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CHAPITRE VIII

Moyens de conservation.

Le praticien soucieux de conserver ses médicaments en bon état et de les préserver des diverses altérations que nous venons d’étudier, devra les défendre contre l’action des agents énumérés dans le premier chapitre de ce travail. Disons tout de suite qu'il n’est pas toujours possible ou facile de les éluder entièrement ; mais on peut diminuer leur influence dans une très large mesure.

Nous indiquerons d’abord les moyens propres à lutter contre les agents généraux des altérations. Nous passerons ensuite en revue les principaux procédés fondés sur la nature des corps et spéciaux à chacun d’eux.

§ I. Règles générales.

Les causes générales d'altération contre lesquelles il est nécessaire de réagir sont la vaporisation, l’efflorescence et la dissociation des corps à composants volatils, l’action de l’air, l’influence de la lumière et l’envahissement, des poussières atmosphériques.

Évaporation. — L’emploi de flacons que l’on tient fermés suffit pour conserver les corp3 volatils ou les solutions gazeuses. Le séjour des substances dans un lieu frais est une bonne condition à réaliser.

Efflorescence et dissociation. — Ces deux phénomènes, soumis

aux mêmes influences et presque identiques dans leur mécanisme, sont combattus de la même manière. Il résulte, des conditions dans lesquelles ils se manifestent, que le moyen le plus efficace de diminuer leur intensité consiste à placer les corps efflorescents ou aisément dissociables dans une atmosphère limitée, dans laquelle la tension de la vapeur d’eau arrive rapidement à son maximum. Pour obtenir ce résultat : l°les récipients doivent avoir des dimensions très exiguës, afin que l’espace inoccupé soit aussi réduit que possible ; dans le même but, il faut éviter de laisser les flacons en vidange ; 2° empêcher le plus que l’on peut le renouvellement de l’air dans les récipients ; 3° conserver les substances dans un lieu frais, surtout en été. En outre, comme l’eau favorise souvent la dissociation, les vases destinés à recevoir les substances instables doivent être parfaitement secs.

M. Baudrimont* a proposé de conserver les corps efflorescents ou à composants volatils en les enveloppant d’une feuille de papier d’étain. Des cristaux de carbonate de soude et de sulfate de soude perdent à peine quelques millièmes de leur poids., surtout si on les enferme en outre dans des bocaux de verre.

Corps altérables par l'air. — On ne peut empêcher l’action de l’air d’une manière absolue. Les précautions à prendre sont fort analogues à celles que nous venons d’énumérer. L’emploi de vases de faibles dimensions et fermant bien est la seule indication générale à donner ; à ce point de vue, mieux vaut, quand il est possible de le faire, employer les bouchons de liège que les bouchons de verre. On réduit ainsi à son minimum la quantité d’air en contact avec le corps altérable, et, si l’atmosphère du vase n’est pas très souvent renouvelée, on amoindrit considérablement l’action exercée par l’oxygène, l’eau et l’acide carbonique. Puisque la chaleur favorise l’oxydation, il est bon de conserver dans un lieu frais les corps oxydables. Les sels déli-

1 Journ. de Pharm, et de Chim., tom. XI, pag.385.

quescents, les corps liquides avides d'eau et les substances décomposables par l’humidité, doivent être placés dans des récipients bien secs et dans un lieu chaud, où la vapeur d’eau atmosphérique soit éloignée de son point de condensation. Le séjour dans une atmosphère sèche est encore une bonne condition de conservation pour les corps solides altérables par l’acide carbonique, puisque ce gaz n’agit notablement que s’il est en présence d’une petite quantité d’humidité.

L’emploi du papier d’étain donne encore ici de bons résultats. M. Baudrimont a pu conserver ainsi quatre mois de la chaux vive presque sans altération ; placée au contact de l’air, elle n’avait absorbé que l gr ,8 d’acide carbonique et d’eau; des fragments si déliquescents de chlorure de calcium et de foie de soufre avaient à peine augmenté de quelques millièmes en quelques semaines.

Il est un certain nombre de composés sur lesquels l’action de l’air et surtout celle de l’oxygène sont favorisées par la lumière. Il y a donc dans ce cas des précautions spéciales à ajouter à, celles que nous venons d’indiquer.

