LIVRE V
En traversant quelques parties des provinces situées dans le centre du royaume, Alphonse reçut une vive et profonde impression d'étonnement et de douleur : souvent il était seul dans le temple! les jours du dimanche mime il n'y voyait arriver personne.
Les habitans de ces campagnes, privés de religion, relaient aussi des qualités humaines : la libéralité, l'hospitalité, la compassion leur étaient inconnues ; en sortant des orgies, les femmes , les jeunes hommes, les petits enfans allaient , sur les places et sur les routes, insulter les étrangers, les vieillards et les pauvres : le prêtre du hameau , dans les jours de fête et d'allégresse , était traqué dans son presbytère demi-ruiné par la haine, la prévention et la rage d'une populace plongée dans la débauche et l'ivrognerie; Iejeune Alphonse lui même, chargé d'outrages, songeait à quitter cette terre inhumaine : il se livrait à de tristes réflexions et pensait que peut être il est des climats où ne peut croître la vertu ! Saisi d'horreur par ces hideux spectacles, voyant que les menaces, les cris de fureur allaient sans choix et sans discernement tomber sur l'étranger comme sur le prêtre connu, il voulut enfin savoir pourquoi la simple apparition d'un ministre de Dieu, ou d'un symbole religieux, occasionnait dans ces lieux tant de houras, de bruits et de vociférations : il interrogea les sages du pays et leur demanda la cause de ces injures , de ces hurlemens confus dont il était lui-même le fréquent objet. On lui fit de toutes parts une