‹ Alsace 18711872 E. AboutChapitre 33 sur 38 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

M. Slaedler ne l’avait peut-être jamais vu, lui qui a si bien réussi à le faire lire !

Un de nos amis les plus chers, M. Mallarmé, ancien bâtonnier de l’ordre, émigré à Épinal depuis l’annexion, m’assistait de sa vieille expérience qui n’était pas tous les jours rassurante. Il prévovait des lenteurs infinies, et tâchait d’obtenir

une mise en liberté sous caution, conformément aux lois de l’empire allemand. A quelque prix qu’on eût évalué ma pauvre personne, nous étions sûrs de trouver la somme en moins d’une heure. Déjà l’un des plus honorables banquiers de la ville,

M. KIose, averti par M. Dollfus de Paris, était venu m’ouvrir sa bourse.

L’esprit public était d’autant plus animé qu’on se déshabitue aisément de voir ou de souffrir l’arbitraire, et que Strasbourg croyait avoir fini avec les arrestations illégales. Le procureur impérial, tâté par M. Mallarmé, répondit que la mise en liberté sous caution était inutile, puisque la solution définitive ne pouvait tarder huit jours. On ne '' vit guère dans cette parole qu’une fin de nonrecevoir, et les optimistes les plus résolus s’en alarmèrent.

Sauf le tracas moral qui remplit ces trois derniers jours, la 'vie de la prison fut vraiment trèssupportable. Ma femme était autorisée à me voir tant qu’elle voudrait ; elle partait de Saverne tous

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les malins pour y retourner tous les soirs, el moyennant ces deux voyages de dix lieues chacun, nous passions quelques heures ensemble. Je recevais ses visites dans le parloir des avocats, qui est, dit-on, l’ancien greffe où le prince Louis Bonaparte subit son premier interrogatoire après l’échauffourée de la Finckmatt. On montre aux curieux la place où il était assis sur une malle devant le procureur du roi, M. Gérard. La légende prétend qu’il fumait une pipe de terre, niais on me permettra d’en douter. ?s’ous étions mieux assis, nous avions une chaise, quelquefois môme deux, et le gardien qui devait être en tiers dans nos entretiens montra toujours, quel qu’il fût, la discrétion la plus honnête.

Nos deux filles aînées vinrent un jour avec leur mère, et Dieu sait avec quelle impatience je les attendais. Mais leur présence ne servit qu’à nous attrister tous. Ces deux enfants, si vives à l’ordinaire, semblaient comme hébétées par la vue des barreaux. La plus jeune des deux s’assit sur mon genou, cacha sa tête dans mon sein et demeura ainsi tout prés d’une heure sans babiller, répondant par monosyllabes aux questions qu’on lui faisait et uniquement occupée à retenir ses larmes. La grande, qui a sept ans, allait et venait du parloir à la porte d'entrée, regardait alternativement le gardien dans la chambre, la sentinelle dans la cour, le verrou d’une prison voisine, l’image de

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