Corps altérables par la lumière. — Il est plus aisé de défendre les composés chimiques contre l’action de la lumière que contre celle de l’air. On peut, soit empêcher entièrement l’accès de la lumière, soit amoindrir ses effets en interceptant les radiations actives. Le moyen le plus propre à atteindre ce but consisterait à placer toutes les substances dans l’obscurité, mais ce procédé n’est pas toujours d’une exécution facile dans la pratique. Aussi a-t-on cherché depuis longtemps à y suppléer. C’est ainsi que lorsqu’on eut reconnu que la lumière était la cause de beaucoup d’altérations, on songea à affaiblir l’action des rayons par l’emploi de verres de couleurs sombres : les verres bleus devinrent d’un usage général. Quand on fut amené à admettre que les radiations les plus réfrangibles étaient chimiquement les

seules actives, on proposa l’usage général de verres jaunes. La vérité est dans l’emploi raisonné des deux sortes de verres. Nous avons vu que la lumière peut agir seule sur un certain nombre de corps minéraux et y produire des modifications de divers ordres : changements moléculaires, dédoublements, combinaisons. Ces actions sont toujours déterminées par les radiations les plus réfrangibles ; des flacons en verre jaune ou rouge peuvent suffire à arrêter ces dernières. Si d’autre part on considère que les radiations rouges correspondent au maximum d’effet calorifique et que l’action d’une température élevée favorise les décompositions dues à la lumière, on est amené à donner la préférence aux flacons jaunes.

Parmi les corps oxydables, nous avons distingué les substances minérales des substances organiques, surtout par le mode d’action des divers rayons. Los moyens de conservation diffèrent aussi. L’oxydation des corps minéraux est favorisée par les radiations les moins réfrangibles : une enveloppe bleue-violette les protégera efficacement. Il n’en est pas de même pour les corps organiques, chez lesquels la courbe qui représente la marche de l’oxydation s’élève progressivement du rouge au violet : le choix d’un verre coloré pour ces substances donne des résultats moins satisfaisants ; l’emploi du verre rouge diminuerait sans doute l’action photochimique, mais favoriserait l’aclion de la chaleur. On doit donc encore ici s’adresser au verre jaune. L’oxydation étant égale à 1 dans l’obscurité, à 2 dans le jaune-rouge et à 5 dans le violet (Ghastaing), on voit qu’elle est diminuée des trois cinquièmes par l’usage de tels verres.

Les effets réciproques, à la fois oxydants et réducteurs, produits par la lumière sur les combinaisons ou les mélanges de corps minéraux ot organiques, seront également combattus par l’emploi de verres jaunes, puisque le maximum de réduction des premiers et le maximum d’oxydation des seconds correspondent tous deux aux radiations bleues-violettes.

En résumé, les phénomènes de dédoublements, de changements moléculaires, de combinaisons dans lesquels l’air n’intervient pas, les actions réciproques des matières minérales et organiques, seront annihilées ou considérablement diminuées par l’emploi de verres jaunes, ou mieux, par la conservation des substances dans l’obscurité. On diminuera, au moyen d’enveloppes violettes, l’altération des substances minérales ayant tendance à s’oxyder; on diminuera également, au moyen d’enveloppes jaunes, l’oxydation des substances organiques. L’usage de flacons jaunes devra être aussi admis pour la conservation de l’iodure de potassium, au moins si l’on se base sur les expériences de M. Battandier. Mais la conservation dans l’obscurité est encore pour tous ces médicaments, sur lesquels l’air et la lumière agissent simultanément, le meilleur procédé à employer : on peut ainsi réduire l’altération au moins à la moitié de ce qu’elle serait sous une enveloppe de verre à couleur appropriée.

La question nous semble résolue en théorie. Il est intéressant de voir si elle peut l’être pratiquement. Le pharmacien a à sa disposition des enveloppes en verre jaune-brun, des enveloppes en verre bleu-violet et des enveloppes opaques. Or il résulte des expériences de M. Molnar ' que les flacons en verre bleu ou verre de cobalt laissent passer les radiations bleues-violettes et seulement une très faible portion des rayons rouges ; mais ces derniers ne sont pas en proportion suffisante pour balancer l’action protectrice du bleu-violet sur les substances minérales oxydables.

