EPILOGUE. SOI
^es , j'apprenais que le mot foyer est un dérivé de Boy ou foi, et qu'on a reconnu dans les Vêdas une limitation du Pentateuque. Enfin, l'auteur, dans son beau style à grands ramages, me faisait l'effet d'un avocat qui plaidait les circonstances atténuantes en faveur de la religion, sans y croire. J'étais sans doute injuste, et je me rappelai un mot de Lamennais qui déclare qu'on ne sait pas éciire en prison. Il est probable, pensai-je en moi-même, qu'on n'y sait pas lire non plus.
De temps à autre, un léger bruit m'apprenait que j'étais observé à travers le petit trou du guichet, et je m'empressais aussitôt de faire bonne contenance. Je me frottais les mains, je me promenais en souriant, je prenais unephysionomie expressive quidevaitdire au curieux, quel qu'il fût : Ces Prussiens sont de grands sots, il me servent en croyant me nuire, et je me moque de leur prison ! Mais, au fond, j'avais le cœur serré.
Le médecin delà prison, M. Hirtz,un bon homme queje connais d'ancienne date, vint me voir dans l'après-midi. « J'apprends que vous êtes malade, me dit-il, et j'accours. » Je lui répondis sans mentir que j'avais été très-souffrant, mais que je ne l'étais plus. Le fait est que ces émotions, quoique assez peu réconfortantes en elles-mêmes, m'avaient guéri comme par enchantement ; le mal moraî avait déiivé la douleur physique, et je ne me suis
jamais mieux porté que durant ces huit jours. Une deuxième visite succéda sans interruption à la première ; en voyant entrer M. Weber, avoué de Saverne et notre vieil ami, je pensai que pour un prisonnier au secret, je n'étais pas trop rigoureusement isolé.
M. Weber me conta qu'averti par ma femme, il avait couru chez le Kreisdirector (sous-préfet) et chez le procureur impérial. Ces messieurs n'étaient pour rien, disaient-ils, dans mon arrestation; l'ordre venait de Berlin, j'étais- poursuivi par le ministre de la guerre. D'ailleurs, le fonctionnaire et le magistrat promettaient de me traiter avec les plus grands égards, tant que je resterais à Saverne. Mais pourquoi diable me garder à Saverne, où Ton ne pouvait ni juger ni même instruire le procès? J enrageais à l'idée de languir plusieurs jours peut-être, sans faire un pas vers la solution.
Quand je vis le geôlier changer les draps du lit, apporter les ustensiles les plus indispensables de la toilette et réinstaller assez proprement, j'en conclus qu'on voulait me garder longtemps à Saverne, et je me pris à maudire les pauvres gens qui faisaient de leur mieux. Mais à peine eurentils fini, que la porte s'ouvrit de nouveau et qu'on m'invita à descendre. Le commissaire et les gendarmes m'attendaient au greffe pour me conduira