CHAPITRE XLVIL
DoiïT Attia , après son attentat ^ ne pouvoit retourner dans le château de Diana ; d'aiUeurs son état n'auroit pas ;>ermis de l'y transporter. La comtesse ît Inès volèrent à sa petite maison. Elles e trouvèrent avec toute sa connois^ lance^ mais à l'extrémit?. Leconsentenent de sa mère , sa vive affection et relie d'Inès , adoucirent ses noaux. Dès
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le même jour > il y eut un mieux marqué dans son état ; et le me Jecin donna de l'espérance. Mais don Alvar répétoit toujours : « Alphonsine sait tout^ elle ne me pardonnera jamais! »
On a vu que y dans son plan , Alphonsine ne devoit jamais être désabusée ; il lui paroissoit si impossible qu'après une telle aventure ^ Diana ne désirât pas ardemment que cet éclat fût réparé par le mariage y qu'il n avoit pas douté qu'avec un instant de réflexion , Diana ( si la comtesse donnoit son consentement ^ ne fit tout ce qui dépendoit d'elle pour assurer à sa fille un établissement si brillant , si avantageux , avec l'homme qu' Alphonsine aimoit , et qui avoit respecté son innocence et tous ses principes; mais Alphonsine instruite anéantissoit toutes ses espérances. La comtesse faisoitun si grand sacrifice en consentant à cette mésalliance ; elle étoit si pénétrée de l'hon^ neur qu elle feroît à Diana et à sa fiUe, qu'elle trouvoit les craintes de do&
Alvar tout à fait extravagantes ; et niême , au fond de lame , elle en étoit extrêmement ch.oquée. Elle rcpugnoit tellement à demander par écrit la main d^Alphonsine pour son fils, qu'elle envoya chercher le curé pour le charger de faire verbalement cette proposition de sa part. Elle parla dans cette occasion avec cette fierté déplacée^ inspirée par l'humeur qu'on a souvent , quand on fait à regret une démarche nécessaire y et qu'on la croit au-dessous de soi : on pense qu'un ton de hauteur en déguise le désagrément; on se trompe :
la bonne grâce et la sensibilité l'enno-* Miroient. Le curé l'écouta avec respect , ne répondit rien , et fut surle-champ s'acquitter de sa mission. Il revint le lendemain rapporter une réponse verbale. Diana faisoit dire qu'elle ëtoit à peine convalescente d'une grande maladie ; que Iqrsque sa santé seroit rétablie , elle veiVoit la comtesse, et même don Alyar, et qu'elle s'expliqueroit de vive voix. La comtesse prit cette ré-
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ponse poar un consentement formel, elle la rendît à son fils^ ayec quelques légers changemens et un commentaire qui ranimèrent toutes lés espérances de don Alrar ; de ce moment, sa guéjrison fut assurée. Peu de jours après, il quitta le lit ; et sur la fin de la même semaine , on lui permit d'aller en voiture et de monter à cHevsâ. Alors la comtesse fit demander à Diana Fentre- Tue promise; Diana la remit à huit jours y dans la seule intention de donner à don Alyar le temps de raffermir parfaitement sa santé. Diana, en ca^ chant à sa fille la maladie de don Alvar, lui fit part de la demande faite par la comtesse. Alphonsine n hésita pas à répondre ; elle ne montra que de l'indignation , et la ferme résolution de ne jamais épouser don Alvar; quinze jours de réflexions ne la firent pas varier un instant dans ce dessein irrévocable.
Diana crut devoir lui apprendre que si elle n'épousoit pas don Alvar , eUe ne trouveroit point d'autre établissement ,
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parce que Véclat de cette aventure ^ malgré sa parfaite imioeence y portoit une atteinte funeste à sa réputation, ic Raison de plus^ répondit Alphonsiner^ pour le mé^MTÎser ; puisque , pour satisfaire sa passion y il n a pas craint de me nuire. Mais Dieu lit daas mon cœur; ma mère et notre respectable pasteur me rendent justice ; ainsi je me conso* lerai des faux jugemens du monde ; je les ignorerai ; car je n'y vivrai jamais.
Quant au mariage y j y renonce avec joie; je sens que je n'aimerai jamais comme j'ai aimé ce malheureux !... Et je me reprocherois de n'avoir pas pour un mari le sentiment que j'ai eu pour un autre. ïi Diana approuva cette ma*nière de penser ; elle aimoit mille fois mieux ne jamais établir sa fille y que de la donner à un homme qu'elle n'estimoit pas.