Les verres jaune-brun fournis par le commerce laissent passer le rouge et l’orangé et arrêtent le vert, le bleu, l’indigo et le violet ; l’emploi de ces verres donne donc des résultats un peu moins favorables, puisqu’ils laissent passer le rouge, mais pourtant suffisants. Quant aux envelopes opaques, elles peuvent être

« Gyogyss. IJctilap. Buda-Pesth, 1884, et The Chemist and Druggist, 1884, pftg. 125.

constituées, soit au moyen de flacons de verre entourés de papier noir, soit de vases à parois opaques (porcelaine, grès, etc.), soit encore de verres noirs. L’emploi du papier d’étain prourrait rendre aussi de bons services.

Corps altérables par les poussières atmosphériques. — Les poussières inanimées agissent tantôt sur des corps solides, tantôt sur des liquides. Il est très difficile d’en préserver les premiers. Conserver les substances dans des flacons propres et bien clos, tels sont les seuls moyens à, mettre en usage. Les liquides seront protégés, soit par les mêmes précautions, soit par les procédés que nous allons indiquer pour les poussières organisées. On pourra diminuer l’action que les poussières exercent sur les corps réductibles en protégeant ceux-ci contre l’action de la lumière.

Les germes de ferments ne se développent que dans les liquides ou les solutions de substances solides. Nous avons vu quelle est leur origine et de quelle manière ils arrivent dans les milieux fermentescibles. Il résulte de ce que nous avons dit à ce sujet que, pour empêcher toute fermentation, il faudra, d’une part tuer les germes existants dans les liquides, et d’autre part empêcher l’accès des germes contenus dans l’air extérieur.

La première opération avait été déjà mise en pratique par Scheele, qui avait observé que pour conserver le vinaigre faible il était avantageux de le soumettre pendant un quart d’heure à l’action de l’eau bouillante. Appert généralisa plus tard ce même procédé. M. Pasteur enfin, dans ses études sur les maladies du vin et de la bière, consacra sa valeur par l’expérimentation rigoureuse. Il constata, par exemple, que la bière chauffée et mise à l’abri des poussières se conservait indéfiniment sans devenir malade, tandis que le même liquide non chauffé et placé dans les mêmes conditions s’altérait très promptement '. On sait que

1 Études sur la bière, pag. 20, Paris, 1876.

c’est sur ce principe qu’il fonda son procédé de conservation des vins et de la bière*. Mais là ne se bornèrent passes expériences: il montra que ce qui est vrai de la bière et du vin « l’est également de tous les liquides organiques ; on n’eD trouverait pas un seul qui ne pût être rendu impropre à toute altération ultérieure après avoir été porté préalablement à une température minimum convenable, température variable avec la nature des liquides 2 ». Les divers germes offrent en effet un degré variable de résistance à la chaleur. Il suffit cependant, dans le cas qui nous occupe, de chauffer les liquides au bain-marie jusqu’à 100° environ, dans le récipient même où l’on doit les conserver. Cette température est en effet suffisante pour tuer la plupart des germes.

La seconde opération, qui consiste à préserver des poussières lô liquide chauffé, peut être effectuée de plusieurs manières. S’il s’agit de liquides destinés à être mis en réserve, l’emploi de la méthode d’Appert donne des résultats convenables. Mais, et c’est le cas général, s’il s’agit de liquides médicamenteux ou de réactifs d’un emploi fréquent, des précautions nouvelles sont nécessaires. Il faut, dans ce cas, s’attacher à ne laisser arriver au contact du liquide préalablement chauffé que de l’air privé de poussières. Ici encore les expériences de M. Pasteur vont nous servir de base. Si l’on introduit en effet un liquide fermentescible dans des ballons dont le col est effilé à la partie supérieure et recourbé vers le bas, si on le fait bouillir de manière à tueries germes préexistants, et si on abandonne au refroidissement, l’air entre de nouveau dans l’appareil, mais avec une lenteur assez grande pour que les poussières tombent sur les parois intérieures du tube recourbé. M. Pasteur a conservé ainsi à l’abri de toute altération, pendant dix à douze ans, des liquides éminemment fermentescibles comme le moût de bière’. Un tampon de coton

I Études sur le vin. Paris, 1866.

3 Études sur la bière, pag. 34.

» 1 d., pag. 27.

ou d’amiante placé à l’orifice du flacon, conduit d’ailleurs au même résultat.

M. Almen 1 (d’Upsal) a proposé le premier de conserver les préparations pharmaceutiques par l’air filtré. Il adapte au bouchon de liège qui ferme le flacon : 1° un tube court, recourbé, rempli de duvet de coton légèrement tassé et à extrémité inférieure amincie en pointe ; 2° un siphon dont la longue branche est munie d’un tube de caoutchouc et d’un ressort compresseur ; le liquide étant tiré du fond de la bouteille par le siphon, l’air n’entre que tamisé par le tube court.

