‹ Alsace, 1871-1872Chapitre 6 sur 34 · C: il doit · texte numérisé non relu

C: il doit

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allemands ! C'est le clergé des deux coin chrétiennes qui, dans un inlérèt, hélas î fendu, s'e^t opposé à renseignement du sur celle terre si française. Nous avons < fort de lui céder; nous avons péché par tolérance, personne ne nous accusera d'a\ mis un seul excès d'autorilé.

Les hommes de Berlin, s'ils èlaienl ai en politique qu'en balistique, auraient li de notre expérience en évitant notre uniqi Dans quel but ont-ils pris l'Alsace et une ] la Lorraine? Pour tourner contre nous Strasbourg et pour nous opposer la ban Vosges qui nous couvrait contre leurs in Disons encore, si vous vo ilcz, qu'ils clai; chéspar les ressources de ces provinces compilaient les mines, les carrières, les 1 l'État, les plaines grasses, les grands oulil celle masse énorme de richesses natur factices qui produit des millions d'impôt, pouvaient se donner tout cc?a, et même 1< quelque temps, sans dépeupler l'Alsace e iaine. Les forteresses, ils les ont; la li Vosges ils la tiennent ; le domaine, ils lent; l'impôt, on Peut payé cnlre les in leurs percepteurs, parce qu'on a l'habit u

payer. On eût môme envoyé les enfanls dans leurs écoles allemandes; ils y vont déjà, l'on se plie aux rigueurs de l'enseignement obligatoire; on se fait une raison, on sait que les jeunes Français d« l'intérieur apprennent l'allemand et on l'apprend comme eux, aux mômes fins.

Qui sait ce que l'Alsace et la Lorraine annexées seraient devenues en dix ans, sous un régime intelligent, humain et paternel? On pouvait dégrever les impôts, car le pays n'a plus de dette ; on pouvait transporter les voyageurs et les marchandises à vil prix sur des chemins de fer qui n'ont r'en coûté ; on pouvait développer une telle prospérité dans ces provinces que le patriotisme des âmes vulgaires eût succombé au régime émollicnt du bien-être. Quelle honte pour les annexés, et quel danger pour notre patrie !

Nous y avons échappé, Dieu merci, et M. de Bismarck, qui passe pour un esprit délié, a commis, dans notre intérêt, la plus énorme balourdise. L'expulsion des optants et l'imminence du recrutement prussien ont rendu tout accommodement impossible entre les conquérants et le peuple conquis. Le roi Guillaume, un peu gâté par l'habitude de gouverner des Allemands, a cru qu'il suffisait de commander pour ôtre obéi en Alsace. M. de Moltke avait hâle de former ses régiments d'Alsace-Lorraine pour armer nos meilleurs soldats

Toul jeune homme arrivé à l'âge de raison met le marché à la main Je ses parents et leur «lit : Si vous ne pouvez pas m'cxpédier en France, laissezmoi prendre ma volée avec les camarades. On travaille parlout, je gagnerai mon pain, soyci tranquilles : d'ailleurs, j'aimeraiç mieux le mendier que de coiffer le casque pryssien.

Que répondre 5 cela ? Les vieux parents s'inclinent, font le paquet du garçon, et la mère y glisse en pleurant ses petites épargnes. Tous ceux qui ont un peu de bien et qui peuvent le réaliser émigrent avec leurs enfants. C'est un gros changement dans la vie ; on sera presque pauvres, après avoir été presque riches , mais du moins on ne sera pas séparés. Mon voisin de campagne, à Saverne, était un homme aisé, inslruit, de ceux qui sont parlout à leur place. Ses intérêts le clouaient au sol natal ; cependant, comme il a quatre fils, et qu'il ne veut à aucun prix les voir Prussiens, jelc trouvai dans les apprêts de l'émigration. Mais la veille du jour fixé pour le départ, la mère de famille, frappée au cœur par le speclaclc de l'invasion et malade depuis deux années, rendit l'ânic. Le mari et les orphelins ont eu à peine le temps de fermer celte tombe, où ils reviendront quelquefois, si la police allemande le permet. Il faut paitir d'abord, c'est l'échéance-; la politique de M. de Bismarck n'attend pas. Hors d'ici, les vaiû-

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eus! La Prusse ne connaît ni femmes ni mères; priez vite et allez- vous-en !

