ÉPILOGUE
siennes et la conduite et le caractère de nos fonc-
te ;■ tionnaires allemands; mais, par un hasard fort t : /'
heureux, la pet sonne du dieu Guillaume et celle
de son prophète M. de Bismarck n'y étaient pas
mises en cause.
Parmi les faits que j'avais énoncés, je maintins les uns pour les avoir vus moi-même et les aulres pour les tenir des témoins les plus dignes de foi, mais sans compromettre personne. J'insistai d'ailleurs sur ce point que des faits, vieux d'un an pour la plupart à l'époque où je les avus publiés, ne pouvaient être considérés, comme des nouvelles, et qu'à ce titre ils échappaient à l'ordonnance de
Je rétractai pourtant deux lignes, mais spontanément : j'avais écrit que les nouveaux fonctionnaires de l'Alsace-Lorraine élaient le rebut de la nation germanique. La loyauté me faisait un devoir de dire à M. Merrem qu'un pareil jugement, fût-il justifié dans ses traits généraux, n'était pas soutenable en présence d'un galant homme tel que lui.
Galant homme, il le fut jusqu'à la dernière minute, et convint de fort bonne grâce que tous les paragraphes incriminés ne contenaient que des critiques, acerbes, hostiles, violentes niêrne, mais de simples critiques de l'organisation prussienne en Alsace.
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Toutefois comme la haute trahison, obstinément affirmée par le ministère public, était encore revenue sur le tapis, je ne crus pas inopportun de rappeler le vieux proverbe, qui dit : « On n'est trahi que parles siens. » Comment aurais-je pu vous trahir, n'ayant jamais été des vôtres? Je suis votre ennemi, je hais les conquérants de la Lorraine et de l'Alsace, et je les hais non-seulement comme citoyen, mais comme individu. Vous avez annexé mon pays natal, Dieuze, une petite ville lorraine, c'est-à-dire plus que française, qui n'a jamais été allemande, où personne ne parle allemand, excepté vos nouveaux fonctionnaires. C'est là que mon père est enterré; le tombeau de mon père est à vous. Vous avez annexé mon pays d'adoption, Saverne, où j'ai passé quatorze ans de ma vie, où j'ai écrit les trois quarts de mes livres, où j'ai vu naître qualre enfants, sur cinq que j'ai. Le berceau de mes enfants est à vous. Mais si je n'étais pas votre ennemi, je ne serais ni un fils, ni un père, ni un homme ! Ecrivez, je vous prie, dans l'interrogatoire, que je suis votre ennemi.
— Naturlich /répondit le juge, avec l'imperturbable sérénité que j'avais déjà admirée. Et il dicta au greffier : « Je suis votre ennemi, je hais les conquérants de ma patrie. »
Quand j'eus S'gné la feuille, je pris congé en demandant si l'instruction était terminée.