Une disposition beaucoup plus simplepermet d’ailleurs d’arriver au même résultat : il suffit d’adapter au bouchon un système de tubes semblable à celui que portent les flacons à laver les précipités ; le tube recourbé vers le haut, par où l’opérateur introduit l’air, est pourvu d’un renflement dans lequel on introduit du coton ou des filaments d’amiante légèrement tassés ; le tube recourbé vers le bas est aminci en pointe à son extrémité inférieure et sert à l’écoulement du liquide. Par l’emploi judicieux de ces deux moyens de conservation, il est possible de mettre indéfiniment à l’abri des moisissures les liquides les plus propres à leur développement.

On a proposé parfois l’emploi de substances antiseptiques, telles que l’acide salicylique, l’acide benzoïque, le thymol, le menthol, l’acide citrique, l’acide borique. Ces corps pourraient rendre certains services, mais ils offrent l’inconvénient d’introduire dans les solutions un élément étranger.

§ II. Procédés spéciaux.

Les règles que nous avons données suffisent dans la plupart des cas. Il est pourtant un certain nombre de corps pour lesquels un traitement spécial est nécessaire, ou du moins permet d’arri-

1 Voir Journ. de Pharm. et de Chim. (4), tom XXIII, pag. 359, 1870.

ver plus aisément au but que l’on se propose. Nous nous occuperons de ceux qui offrent le plus d’intérêt.

Azotited'ammoniaque. — Parmi les corps déliquescents et dissociables, un seul exige des précautions spéciales. Bien que ce corps n’ait pas d’utilité pharmaceutique directe, nous le signalons à cause des particularités intéressantes qu’il offre. On ne peut le conserver dans des flacons : l’eau qui résulte de sa dissociation spontanée ne s’évapore pas aussitôt qu’elle a pris naissance et dissout le sel non décomposé. M. Berthelot 1 prescrit de le conserver dans une capsule, dans le vide, sur la chaux vive. On n'empèche pas ainsi sa dissociation, mais on prévient sa déliquescence.

Phosphore. — La transformation allotropique du phosphore dissous dans l’huile serait arrêtée, d’après M. Méhu, par l’emploi d’une huile d’amande douce privée d’eau et décolorée par l’action d’une température de 250°. On fait avec cette huile une solution au centième au bain-marie.

Acide cyanhydrique. — Parmi les substances qui subissent des dédoublements, nous n’avons à signaler que l’acide cyanhydrique. M. Towersey a proposé d’ajouter à la solution d’acide 20 % de glycérine : on la préserve ainsi de toute altération. Ce procédé est surtout propre à conserver la solution à 5°/o.

Nous avons déjà vu que le même corps reste intact s’il est en présence d’une trace d’un acide étranger qui sature l’ammoniaque.

Teinture d'iode. — M. Casthelaz * évite la formation d’acide iodhydrique dans la teinture d’iode en additionnant celle-ci d’iodate de potasse ; ce sel réagit sur l’acide à mesure qu’il se forme et régénère l’iode: K0.I0 5 4- 6IH = 6I+6HO-|- Kl. L’io-

* Journ. de Chim. et de Phys. (4), tom. XIX, pag. 248.

3 Journ. de Pharm. et de Chim, (5). tom. V, pag. 498, 1882.

dure qui se dissout dans la teinture n’offre pas d’inconvénients, et d’autant moins qu’il est en petite proportion.

Sels ferreux. — Parmi les composés métalliques oxydables, on s’est surtout occupé des sels de fer, à cause de leur emploi fréquent en pharmacie. Dupasquier *, considérant que le sirop de sucre ne suffisait pas à assurer la conservation de Yiodure ferreux, proposa le premier de préparer une solution titrée de ce sel et de la conserver en présence d’un excès de fer ; dans ces conditions, à mesure que le fer, en s’oxydant, laisse l’iode libre, celui-ci réagit sur l’excès de fer et forme du protoiodure qui remplace celui que l’air a décomposé, oc L’action décomposante de l’oxygène atmosphérique est donc constamment neutralisée par l’action recomposante que détermine le contact incessant du métal » et le titre de la solution ne change pas tant qu’il reste un excès de fer.

