CHAPITRE XLVI
Qu'on s>e figure , s'il est possible/ le désespoir du coupable don Alvar ^ lorsqu'il apprit rëvasion d'Aïpbonsîne , et qu'il sut , à n'en pouvoir douter , que Diana elie-melïie et le curé lavoient emmenée, et qu'ainsi Alpbonsine connoîssolt tous ses artifices !.,.. Le jardinier, ' craignant sa fureur , s'étoit sauvé , maïs la petite fille déclara tout. Ces nouvelles accablantes lui causèrent une telle révolution , que sa blessure se rouvrît. Malgré cet accident si grave et une fièvre ardente , il écrivit deux longues lettres ; l'une à sa mère , et Vautre à Inès. Ces let-
très conlenoîent laveu de l'enlèvement d'Alphonsîne , et la peinture la plus énergique de ses remords , de son amour et de son désespoir.
Il envoya le même jour ces lettres par un courrier , avec ordre de ne s'arrêter ni jour ni nuit. '
Tandis que ces choses se passoient, le savant Antonio, toujours dans le château de la comtesse, contîriuoit paisiblement , depuis douze ou treize jours , ses belles expériences de chimie ; Pérès lui apportoit à peu près, tous les deux jours, un des petits billets que son maître lui avoit laissés. M. Antonio ne se lassoit point d'admirer la persévérance de ce jeune homme dans une étude si sédentaire , Pérès assuroît qu'il en perdoil le sommeil ^ et que sa
santë y succomberoit s'il ne la soutenoît pas par un régime plus fortifiant que de coutume. En effet , le sommelier et le cuisinier s'élon noient beaucoup de la quantité de vins et de vivres que Pérès demandolt tous les jours pour son maître.
Quelles furent donc la consternation et la surprise de M. Antonio ; en recevant un matin une lettre
foudroyante de la comtesse , qui lui apprenolt que on Alvar étoll, depuis treize jours , dans le royaume de' Grenade. La comtesse , outrée , finissolt en accusant M. Antonio d'une infâme complicité avecjson fils; d'après cette opinion, qui devolt paroîlre une certitude à une femme qui ne savoit pas combien les hautes sciences mettent au-des-
SUS des petites notions vulgaires , îa comtesse , sans respect pour la géométrie et la chîmic , traîtolt le pauvre Antonio comme un fourbe et un vil corrupteur de la jeunesse.
Elle lui ordonnoîl de quitter sans déîal sa terre , et de ne jamais se présenter devant elle. Cette aventure eût accablé M. Antonio , si ses expériences eussent manqué. Par bonheur , leur succès élolt complet ; il étoit certain d^avoir fait une découverte , qui , à la vérité , ne pouvoit être d'aucune utilité, maïs sur laquelle il liroit à l'académie un long mémoire qui seroit vanté dans les journaux et dans les gazettes ; et voilà de ces choses qui consolent de tout.
Cependant Inès , en recevant la
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lelîre de don Alvar , ne balança plus à s'unîr à lui pour obtenir le consenlomenl de la comtesse. Elle fut se jeter à ses pieds, pour la con* jurer de se laisser fléchir. « Songez , Inî dit-elle , qu après un tel événement, Tinnocente Alphonsine, malgré la pureté de son cœur et de sa conduite , restera déshonorée aux yeux de tous ceux qui ne seront pas instruits des détails de celle aven-turc. Songez que la malheureuse Diana en mourra de douleur, et que la réputation même de don Alvar sera tachée éternellement, si TOUS refusez un pardon généreux que VOUS ne pouvez accorder sans donner votre consentement... ; songez enfin , que don] Alvar est bien coupable , mai$ qu'il le sent, qu^il
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VOUS cliérît , qu'il n^a que vingt ans , qu'il est éperdûment amoureux, et qu'il se meurt!.... Votre Inès , poursuivît- elle , ne vous quittera jamais , je perds un époux , maïs j'acquiers un frère , et je resterai toujours votre fille. Oui , je jure à vos genoux , partout ce que la tendresse et la reconnoissance ont de plus sacré , de n'accepter un autre époux que de votre choix ^ et de ne donner ma foi qu'à celui qui fera le serment de ne jamais me séparer de vous.?»
La comtesse se rendit, Inès reçut sa parole, et sur-le-champ on donna tous les ordres nécessaires pour un prompt départ. Deux heures après , la comtesse et Inès montèrent en voiture^ pour se rendre, avec toute
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la diligence possible , dans le royaume de Grenade.