ÉPILOGUE
forestier, habitait vers la Wanlzenau, le pays des honnes poules; il y avait cinq jeunes sœurs à la maison, etlegarçon parlait de sa famille avec une lendre&se touchante. Il déplorait de tout son cœur le mouvement de vivacité qui lui avait fait porter là main sur un de ses plus chers camarades. Ces jeunes Alsaciens sont quelquefois terribles, jamais méchants; le malheur est qu'ils aient la tête si près du bonnet et la main si près du couteau.
J'ai eu le temps d'étudier celui qui partageait ma mauvaise fortune ; il est d'un naturel doux et mélancolique. Détenu depuis un mois, obligé d'attendre en prison les assises de novembre, il sentait vivement la nostalgie des forêts natales et du toit paternel. Je l'ai trouvé non-seulement trèsconvenable en tout, mais serviable et même cordial; et, dans nos longs tête-à-têle, je ne lui ai pas entendu 4ire un mot qui ne fût d'un brave garçon.
J'avais essayé de dîner, à la lueur de sa chandelle, sur la petite table où nous devions nous asseoir tour à tour, lorsqu'un gardien vint m'annoncer que le juge d'instruction m'attendait. Je le suivis lestement, charmé de voir que la justice de M. de Bismarck ne traînait pas les choses en longueur. Arrêté à six heures du matin, entendu à sept heures du soirl C'est un sort dont tous les prévenus s'accommoderaient volontiers.
Les magistrats instructeurs sont aussi mal installés à Strasbourg qu'à Paris, et par suite de circonstances analogues. Là-bas aussi, le palais de justice est brûlé. Mais ils ont la consolation de savoir qu'il a été brûlô pour eux, par les obus de leur glorieux maître.
M. Mer rem, juge d'instruction auprès du conseil de guerre mixte, est un homme d'environ trente ans, fortbiendesa personneet décoré d'une jolie barbe blonde dont il paraît avoir grand soin. Il me reçut très-poliment, s'excusa d'être mal logé et demanda si je pouvais subir mon interrogatoire en allemand. Je répondis que, sans ignorer la langue allemande, je ne m'en servais pas assez bien pour l'employer dans une circonstance si grave; qu'un accusé ne doit sacrifier aucun de ses avantages, et qu'en faisant venir un interprète on m'obligerait beaucoup.
— Malheureusement, reprit-il, je n'ai pas d'interprète sous la main, mais j'entends assez le français pour vous comprendre, et nous nous expliquerons chacun dans notre langue, si vous voulez.
Ainsi fut fait; et devant le greffier, M. Merrem procéda aux questions d'usage : Où êtes- vous né ? En quelle année? Êtes- vous marié? Combien d'enfants ? Avez-vous de la fortune? Vous n'avez jamais subi aucune condamnation? Il prit ensuite un vieux numéro du Soir, daté du 20 oclobre 1871, et de-