‹ Alsace, 1871-1872Chapitre 13 sur 34 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

à Strasbourg. On me rendit ma montre et mon argent, en m'invitant à vérifler le compte.

— Eh! parbleu, répondis-je, j'aime à croire que si vous étiez des voleurs, vous ne seriez pas des geôliers.

Mon commissaire du matin prit un nouveau dé* tour pour me mener discrètement à la gare, mais l'éveil était donné. On avait remarqué que la police mettait ses gants, de vieux gants noirs déteints qui ne servaient que dans les occasions solennelles; il n'en fallait pas davantage pour apprendre à tout le pays que j'allais être transféré. La foule se porta donc à la gare, et si j'ai fait un peu de bien dans ma vie aux honnêtes gens de cette pauvre petite ville très-française, j'en fus plus que payé ce jour-là par la sympathie générale. En dépit des gendarmes, et à la barbe rousse du commissaire, je me vis entouré, embrassé, presque fêté.

11 n'y eut pas de secret qui tînt, plus de vingt personnes trouvèrent le moyen de s'entretenir avec moi. On m'apprit qu'un de nos amis m'avait devancé à Strasbourg pour chercher un avocat, tandis qu'un autre allait porter une dépêche au télégraphe français d'Àvricourt. C'était à qui se chargerait d'un message pour ma famille.

L'encombrement fut tel et la manifestation prit en un rien de temps une couleur si franchement

patriotique, que le commissaire me pria d'entrer au buffet. Il fallut l'arrivée du train, à quatre heures, pour rassurer ce pauvre agent de la Prusse ; il me fit monter avec lui dans un compartiment de seconde classe, il se flanqua d'un gendarme à revolver, et, poussant un soupir de soulagement, il partit au milieu d'une immense bordée de coups de chapeau qui ne s'adressaient pas à lui.

En débarquant à Strasbourg, je trouvai sur le quai de la Gare mon vieil ami Pfortner, célèbre avocat alsacien, qui a opté et qui abandonne un revenu de 25,000 francs pour recommencer sa carrière à Dijon. Il me présenta à son compagnon, M. Schneegans, avoué de grand talent, qui plaide également bien en français et en allemand, et qui avait bien voulu se charger de ma défense. L'un et l'autre, en deux mots, me mirent au courant de l'affaire et calmèrent mes inquiétudes : #

— Il s'agit, dirent-ils, de vos articles du Soir; on vous poursuit pour haute trahison, mais personne ne croit l'accusation soutenable. Cependant tout est possible ici. L'essentiel est que les magistrats sont décidés à mener rondement les choses; vous serez jugé le 25 au plus tard, peut-être même tiendra-t-on d'ici là une séance extraordinaire. Le conseil de guerre est mieux composé en ce moment que vous ne semblez le croire, et le juge

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