EPILOGUE
— Eh ? mais, répondit-il, qu'on les arrête si Ton *eut. Cela nous sera bien égal î
Ce propos nous remit en mémoire l'aventure de denx reporters prussiens qui pendant le siège de Bilche y coururent sur un faux bruit, convaincus que la ville était prise. Ils furent arrêtés comme espions et logés à la citadelle, où les obus de leur gracieux roi tombaient comme grêle autour deux. Ces malheureux hurlaient de peur et suppliaient les chefs de l'armée assiégeante d'intervenir en leur faveur, mais on n'eut garde. Il restera toujours assez de journalistes, au gré des soudards prussiens.
Dn honorable habitant de Strasbourg disait à ce M. Staedler : « Mais ne craignez-vous pas, en condamnant un écrivain français, d'ameuter contre vous l'opinion de l'Europe? » Il répondit : « Nous n'avons pas à compter avec l'opinion, par la raison bien simple que nous sommes les plus forts. »
C'est l'école de M. de Bismarck. Il est certain que lé prince-chancelier n'eût pas accompli le demiquart des choses monstrueuses qu'il a faites, sans ce profond dédain qu'il professe pour l'opinion. Les Allemands, race servile, ne refusent rien au plus fort; la représentation nationale lui permet de décréter les impôts et de violer toutes les lois ; les malheureux États du Sud, rossés par lui, trouvent tout naturel de se faire décimer à son profil
et pour sa gloire. L'Europe elle-même, avouons-le, dans 1 "ahurissement général de 1870, s'est montrée quelque peu Allemande; elle n'a rien trouvé à dire contre les arguments du canon Krupp. Mais si r opinion, comme la vapeur, est une force compressible, elle se venge quelquefois par de belles explosions. Patience !
Cet excellent M. Staedler, un jour que Ton croyait lui avoir démontré l'illégalité de sa poursuite, s'écria : « C'est égal ! avouez qu'il faut avoir un rude aplomb pour posséder une maison à Saverne lorsqu'on écrit de teljes choses contre nous !»
. Quand le mot me fut rapporté, je répondis : « Mais j'étais à Saverne avant les Prussiens; s'il leur déplaît de s'y trouver avec moi, qu'ils s'en aillent ! Ils en ont assez vu maintenant pour savoir qu'ils n'y seront pas regrettés. »
J'étais encore sous le coup de ces impertinences, le lundi soir, lorsque M. Merrem me fit subir mon deuxième interrogatoire. Il me parut aussi poli, disons même aussi bienveillant que Pavant-veille. Le feuilleton du Soir, traduit en allemand par l'interprète du tribunal, figurait comme pièce à conviction sur sa table, et Ton avait marqué par des coups de crayon les passages incriminés. Nous les lûmes ensemble ; ils contenaient des attaques assez vives contre l'organisation de la conquête prus-