‹ Alphonsine; ou, La tendresse maternelleChapitre 24 sur 26 · CHAPITRE XLVIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVIIL

DiAHA y a peme convalescente de sa rougeole^ avoit éprouvé de si violentes secousses , que sa santé y loin de se rétablir , déclinoit chaque jour d'une manière alarmante. Les médecins lui conseillèrent de changer d'air , et elle prit la résolution de voyager. Alphonsine s^éloigna avec attendrissement de ce château 2 qu'elle n avoit jamais quitté.

Le souvenir de don Alvar n'entra pour rien dans ces regrets ; la mauvaise santé de sa mère entretenoit et même fortifioit ses ressentimens contre lui. On partit.

Bès le premier jour, le changement d'air et le mouvement de la voiture ranimèrent Diana. Le lendemain elle se trouva si bien , qu' Alphonsine cessa de regretter sa douce solitude. Ce même jour, elle entra dans une ville pour la première fois de sa vie* Cet [énorme et ré-

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guUer amas de pierres lui parut une chose imposante^ mais triste, a Nos ro^ chers^ dit^lle > ont encore plus de majesté , et ne sont pas si stériles ; du moins ils sont couverts de mousse ^ et l'on voit à travers leurs fentes s'échapper de si jolies fontaines!... » Quand elle se trouva à l'entrée d'ime grjinde rue : « Quelle longue allée de pierres! dit-elle ; ah! que j'aime bien mieux une allée d'acacias ou de citronniers!... Et au lieu de ce parfum si doux 9 quelle odeur a£freuse on respire ici !.... et quel bruit étourdissant, quel fracas! quels cris!... Dieu! cette voiture a manqué de tuer cet enfant....

O ciel ! voilà des hommes furieux qui se battent !... Ah ! maman y la vilaine chose qu'une grande ville!... » £n disant ces paroles 9 Alphonsine, effrayée, cacha son visage sur l'épaufe de sa mère, et ce fut ain^i qu'elle traversa le reste de la ville.

Diana voyageoit fort lentement ; elle vouloit aller ps^ser l'hiver à Lisbonne ; elle n'y arriva que sur la fin de l'au-

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tomne. Elle loua une maison dans un faubourg. Alphonsine retrouva desorangers^ un joli jardin ^ et des oiseaux. Sa mère se portoit mieux , et elle conniit que y même dans une ville y on peut être beureuse.

Un vieux serviteur de la famille de Diana 9 le bon Melcados^ cet ancien écuyer du comte de Moncalde , dont on a parlé au commencement de cette histoire^ vivoit à Lisbonne^ dans le quartier même qu'habitoit Diana. Il avoit appris, parles gazettes, son existence et sa délivrance. Aussitôt qu il sut qu'elle étoit à Lisbonne , il vola chez elle y fit dire son nom, et fut admis. Diana ^ qui avoit l'intention d'aller en Angleterre , lui proposa de s'attacher à elle , et de la suivre. Melcados y consentit avec joie.

Il avoit soixante-six ans; mais une santé parfaite, et toute l'activité physique d'un jeune homme.

Diana passa tout Thiver en Portàga) j et au mois de mai elle partit pour F Angleterre; elle n'arriva qu'à la nuit au

port où elle devoit s'embarquer. Les vents étoient contraires; on loi dit quelle seroit obligée d'attendre quelques jours un temps favorable^ ËUe sut qu'un vaisseau ^ dont la construction venoit d'être acbevee^ seroit béni le lendemain ^ avec les cérémonies d'usage dans tous les pays catholiques. Aiphonsine avoit un grand désir de* voir la mer; Diana laconduisit au point du jour sur le rivage ^ qu'elles trouvèrent désert encore. Diana renvoya ses gens , avec ordre de revenir-dans une heture. Aiphonsine^ à Fas^ pect de cette immense étendue d'eau ^ resta muette de surfM>ise et de saisissement. Après un long silence : (c O maman ! dit- elle , nous sommes seules sur ce rivage ; il semblé que cet univers si vaste ^ que je crois voir tout entier, ne soit habité que par nous ! . . . Ah ! plût au ciel que cela fût en effet!.... Qae d^'inqiiiétudes de nK)ins!.... Quoi ! nous allons nous embarquer sur cette onde agitée , si profonde , dont l'œil ne peut

apercevoir l'autre rive?*...— Auras-tu

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peur ? •-« La mort ne m'effiraie que par ridée que vous gémiriez de ma perte , ou que je pourrois vous survivre....

Mais sur ces flots ^ nous péririons au même instant ; nous quitterions la ^ie sans y rien regretter : nous paroitrions ensemble devant Dieu.... « — Chère enfant 9 ce détachement de la vie n'est pas naturel à ton âge ! O mon Alphonsine!

te trouves-tu moins heureuse ?..\..—< Moins heureuse avec vous , et quand votre ss^nté se rétablit ! non, maman , vous ne le croyez pas. Mais je m at^ triste , quand je pense que la violence et l'artifice peuvent nous séparer... Oh!

si l'on eût mis entre nous cette vaste mer !.... Ge|te idée n^e fait frémir !....

