‹ Alsace, 1871-1872Chapitre 32 sur 34 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

cetle grande émigration, qui, après avoir emporlé la colonie des fonctionnaires français, entraine tous les catholiques assez riches pour s'expatrier. La plupart des Alsaciens qui demeurent, pouvant partir, appartiennent à la confession d'Augsbourg. Ce n'est pas que les protestants n'aient donné les plus beaux exemples de patriotisme; j'en sais beaucoup qui ont été admirables, et, pour ne citer qu'un seul fait entre mille, je rappellerai le soufflet de madame Eschenauer.

Elle passait dans la rue, en grand deuil, le jour anniversaire de Reichshofcn ; un officier allemand la rencontre et lui dit :

— Toi aussi, belle dame, tu portes le deuil de la France?

Elle répondit du revers de la main, si bruyamment, que le général-commandant supérieur dut l'entendre, carie faquin fut renvoyé dans son pays. Madame Eschenauer est la femme d'un pasteur, et beaucoup d'autres protestantes, soufflet à part, se sont montrées bonnes Françaises comme elle.

Mais on peut dire, en thèse générale, que le joug allemand est un peu moins intolérable aux protestants qu'aux catholiques. Si tous les Alsaciens aiment la France d'un même cœur, ils ne peuvent pas tous détester également la Prusse : il n'y a pas de haine inexpiable entre ceux qui prient en commun.

Le clergé protestant, bien rente et qui fait de beaux mariages, réparera facilement par l'immigralion allemande le déficit que l'option a jetédans ses revenus. Mais le clergé romain souffre déjà sensiblement des circonstances qui ont écrémé la population catholique et qui ne laissent autour de lui que des pauvres à secourir. Le casuel est à peu près perdu ; or, du petit au grand, les ecclésiastiques vivaient du casuel bien plus que du traitement fixe.

L'évêquede Strasbourg, par exemple, recevait 10,000 francs de l'État et, sansle casuel, quis'élevait au double, il n'aurait jamais pu tenir son rang. Admettons, je le veux,qu'il vive dorénavant en apôtre; mais le petit clergé, qui a pratiqué de tout temps une simplicité apostolique, n'aura pas même les pains et les poissons de l'Évangile à mettre sous sa dent, car les soldats et les ouvriers allemands dévorent tout, et ces consommateurs gloutons ont doublé en moins de deux ans le prix de la vie.

J'étais curieux de savoir quelle indemnité le vainqueur consacrait aux réparations de la cathédrale, où ses obus ont fait pour 600,000 francs de dégâts. On m'a dit, mais j'ai peine à le croire, que Dieu serait le seul propriétaire exclu de la répartition générale. Il faudra donc que l'œuvre Notre- Dame pourvoie à tout sur ses propres ressources,

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