‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 138 sur 139 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

et surtout les pauvres de Lyon. Tel on voit un navire battu par de longs orages renoncer à toute espérance et prêt à sombrer, lorsque tout-à-coup une enseigne déployée annonce l'arrivée d'un esquif protecteur. C'est ainsi, ô roi descieux ! que vous mettez un doux terme à nos fatigues, et nous accordez le repos après de longues peines.

Une action si miséricordieuse fut agréée du ciel . les anges chargés de recueillir les prières et les bonnes œuvres des mortels, les anges protecteurs de la morale et de l'innocence , les anges gardiens de l'enfance, présidés parla Vierge Marie, s'inclinèrent en action de grâce devant le roi que chantent les intelligences, et les chœurs des bienheureux.

Alphonse dirigea cette maison avec une sagesse qui eut bientôt captivé tous les suffrages. Les hommes qui avaient combattu le plus ardemment son entreprise furent ceux qui vinrent le presser avec le plus d'instance de recevoirleursenfans dans son école, et devinrent dans la suite ses plus zélés partisans. Combien de villes ont vu se renouveler de pareils exemples ! tant il est vrai que la vive lumière de la vérité dissipe les plus épaisses ténèbres des préjugés. Mais ces préjugés trop ordinaires avec lesquels on accueille ces bienfaisans instituteurs n'accusent-ils pas aussi les hommes de trop de précipitation dans leurs jugemens; quand donc, grand Dieu, les verra t on ne juger qu'après avoir connu !

Le bon ordre , le progrès des enfans , le changement de leurs mœurs ; la protection du gouver-

nement , et plus encore la vertu des instituteurs et les bénédictions de Dieu donnèrent à ces écoles une éclatante prospérité.

Ces jours de joie ne devaient pas être sans mélanges de douleurs. La mort venait de frapper , quatorze mois après son élévation , le supérieur général des frères. Ce fut une nouvelle source de larmes , et la consternation se répandit dans tous le* établissemens. Ce supérieur, après l'abbé de La Salle était celui qui avait rendu les plus grand* «ervices à l'institut.

Tous les directeurs des maisons particulières se rendirent à la maison commune pour concerter sur les moyens de réparer une si cruelle perte, et pour s'entendre sur le choix d'un nouveau supérieur.

Le supérieur , en mourant , avait prononcé le nom d'Alphonse ; Alphonse avait donné des marques d'une sagesse si remarquable, d'une si grande intelligence pour la conduite des affaires , d'une douceur si inaltérable , d'une égalité d'àme si parfaite, que tous les frères pensèrent à lui ; et ils aimaient à reconnaître une indication du ciel dans les dernières paroles du supérieur mourant.

Les frères ne délibérèrent pas long-temps, Alphonse fut proclamé unanimement supérieur. Il était le seul à ignorer ses éminentes qualités , sa modestie était si sincère qu'il crut d'abord que l'on s'était trompé; et quand il vit que l'on insistait , rien n'égala son étonnement , si ce n'est sa douleur. Il se mit à prier avec abondance de larmes, on l'entendit plusieurs fois s'écrier pendant la nuit : • mon Dieu , laissez-moi , toute ma vie , vous

Page 1