Ceux qui s'en vont prennent de grands pi s'arrêtent à la frontière, chacun selon sei rances et son tempérament. S'ils pensent malheur du pays pourra tlurer longtemps sont d'une humeur aventureuse, ils quitter môme la France; ils s'embarquent pour le C où l'on parle encore français, ils vont coloi Far West des Étals-Unis; ils porteraient leur et des bras vigoureux, en Algérie, si les tei domaine étaient prêtes à les recevoir. L( nombreux, heureusement, sont retenus pi superstition touchante: ils se fixent au pli du pays, comme s'ils étaient sûrs que 1 quités prussiennes auront leur châtimen peu. Ils encombrent Belfort, Nancy, Gray, et les autres villes de l'Est, sans guère d< Dijon comme extrême limite. Pauvres gens!

gens! le jour où leur pays redeviendra fr ils veulent être à portée d'y rentrer les pr et d'un bond.

On me citait une pauvre veuve de soixai qui a trois fils sous les drapeaux. Elle a s'est installée à Visombach, premier villag çais sur la route de Sainte-Marie-aux-M Sainl-Dié. Tous les matins, elle gravit à péniblement la montagne, et, s'arrêtanl. p

poteau qui fixe la limite des deux pays, au sommet du plateau, elle porte tristement son regard vers l'Alsace. Elle interroge les nombreux et infortunés voyageurs qui sillonnent la route, émigrants eux aussi, et demande à chacun d'eux si elle ne pourra pas bientôt retourner au pays natal et regagner 3a vieille demeure* Chaque jour elle accomplit ce douloureux et sublime pèlerinage. Le messager tant désiré n'est pas venu encore ; vivra-t-elle assez longtemps pour le voir arriver?

Mais les plus malheureux de tous sont ceux qui restent.

C'est à coup sûr par une faveur spéciale d'en haut que le roi Guillaume, M. de Moltke et M. de Bismarck, trois vieillards , poursuivent leurs glorieux desseins sans songer aux gens de leur âge, hommes et femmes, qu'ils plongent dans la misère et dans le désespoir. Les lois de la guerre semblent douces quand on les compare au régime de la paix prussienne : sur un champ de bataille, on ne tue que les jeunes ; sur leur champ de conquête, en pleine paix , les grands hommes de Berlin tuent tout.

Jamais lçs yeux de l'homme n'ont vu spectacle plus navrant que le départ de ces longs trains qui emportent la jeunesse alsacienne et lorraine loin du pays natal. Les garçons rient et chantent pour ne pas pleurer ; ils ont bu , ils se sont, monté

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la Icte, et d'ailleurs la jeunesse est facilement éblouie par les miiages de l'inconnu. Mais quand la machine a sifflé, quand la dernière voiture a disparu avec tous les chapeaux qui s'agitent aux portières, il reste sur le quai une masse inerte, hébétée, stupide, et comme anéantie par l'accablement du malheur. Cela vit cependant, car cela souffre, et la respiration qui sort de cette matière opprimée est un vaste et unanime sanglot. Dieu sait combien de temps ils resteraient en place ! Mais les gens de la gare viennent bientôt leur rappeler que c'est fini. J'ai suivi un vieux couple de paysans qui s'éloignait à petits pas ; l'homme disait à la femme :

— En avoir eu trois, et maintenant plus un !

—Si seulement ils pouvaient être heureux ! reprit

la mère.

— Et nous? De si bons ouvriers ! Que feronsnous sans eux ? Comment vivre?

— Tais-loi donc ! à quoi sert de vivre?

