Nisus-Karr. Le premier venait à Paris presque tous

tes mois, afin de réveiller la réclame, si

iLPBOIfSE EARR. 7S

elle Teiûit à s'endormir et à Irop négliger

Dans un de ces voyages, il fui assez gravement malade et tous ses dieveux tombèrent. Alphonse l'accueillit, à son ro- UHir, par cette phrase barbare :

— Tu n'es qu'un va-uu-téte!

— Bravo 1 cria Galayes. Le mot est joli.

Imprime-le, mon cher; il ne faut rien perdre.

M. Karr l'imprima, comme tous ses lecteurs Nil pu le voir.

La pasâoni^e l'écrivain pour la marine et pour les Henrs ne l'empécliait pas de satisfaire aux nombreuses commandes qui lui étaient adressées par les libraires prisiens. Il écrivit à Ëtrelat de cbanuantcs nouvelles, dont le recueil fut publié sons le titre de Vendredi soir.

Beaucoup de ses ouvrages sont des recueils de ce genre et contiennent de véritables petits chefs-d'œuvre.

Obligé de quitter, vers 1835, sa chère solitude pour venir prendre la rédaction en chef du Figaro, M. Karr se logea rue de la Tour-d*Auvergne.

En même temps il accomplissait un des actes les plus sérieux de l'existence. Use mariait.

Son ménage ne fut pas heureux : avaut la fm de la première année, les époux se séparèrent judiciairement *. De quel côté furent les torts? Ceci ne tombe plus sons notre appréciation. M. Karr n*est point un écrivain antisocial, dont il soit urgent de -feuiller la vie pour mettre ses actes en

' Une fllle est issue de cet hymen. Elle existe et w voit jamais son père.

«°«« eût J^^'' ^^ 'Morale , f^'^^^'^^e «« peine. Tr""""^-^^'ïï^^^^

». ^onie on , ^^'^ court

Qo noralis et ae uurger. vmx cem «^ ]

Page 1