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ÉPILOGUE

— Oui, répondit-il, et j’espère, sans pouvoir toutefois vous le promettre, que le conseil se réunira extraordinairement pour vous juger, s’il y a lieu, avant le 25.

Nous étions au lundi, 16. Le lendemain, dans la matinée, j’appris par une indiscrétion obligeante, à laquelle il n’était sans doute pas étranger, qu’il avait conclu au non-lieu. Mais dans l’intérêt de la cause, on me priait de calmer tous mes amis de la presse française et d’arrêter les vivacités de plume qui pouvaient indisposer le conseil.

Justement, deux de mes meilleurs et de mes plus vieux amis, Paul Baudry et Camille du Locle, étaient arrivés de Paris le matin même. Sur ce conseil, du Locle repartit par le train-poste du soir, sans même m’avoir vu, pour recommander la prudence aux journaux.

Mais le 17, avant midi, un seul mot fort inattendu fit crouler toutes nos espérances. Le parquet avait renvoyé le dossier à M. Merrem, en l’invitant à fournir un supplément d’instruction.

, L’ami qui m’apportait cette mauvaise nouvelle connaissait les Prussiens par une rude expérience et savait quel fond on peut faire sur leur généro-

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silé. Ancien directeur des contributions indirectes, cet excellent M. Marcotte, pendant le siège de Strasbourg, prit le commandement des douanieis, qui ont été, après les marins d’Exelmans et de Dupetil- Thouars, les meilleurs soldats de la place. La capitulation l’y laissa prisonnier sur parole, et il se croyait bien en sûreté, lorsque, du jour au lendemain, sous le prétexte le plus dérisoire, l’autorité armée lui fit savoir qu’il était un homme dangereux. De prisonnier de guerre qu’il était, il passa, sans autre forme de procès, à la condition de prisonnier d'Etat.

Onl’enrerma d’abord à la maison de correction, et de la, malgré les protestations les plus légitimes, il fut emporté, dans une nuit glaciale, sans vêtements d’hiver, à l'âge de 65 ans, vers la forteresse inclémente d’Ehrenbreitstcin. Sa captivité illégale a duré cinq grands mois, dont cinq semaines au fond d’une casemate du fort. Après quoi, les vainqueurs le jetèrent en liberté, comme ils .l’avaient mis en prison, sans se donner la peine de l’acquitter, car il n’était ni accusé, ni prévenu, . mais simplement empoigné.

Les détails de cette aventure n’étaient pas faits pour inspirer beaucoup de confiance à M. Marcotte, ni à mon avocat, ni à mes autres amis. Tous ceux qui avaient assisté aux folies de l’arbitraire prussien, ceux qui avaient compté les prisonniers et

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les otages enfermés dans l’année 1871 à la maison de correction, me disaient ; « Si une seule prison a reçu en un an 0, i25 suspects, et dans le nombre une foule de gens de condition libérale, conseillers généraux, maires, instituteurs, ecclésiastiques, c’est qu’il n’y a ni scrupule, ni pudeur qui arrête un Prussien dès qu’il est le plus fort. » Je devais donc, pensait-on, m’attendre à tout, elle renvoi du dossier à M. Merrem attestait chez le procureur impérial le^ferrne propos d’avoir raison à tout prix. Derrière l’obstination de ce Staedler on voulait voirabsolument la rancune de ses nouveaux collègues, les Dollinger, les Kern et autres renégats de Colmar, que j’avais rudement crossés. On me disait : « La magistrature allemande n’aura pas l’air de venger ses propres affronts, mais les mots que l'accusation vous reproche ne sont pas ceux pour lesquels on vous poursuit. »

Cependant, au nombre des hommes qui m’appuyaient de leurs conseils et de leur amitié, M. Alfred Mayer et Pfortner étaient moins pessimistes. Ils insistaient sur la composition actuelle du conseil de guerre mixte, qui semblait offrir en effet des garanties d’impartialité. Les deux juges civils étaient des magistrats de la Prusse rhénane, anciens avocats, nourris dans l’étude du code Napoléon, qui n’a jamais cessé d’être en vigueur chez eux; les trois juges militaires étaient trois

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oHîciers saxons, gens d’honneur et d’indépendance et sans aucun enthousiasme pour l’arbitraire prussien.

Mais, si le procureur impérial n’était pas sûr de gagner sa cause devant eux, il était maître d’ajourner presque indéliniment leur sentence. Ce supplément d’instruction pouvait nous mener loin, si l’équité de M. Merrem l’eût permis. Les articles publiés dans le Soir après le 27 octobre 1871 étaient couverts par la prescription , mais j’en avais donné quatre avant cette date, et pour ceuxlà le mandat d’amener arrêtait la prescription pendant trois ans. Je me les rappelais assez bien pour être sûr qu’on n’y trouverait rien de grave, mais le temps de les traduire prolongeait inutilement ma réclusion.

Et si le procureur impérial s’avisait de faire acheter toute la collection du siècle depuis le 1" mai de cette année 1 11 était presque sûr d’y rencontrer soit dans mes articles, soit dans ceux dont je suis responsable en qualité de gérant, quelques dures vérités à l’adresse du roi de Prusse ou du grand, chancelier. En ce cas, les principes du droit international ne m’auraient point sauvé d’une condamnation, car Guillaume etM. de Bismarck sont des personnes sacrées qu’on n’effleure jamais impunément. Mais, grâce à Dieu, le XIX' siècle était à peu près inconnu à Strasbourg ;

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