‹ Alsace, 1871-1872Chapitre 14 sur 34 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

d'instruction qui s'occupe de vous est un fort honnête homme, très-modéré et très-sensé.

Tout en causant, M. Schneegans et Pfortner me conduisent à une voiture découverte, où je monte avec le commissaire à ma gauche et le gendarme devant lui. Le voyage ne fut pas long, au bout de cinq ou six minutes, nous étions arrêtés dans la petite rue du Fil, entre une habitation brûlée par le bombardement de 1870 et la maison d'arrêt. Le commissaire court au cabinet du juge d'instruction pour lui rendre ses comptes, tandis que le gardien-chef et le greffier prennent possession de mon humble personne. Le greffier, un jeune Prussien, qui ne sait pas deux mots de français, après m'avoir repris ma montre et mon argent, inscrit sur un grand livre mon signalement détaillé.

Il me fait passer sous la toise, comme un conscrit, il m'oblige à montrer mes dents, comme un cheval à vendre. Au milieu de ces opérations bizarres, Pfortner et M. Schneegans, qui nous avaient suivis à pied, viennent me recommander aux gardiens et s'informer si je n'ai besoin de rien. J'avais besoin de tout, mais grâce à leur active amitié,

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j'eus, le soir même, et en abondance, tout ce que je pouvais désirer, linge, papier, brosses, savon, et même des cigares. Ils s'occupèrent de ma nourriture, et, dès le premier moment de cette caplivite jusqu'à la dernière heure, il n'a tenu qu'à moi de faire deux excellents repas par jour. On me promit, en outre, que, le surlendemain, lundi, le juge d'instruction laisserait ma famille et mes amis me visiter tout à leur aise, et l'espérance que j'en conçus ne fut aucunement trompi'c.

Au moment où j'allais monter à la pistole, le gendarme prussien qui m'avait amené vint prendre congé et me dit :

— Monsieur, je retourne à Saverne, et j'espère que vous y serez bientôt, vous aussi.

Il y a donc de braves gens partout, même en Prusse I

Quand la seconde grille, qui sépare la prison de la cour d'entrée, se fut ouverte devant moi, le premier objet qui frappa mes regards fut un portrait du roi de Prusse, enluminé comme une vieille image d'Êpinal, et plus semblable à un Gambrinus de brasserie qu'à un prince de notre époque. La dévotion de quelque employé l'avait enguirlandé de fleurs de papier peint et déteint, et, par un hasard maladroit, cette glorieuse effigie était suspendue au-dessus d'un trou noir qui est le parloir des prévenus. Les parents, s'il en est, qui viennent

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