Us devisèrent longtemps sur ce ton, en s'essuyant les yeux de temps 5 autre, et sans entremêler à leurs plaintes un seul mot de malédiction. Mais lorsqu'ils furent arrivés à leur porte, avant d'entrer dans ce logis désert, le vieillard recula d'un pas, leva le bras au ciel et murmura d'une voix «ourde :

« Mais s'il y a jamais une justice en ce monde eu dans l'autre t.. . »

Amen /mon pauwcami. Du plus profond démon cœur, amen l

Comme on juge volonlirrs le prochain d'après soi, les Allemands n'ont pas prévu Poplion, si ce n'est comme un accident rare et lin caprice de quelques esprits mal laits. Lorsqu'ils ont vu que contre leur attenlela meilleure partie de la population envahissait tous les bureaux pour réclamer la nationalité française, ils se sont consolés en disant que ces milliers d'optants ne songeaient qu'à protester contre la conquête el à «faire acte d'opposition. C'est dans l'espoir d'arrêter un tel scandale qu'ils se mirent à violenter le texte du traité de Francfort, comme si ce traité, signé par nous sous le couteau, ne leur assurait pas d'assez beaux avantages. Ils décidèrent que l'option serait nulle si elle n'était suivie d'émigration avant la date du l tf octobre, et aux honnêtes v i:ens qui venaient en foule pour opter, le fonctionnaire prus* sien répondit a\cc arrogance : « Que voulez-vcus de moi? Je n'ai pas le temps de recevoir et

L'ÊMI G NATION. *

d'inscrire des déclarations nulles : on sait bi< vous n'émigrerez pas ! »

Quand il fui amplement prouvé que la jei au moins oplait pour émigrer d'urgence, et <; vieux parents resteraient seuls dans le pa vainqueur ne négligea rien pour enchaîner 1 à la condition de leurs pères; il décida q chefs de famille ne pourraient pas opter leurs culanls mineurs sans opter pour eux-m c'csl-à-dire sans abandonner tout ce qu'ils daieut sur le territoire annexé. Le traite de J fort avait pourtant garanti la personne et h priéié des optants ! Dans leur tendresse ingén les parents s'avisèrent d'émanciper leurs fils qu'ils eussent le droit d'opter et d'émigrer s reste de la famille. Ce subterfuge réussit u] ment ; j'ai publié en mai, dans le XIX 9 sièc pièces authentiques d'une émancipation d neur, suivie d'oplion. Mais bientôt les gc Berlin nièrent le droit indiscutable qu'ils a reconnu et consacré par des actes ; leurs jou nous firent connaître que les mineurs éma ne seraient pas admis à opter valablemcn surcroît de précaution, ils affichèrent da communes la loi qui punit d'une amende h 1,000 thalcrs, selon leur fortune, les fa des réfrac la ires.

Tout ce luxe d'injustice cl de violence ne

qu'à précipiter le courant de l'émigration. L'ennemi se flattait deretenir les fils, il réussit à chasser les pères et les mères.

Non-seulement à Saverne, mais partout .où je me suis arrêté pour un jour, j'ai été consulté par des amis, de simples connaissances et même des inconnus qui avaient tous la même question sur les lèvres : « Comment faut-il s'y prendre pour que les enfants soient Français? v Je répondais de mon mieux et je ne dissimulais pas les difficultés élevées au dernier moment par l'omnipotence prussienne. Pas un père qui, après m'avoir gravement écouté, n'ait conclu en disant : S'il n'y a pas d'autre moyen de sauver la nationalité des garçons, j'opterai moi-piême et j'abandonnerai tout.

Dans le nombre de ces honnêtes gens, j'ai remarqué et admiré une Allemande francisée par le mariage et restée veuve avec un fils. — A tout prix, disait-elle, il faut que cet enfant soit Français ; il y va de sa carrière.

— A quel état le destinez- vous donc?

— Mais je veux qu'il entre à Saint-Cyr !

Les familles qui ont trouvé moyen de vendre leurs maisons ou leurs terres à cinquante pour cent de perte n'ont pas cru faire un mauvais marché.

Les mobiliers s'empi'ent sur des chariots et se

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