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Voilà dos raisons fort plausibles, cl je me ferais scrupule de les rejeter sans discussion, à la vieille mode de France. Je ne suis plus un jeune homme, je suis entré depuis un certain temps déjà dans l'âge philosophique ; je crois que tout arrive et qu’il ne faut rien nier « pi lori, pas môme l’honnételé des Prussiens.
Toutefois, si on me permet de formuler mes sentiments avec fraiîchise, je dirai que Belfort, après inspection sommaire, m’a fait l’effet d’un de ces gros inorceau.v qu’un conquérant goulu comme le nôtre ne peut approcher sans que l’eau lui vienne à la bouclie. Le roi Guillaume n’a pas besoin de cette place, puisqu’il a Met» et Strasbourg, deux larges portes ouvertes sur la France. Il n’en a pas peur, quels que soient les beaux côtés de la position, car il sait, à six mois près, combien il nous faudra de temps pour créer et outiller une armée de 1,200,000 hommes. Et malgré tout, j’ose affirmer qu’il ne rendra pas sans douleur ce chef-d’œuvre militaire de la nature, enrichi et perfectionné par une quantité prodigieuse de travail humain. Quand on s’est promené seulement une heure dans ce monde de bastions, de demi-lunes, de redans, de cavaliers, de fossés taillés dans le roc, de glacis, de caponniéres et d'embrasures, quand on a pu additionner en imagination tous ces moyens naturels et artifi-
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ALSACE
ciels (le donner la mort sans la craindre, on n’a pas besoin d’être très -Prussien pour éprouver la tentation presque irrésistible d’avoir cela pour soi ' plutôt que contre soi.
, ’ La question de droit, que les Prussiens eux-
mêmes ne sauraient mettre sous leurs pieds sans émouvoir le monde civilisé, ne fait pas l’ombre d’un doute. Il est certain que le traité qui nous arrache l’Alsace et une partie de la Lorraine a confirmé nos droits sur Belfort. On sait aussi ce ^ que Belfort nous a coûté, outre le sang de cinq ou
six mille braves : nous avons racheté cette ville au prix d’une liumiliation dont Paris n’est pas consolé !
/ L’entrée triomphale des Allemands aux Champs-
^ Élysées, l'enlèvement des canons par les hommes
- de la Commune, le 18 mars, deux mois et plus de . / guerre civile, la destruction de nos monuments
historiques, le massacre des otages, une répression légitime, mais eflroyahle, et dont le souve- ^ nir fermentera encore dans vingt ans : tel est, en
abrégé, le prix coûtant de cette place que M. de Moltke caresse avec regret en pensant qu’il faudra nous la rendre. Ne l’avons-nous pas payée assez cher’.’ Ajoutez, s’il vous plait, qu’une partie du territoire voisin a été régulièrement échangée .à Francfort contre certain canton minier que l’Allemagne convoitait aux environs de Thionvillc.
Ces faits appartiennent à l’Instoirc, ils' appar-
BELFORT
tiennent à l’opinion publique de l’Europe et du ‘ Nouveau Monde ; ils sont enregistrés depuis pins d’une année par l’auguste conscience du genre humain. Gomment croire qu’un seul Moltkc ou un simple Bismarck ose rompre en visière à Funivers entier pour le plaisir assez stérile, en somme, de rester maître de Belfort ?
Non, non, nous n’avons rien ii craindre de ce côté si le programme tracé par les diplomates de Francfort s’exécute jusqu’au bout. Lorsque le dernier centime des cinq milliards de la rançon française sera tombé dans la caisse de nos vainqueurs, les Allemands s’éloigneront de Belfort en grondant, comme un dogue quitte un os après l’avoii; léché, mordu et roulé entre ses mâchoires; mais ils n’oseront pas le garder.
S’ils s’y* retranchent aujourd’hui, c’est que ce peuple trop bien servi de la fortune compte encore vaguement sur l’imprévu. Que faudrait-il pour lui donner sinon un droit, du moins un prétexte à rupture? Presque rien : quelque complication dans la politique générale de l’Europe ; moins encore, une émeute à Paris, à Lyon, à Marseille ; le drapeau rouge arboré sur le clocher de quelques hameaux; une altercation sanglante et impunie entre l’armée d’occupation et le peuple des départements occupés.
Donc, ‘soyons sages 1
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