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Alphonse, ou, Puissance de la vertu

Si l'histoire des grands empires est utile, celle des grands hommes l'est peut-être davantage.

On s'inspire de leurs vertus, on s'anime de leur vie, on s'exalte au souvenir de leurs magnanimes actions, purifiées et grandies par l'espace des temps. On choisit , sans méfiance comme sans prévention, pour modèles, des hommes absous , aux yeux mêmes de l'envie, de leurs vertus et de leur grandeur par le néant du tombeau.

Tous les hommes sont appelés à être d'utiles citoyens; il en est peu qui soient destinés à conduire les états.

Du reste, c'est peut-être dans les détails d'une vie privée que l'on apprend le mieux à connaître la cause des événemens et la marche de l'esprit humain. Les grands hommes sont jetés, par les

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mains de la Providence, comme des signaux pour faire apprécier le caractère des siècles où ils ont vécu ; et qu'ils avaient reçu mission de diriger.

Un philosophe célèbre , auquel on demandait quel était l'ouvrage le plus précieux de l'antiquité, répondit : Les vies de Plutarque. Pouvait-on, avec plus de précision , imprimer le cachet du mérite sur le frontispice des histoires particulières , quand elles sont d'un choix judicieux !

Assurément , on n'écrirait pas sans fin, si l'on se bornait à ce qui intéresse véritablement ; et il n'y aurait plus de danger, dans la multiplicité des livres , si l'on s'arrêtait à ce qui est beaj et utile. La vérité est si féconde , le goût des hommes est si varié , les objets dignes de leur attention sont si nombreux !

Les préceptes sont nécessaires : ils tracent les règles de la conduite ; mais ils sont mis en action et rendus sensibles dans l'histoire des grands citoyens ; les grands hommes doivent être proposés à notre imitation , il faut mettre sous les yeux des jeunes gens le tableau de leurs vertus, surtout quand elles sont ennoblies par la Religion.

Les intelligences élevées ne verront pas seulement des talens et des vertus isolés dans la vie des Saints. L'énergie surnaturelle et vitale de leurs œuvres pénètre les nations et les civilise : les plus grands mouvemens donnés à l'espèce humaine sont partis souvent de la cellule d'un moine.

La pensée chrétienne, sublime contre-poids à tous les maux des faibles mortels , se montre

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dans les Saints sous une forme vivante , et toujours elle indique, par ses contrastes avec le siècle, les besoins de l'humanité.

A la naissance de la Religion , la douceur et l'héroïque patience des premiers fidèles triomphent de la férocité des persécuteurs, et de l'opiniâtreté de ce paganisme romain qui, après cinq cents ans de lutte, vient expirer sur les débris de ses autels et des monumens de ses victoires.

Lors de l'invasion des barbares , la foi du Christ apparaît magnifique dans la noble attitude de l'Eglise ; c'est elle qui arrête la fougue d'un sauvage Attila, elle lui oppose., un pontife saint, une vierge généreuse (1).

La majesté romaine s'humilie , dans la personne de Théodose-le-Grand , sur le seuil du temple, devant le génie chrétien que représente si noblement saint Ambroise. Le fort s'incline devant le faible : authentique proclamation de la puissance du droit, et du principe de l'égalité.

Le fier Sicambre courbe sa tète indomptée sous le joug du Christianisme ; Rémi verse l'eau du baptême sur le front de Clovis, et jette, en même temps sur le sol de la Germanie et des Gaules, l'élément fécond de cette haute civilisation inconnue des siècles idolâtres.

Dans le nord , la Religion s'introduit par la charité parmi les peuples barbares ; c'est par la pureté de sa morale qu'elle captive les nations civilisées de la Grèce et de l'Italie ; dans l'Orient,

(1) Saint Léon, Sainte Geneviève.

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