On a proposé aussi d’ajouter à la solution officinale un peu d’acide tartrique et de mellite simple : le glucose empêcherait la fixation de l’oxygène sur le fer, surtout en présence de l’acide tartrique 2 .

D’autres moyens ont été imaginés pour conserver le protoioduro de fer à l’état solide. M. Parvesi 3 ajoute à une solution concentrée d’iodure un poids de gomme arabique pulvérisée égal à celui du sel; quand la solution est complète, il concentre et achève l’évaporation sur des assiettes. On obtient ainsi des lamelles brillantes parfaitement dosées et d’une bonne conservation. Le même auteur 4 a plus tard remplacé la gomme par l’albumine avec autant d’avantages : à une solution d’iodure de fer renfermant 1 p. d’iode, on ajoute 3 p. d’albumine sèche et 5 p. de mannite et l’on évapore à siccité ; il se forme des

1 Journ. de Pharm. et de Chim. (3), tom. I, pag. 224, 1842.

1 Jeannee, Mt!m. de Méd. et de Pharm. milit,, mars 1868.

8 Journ. de Pharm. et de Chim. (4), tom. III, pag. 49, 1886.

* Giornale di Pharm. di Torino, 1879.

écailles brillantes, d’un jaune pâle, entièrement solubles dans l’eau.

D’autres ont mieux aimé chercher à assurer la conservation du sirop d’iodure de fer. On a observé, par exemple, que le sirop ne s’altère pas lorsqu’on le place dans un endroit très éclairé ; s’il est coloré, il s’y décolore * ; on a même conseillé de le placer dans des bouteilles de verre blanc et au soleil*. Dans ces conditions, le sucre de canne doit s’intervertir rapidement et le glucose agit, comme dans le procédé Jeannel, en réduisant le fer au fur et à mesure qu’il s’oxyde au contact de l’air ; mais, si l'iodure est conservé, la matière organique se modifie: la conservation du sirop n’est que partielle.

M. Mayer, en 1860, et plus tard M. Tschirner 1 * 3 , ont préconisé l’addition au sirop altéré d’une petite quantité d’hyposulfite de soude, qui rendrait au médicament sa couleur verte. Mais M. Annessens 4 a fait remarquer que, l’iode combiné àl’hyposulfite étant entièrement dissimulé, le sirop perd de ses propriétés thérapeutiques. D’ailleurs l’hyposulfite doit être employé en quantité telle qu’il puisse s’emparer de tout l’iode mis en liberté par la décomposition du sirop ; or, ici apparaissent deux nouveaux inconvénients: d’une part, sous l’influence de l’iode dissous dans l’iodure, l’hyposulfite peut prendre un équivalent d’oxygène à l’eau décomposée pour fournir de l’acide iodhydrique et de l’acide tétrathionique ; et, d’autre part, l’hyposulfite introduit dans l’estomac est décomposé par le suc gastrique en acide sulfureux et soufre. L’emploi de l’hyposulfite ne fait donc que contenter la vue et introduire dans le médicament des éléments étrangers nuisibles. M. Judge \ ayant d’ailleurs constaté que

1 Pharmaceutical Journal, décembre 1868.

3 Journ. de Pharm. et de Chim., juillet 1869.

3 Journ. de Pharm. et de Chim. (4), tom. XIII, pag. 71, 1876.

* Journ. de Pharm. d'Anvers, 1876.

k American Journ. of. Pharm,, avril 1876.

l’addition de l’hyposulfite donne un précipité de soufre qui trouble la liqueur, a proposé de lui substituer l’acide hypophosphoreux ; quelques gouttes de ce corps rendent au sirop suroxydé son état primitif et le préservent de toute altération ultérieure.

Enfin M. Meier ' a observé que l’addition d’acide iodhydrique dans la proportion de 0,13 pour 567 cc de sirop préparé suivant la formule de la Pharmacopée britannique, assure la conservation du médicament.

Hàtons-nous d’ajouter que tous ces palliatifs sont loin de valoir les moyens préventifs que nous avons indiqués plus haut.Le procédé de Dupasquier, complété par l’usage de flacons violets, est encore la meilleure méthode à suivre.

Le sulfate ferreux a, été l’objet d’observations analogues. M. Latour 2 fait cristalliser ensemble une solution de 200 p. de sulfate de fer dans 100 p. d’eau bouillante et une solution de 50 p. de sucre candi dans 30 p. d’eau; il obtient ainsi des prismes rhomboïdaux obliques renfermant :

Sulfate ferreux. 54,57

Eau. 32,50

Sucre. 12,93

Ces cristaux sont inaltérables.

