‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 139 sur 139 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

- offrir mon culte et mon amour dansune humble

• position , éloignez de moi un fardeau que je ne

• puis porter ; soyez mon guide , mon appui , et

• mon défenseur. »

Il fut impossible de vaincre ses répugnances : les frères n'osèrent même plus poursuivre leur sollicitation, quand il leur eut fait entrevoir que les inquiétudes d'un emploi aussi important lui auraient bientôt ouvert les abîmes du tombeau ! Hélas! la mort n'avait pas besoin de ce nouvel aiguillon -, elle s'était introduite dans ses veines à la suite des mortifications et des souffrances , et il la portait dans son sein.

A peine revenu dans la maison de Lyon dont il faisait les délices , il fut atteint d'une maladie qui n'eut d'abord aucun symptôme alarmant, mais elle fit des progrès si rapides , qu'au bout de quelques jours les meilleurs médecins de la villedéclarèrent qu'ils ne conservaient aucun espoir; loin de se troubler à cette nouvel le, Alphonse se recueillit en lui-même avec un sentiment ineffable de joie et de confiance dans la bonté divine : ce fut alors qu'il goûta combien le Seigneur est doux ; son ame pure fut remplie de délices et d'onction. Cet horrible moment n'avait rien d'effrayant pour lui ; comme le premier des martyrs il voyait les cieux ouverts pour le recevoir ; et il lui tardait d'aller se désaltérer à la source des torrenséternels de l'amour divin. Tous les frères entouraient son lit et le pleuraient comme un père ; il reçut en leur présence les secours de la religion avec une humilité et une foi qui le montraient digne d'aller savourer les joies inénarrables de la sainteté.

Muni du pain du céleste voyageur , il fit en ces termes ses adieux à ses frères: "Cortinuezdevous • aimer les uns lesautres,nousn'avonsqu'unseul » cœur; la mort même ne me séparera pas de la - charité qui nous unit ; vous prierez pour moi , » je vous attendrai dans le sein de Dieu. »

En prononc-ant ces dernières paroles , il s'endormit du sommeil des justes.

Le peuple lui donna des marques extraordinaires de sa vénération ; ses funérailles furent simples, mais attirèrent un concours immense de pieux fidèles ; les jeunes enfans dont l'éducation lui fut confiée l'aimaient comme un père. Oh qu'il y eut d'éloquence et de suavité dans ce torrent de larmes qu'on leur vit répandre sur sa tombe !

Généreux disciple de Jésus Christ, allez, près de votre illustre fondateur, prendre , dans le ciei, la place qui vous y est réservée : peu vous importe que la main de l'art vienne graver votre nom sur les fastueux monumens de la terre! l'obscurité vous convient ici-bas ; votre gloire brille au-dessus des mondes, et du haut de votre demeure, vous entendrez les mille générations d'hommes, devenus chrétiens par vos enseignemens, mêler votre nom aux louanges qu'ils adresseront à Dieu pendant toute l'éternité des siècles.

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