‹ Alsace, 1871-1872Chapitre 33 sur 34 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Elle y arrivera, je l'espère : son revenu, qui varie avec le produit des récoltes, est de 160,000 fr. en moyenne, et il y a probablement quelques capitaux en réserve, car on avait commandé jadis à ce pauvre Hippolyte Flandrin un travail de 250,000 fr., que l'admirable artiste, tué trop tôt, n'a pu fournir.

La conversation du bon abbé Gerber et celle du pauvre docteur d'Eggs étaient assurément fort attachantes, et les visites de ma famille ou de mes amis remplissaient agréablement une partie demes journées; mais rien ne pouvait me consoler de la perte d'un bien sans lequel tous les autres sont peu de chose. J'attendais impatiemment des nouvelles de l'instruction supplémentaire, et je n'en recevais plus aucune. M. Merrem était parti le jeudi matin pour je ne sais quel canton du Haut-Rhin, où Ton avait signalé un vol à main armée; le vendredi, à deux heures, il n'était pas encore de retour.

A ce moment, notre ami M. Mallarmé vint me direqu'il avait causé avec M.Staedler. Jen'ai jamais vu ce grand homme, et je mourrai probablement sans connaître son visage ; mais mon avocat et mes conseils étaient admis à le contempler et ils plaidaient à tour de rôle avec tout leur talent et tout leur cœur. M. Mallarmé me dit donc, ou nom du procureur impérial, que l'affaire n'était pas, ou du moins n'était plus grave, et que j'en serais quitte

à bon marché; mais qu il fallait absolument donner une leçon à la presse parisienne.

Je ne voyais pas trop comment les circonstances les plus atténuantes pourraient ramener un crime de haule trahison au niveau d'une contravention de simple police. Cependant je me couchai ce soirlà dans l'idée que nous réglerions tous nos comptes par huit jours de prison au minimum, un moisau plus, et, bercé par le doute entre ces deux hypothèses, je m'endormis d'un profond sommeil.

Tout à coup, un fracas de clefe et deverrous me réveille, et tout en me frottant les yeux, je voisou plutôt je devine un des gardiens de la prison... « Comment! vous formez? me dit-il. Pardonnezmoi de vous déranger, mais j'ai appris, par le plus grand des hasards, une si heureuse nouvelle que je n'ai pu me tenir de vous la communiquer : vous serez libre demain matin! »

Si je n'imprime pas ici le nom de cet excellent homme, ce n'est pas ingratitude, mais prudence. 11 est trop dangereux de remercier en public ceux qui se sont montrés nos amis contre les Prussiens.

Je dormis mal, on peut le croire, mais je ne me souviens pas d'avoir passé une meilleure mauvaise nuit.

Le lendemain malin, M. Schneegans et mes conseils accoururent à la orison pour confirmera

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