M. Parvesi applique au môme corps le procédé de conservation par la gomme.

Enfin d’autres chimistes, admettant que l’oxydation du sel est surtout due à l’oxygène retenu en dissolution par l’eau interposée entre les cristaux, se bornent à obtenir ceux-ci parfaitement secs. Berthemot prépare le sel en le précipitant par l’alcool de sa solution aqueuse concentrée et essuyant les cristaux avec du papier Joseph. M. Bandt 3 réduit simplement les cristaux en

< Pharmac. Journ., 1877.

1 Gazette médicale de l'Algérie, 1857.

3 Journ. de Pharm. d'Anvers, 1861.

poudre grossière avec une spatule sur du papier à filtrer, puis les étale sur des feuilles de papier déposées sur des plaques de fer chauffées. Il dessèche ainsi le sel, dont l’aspect est peut-être moins beau, mais dont la conservation est assurée.

Le carbonate ferreux est encore plus altérable que le 3 sels précédents. M. Klauer s’est servi du sucre pour assurer sa conservation; on prépare le corps par double décomposition en se servant d’eau privée d’air, et le carbonate humide est mêlé avec 2 p. de sucre; la masse est évaporée à siccité. Ce procédé donne des résultats médiocres. La forme pilulaire est aujourd’hui préférée. Les pilules de Vallet se préparent en évaporant en consistance d’extrait un mélange de carbonate ferreux obtenu par précipitation, de miel et de sucre de lait. Les pilules de Blaud s’obtiennent en évaporant en consistance pilulaire dure une solution de sulfate de fer, de carbonate de potasse, de gomme arabique et de sirop simple. Les pilules sont argentées et conservées dans des flacons bien bouchés.

Les pilules de Blaud s’altèrent assez rapidement et finisssent par ne plus renfermer que de l’hydrate ferrique et du carbonate dépotasse. Celles de Vallet sont au contraire d’une bonne conservation; le carbonate ne s’oxyde que très légèrement dans les couches superficielles des pilules (Soubeiran).

Chloroforme. - On a constaté que le chloroforme se conserve très bien en présence d’une petite quantiié d’alcool.

M Rump 1 prescrit de l’additionner de 1/8 p. 100 d’alcool. Le résultat obtenu par ce procédé s’explique aisément : il se forme de l’alcoolate de chloral qui résiste mieux que le cbloral à l’action destructive de l’air. M. Bœttger a a montré aussi que le chloroforme se conserve indéfiniment à la lumière en présence de quelques morceaux de soude caustique : ce corps détruit en

* Arch. der Pharm., 1874, pag. 313.

a Polyt. Notizblatt, tom. XIX, pag. 31, 1864.

effet le chloral que le chloroforme pouvait renfermer. Enün M. Yvon 1 a fait observer que quelques fabricants ne dessèchent pas entièrement leur chloroforme, l’expérience leur ayant appris qu’il se conservait mieux ainsi. Il est possible qu’un excès d’eau retarde la décomposition du chloral hydraté.

Essences. — On a proposé l’addition d’une petite quantité d’alcool fort (essences de bergamote, de citron, d’orange 2 ) ; mais, dans certains cas, il y aurait inconvénient à adopter cette pratique.

Nous signalerons, en terminant, le procédé indiqué pour assurer la conservation de l’essence de citron. On a constaté 3 que l’addition de deux onces d’eau à chaque livre d’essence retarde l’oxydation; l’odeur agréable persiste pendant des années. L’auteur admet que l’eau, en se précipitant au fond du vase, entraîne les matières inucilagineuses, qui, pour lui, favoriseraient la résinification. Peut-être vaudrait-il mieux admettre que l’eau décompose, à mesure qu’il se forme, le composé oxydé peu stable que M. Kingzett a vu naître au début de l’oxydation des essences formées d’hydrocarbures.

Eau de chaux. — Il suffit de laisser dans le liquide, au fond du flacon, un excès de chaux hydratée, qui suffit pour restituer à l’eau une quantité de chaux égale à celle que l’acide carbonique précipite.

i Journ. de Pharm. et de Chim. (5), tom. V, pag. 225, 1882.

a Heinitsii, Amer. Journ. of Pharm., pag. 55, 1883.

* The Pharmacist Chicago, loin. VI, pag. 322, 1873.

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