CHAPITRE L ET DERNIER
Durant la route , cjuî fut longue , les deux époux, tandis qu'Alphonsîne dormoit , ne s'entrete- IT. i5
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noient que d'elle et de la passion de don Alvar. Don Pèdre , en condamnant la conduite coupable de son neveu, n'en désiroît pas avec moins d'ardeur que ce jeune homme , fils unique d'une sœur qu'il chérîssoil^ devînt répoux de son Alphonslne.
Le bonbeur adoucit la sévérité, Diana se trouva beaucoup moins d'élolgneraent pour ce projet; elle se rappelolt le penchant que sa fille avolt eu pour don Alvar, et ellepensoit avec plaisir que la comtesse »
en donnant son consentement , ne croirolt plus honorer celle dont la naissance , légitimée , élolt maintenant aussi illustre que la sienne , puisqu'elle avolt le même nom. Sur la fin du voyage , don Pèdre et Diana , de concert , parlèrent à leur
fille de don Alvar. « C'est mon neveu , dit don Pèdre ; je sens que je raimeraî comme s'il étoîl mon fils...
Ah ! mon père , répondit Alphonsîne , ce seroit trop Taîmer !..., — Pourquoi ? — Vous raimeriez comme votre fille ? — Mais oui. •, Si iu voulois...* Ne ponrroil-il pas, en effet, devenir mon fils ? — Oh ! si vous aviez vu ma mère malade !•.,.
si vous aviez entendu ce qu'elle dîsoit dans son délire !.... — Que peut signifier un délire ?.... — Il m'a fait tant mal! je ne Foublierai jamais.
— Peux-tu conserver un tel ressentiment au bout d'un an ? — L'image d'une mère mourante peut-elle s'effacer de la mémoire? -- Mon AIphonsine , reprit Diana , nous pensons , nous sentons toujours de
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même. Comme toi ^ j'ai encore un peu de rancune ; quand elle sera passée , tu n'en auras plus du tout, yen SUIS sûre. » A ces mots, elle changea d'entretien. Celte prédiction surprit Aîphonsine , et la rendît rêveuse : elle avoit tant de confiance en sa mère !....
Plusieurs lellres avoient prévenu la comtesse de tous ces heureux événemens ; dans ces lettres , on la conjuroit de se rendre , avec Inès et don Alvar, dans le château de Diana ; on s'y trouva , en effet, tous réunis au mois de septembre,
La comtesse, heureuse de retrouver son frère , le reçut à bras ouverts , ainsi que sa belle-sœur; elle fil à sa nièce le plus touchant accueil; elle sentit enfin pour elle les
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tendresses du sang. Alplionsine avoîl le droit de porter le nom d'Alniédor, et la comtesse l'appela sa nièce avec une joîe sincère. Le malheureux don Alvarvouîoîtsc cacher aux yeux de Diana et d'Alphonsîne.
Tout le monde loua avec aUendrîsseraenl sa conduite parfaite durant l'absence de Diana. Don Pèdre^ en l'embrassant , jura dans son cœur de luî donner sa fille ; il le mena dans Tappartement de Diana.
Alphonslne rougit en revoyant ce jeune homme si mélancolique , si repentant , si passionné ; elle se rappeloit la prédiction de sa mère* ^ Madame , dit don Alvar à Diana , si j'ose me présenter devant vous , c'est parce que je vais m'en éloigner pour long-temps. N'est-on pas sûr
que vous accueillerez toujours avec
bonté les malheureux! — Non,
îion , s'écrîa don Pèdre ; plus cPaliieux , plus de départ; le ciel nous réunît, il ne faut plus nous quitter...
— Je pars dans trois jours, et pour un an, reprît don Alvar. — Je m'y oppose, interrompît don Pèdre. — Yous y consentirez , quand vous saurez que Thonneur m'y oblige.
— Comment ? — Don Juan est chargé d'une grande expédition maritime; il faudra combattre, et faire de longues navigations; charmé de servir sous ses ordres , j'ai demandé et obtenu de l'emploi...
— Tu ne savois donc pas le retour d'Alphonsîrie ? — J'ai fait cette demande le lendemain du jour oii ma mère a reçu votre lellre, — Et ta
mère y consent? — Je lui al confié mes motifs, mes sentîmens..,. , elle m'approuve. — Pars , mon enfant.
