‹ AlphonsineChapitre 13 sur 18 · IV · texte numérisé non relu

IV

2i)b ALPHONSINE.

adorée. i^Oh! comment, cllsoît-elle a sa mère , comment n est-on pas vertueux quand on est sensible ? — Cest qu on devient passionné ; et F amour, lorsqu'il est une passion violente , produit presque toujours des égaremens déplorables. — Ah !

maman, je ne veux aimer passionnément que vous L.. — Encore fautil que la raison règle toujours le senlîmenl que nous avons lune pour r autre. »

Diana laissales regrets d'Alphonsîne s'exhaler pendant deux ou trois jours , ensuite elle la ramena dans son île. Alphonsine , en revoyant le groupe qui représentoit ilnnocence soutenue par la religion , regarda sa mère avec une expression touchante, ses larmes coulèrent: et

elle se jeta d? ns les bras de Diana , ^•n disant : « x\h! sans doute , j'ai besoin de cet appui !•.. O maman/ ne parlons jamais de ce malheureux ( c'est ainsi qu'elle désignoit don Alvar , dont elle ne pouvoit plus prononcer le nom ) , n'en parlons plus ; je Yeux l'éloigner tout à fait de ma pensée !... »

Cependant Diana , qui avoit eu toujours un peu de fièvre tous les soirs, depuis le jour de l'enlèvement de sa fille , se trouva si mal en revenant de l'île d'Alphonsine, qu'elle se mit au Ht à huit heures du soir.

Son médecin déclara , en présence d'Alphonsine , qu'elle avoit une grosse fièvre , qu'il falloit uniquement attribuer aux inquiétudes déchirantes qu'elle avoit éprouvées. A

ces mots., Alpbonsîne , saisie de douleur , et craignant mortellement qu'on ne la bannît de la chambre de sa mère malade , s^approcha d'elle; et se mettant à genoux à son chevet : « O maman , dit-elle , ne vaut-il pas mieux que votre enfant prenne la fièvre , que d'être exposée aux persécutions du plus méchant de tous les hommes !,.. Sois tranquille , répondit Diana, tu ne me Quitteras plus. » A ces mots , Alphonsine baisa avec transport la main brûlante de sa mère ^ mais Diana lui ordonna de se coucher; elle obéit , en demandant avec instance qu'on n'éloignât pas son lit de celui de sa mère. L'inquiétude la tint éveillée , pendant qu'une femme de chambre veilloit dans un.

fauteuil. Combien , durant cette nuit , Alphonsine maudit don Alvar et sa funeste passion ! L'amour n étoit plus à ses yeux qu une folie haïssable , et chaque mouvement , chaque plainte de Diana augmen* toit son ressentiment contre don Alvar.

A minuit , Diana entr'ouvrit son rîdeau pour regarder sa fille ; Alphonsine se souleva, et jeta ses deux bras autour du cou de sa mère. Oh !

que j'aime à le revoir là , dit Diana. — Ah ! j'y suis pour ma vie ^ reprit Alphonsine. Maman, poursuivit elle , vous avez peut-être de l'inquiétude sur mes sentimens pour cet homme affreux ; rassurez-vous, mère chérie, je le hais... Oh ! reprenez la santé , et votre Alphonsine

270 ALPHONSINK.

reprendra tout^ sa gaîte ^ tout son bonheur!.... » Alphonsîne s^ arrêta ; elle vit que sa rnère fernioit les yeux, elle craignit de la réveiller.

Une heure après , Diana , d'une

voix forte et gémissante , appela sa

fille : « Me voilà , me voilà , dit Âl-

phonsine avec un violent battement

de cœur.,* O ma fille , ma fille , dît

Diana , reviens rendre à la vie ta

îualheureiise mère !..,. — Maman ,

s^ écria Al phonsine pénétrée d'effroi,

je suis près de vous ; je vous serre

dans mes bras... — Ma fille ^ ma

fille 1 répétoit Diana en délire ; où

est-elle ? Je veux Taller chercher !.*.

-~ Grand Dieu , disoit Alphonsîne,

a) ez pitié de moi! » A ces mois ,

malgré la garde, elle jeta une robe sur ses épaules; elle sonna, s'assll

sur le lît de sa mère pour aider la garde à la retenir, car Diana vouloil absolument sortir de son lit»....

Les autres femmes de chambre accoururent ; Alphonslne , d'une voix entrecoupée de sanglots , donna Tordre d^ aller chercher le médecin et le curé. Diana se débattoit toujours. La fatigue de lutter contre la résistance qu^on lui opposoit lui causa enfin une sorte d'assoupissement.... Le curé et le raédecln arrivèrent; ce dernier parvint à faire prendre une potion qui acheva de la calmer ; mais elle ne reprit pas sa connolssance. <f Ah !

disolt Alphonslne en répandant des torrens de larmes , elle ne recouvrera jamais sa raison égarée; elle ne me reconnoît pas!... O monstre l

^']1 ALPllONSÎNE.

cause de mon malheur; je jure.....

— Ma fille , interromprlt Yivement le curé, je vous défends de maudire, et de faire un serment dicté parle ressentiment; abjurez la haine, priez , et Dieu vous rendra votre

mère » A ces mots, Alphonsine

se prosterne, « Mon dieu, s'écrial-elle , je lui pardonne ; sauvez ma

ïTière »

Après un sommeil de trois heures, Diana rouvrit les yeux, et d'une voix languissante, mais naturelle, prononça le nom d' Alphonsine, qui, jusqu'à ce moment , n'avoit pas discontinué un seul instant les plus ferventes prières qu elle eût jamais adressées au ciel ; elle vola près de sa mère , qui la reconnut et Tembrassa. Alphonsine, transportée

de la joie la plus pure , passa le reste de la matinée à bénir et à remercier Dieu.

Diana conserva long-temps une extrême faiblesse ; mais la fièvre la quitta; elle fut en état de se lever le surlendemain. Celte nuit douloureuse éteignit entièrement Tamour dans le cœur d'Alphonsine ; elle n'avoit pas l'âme passionnée de ces héroïnes, dont l'amour indestructible n'est ébranlé ni par la frénésie, ni par les crimes d'un amant, ni par le mépris du monde , ou par la mort d'une mère. Ne sait-on pas qu'une femme inléressante doit sacrifier à son amant, la raison, la nature , sa réputation et sa vie?

qu'elle doit, s'il le veut , abandonner ses parens, renoncer à son rang,,

o-y/i. ALPIIONSINE.

a sa patrie , se couvrir d^opprobre aux yeux du vulgaire, et même se tuer si les circonstances l'exigent?

Les amans de nos romans modernes ressemblent, parles actions et par le caractère , à ce monarque redouté de l'Asie, ce Vieux de la Montagne , qui , toujours teint de sangi n ordonnoit que des suicides et des crimes, et qui toujours étoit obéi* Voilà la parfaite image du véritable amour. On Fa wsi bien représenté dans ce siècle , qu'il est probable qu'on n'osera plus désormais offrir de semblables tableaux.

ÀIPHOKSINE. ^75

V'VVVVVV\^'VV,VV\rVVVVVVVV\VVVVVVVVVvV\*VVVVVVVV\VVVWiiVVVVV'VV\^ vvvvw

Page 1