Maman 9 l'immense étendue de la terre

m'épouvante ! A quelle effrayante

distance il seroit possible que nous fus* sions l'une de l'autre I...— Non , non , mon enfant, s'écria Diana en serrant sa fille contre son sein; je ne serai jamais un seul instant séparée de toi. Si je

n'avois pas eu l'igiprudence de t'éloi-

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gner^ révénement qui nous a coûté tant de pleurs ne seroît jamais arrivé,,..— Et si^ dans nos promenades solitaires... , on m'eut enlevée sous vos yeux ?...—*• Jamais il n eût donné cet ordre inhumain....— Il est vrai qu'il ne vouloit pas ma mort.... — ^Et quel homme auroit assez de férocité pour arracher Alphonsine des bras de Diana !... Bannis donc ces tristes idées ^ et occuponsnous du spectacle intéressant qui se prépare ; tourne les yeux de ce côté ; regarde ce vaisseau neuf, dont la poupe est couronnée de fleurs. Hélas ! il nous ofire Fimage des destinées humaines ! Il est préparé par d'habiles mains , pour résister aux orages y et pour parcourir avec rapidité une route semée d'écueils; et cependant , malgré l'art et les soins de ceux qui l'ont formé; il n'arrive-^ roit jamais au port sans un sage pilote y et sans la protection du ciel !. . . » Comme elle disoit ces mots , elle vit s'avancer sur le rivage le capitaine de yaisseau et le commandant de la ville y avec une

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' suite nombreuse. Le capitaitie s'appro- ' cha de Diana , et la fit monter , avec \ sa fiUe, sur le navire. Un quart d'heure I après ^ le capitaine fut recevoir l'évêque i vénérable qui devoit bénir ie vaisseau. \ Il étoit à la tète de sou dex^é ; il tenoit un crucifix ; il monta sur le tillac ; il éleva le crucifix en Tair^ tout le monde se mit à genoux , et le capitaine , au nom de Féquipage j récita le Credo ; ensuite Févéque fît le tour du ^ vaisseau y en chantant des hymnes ^ et €n répandant du sel et du blé , sjm« ^ J^les de la prudence et de l'abondance. ( XiOrsqu il fut revenu sur le tillac, il y I attacha une branche d'olivier ^ y rersa . de Teau bénite ; et s adressant à l'équi^ page : « Chrétiens ! dit-ril y pour vivre dans ce petit espace , pour supports de longs travaux , et pour dormir en paix bercés sur des abimes , conserves , la foi de vos pères, soyez religieux. Loin des cités y et de toute habitation bu- «naine , vous allez vous élancer dans les déserts orageux de TOcéan ; vos accens

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ne seront plus répétés par l'écho des vallons et des montagnes ; la douce harmonie des concerts ne charmera plus vos oreilles. Vous n'entendrez retentir autour de vous que la voix menaçante de la mort. C'est elle qui mugit dans la vague soulevée ; c'est elle qui siffle dans les airs , et qui y par un bruit plus redoutable encore, éclate dans les nuages enflammés. Oui, la mort, toujours pressante et terrible , vous environnera de toutes parts; il faudra toujours lutter contre elle ; vous n'agirez plus que pour la prévenir ou pour la repousser.

Bruyante et tumultueuse , elle sera sous vos pieds , elle planera sur vos têtes , elle vous montrera chaque jour des tombeaux entr'ouverts..;; sépulcres profonds et mobiles , sur lesquels l'amitié ne peut graver un nom chéri !

Peut-êlre y serez-vous plongés tous au

même instant ! Vous chercheriez

vainement alors un asîle ; vous appelleriez inutilement à votre secours l'épouse et les enfaus restés dans vos

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foyers. Si vous périssez ^ tout doit périr avec vous 9 jusqu'au plancher fragile qui vous porte , jusqu'aux derniers vœux que vous formerez en expirant.

Maïs que dîs-je ? le ciel peut les recueillir et les exaucer*.. ; et ne peut-il pas aussi vous sauver du naufrage ?....

Que craint-on avec la protection de celui qui commande aux élémens y et dont la parole a tout fait ? Oui , la religion sera votre refuge ; en vous donnant la foi y elle vous donnera Tespérance, elle affermira votre courage. Au .

milieu de tant de dangers , tout aussi vous parlera de Dieu ^ de sa puissance souveraine y et de sa majesté suprême.

Forcés d'élever sans cesse vos regards vers les cieux^ et de consulter les astres du jour et de la nuit^ ah ! songez sur* tout à la main puissante qui règle leur cours I.... Partez sous les auspices de la religion; allez dans d'autres climats, porter et chercher les productions de la nature, et les fruits de l'industrie humaine. Vous êtes chargés d'un dé-

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p6t plus précieux encore; la patrie vous confie la gloire nationale. Honorez votre pays dans les contrées étrangères , par votre humanité , votre droiture et vos mœurs j et souvenez-vous que la religion , qui sanctifie les vertus , peut seule encore les rendre inébranlables. »

Après cette exhortation , Tévêque donna sa bénédiction à l'équipage; ce qui termina la cérémonie. Ce discours toucha profondément Alphonsine; elle montra le désir de passer en Angleterre sur ce même bâtiment qu elle avoit vu bénir , et que rien encore n'avbît profané. Diana y consentit , et quelques jours après , la mère et la fille s'embarquèrent ^ avec Melcados et leur suite*

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