‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 136 sur 139 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

Il avait à combatlrenon-seulement l'obstination de l'ignorance et des préjugés, mais le calcul de l'intérêt avec lequel il est bien plus difficile de traiter.

Après beaucoup de conférences, et deux mois passés à instruire les juges, sur les points les plus discutés, il eut la douleur d'entendre pronorr cer qu'il était impossible de seconder , de tolérer même l'établissement de son école.

Cependant dans les relations qu'il avait eues avec les membres de la commission d'examen , Alphonse avait montré tant de candeur , de capacité et de bonne foi , qu'ils n'avaient pu se défendre d'un profond respect pour son savoir et sa vertu.

Ces bonnes dispositions les firent recourir à toutes les précaulions et à tous les égards de la politesse pour lui adoucir la dureté d'un refus : elles n'eurent guères d'autre résultat. Alphonse crut ses travaux et ses soins perdus pour la ville. Heureusement pour l'humanilé , Dieu donne, aux hommes qu'il destine à de grandes choses , avec le génie qui les inspire, l'ardeur et la constance pour vaincre les obstacles qui s'opposent à leur accomplissement. Tel fut le caractère d'Alphonse. Loin de se laisser rebuter par des difficultés et par des délais, il poursuivait son but, avec un invincible courage , quand il s"y croyait invité par la volonté de Dieu.

Les biens immenses déjà réalisés, dans plusieurs villes , par l'enseignement des frères; la

multitude des malheureux enfans qu'il voyait

2gZl ALPHONSE.

croupir dans la boue des rues, et qui étaient exposés à la double et funeste influence du vice et du désœuvrement, le pressaient comme autant d'indications du ciel de persévérer dans son entreprise.

Les ecclésiastiques les plus distingués etles personnes les plus respectables de la ville lui faisaient de fréquentes visites et l'encourageaient à la confiance. L'amour et la foi sont mères de l'espérance , et l'espérance va jusque dans le sein de Dieu dérober les dons du ciel pour enrichir la terre.

En effet , celui qui féconde , quand il veut , les cœurs les plus stériles , récompensa l'espérance d'Alphonse comme autrefois celle d'Abraham , et le rendit , contre toute espérance , le père adoptif d'une nombreuse génération.

Le bruit de son départ s'étant faussement répandu dans la ville, un des magistrats les plus éminens, vint le trouver et le solliciter vivement de retarder son départ de quelques jours ; il n'eut pas de peine à en obtenir la promesse. Une tentative de l'établissement d'une école avait déjà fait connaître les frères quelques années auparavant, et leur avait gagné bien des cœurs. L'attention publique suivait tous leurs mouvemens avec intérêt , et l'on attendait avec une sorte d'anxiété l'issue de leurs nouvelles démarches. Leurs amis, répandus dans la société, firent partager par un grand nombre de personnes l'estime et l'affection qu'ils leur portaient. Le peuple, ordinairement si aveugle et crédule , se montre doué quelquefois d'un sens exquis ; il sentit que ce

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