‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 91 sur 139 · LIVRE VI. 2ÔL · texte numérisé non relu

LIVRE VI. 2ÔL

de ma patrie , et deviendrais-je coupable en recherchant , pour la signaler , la cause du mal qui nous tourmente ? Ou si celte cause est généralement connue , pourquoi ne fait-on pas plus d'efforts pour la détruire ?

Pour stigmatiser le funeste bienfait qu'apportent à la société les philosophes qui y répandent de pernicieuses maximes , je ne déroulerai pas le triste tableau de la douleur des hommes , non de ceux qui passent leurs jours dans les pleurs , mais de ceux qui les passent dans la joie ; car il n'est de bonheur sur la terre que par la vertu 1 Je ne pénétrerai pas dans le sein des families , pour répéter tout haut les gémissemens que concentre le respect humain ; je ne redirai pas t^nt de honteux et funestes secrets qui , comme le poison brûlant , dévorent les cœurs où la crainte les tient renfermés ; je ne représenterai pas l'affreux suicide promenant sa faux sur nos plus petits villages , ce crime horrible n'est plus un plaisir de bon goût et réservé seulement pour les grandes cités ; je ne montrerai pas le vice , couvert de haillons , s'insinuant jusque sous la chaumière du paisible laboureur , et bannissant, de nos campagnes , la candeur et la simplicité ; je n'irai point compulser les registres des cours d'assises pour y faire l'énumération , toujours croissante , des forfaits qui flétrissent notre belle France : je n'irai point heurter aux portes des prisons et des bagnes pour constater le nombre effrayant des victimes de l'immoralité ; mais à chaque nouvelle plaie que je verrai , à chaque

nouvelle plainte, à chaque nouveau cri de douleur que j'entendrai , je m'écrierai : Voici le fruit d'une mauvaise éducation !

Vous me répondrez : Une grande réserve est imposée aux instituteurs , et ceux qui n'ont pas de religion , sentent au moins l'obligation d'en montrer quand ils sont en présence de leurs élèves. Quoi ! la sainte vertu ne serait plus qu'un artifice ? Et il ne faudrait que de l'art pour en

donner des leçons ! Ne connaissez-vous pas

la subtilité des enfans ? N'avez-vous jamais observé la curieuse jalousie avec laquelle ils épient les mœurs de leur maître. Et croyez-vous qu'ils voudront se soumettre sincèrement au joug importun du devoir , s'ils s'aperçoivent que vous ne vous y soumettez vous-même que pour les tromper, et que vous savez le secouer en secret ? Non , non. Votre élève vous imitera , et loin de lui avoir donné une leçon de vertu , par votre réserve calculée vous lui en aurez donné une de dissimulation. La conduite du maître doit être la vivante expression de son intime conviction , et s'il n'a de conviction que pour de funestes doctrines , qu'il renonce à la carrière de l'enseignement. Les peuples , d'ailleurs , ne renoncentils pas à ses leçons quand ils ont la permission de choisir , pour les générations qui viennent , des maîtres religieux ?

11 faut donc être un homme parfait pour être un instituteur de l'enfance?

Jugez vous-mêmes.

Peut- on se charger de la mission de former

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