Au jour indiqué y la comtesse y Inès et don Alvar y quittèrent la petite mai-* son y et se rendirent au château de Diana. Don Alvar y plein de trouble y
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d'incpiétude et d'espérance ^ ne se trouva pas sans une profonde émotion dans le lieu chéri qu habitoit Alphonsine 9 dans le lieu où il l'avoit vue pour la première fois !... Pâle ^ tremblant , il suivit sa mère dans son appartement; car c'étoit là que Diana devoit se rendre. Au bout d'une demi-^heure la porte s'ouvrit ; et au lieu de Diana seule y on la vit paroitre avec sa fille../. Le malheureux don Alvar lut sa senfcmce écrite sur le front calme et fier d'At phonsine. Eperdu y il courut se jeter à ses pieds. Elle se recula , et sans jeter les yeux sur lui ^ elle s'avança vers la comtesse. « Je viens ^ madame^ lui ditelle , vous remercier d'avoir bien voulu consentir à m'adopter pour votre fille ; je sens combien un tel titre m'honore* roit ; mais puisque ma mère me laisse la maîtresse de disposer de moi-même, je me trouve trop parfaitement heureuse y pour ne pas me fixer à jamais dans la situation où je suis.— ^Ma chère enfant , reprit la comtesse très-blessée
de ce début 9 don Alvar a commis une grande faute; mais son repentir ^ son attachement pour vous, l'offre de sa main, et mon consentement , sont^des réparations qu'il seroit étrange de dédaigner. Quelle raison pourriez-vous donner d'une rigueur si déplacée ? — Madame , il m'a trompée, j'ai cessé de l'estimer ; je lui pardonne , mais je ne l'aime plus. » A ces mots, prononcés avec la plus tranquille fermeté , don Alvar, terrassé, tomba sur une chaise, a Alphonsine , s'écria-t-il, vous m'arrachez sans retour toute espérance de bonheur ; mais un sentiment inconnu , que vous seule pouvez inspirer , plus fort dans ce moment que l'orgueil , et que les regrets même de l'amour le plus passionné , me fait trouver un charme inconcevable dans votre immense supériorité sur moil Vous me plongez dans le néant, vous me rejetez, TOUS m'abandonnez, vous le devez....
Vous bouleversez mon âme , et cepend$int vous l'enflanunez d'un feu nou-
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veau. Indigne à jamais d'aspirer à TOUS y je yeux du moins que l'admiration dont vous êtes l'objet, ne soil pas stérile; je veux vivre pour expier mes égaremens, je veux vivre pour illustrer le nom de l'infortuné que vous dédaignez , mais qui fut anné de vous....
Non, je ne prétends point vous fleGhir; je saurai si:q>porter votre ressentimeiit
sublime , puisqu'il vous honore
Adieu , vous ne serez plus importunée de mon amour; vous n'en conooltrez désormais la constance que par ma conduite et mes actions. »)
A ces mots, don Alvar se leva , et , s'élançant vers la porte , il disparut. Ce discours inattendu émut Alpbonsine, mais il ne fît qu'une légère impression sur son cœur. Don Alvar avoit perdu toute sa confiance. Inès s'approcha d'elle , et mit tout en usage pour l'attendrir en faveur de don Alvar. Elle ne parvint qu'à lui oter l'idée que don Al* var eût changé de sentimens pour elle.
La comtesse garda un froid silence :
elle ëtoit indignée que la fille naturelle de Diana refusât^ avec tant d'opiniâtreté, la main de don Àlvar; et que Diana parut charmée de cette résistance invincible. Le jour suivant, la comtesse eut un entretien particulier avec Diana , qui ne servit qu'à les refroidir mutuellement l'une pour l'autre. Diana, d'une douceur angélique et d'une sincère humilité .quand il n'étoit question que d'elle , avoît une indomptable fierté dès qu'il s'agissoit de sa fille. Jamais la, comte^sse ne put lui faire entendre que l'alliance de don Alvar l'honorât tellement, qu'en faveur d'un événemgpt si brillant, elle dût sans effort oublier le passé. Elles se séparèrent presquebrouillées. La comtesse, accompagnée d'Inès et de son fils, retourna sur-le-champ à Madrid.
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