A ta place , je me seroîs conduit ainsi à ton âge. Alplionslne, dites adieu à votre cousin. » A ces mots, Alphonsîne , pour toute réponse , leva sur don Alvar desyeuxbaîgnés de pleurs. C'éloit obéir à son père :
ce muet adîeu valoît mieux qu'un discours. Diana, attendrie, tendit à don Alvar une main qu'il baisa avec transport; ensuite il sortit précipitamment , sans proférer une seule parole.
Don Alvar, avant de partir, assura le bonbeur d'Inès et de Dazeli.
La sage et sensible Inès vouloit ne se marier qu a son retour ; mais elle fut obligée de céder aux pressantes
instances de don Aivar, el aux ordres de la comtesse. Don Alvar partit pour Madrid le lendemain de ce mariage, avec M. Antonio, depuis long-temps justifié par lui auprès de la comtesse.
I>on Juan emmena don Alvar au port de mer où il devoit s'embarquer; il s'attacha à ce jeune homme. Il fut à la fois son chef, son mentor , et son ami. Grâce à rhabileté de don Juan, lexpédition fut couronnée d'un plein succès; Don Alvar s'y couvrît de gloire.
Au bout d'un an , don Juan le ramena à la cour, et s'empressa d'y faire valoir sa conduite el ses services. Don Alvar trouva sa mère à Madrid. Des affaires, des devoirs, et surtout la reconnoissance , l'y •
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retinrent près de trois mortelles semaines.
La duchesse d'Alziina n avoît pas revu sans émotion son ancien amant, après de si brillans succès* Comme beaucoup de femmes , elle étoit plus touchée d'une éclatante réputation que d un grand mérite. Elle fit quelques avances. Don Juan reprit sa première chaîne. Il épousa la duchesse ; et aussitôt après son mariage , don Alvar , la comtesse , Inès et Dazeli volèrent dans le royaume de Grenade. On conduisit don Al- Tar aux pieds d'Alphonsine ; les bans étoient publiés , le contrat de mariage prêt à signer. On le signa le soir même ; et Diana , se conformant enfin à lusage , après la signature ^ dit avec une extrême émotion ;
«Ma fille maîntenant embrassez votre
ëpoux » Ce fut pour Alphonsine
une parole étonnante , et un événement pour toute la famille. Tous les yeux se fixèrent sur Alphonsine. On rexamînoît avec autant de curiosité que d'intérêt. Don Alvar , parvenu au plus beau moment de sa vie ; don Alvar , éperdu , n'ose cependant 6 avancer.... Il contemple , d'un air
suppliant, le charmant visage d' Alphonsine. Elle avoilles yeux baissés, et jamais ses deux joues ne furent colorées d'un incarnat aussi vif......
Après un instant d'hésitation, elle s'approche de sa mère , en appelant don Alvar d'une voix tremblante, et elle dit à Diana : u Maman, embrassez-le d'abord.... » Don Alvar
mit un genou en terre ; Diana l'eai-
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brasse avec un senllment materneh,.
Alors Alphonsine , se penchant \evs don Alvar, appuie sa bouche sur la joue que vient de baiser sa mère... Qui pourroît peindre ce que ressentît don Alvar dans cet instant!. •..• Celte sensation délicieuse acheva de purifier son cœur. Le jeune homme qui sut apprécier ce chaste et premier baiser, ne pouvoit plus désormais désirer ou recevoir une faveur du vice.
Don Pèdre et Diana donnèrent avec joie leur Alphonsine , cette fille si chère , à Tamant fidèle qui avoil si bien réparé les fautes de famour et de la jeunesse. Est-il nécessaire de dire qu Alphonsine fut heureuse?
Celle qui fut le modèle de la piété filiale , celle qui eut des sentiment
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si religieux , une conscience et une morale si pores , pou volt- elle ne pas Têtre ? J'aurai bien mal atteint mon but, si Je laisse au lecteur de Tinquîétude sur le bonheur d'Alplionsîne.
Les romances et le cantique qui se trouvent dans cet ouvrage , ont ete mis en musique , avec accompagnement de piano, par M< Lambert. Le talent si distingue du musicien a su donner de l'inte'ret aux paroles. Le cantique a été' exécute' avec le plus grand succès dans uno infinité' de concerts. Ce beau morceau de musique et les deux romances se vendent chez M. Lëpîne , boulevart Montmartre , aux deux Lyres ji n.^ lo.
FIN DU DERHIER TOLUME,
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