‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 110 sur 139 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

vérités de la religion d'une manière un peu confuse. Ils parcoururent ensemble presque tous les points les plus imporlans de la religion. Les réflexions d'Alphonse amenèrent Alexis à penser comme lui et le consolidèrent dans la foi. On composerait un traité intéressant de théologie en imprimant leurs conférences ; car Alphonse était aussi profondément savant qu'il était modeste ; et il réforma les idées de son ami , nonseulement sur la religion , mais sur l'humanité, comme le prouve le dialogue suivant , le seul que je citerai.

Alphonse. — J'ai retrouvé un condisciple, un ami, un parent ; combien ne dois-je pas me féliciter de notre rencontre .'J'avais cependant lieu de craindre qu'elle ne me devînt funeste : vous me poursuiviez de près ; et qui eût pu prévoir les excès auxquels vous vous seriez porté contre moi. Alexis. — Je n'avais point en commençant une mauvaise intention , mais on s'excite au mal par le mal que l'on fait !.... Puis , il me semble que ma haine pour votre personne croissait de tout le mépris que les autres font de votre profession. Alph. — Un homme de cœur, Alexis , agit-il par les inspirations d'autrui? Cela ressent une indigne servilité. La moralité de nos actes dépend du jugement que nous en portons nous-mêmes , et non du langage confus des passions étrangères. Si vous eussiez consulté votre conscience, que vous eût- elle conseillé ?

Alex. — Ma conscience m'eut crié avec l'évangile : Ne faites pas à autrui ce que vous ne

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voudriez pas que l'on von? fit : mais vous savez qu'il est si difficile d'avoir le rare courage de résister à l'impulsion générale.

Alph. — C'est précisément ce rare courage qui distingue l'homme d'honneur , de cette foule mobile et dégradée toujours prête à servir d'ins- Irumens aux plus iniques passions. Des expressions semblables à celles que vous avez employées contre moi . avaient souvent frappé mes oreilles (ii passant sur le pont , mais je ne croyais pas qu'elles pussent jamais sortir de la bouche d'un homme qui a reçu de l'instruction.

lier. — Je blâme aujourd'hui ces expressions; mais jeté dans la foule du peuple , je devais agir ♦ n homme du peuple.

Alph. — Je vous arrête ici Alexis : s'il n'est permis à per>onne d'être injuste à l'égard d'un seul individu.il l'e^t bien moins encore de l'être à l'égard d'une nombreuse collection d'hommes. Le peuple est clément , généreux , compatissant quand il est livré à son propre sens ; s'il s'abandonne quelquefois à des excès , c'est qu'il est abusé. Respectez votre espèce , et surtout respectez la classe dont vous sortez , aussi bien que moi. Le peuple est celte immense réunion d'hommes qui compose la grande famille humaine. Et vous osez ici l'assimiler ou la confondi e A av c quelques hommes abjects et corrompus. Ces hommes dégradés sont si peu de chose , que quand ils ne seraient pas au monde, il n'y aurait pas un grand vide; seulement les familles seraient pus heureuses , et les états plus tranquilles.

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